Moitoinou de Louise Bourgoin (Auteur), Arthur Dreyfus (Auteur)

Comment faire famille quand les parents se séparent ?

Louise Bourgoin et Arthur Dreyfus abordent avec beaucoup de délicatesse un bouleversement vécu par de nombreux enfants : la séparation des parents. Plutôt que d’expliquer la situation depuis le regard des adultes, Moitoinou choisit de se placer à hauteur d’enfant et de raconter cette année particulière depuis l’intérieur, avec ses questions, ses inquiétudes et ses découvertes.

Tout commence par un carnet caché sous une table de nuit. Un endroit où conserver ce qui arrive pour ne pas oublier cette « bizarre année ». Sur sa couverture, à côté d’un kangourou, quelques mots résument déjà tout le chemin à parcourir : « l’aventure du moi, toi, nous ».

Cette idée du carnet donne au récit une dimension particulièrement intime. Lorsque la famille change de forme, les enfants cherchent eux aussi leurs propres mots pour comprendre ce qui leur arrive. Ce qui semblait jusque-là immuable – une maison, des habitudes, des parents réunis – doit soudain être réinventé.

Le récit accompagne deux enfants pendant une année entière. Le temps joue ici un rôle essentiel : une séparation n’est pas un événement que l’on comprend et accepte en quelques jours. Il faut apprivoiser de nouveaux rythmes, passer d’un lieu à l’autre, abandonner certaines habitudes et en construire de nouvelles.

Louise Bourgoin et Arthur Dreyfus évitent surtout de présenter la séparation comme la disparition de la famille. C’est au contraire la définition même du mot « famille » qui évolue. Les parents ne vivent plus nécessairement sous le même toit, mais les liens, les souvenirs et l’affection ne s’effacent pas pour autant.

Le titre, Moitoinou, traduit joliment cette idée. Il est question du « moi », du « toi », mais aussi de ce « nous » qu’il faut réussir à préserver autrement. Chacun retrouve progressivement sa place sans que l’histoire commune disparaisse.

L’album laisse également une vraie place aux émotions contradictoires de l’enfance. La tristesse peut côtoyer la colère, l’incompréhension ou l’espoir. Il n’existe pas une seule manière de vivre la séparation de ses parents, et le livre ne cherche jamais à imposer une réaction idéale.

Cette approche permet d’aborder un sujet sensible sans dramatisation excessive ni fausse légèreté. La poésie devient un moyen de mettre des mots sur ce qui peut être difficile à exprimer et offre également aux parents un support pour ouvrir la discussion.

Moitoinou raconte finalement moins la fin d’une famille que sa transformation. Une maison peut devenir deux maisons, les habitudes peuvent changer et le quotidien se réorganiser sans que les sentiments soient condamnés à suivre le même chemin.

Un album jeunesse sensible, poétique et réconfortant qui trouve les mots justes pour parler de la séparation sans réduire la famille à un toit partagé. Louise Bourgoin et Arthur Dreyfus rappellent avec finesse que lorsque le quotidien se divise, les liens peuvent continuer à réunir et qu’après le bouleversement vient aussi le temps d’inventer une nouvelle manière d’être ensemble

Éditeur ‏ : ‎ Robert Laffont Date de publication ‏ : ‎ 10 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2221279328 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2221279328

L’Affaire du carré de Geoffrey Le Guilcher

Un cold case redoutable : en 1995, un producteur exécuté de quatre balles formant un carré parfait ; en 2025, la mort de sa fille. Trente ans d’écart, un même mystère. Entre passé irrésolu et enquête sous tension, un suspense haletant.

Geoffrey Le Guilcher construit un thriller à double temporalité autour de deux morts séparées par trente ans et d’un détail suffisamment troublant pour transformer une ancienne affaire criminelle en énigme toujours vivante. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, producteur de cinéma, est retrouvé exécuté de quatre balles dans la nuque, disposées en un carré parfait. Le meurtrier ne sera jamais identifié.

Exactement trente ans plus tard, le 6 mai 2025, sa fille Ana disparaît. Un mois passe avant que son corps ne soit découvert au fond d’un puits dans la forêt de Meudon. Deux générations d’une même famille sont désormais frappées par la mort. Coïncidence, vengeance ou prolongement d’une histoire commencée trois décennies auparavant ?

La famille Vitali se tourne vers Emma Voldor, rédactrice en chef du journal True Crime. La particularité de cette rédaction est passionnante : reprendre les affaires non résolues et les raconter avec les méthodes narratives du roman policier, dans l’espoir de regarder autrement des dossiers sur lesquels les enquêteurs se sont parfois cassé les dents.

Emma s’entoure notamment de la romancière Zema Adame et du journaliste Jed Jarzinski. Ce dernier possède une capacité particulière à reconstruire les raisonnements criminels, jusqu’à se projeter dans l’esprit d’un meurtrier comme pourrait le faire un profileur. Une qualité précieuse lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi quatre balles ont été disposées selon une géométrie aussi précise.

Mais la nouvelle affaire Vitali pose immédiatement un problème. L’équipe travaille normalement sur des cold cases. Or la mort d’Ana fait l’objet d’une enquête en cours. En cherchant à résoudre le meurtre de Joseph, les journalistes risquent donc d’interférer avec les investigations présentes. La frontière entre raconter une affaire et devenir soi-même enquêteur commence alors dangereusement à s’effacer.

C’est l’un des aspects les plus intéressants du roman. Geoffrey Le Guilcher ne se contente pas d’utiliser le journalisme comme prétexte à une enquête parallèle : il interroge la place de ceux qui racontent le crime. Jusqu’où un journaliste peut-il aller pour rechercher la vérité ? Que faire lorsqu’une information susceptible de résoudre une vieille affaire peut également bouleverser une procédure judiciaire actuelle ?

La construction autour des deux époques entretient efficacement le suspense. Chaque découverte concernant 1995 peut modifier la lecture des événements de 2025, tandis que la mort d’Ana oblige à reconsidérer tout ce que l’on croyait savoir sur celle de son père. Le passé n’est jamais véritablement refermé : il attend simplement qu’un nouvel élément vienne le réveiller.

Le mystérieux carré devient naturellement le symbole de cette enquête. Sa précision laisse difficilement croire à un geste improvisé. Derrière cette signature se cache une intention qu’il faut parvenir à comprendre, et le lecteur est entraîné dans le même jeu de déduction que les journalistes.

L’univers du cinéma apporte également une dimension supplémentaire au mystère. Joseph Vitali était producteur, et son assassinat conduit nécessairement à explorer un milieu où ambitions, relations professionnelles et secrets personnels peuvent fournir autant de pistes. Mais trente années ont passé : les souvenirs se déforment, les témoins disparaissent et ceux qui restent ne disent pas nécessairement toute la vérité.

Geoffrey Le Guilcher associe ainsi efficacement enquête criminelle, journalisme et mécanique du cold case. L’intérêt ne repose pas uniquement sur l’identité du coupable, mais sur la manière dont une affaire ancienne peut continuer à contaminer le présent et sur les conséquences de la recherche obstinée d’une vérité longtemps enfouie.

Un thriller particulièrement prenant, construit autour d’un mystère simple en apparence mais redoutablement efficace : deux morts, trente ans d’écart et une histoire qui refuse de rester enterrée. Entre enquête journalistique, secrets familiaux et dossier irrésolu, L’Affaire du carré rappelle qu’un cold case n’est jamais complètement froid tant que quelqu’un cherche encore à comprendre ce qui s’est réellement passé.

9782749960760
404 pages
10/09/2026

L’âge de cristal de Frantz Duchazeau

Pierre, une dizaine d’années, grandit paisiblement dans une petite ville aux côtés de ses parents et de son grand frère. Mais le couple parental montre des signes de fragilité, tandis que le monde autour de lui semble en pleine mutation. Pierre s’interroge alors sur le passé mystérieux de sa mère, sur la cruauté de certains camarades, sur ce grand père qu’il n’a jamais connu… Sur la vie, tout simplement.

Frantz Duchazeau choisit de regarder le monde à hauteur d’enfant, à travers Pierre, une dizaine d’années, qui grandit dans une petite ville auprès de ses parents et de son grand frère. Une existence apparemment ordinaire, faite d’école, de famille et de découvertes, mais dans laquelle apparaissent peu à peu des fissures que le garçon ne sait pas encore complètement interpréter.

Le couple formé par ses parents semble se fragiliser. Pierre perçoit les tensions sans nécessairement en comprendre les causes, comme souvent lorsque les enfants surprennent les silences et les inquiétudes des adultes. Dans le même temps, d’autres interrogations apparaissent : pourquoi sa mère semble-t-elle cacher une partie de son passé ? Qui était réellement ce grand-père qu’il n’a jamais connu ? Et pourquoi certains camarades peuvent-ils se montrer aussi cruels ?

L’enfance devient ici un âge où l’on commence à comprendre que les adultes possèdent eux aussi leurs secrets, leurs blessures et leurs contradictions. Pierre observe, questionne et tente de construire des réponses avec les éléments dont il dispose. Le monde qui semblait jusque-là relativement simple devient progressivement plus difficile à déchiffrer.

Frantz Duchazeau ne cherche pas à multiplier les grands événements. Il s’intéresse davantage aux détails, aux sensations et à ces moments apparemment insignifiants qui peuvent pourtant marquer durablement une enfance. Une remarque, un regard ou une conversation entendue à moitié suffit parfois à bouleverser la perception que Pierre possède de sa famille.

Le mystère entourant sa mère et ce grand-père absent apporte une profondeur supplémentaire au récit. Le passé familial s’invite dans le présent et pousse le garçon à comprendre que notre histoire commence bien avant notre naissance. Certaines blessures se transmettent silencieusement d’une génération à l’autre, même lorsque personne ne prend le temps de les expliquer.

La cruauté des autres enfants participe également à cette perte progressive de l’innocence. L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage : elle devient l’un des premiers espaces où Pierre découvre les rapports de force, la différence et la violence que les autres peuvent exercer presque naturellement.

Le dessin joue un rôle essentiel dans cette exploration. Frantz Duchazeau utilise pleinement les possibilités de la bande dessinée pour traduire les émotions et les perceptions de son jeune héros. Ce que Pierre imagine, ressent ou redoute possède parfois autant d’importance que ce qui se produit réellement. Le regard enfantin transforme ainsi le quotidien et donne au récit sa sensibilité particulière.

Le titre prend alors tout son sens. L’enfance peut ressembler à du cristal : lumineuse, précieuse, mais également fragile. Pierre se trouve précisément à cet instant où les premières certitudes commencent à se briser et où le monde des adultes cesse progressivement d’apparaître comme un espace parfaitement maîtrisé.

Sans nostalgie excessive ni dramatisation artificielle, Frantz Duchazeau raconte ainsi la découverte progressive de la complexité de la vie. Grandir signifie apprendre que ses parents ne possèdent pas toutes les réponses, que les familles ont leurs secrets et que le monde peut être aussi beau que cruel.

Un album délicat et profondément humain sur cet âge fragile où l’on quitte peu à peu l’innocence sans avoir encore totalement rejoint le monde des adultes. Frantz Duchazeau restitue avec beaucoup de finesse les questions, les blessures et les découvertes qui façonnent silencieusement une enfance.

Éditeur ‏ : ‎ Robinson Date de publication ‏ : ‎ 16 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2017265667 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2017265665

Mawrth Valliis – Tome 1 de EPHK

Une traque interdite. Une vallée qui ne pardonne pas.

EPHK nous propulse sur Mars pour une aventure de science-fiction pulp aussi mystérieuse que dépaysante, construite autour d’une pilote dont la désobéissance va ouvrir la porte sur des secrets qu’elle n’aurait probablement jamais dû découvrir.

Lors d’un affrontement avec une faction martienne rivale, la jeune pilote reçoit l’ordre de ne pas poursuivre un ennemi en fuite. Mais sa détermination et sa curiosité prennent le dessus. Elle abandonne les consignes et se lance à sa poursuite, jusqu’à pénétrer dans une région où personne ne devrait s’aventurer : la vallée interdite de Mars.

Ce point de départ volontairement simple permet au récit d’entrer rapidement dans l’action. Une mission militaire devient une exploration de l’inconnu, et la chasse initiale change progressivement de nature à mesure que l’héroïne s’enfonce dans ce territoire hostile. Celui qu’elle poursuit pourrait finalement être moins dangereux que ce qui l’attend au bout du voyage.

La vallée occupe ainsi une place centrale. Plus qu’un simple décor martien, elle devient une présence menaçante, chargée d’une histoire que les différentes factions semblent avoir intérêt à garder secrète. EPHK joue avec cette fascination pour les territoires interdits : dès lors qu’un endroit est défendu, l’envie de comprendre pourquoi devient irrésistible.

Le choix d’une pilote comme personnage principal renforce cette dynamique. Combative et impulsive, elle provoque elle-même la situation dans laquelle elle se retrouve. Sa désobéissance n’est donc pas seulement un ressort scénaristique : elle révèle un tempérament incapable de se satisfaire des réponses qu’on lui impose.

L’univers s’inscrit pleinement dans l’héritage de la science-fiction pulp, avec ses affrontements, ses engins futuristes, ses civilisations rivales et ses territoires encore inconnus. Mais derrière l’efficacité de l’aventure se dessine progressivement un mystère plus vaste autour de Mars et de son passé.

La particularité la plus intrigante reste évidemment la présentation de cette histoire comme étant publiée dans sa « langue martienne originelle ». Ce parti pris renforce l’impression de découvrir un objet venu directement de cet univers plutôt qu’un simple récit qui se déroulerait sur la planète rouge. Il participe à l’identité singulière du projet et à son goût assumé pour l’expérimentation.

Ce premier tome fonctionne avant tout comme l’ouverture d’une aventure appelée à s’élargir. La course-poursuite sert de porte d’entrée vers un monde dont on ne perçoit encore qu’une partie, tandis que les secrets de la vallée promettent de remettre en question ce que l’héroïne croyait savoir sur sa planète.

Un premier chapitre intrigant et audacieux, qui retrouve l’énergie de la science-fiction pulp tout en développant une identité graphique et narrative singulière. Entre combats aériens, désobéissance et exploration d’une vallée interdite, EPHK fait de Mars un territoire où la curiosité peut conduire à la vérité… à condition d’y survivre

ASIN ‏ : ‎ B0GXDTJTTN Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions Date de publication ‏ : ‎ 17 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 136 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032411322

Au secours un loup ! de Orianne Lallemand (Auteur), Loïc Méhée (Illustrations)

Qui n’a jamais rêvé… d’assommer un loup ? Un livre animé drôle et plein de surprises pour sauver les héros des contes.

rianne Lallemand et Loïc Méhée revisitent avec beaucoup d’humour la grande figure du loup des contes traditionnels dans un album pop-up où le jeune lecteur ne se contente plus d’observer l’aventure : il doit intervenir pour sauver les personnages.

Cette fois, le loup a particulièrement faim. Le Petit Chaperon rouge, deux petits cochons et six chevreaux ont déjà disparu. Face à cette inquiétante série d’enlèvements, Pierre part à leur recherche, mais il aura besoin de l’aide de l’enfant pour affronter ce redoutable adversaire.

Tirer, soulever, manipuler ou découvrir ce qui se dissimule derrière les pages : la lecture devient un véritable jeu. Chaque animation fait progresser l’histoire et entretient l’attente, avec toujours cette possibilité que le loup surgisse au moment où on l’attend le moins.

L’album s’amuse intelligemment avec plusieurs contes célèbres. Les enfants reconnaîtront facilement leurs personnages tout en les découvrant réunis dans une aventure complètement nouvelle. Ces références apportent une complicité supplémentaire à la lecture sans nécessiter de connaître parfaitement les histoires originales.

Le loup lui-même reste suffisamment impressionnant pour provoquer quelques petits frissons, mais l’humour désamorce rapidement la peur. L’objectif est bien de jouer à se faire peur, dans une ambiance parfaitement adaptée à Halloween et accessible dès 4 ans.

Les illustrations expressives et colorées de Loïc Méhée renforcent cette dimension ludique. Associées aux mécanismes pop-up, elles donnent du mouvement aux situations et transforment chaque nouvelle page en petite surprise.

La participation demandée à l’enfant constitue surtout la grande réussite de l’ouvrage. Il devient le complice de Pierre et contribue directement au sauvetage des héros. Une manière efficace de maintenir l’attention et de faire de la lecture un moment de partage particulièrement vivant.

Un album pop-up drôle, inventif et délicieusement effrayant qui détourne les contes classiques pour mieux jouer avec leurs personnages. Entre manipulations, surprises et apparitions du grand méchant loup, une aventure participative idéale pour frissonner et rire à l’approche d’Halloween

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 24 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 16 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095060660 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095060664

Le roman des Goscinny (tome 2): Un gaulois immortel de Catel

C’est le scénariste qui nous a tant donné : un héros immortel, Astérix ; et ses amis, envahisseurs, druide, barde, chef ou César ; un monde bagarreur, amical, plein de fantaisie et de passion pour l’histoire ; des thèmes légendairement traités, capitalisme (Obélix et Cie), découverte du pays (Le Tour de Gaule), sans oublier les expéditions, jusqu’aux vikings et à l’Egypte de Cléopâtre…. Ce génie qui a forgé notre imaginaire, c’est René Goscinny. Il nous a offert des lieux (Petitbonum), des mots légendaires (Ils sont fous ces romains), quelques données de latin (alea jacta est), un certain sens de l’amitié, du désaccord, de la résistance, de l’aventure. Tout un rêve gaulois…

*

Avec Un Gaulois immortel, second volet de son ambitieux diptyque biographique consacré à la dynastie Goscinny, Catel Muller livre une somme graphique et documentaire de premier ordre, auscultant les rouages d’un des plus spectaculaires triomphes culturels du XXᵉ siècle. S’ouvrant sur l’effervescence de la fin des années 1950, l’album retrace minutieusement l’âge d’or d’un créateur prolifique, de la création fondatrice du journal Pilote jusqu’à l’ascension fulgurante d’Astérix le Gaulois, devenu en quelques années un emblème patrimonial et un phénomène d’édition planétaire. L’autrice décortique avec une remarquable acuité critique la mécanique de précision propre à René Goscinny, scénariste visionnaire qui a su transformer la bande dessinée en une caisse de résonance sociologique d’une rare élégance : sous le vernis du burlesque et des anachronismes savoureux, des chefs-d’œuvre comme Obélix et Compagnie, Le Tour de Gaule ou Astérix et Cléopâtre imposaient une lecture mordante de la société de consommation, de l’identité nationale et de la géopolitique, tout en léguant à la langue française une verve satirique inoubliable, des citations latines détournées aux célèbres camps romains retranchés. Cependant, la force de cet opus réside dans son refus de l’hagiographie complaisante ; Catel y met en lumière la face d’ombre de cette réussite industrielle colossale, explorant l’épuisement physique d’un auteur aux prises avec un rythme d’écriture stakhanoviste — menant de front les destinées d’Astérix, de Lucky Luke, d’Iznogoud et du Petit Nicolas —, les tensions intestines avec les éditeurs, ainsi que la fracture intime et générationnelle causée par la fronde de Mai 68 au sein même de sa rédaction. Par un trait expressif, nourri de témoignages d’époque et d’une rigueur historiographique irréprochable, l’album saisit toute l’ambivalence d’un homme mélancolique, pudique et intransigeant, dont l’éthique de travail et le sens aigu de la dramaturgie ont hissé le divertissement populaire au rang d’art majeur. Il en résulte un ouvrage de référence, d’une grande densité narrative, qui rend un hommage magistral à l’architecte intellectuel du rire moderne.

Éditeur ‏ : ‎ Grasset Date de publication ‏ : ‎ 10 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2246813492 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2246813491

Maestro: Conte musical de Thibault Prugne (Auteur), Jean-Pierre Jolicard (Compositeur), François Morel (Lecteur)

Téo vit avec son père adoptif dans le village de Streinkel, où tous les habitants sont pêcheurs. Mais le garçon, lui, est passionné de musique. Il en entend partout, tout le temps : dans le clapotis des vagues, le souffle du vent… À l’abri des regards, il joue du charango, un petit instrument hérité de ses parents. Lorsqu’il fait la connaissance d’une famille de musiciens qui parcourt le pays, Téo va enfin réaliser son rêve.
Une histoire poétique écrite et illustrée par Thibault Prugne, racontée par François Morel sur les musiques aux sonorités gitanes de Jean-Pierre Jolicard.

Thibault Prugne imagine une histoire où la musique devient à la fois un héritage, un langage et une promesse de liberté. Téo vit avec son père adoptif à Streinkel, un village où la mer rythme le quotidien et où tous les habitants semblent destinés à devenir pêcheurs. Mais le garçon, lui, rêve d’un autre horizon.

Téo entend de la musique partout. Le clapotis des vagues, le souffle du vent ou les bruits qui l’entourent composent déjà pour lui une immense partition. À l’abri des regards, il joue du charango, petit instrument hérité de ses parents et précieux lien avec ses origines. La musique n’est donc pas seulement une passion : elle appartient profondément à son histoire.

Dans un village où chacun semble suivre le chemin tracé par les générations précédentes, cette vocation fait de Téo un enfant à part. Sa rencontre avec une famille de musiciens itinérants va alors bouleverser son existence. Pour la première fois, il découvre des adultes qui vivent de ce qui le passionne et entrevoit la possibilité d’un avenir qu’il n’osait jusque-là qu’imaginer.

Maestro raconte ainsi avec beaucoup de sensibilité le moment où un enfant comprend que ses rêves peuvent devenir autre chose que des rêves. Le récit parle de vocation, mais également de transmission et du courage nécessaire pour suivre une voie différente de celle que son environnement semblait avoir choisie pour lui.

Le travail graphique de Thibault Prugne accompagne parfaitement cette dimension poétique. La mer, le village et les personnages participent à une atmosphère où le réel semble constamment prêt à basculer vers l’imaginaire. Les illustrations ne se contentent pas d’accompagner l’histoire : elles prolongent les émotions et donnent une véritable ampleur au voyage de Téo.

Mais la particularité de l’ouvrage tient évidemment à sa dimension de conte musical. Les compositions de Jean-Pierre Jolicard, aux sonorités gitanes, permettent à la musique dont rêve Téo de véritablement sortir des pages. Elle devient une composante à part entière du récit et renforce l’impression d’accompagner le jeune garçon dans sa découverte d’un nouveau monde.

La narration de François Morel apporte quant à elle chaleur et humanité à l’ensemble. Sa voix accompagne naturellement cette histoire de transmission et permet aux mots, aux images et aux compositions musicales de se répondre.

Derrière l’aventure de Téo se trouve enfin un message universel sur la différence et l’accomplissement personnel. Il n’est pas toujours nécessaire de suivre la route empruntée par tous ceux qui nous entourent. Parfois, il suffit d’écouter ce qui résonne en soi pour découvrir son propre chemin.

Un très beau conte sur la musique, les rêves et la liberté de choisir sa vie, où chaque élément participe à la même émotion. Porté par les illustrations de Thibault Prugne, les compositions de Jean-Pierre Jolicard et la voix de François Morel, Maestro offre une expérience sensible et poétique qui rappelle aux enfants que certaines vocations commencent simplement par apprendre à écouter le monde autrement.

Éditeur ‏ : ‎ MARGOT Date de publication ‏ : ‎ 19 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2494797691 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2494797697

L’Ours qui n’aimait pas l’automne de Cécile Elma Roger (Auteur), Julia Fradin (Illustrations)

L’automne, c’est le temps des provisions. On s’affaire, dans la forêt… On fait les stocks de nourriture… On se prépare, surtout, à l’interminable sieste de l’hiver.

ASIN ‏ : ‎ B0GXP1212Y Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023523195

Cécile Elma Roger imagine une histoire pleine de tendresse autour d’un ours qui refuse obstinément de se plier aux habitudes de son espèce. Grand Bobbie adore lire, manger des gâteaux et profiter tranquillement de ses journées. Alors forcément, l’arrivée de l’automne et la perspective de devoir préparer une interminable hibernation ne l’enchantent absolument pas.

Dans la forêt, tout le monde s’affaire pour constituer ses réserves avant l’hiver. Grand Bobbie, lui, préférerait largement rester éveillé avec ses livres. Lorsqu’il entend parler de Jeanine, une hérissonne installée chez un humain et qui aurait ainsi échappé à l’hibernation, la solution lui paraît évidente : il doit lui aussi se faire adopter.

Voilà donc notre ours parti à la recherche de l’humain idéal. Son enthousiasme le conduit jusqu’à Lucien, chez qui il s’installe avec beaucoup plus de naturel que son nouvel hôte ne l’aurait souhaité. Car Lucien vit seul, loin des autres, et semble parfaitement satisfait de ne devoir supporter personne. L’arrivée soudaine d’un ours dans son jardin n’a donc rien d’une bonne nouvelle.

C’est dans la rencontre entre ces deux personnages que l’album trouve tout son charme. D’un côté, Grand Bobbie, généreux, curieux et débordant d’affection ; de l’autre, Lucien, solitaire et peu disposé à laisser quelqu’un entrer dans son quotidien. Plutôt que de forcer cette amitié, Cécile Elma Roger la fait naître progressivement, grâce à la patience et à la gentillesse de son héros.

Derrière l’humour de cette situation improbable se dessine ainsi une jolie réflexion sur la solitude, l’amitié et notre capacité à nous ouvrir aux autres. Grand Bobbie veut initialement trouver un moyen d’échapper à l’automne, mais son aventure va finalement lui apporter quelque chose de bien plus précieux.

Le goût du personnage pour les livres ajoute également une belle touche à l’histoire. La lecture participe à sa personnalité et renforce son caractère attachant : cet ours préfère les histoires et les gâteaux aux longues siestes imposées par la nature.

Les illustrations de Julia Fradin accompagnent parfaitement la douceur et la fantaisie du récit. Elles donnent vie à ce duo improbable et renforcent aussi bien les situations amusantes que les moments plus tendres, dans une ambiance automnale chaleureuse.

L’Ours qui n’aimait pas l’automne détourne ainsi avec malice les habitudes de l’hibernation pour raconter avant tout une rencontre. Grand Bobbie pensait chercher un toit pour rester éveillé pendant l’hiver ; il pourrait finalement trouver un ami, tandis que Lucien découvre que laisser quelqu’un entrer dans son jardin signifie parfois aussi lui laisser une place dans sa vie.

Un album drôle, poétique et réconfortant sur l’amitié, la solitude et le plaisir des livres, porté par un ours irrésistible dont la gentillesse pourrait bien faire fondre même les cœurs les plus difficiles à apprivoiser.

Un monde meilleur de MARIE Darme

On est tous différents

Marie Darme propose un album jeunesse autour d’un message aussi simple qu’essentiel : nous sommes tous différents, et c’est justement cette diversité qui fait la richesse du monde.

À hauteur d’enfant, l’album invite à observer celles et ceux qui nous entourent sans chercher à les faire entrer dans un même modèle. Apparences, personnalités, goûts ou manières de voir les choses : chacun possède ses particularités et participe, à sa façon, à rendre le quotidien plus intéressant et surprenant.

L’autrice aborde ainsi la différence, l’acceptation de l’autre et le vivre-ensemble avec des mots accessibles aux plus jeunes. Plutôt que de présenter la différence comme quelque chose qu’il faudrait dépasser, elle en fait une richesse à découvrir et à partager.

Le message fonctionne également sur l’estime de soi. Accepter que les autres soient différents, c’est aussi comprendre que l’on a soi-même le droit de ne pas ressembler à tout le monde. Une idée importante à transmettre dès l’enfance, à une période où le regard des autres commence progressivement à prendre de la place.

Un monde meilleur porte ainsi une vision positive et bienveillante de la société, où la curiosité remplace le jugement et où les singularités deviennent autant d’occasions de s’ouvrir aux autres.

Un album tendre et lumineux qui rappelle aux enfants qu’un monde où tout le monde serait identique serait finalement bien moins intéressant. Une jolie invitation à accueillir les différences, à respecter chacun et à comprendre que c’est précisément notre diversité qui rend le monde si riche

Éditeur ‏ : ‎ hélium Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2330223196 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2330223199

Les visages du feu – Tome 2 : La Ville effondrée de Chloé Vollmer-Lo

Chloé Vollmer-Lo poursuit sa dystopie en plongeant Luce et ses camarades dans un Paris dévasté où la liberté nouvellement acquise ne garantit absolument pas la sécurité. Après leur évasion de l’Institut du Nouveau Lendemain, les jeunes filles découvrent un monde extérieur tout aussi dangereux, fragmenté entre différents clans et soumis à de nouvelles formes de violence.

Luce reste animée par une priorité : retourner chercher celles qui sont encore prisonnières de l’Institut. Impossible pour elle de profiter de sa propre liberté en sachant que d’autres subissent toujours ce système. Mais pour espérer les sauver, il faut d’abord survivre dans cette ville effondrée, comprendre ses nouvelles règles et déterminer à qui accorder sa confiance.

Cette dimension donne au récit une tension permanente. Chaque rencontre peut déboucher sur une alliance comme sur une trahison, et les personnages doivent rapidement apprendre que leurs convictions ne suffisent pas toujours face à la nécessité de survivre. Les choix deviennent plus difficiles à mesure que les certitudes s’effondrent.

Une nouvelle menace vient encore compliquer la situation : les Fils de l’Aube, pendant masculin de l’Institut. Leur présence permet à Chloé Vollmer-Lo d’élargir l’univers installé dans le premier tome et de montrer que les mécanismes de domination dépassent un seul lieu. Derrière les différents groupes se dessine tout un système fondé sur le contrôle, la violence et la volonté d’imposer aux autres une place déterminée.

Luce poursuit parallèlement son évolution. Plus combative, elle doit apprendre à devenir responsable de ses décisions et à mesurer leurs conséquences pour le groupe. Son désir de libérer les autres se confronte à une réalité beaucoup moins simple : résister signifie parfois négocier, faire confiance à des inconnus ou accepter de remettre en question certaines convictions.

Le Paris en ruines constitue un décor particulièrement efficace. La capitale familière devient un territoire morcelé et hostile où chacun tente de reconstruire ses propres règles. Cette ville effondrée reflète finalement les personnages eux-mêmes : après avoir quitté l’Institut, ils doivent désormais déterminer ce qu’ils souhaitent bâtir à la place du monde qu’ils refusent.

Le féminisme demeure au cœur du récit, mais s’inscrit davantage ici dans une réflexion sur la résistance et la solidarité. Se libérer individuellement n’est qu’une première étape. Luce comprend que sa liberté prend également son sens dans le combat pour celles qui n’ont pas encore réussi à s’échapper.

Chloé Vollmer-Lo mêle ainsi survie, alliances, trahisons et luttes de pouvoir tout en faisant évoluer les enjeux de sa dystopie. Ce deuxième tome ne se contente pas de prolonger la fuite : il confronte ses personnages aux conséquences de leur rébellion et à une question beaucoup plus complexe, celle du monde qu’ils veulent construire après avoir détruit leurs chaînes.

Un deuxième tome plus sombre et mouvementé, où l’urgence de survivre se heurte constamment à celle de résister. Entre clans ennemis, nouvelles menaces et vérités difficiles à affronter, Luce découvre surtout que conquérir sa liberté est une chose, parvenir à la défendre et à la partager en est une autre

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 576 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095060180 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095060183