Gustave Caillebotte de Sandrine ANDREWS

Proche des Impressionnistes et des réalistes, Gustave Caillebotte se distingue par une modernité absolue.

Chronique : Dans son ouvrage sur Gustave Caillebotte, Sandrine Andrews explore la singularité de cet artiste qui, tout en étant proche des impressionnistes et des réalistes, se distingue par une approche résolument moderne. Caillebotte, souvent considéré comme le mécène de ses contemporains, se révèle ici dans toute la complexité de son œuvre. Andrews met en lumière comment Caillebotte fait entrer dans l’art de nouvelles figures issues de son environnement immédiat, notamment le Paris haussmannien, les régates et l’aviron, et même sa propre vie.

Loin de se contenter de suivre les courants dominants, Caillebotte s’intéresse à des sujets inédits pour l’époque, comme l’ouvrier, le sportif ou l’homme nu dans son intimité, redéfinissant ainsi les frontières de la représentation artistique. Sandrine Andrews souligne comment ces choix thématiques traduisent une remise en question de l’ordre social et sexuel du 19e siècle. À travers ses tableaux, Caillebotte interroge la condition masculine avec une profondeur et une modernité qui résonnent encore aujourd’hui. L’ouvrage de Sandrine Andrews nous invite à redécouvrir un artiste qui, bien que souvent relégué au second plan, joue un rôle crucial dans l’évolution de l’art moderne.

Éditeur ‏ : ‎ Larousse; Illustrated édition (21 août 2024) Langue ‏ : ‎ Français Relié ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2036066038 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2036066038

L’Arche de Noé De Bryan Marciano Avec Valérie Lemercier, Finnegan Oldfield, Elsa Guedj

Une association accueille des jeunes LGBT mis à la rue par leurs familles.

Chronique : Le film se déroule au sein d’une association dédiée à l’accueil des jeunes LGBT, un refuge temporaire où ces jeunes ont six mois pour trouver un travail, un logement et surtout, se réconcilier avec leur identité. L’intrigue met en lumière l’urgence et la pression sous-jacentes à cette période de transition, tout en offrant un regard nuancé sur les expériences des jeunes en quête d’acceptation et de stabilité.

Valérie Lemercier, dans le rôle de Noëlle, dirige l’association avec une énergie et une empathie contagieuses. Son personnage, tout en étant une figure de soutien et d’encouragement, est également confronté à ses propres démons et questionnements personnels. Aux côtés d’Alex, interprété par Finnegan Oldfield, elle fait face aux défis de ses propres motivations, ce qui ajoute une dimension supplémentaire à l’histoire. L’évolution de leur relation avec les jeunes qu’ils aident offre une exploration riche et complexe des dynamiques humaines et des luttes intérieures.

L’Arche de Noé réussit à équilibrer l’humour et la gravité avec finesse. La comédie qui émerge des interactions des personnages n’est jamais gratuite, mais sert à illuminer la vérité derrière leurs vies souvent brisées. Les moments de légèreté sont entrecoupés de scènes plus poignantes qui révèlent les profondeurs des souffrances personnelles et des luttes internes.

lassé ‏ : ‎ Tous publics Dimensions du colis ‏ : ‎ 18,9 x 13,6 x 1,7 cm; 70 grammes Audio description : ‏ : ‎ Français Réalisateur ‏ : ‎ Bryan Marciano Format ‏ : ‎ PAL, Couleur, Cinémascope Durée ‏ : ‎ 1 heure et 35 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 22 mars 2024 Acteurs ‏ : ‎ Valérie Lemercier, Finnegan Oldfield, Sarah B. Henriques, Martin Daquin, Victor Mermaz Sous-titres : ‏ : ‎ Français, Français Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Seven7 ASIN ‏ : ‎ B0CNS4G4JL

LE JARDIN DE GEORGES de Guénaëlle Daujon

Un matin de juillet 1897, Georges Delaselle découvre une petite île du nord Finistère, en face de Roscoff : l’île de Batz. Artiste amateur, il vient y écrire et y dessiner loin de la capitale où il est né. Il tombe aussitôt amoureux de deux hectares de terre et de sable à l’est de l’île qu’il décide d’acquérir pour les embellir, les sublimer, y planter les graines du monde qu’il collectionne. Il trouve là une géographie idéale, un microclimat pour réaliser son rêve : un jardin exotique.

Chronique : L’intrigue débute en juillet 1897 lorsque Georges Delaselle, désireux de fuir la frénésie parisienne, découvre l’île de Batz. Séduit par deux hectares de terre vierge, il se lance dans un projet ambitieux : créer un jardin exotique unique. Ce jardin, qu’il considère comme sa « fille », est un mélange fascinant de fleurs exotiques et de végétation rare, symbolisant à la fois sa passion pour le règne végétal et son désir de marquer son empreinte.

Daujon nous plonge dans la psyché de Delaselle avec une profondeur poignante. Le jardin de Georges devient un lieu de refuge et de création, un espace où l’imaginaire rencontre le réel. Au fil des années, le jardin évolue, tout comme l’état de santé de Georges. Diagnostiqué avec la tuberculose, il se fixe sur son projet comme une échappatoire à la maladie. Ironiquement, tandis que son jardin prospère, sa propre santé commence à se rétablir, transformant sa lutte en un triomphe symbolique de la vie sur la mort.

Le roman est aussi un hommage à la botanique et aux conquêtes botaniques de la fin du XIXe siècle, période où la France cherchait à affirmer sa grandeur par l’acquisition de plantes exotiques. À travers des croquis et des plans détaillés, Delaselle imagine et réalise son paradis végétal, défiant les préjugés selon lesquels l’île était trop stérile pour la croissance.

La mort en face: Dr. Philippe Boxho, le médecin légiste qui fait parler les morts de Philippe Boxho

« Ce qui a motivé mon choix de la médecine légale ?

Chronique : L’ouvrage commence par une réflexion personnelle de Philippe Boxho sur son parcours, révélant comment un intérêt initial pour la prêtrise a évolué vers une carrière en médecine légale. Cette introspection sur ses motivations et le parcours qui l’a conduit à cette spécialisation enrichit la compréhension du lecteur sur le mélange de curiosité intellectuelle et de vocation humaniste qui guide son travail.

La Mort en Face se distingue par la façon dont Boxho se livre avec une sincérité rare, partageant des histoires vécues qui vont au-delà des récits sensationnalistes souvent associés à la médecine légale. Son regard acéré sur la société est illustré par des cas variés et intrigants. Par exemple, il aborde le mystère entourant la mort de Napoléon, une figure historique dont la fin reste entourée de mystères et de théories. Cette analyse permet d’explorer non seulement les détails de l’enquête historique mais aussi les implications plus larges sur la manière dont nous comprenons les grands événements.

Boxho ne se contente pas de traiter des cas célèbres. Il plonge également dans des histoires plus anonymes mais tout aussi révélatrices, telles que celle de la fermière noyée par son mari dans une cuve à lait. Ces récits, parfois choquants ou émouvants, mettent en lumière les aspects les plus sombres et souvent méconnus des enquêtes sur les morts accidentelles, les suicides, et les meurtres.

Le livre explore également les dangers contemporains, comme ceux liés à l’usage du haschich et de l’alcool, soulignant comment ces substances peuvent avoir des conséquences tragiques sur la vie humaine. Ces sections ajoutent une dimension actuelle à l’ouvrage, en nous rappelant les dangers réels qui peuvent parfois conduire à des tragédies.

Éditeur ‏ : ‎ Kennes les 3 As (21 août 2024) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 240 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2380759782 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2380759785

Comme une odeur de flics par Tom Dragan

Je m’appelle Isabelle, « Isa » pour les intimes. Isabelle Diz, enfin lieutenante Isabelle Diz, et ouais, je suis flic. Du plus loin que je me souvienne, je ne voulais pas être flic, je crois que je voulais être véto ou un truc comme ça.

Chronique : Le personnage principal, Isabelle Diz, se présente avec une franchise rafraîchissante et une ironie mordante. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’un protagoniste de roman policier, Isabelle n’a jamais rêvé d’être flic. Son aspiration d’enfance était de devenir vétérinaire, un rêve qui s’est évaporé le jour tragique où elle a découvert le meurtre brutal de sa mère. Ce choc, plus que tout autre événement, a défini son cheminement professionnel : devenu flic par une sorte de détournement tragique de ses rêves d’enfant.

La scène de l’enfance d’Isabelle, marquée par la découverte du meurtre de sa mère et l’inefficacité des enquêteurs, est dépeinte avec une intensité qui nous plonge directement dans le traumatisme fondateur de sa carrière. Le « crime de rôdeur », comme l’ont qualifié les policiers, est resté irrésolu, et les murmures d’un enquêteur qui qualifie l’agresseur d’ »animal » la marqueront profondément. Ce moment la pousse à fuir son rêve de soigner les animaux pour endosser le rôle de flic, une décision qu’elle assume avec une certaine amertume mais aussi avec une résilience palpable.

Le roman dépeint la vie quotidienne d’Isabelle avec un réalisme cru, en soulignant la dureté de son travail et la fange qu’elle doit affronter chaque jour. En tant que lieutenant, elle est confrontée à des situations désespérées et des individus qui révèlent les aspects les plus sombres de l’humanité. Le style de Dragan, incisif et sans compromis, reflète cette réalité brutale et l’amertume de son héroïne face à un monde qu’elle ne cesse de vouloir comprendre et changer.

Malgré les défis et les frustrations, Isabelle navigue dans son univers avec une détermination et une force qui révèlent sa véritable passion pour la justice. Son engagement à « pelleter chaque jour la fange des actions humaines » illustre une forme de dévouement impitoyable, renforcée par son passé traumatique et sa quête personnelle de justice.

Belle comme tes pieds par Françoise Benassis

Nuit d’hiver, deux octogénaires liées à la vie à la mort, veillent. Octoviane raconte à sa belle Amie, une aventure sexuelle extravagante qu’elle vient de vivre sur les réseaux sociaux. Janus est tombé fou amoureux de ses pieds entr’aperçus sur Facebook.

Chronique : L’intrigue débute dans une nuit d’hiver où deux octogénaires, Octoviane et sa fidèle Amie, partagent des moments d’intimité et de réflexion. Octoviane, dont la vie sexuelle a récemment pris un tournant inattendu, raconte à son amie l’histoire de Janus, un personnage complexe et troublant qu’elle a rencontré sur les réseaux sociaux. Janus, un homme aux désirs fétichistes et libertins, devient obsédé par les pieds d’Octoviane après avoir vu une photo d’eux sur Facebook.

L’obsession de Janus pour les pieds d’Octoviane l’amène à lui proposer un projet littéraire érotique : une collaboration à distance où il enverra des photos pornographiques tandis qu’Octoviane, alias O., se livrera à des séances photo provocatrices de ses pieds. Cette proposition, qui pourrait sembler banale ou même ludique, devient rapidement une spirale d’exigences sexuelles de plus en plus intenses et déstabilisantes.

À travers cette aventure, le roman explore non seulement le fétichisme mais aussi la manière dont les femmes naviguent dans leur sexualité dans un monde saturé de pornographie et de réseaux sociaux. Les échanges de messages entre O. et Janus, détaillés dans leurs dialogues crûs et incessants sur WhatsApp, révèlent l’intensité et l’exploitation de leur relation. Ce tourbillon émotionnel et psychologique conduit O. à une crise de schizophrénie, un symbole puissant de la perte d’identité et du contrôle face à une emprise de plus en plus dévorante.

Le roman met également en lumière une réflexion plus large sur le corps féminin à travers les âges et les cultures, en faisant référence à des figures littéraires et artistiques telles que Apollinaire, Flaubert, Victor Hugo, Fragonard, et Gustave Courbet avec son célèbre Origine du Monde. En revisitant ces œuvres et leurs représentations du sexe féminin, Benassis interroge la propriété et la revendication du corps féminin, soulignant les tensions entre l’art, la sexualité et l’autonomie.

Poupées roumaines par Marie Khazrai

Sur scène, son pied se brise et sa carrière s’interrompt, la laissant sans boussole. Malchance ? Destin ?

Chronique : Le roman débute sur une note dramatique avec la fin brutale de la carrière de l’héroïne à cause d’un accident de scène. Cette interruption soudaine laisse notre protagoniste sans direction, et son désespoir la pousse vers ses origines roumaines. Le voyage en Roumanie devient alors une tentative de trouver des réponses et de réconcilier son passé avec son présent.

En arrivant dans le village où résident sa grand-mère et sa tante, elle espère trouver des réponses claires et peut-être un sens de continuité. Cependant, elle est rapidement confrontée à une réalité troublante et complexe. Le village, marqué par les cicatrices du régime communiste, semble abriter des histoires et des mystères qui échappent à la compréhension rationnelle. Les rencontres avec les villageois la conduisent à découvrir des récits imprégnés de folklore et de mythes, où empoisonneuses, ogres, et vampires se mélangent aux récits de vie quotidienne.

À mesure qu’elle interroge les habitants, les confidences se transforment en contes effrayants, et elle se rend compte que ces femmes ont toutes été marquées par une forme de sauvagerie inhérente. Cette sauvagerie, qui semble transcender les générations et les époques, devient le fil conducteur de son enquête et l’amène à explorer les profondeurs de l’histoire roumaine et de son propre héritage.

Khazrai mêle habilement réalité et légende, offrant une réflexion sur la manière dont les histoires et les mythes façonnent les individus et les communautés. Le roman explore les thèmes de l’identité, de la mémoire et de la résilience à travers une lentille fascinante et poétique.

Éditeur ‏ : ‎ Les Avrils (21 août 2024) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 304 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2383110302 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2383110309

Dogrun de Arthur Nersesian

Quand Mary revient un soir dans son appartement de l’East Village, elle n’est pas surprise de trouver Primo, son nouveau petit ami, avachi devant la tv .

Chronique : Mary, personnage principal de Dogrun, revient un soir dans son appartement de l’East Village et découvre Primo, son petit ami, inerte devant la télévision. Ce moment de choc est le point de départ d’une aventure aussi imprévisible que révélatrice. Le roman débute sur une note de désarroi et de confusion, et le contraste entre la banalité de la scène et l’ampleur du drame donne le ton à l’ensemble de l’histoire.

Avec le chien de Primo comme seul lien tangible avec le défunt, Mary se lance dans une quête pour retrouver les proches de Primo et comprendre qui il était vraiment. Ce voyage, qui la mène à travers les rues vibrantes et variées de New York, devient un parcours initiatique où elle croise des personnages aussi hauts en couleur que divers. Ces rencontres surprenantes, à la fois touchantes et déconcertantes, révèlent les couches cachées de la vie de Primo, tout en mettant en lumière les propres contradictions et aspirations de Mary.

Le roman de Nersesian se distingue par sa manière vivante et cynique de dépeindre la ville de New York et ses habitants. L’humour de Nersesian est un outil puissant pour explorer des thèmes profonds comme l’identité, la perte et la quête de sens. Mary, avec son mélange de naïveté et de détermination, se confronte à une galerie de personnages pittoresques et souvent peu recommandables, ce qui accentue l’absurdité et la beauté de sa quête.

Mary est accompagnée de sa meilleure amie Zoe, d’une série de petits boulots qui font partie de son quotidien, et d’un groupe de punk rock amateur qui reflète l’esprit anarchique de son existence. Cette configuration permet à Nersesian de tordre les clichés sur la jeunesse new-yorkaise et de créer un portrait authentique et souvent décalé de ses personnages.

Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 272 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2413086145 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2413086147

La couleur noire n’existe pas par Greta Olivo

Livia a la vie devant elle, une famille aimante, des yeux magnifiques. Et elle court vite, très vite, remportant ses courses les unes après les autres. Mais un jour, une ombre la fait trébucher après la ligne d’arrivée. Petit à petit, les objets se mettent à disparaître, engloutis par un mal qui s’attaque à sa rétine.

Chronique : Livia, avec sa vie prometteuse et son talent de coureuse, est l’incarnation de la réussite et de l’énergie juvénile. Ses victoires sont célébrées, et son avenir semble radieux. Mais lorsque la maladie commence à obscurcir sa vision, elle entre dans une lutte contre un ennemi invisible et inéluctable : la perte progressive de sa vue. Ce processus de dégradation, à la fois physiquement déstabilisant et émotionnellement déchirant, entraîne Livia dans un voyage intérieur intense.

La perte de la vue n’est pas simplement une question de privation physique, mais un bouleversement profond de son identité et de sa perception du monde. Livia se voit confrontée à la nécessité de réinventer sa relation avec l’environnement et, surtout, avec elle-même. Le soutien d’Emilio, son tuteur, devient essentiel dans cette épreuve. Leur relation, empreinte de compassion et de compréhension, sert de fil conducteur dans cette quête pour redéfinir la vie au-delà des victoires sportives.

Le roman se distingue par sa manière de décrire le monde à travers le prisme de l’obscurité croissante. Greta Olivo utilise une langue cristalline pour contraster avec la ténacité des ténèbres qui envahissent peu à peu la vision de Livia. Cette juxtaposition entre la clarté du texte et l’obscurité grandissante est non seulement une prouesse stylistique, mais aussi une métaphore poignante de la lutte intérieure de Livia. Le roman questionne les notions de couleur, de lumière et de perception, posant la question cruciale : peut-on encore voir la beauté quand tout semble devenir noir ?

À travers ce voyage de transformation, La Couleur Noire n’existe pas devient un roman de formation universel, où la véritable victoire réside dans l’acceptation de soi et la capacité à se réinventer face à l’impossible. Livia, confrontée à ses propres limites, apprend que la vie peut encore être riche et significative même lorsqu’elle se voit réduite à des contours flous

Éditeur ‏ : ‎ PHEBUS (22 août 2024) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 240 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2752914024 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2752914026

Le crématorium froid de Jozsef Debreczeni

Lorsque József Debreczeni arrive à Auschwitz, son espérance de vie est de quarante-cinq minutes. C’est le temps qu’il faut aux déportés envoyés dans la file de gauche pour se déshabiller et être emmenés dans les chambres à gaz. L’auteur, lui, est dans la file de droite.

Chronique : À son arrivée à Auschwitz, József Debreczeni se voit condamné à une existence aussi éphémère qu’une étincelle. L’espérance de vie des déportés envoyés dans la file de gauche est réduite à quarante-cinq minutes, le temps nécessaire pour être triés, déshabillés et envoyés aux chambres à gaz. Cependant, pour Debreczeni, la destinée s’écrit autrement : il est dirigé vers la file de droite, une lueur d’espoir parmi l’horreur.

Son récit, qui se déploie sur douze mois de souffrances, de survie et de résistance, nous plonge dans le « pays d’Auschwitz », un territoire de désespoir et de déshumanisation. Au camp de Dörnhau, surnommé le « crématorium froid », il décrit la déchéance physique et mentale des prisonniers, traités comme des objets jetables par un régime nazi déterminé à exterminer systématiquement toute forme d’humanité.

Ce qui distingue Le Crématorium Froid des autres témoignages, c’est la profondeur avec laquelle Debreczeni explore la hiérarchie concentrationnaire et la mécanique implacable de l’extermination. Son récit est une exploration minutieuse du système inhumain mis en place par les nazis, où la mort est banalisée et le mépris pour la vie humaine atteint son paroxysme.

L’œuvre va au-delà des faits pour s’attarder sur les individus qui, à travers la souffrance, se voient redonnés une identité. Debreczeni nous fait découvrir les visages et les histoires des compagnons de détention, sortant ces êtres humains de l’ombre des numéros et leur restituant leur dignité. Ces portraits poignants humanisent la barbarie du régime et rendent le récit d’autant plus déchirant.

Éditeur ‏ : ‎ Stock (28 août 2024) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 336 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2234095379 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2234095373