Moitoinou de Louise Bourgoin (Auteur), Arthur Dreyfus (Auteur)

Comment faire famille quand les parents se séparent ?

Louise Bourgoin et Arthur Dreyfus abordent avec beaucoup de délicatesse un bouleversement vécu par de nombreux enfants : la séparation des parents. Plutôt que d’expliquer la situation depuis le regard des adultes, Moitoinou choisit de se placer à hauteur d’enfant et de raconter cette année particulière depuis l’intérieur, avec ses questions, ses inquiétudes et ses découvertes.

Tout commence par un carnet caché sous une table de nuit. Un endroit où conserver ce qui arrive pour ne pas oublier cette « bizarre année ». Sur sa couverture, à côté d’un kangourou, quelques mots résument déjà tout le chemin à parcourir : « l’aventure du moi, toi, nous ».

Cette idée du carnet donne au récit une dimension particulièrement intime. Lorsque la famille change de forme, les enfants cherchent eux aussi leurs propres mots pour comprendre ce qui leur arrive. Ce qui semblait jusque-là immuable – une maison, des habitudes, des parents réunis – doit soudain être réinventé.

Le récit accompagne deux enfants pendant une année entière. Le temps joue ici un rôle essentiel : une séparation n’est pas un événement que l’on comprend et accepte en quelques jours. Il faut apprivoiser de nouveaux rythmes, passer d’un lieu à l’autre, abandonner certaines habitudes et en construire de nouvelles.

Louise Bourgoin et Arthur Dreyfus évitent surtout de présenter la séparation comme la disparition de la famille. C’est au contraire la définition même du mot « famille » qui évolue. Les parents ne vivent plus nécessairement sous le même toit, mais les liens, les souvenirs et l’affection ne s’effacent pas pour autant.

Le titre, Moitoinou, traduit joliment cette idée. Il est question du « moi », du « toi », mais aussi de ce « nous » qu’il faut réussir à préserver autrement. Chacun retrouve progressivement sa place sans que l’histoire commune disparaisse.

L’album laisse également une vraie place aux émotions contradictoires de l’enfance. La tristesse peut côtoyer la colère, l’incompréhension ou l’espoir. Il n’existe pas une seule manière de vivre la séparation de ses parents, et le livre ne cherche jamais à imposer une réaction idéale.

Cette approche permet d’aborder un sujet sensible sans dramatisation excessive ni fausse légèreté. La poésie devient un moyen de mettre des mots sur ce qui peut être difficile à exprimer et offre également aux parents un support pour ouvrir la discussion.

Moitoinou raconte finalement moins la fin d’une famille que sa transformation. Une maison peut devenir deux maisons, les habitudes peuvent changer et le quotidien se réorganiser sans que les sentiments soient condamnés à suivre le même chemin.

Un album jeunesse sensible, poétique et réconfortant qui trouve les mots justes pour parler de la séparation sans réduire la famille à un toit partagé. Louise Bourgoin et Arthur Dreyfus rappellent avec finesse que lorsque le quotidien se divise, les liens peuvent continuer à réunir et qu’après le bouleversement vient aussi le temps d’inventer une nouvelle manière d’être ensemble

Éditeur ‏ : ‎ Robert Laffont Date de publication ‏ : ‎ 10 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2221279328 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2221279328

Sham De Takashi Miike | Par Hayashi Mori Avec Gô Ayano, Kô Shibasaki, Kazuya Kamenashi

Seiichi Yabushita, instituteur respecté, est accusé par une mère d’avoir harcelé et humilié son fils. Très vite, la machine s’emballe. Médias, rumeurs, opinion publique : chacun impose son récit. Yabushita est alors pris dans une spirale où la vérité n’est plus qu’une version parmi d’autres.

Sham délaisse les excès auxquels Takashi Miike est souvent associé pour une violence plus insidieuse : celle du soupçon. À partir d’une accusation visant un instituteur, le cinéaste japonais construit un thriller social où la recherche des faits se heurte rapidement à la puissance des récits, des médias et d’une opinion publique qui réclame des certitudes avant même que la vérité puisse être établie.

Seiichi Yabushita est un instituteur respecté lorsqu’une mère l’accuse d’avoir harcelé et humilié son fils. L’affaire pourrait rester circonscrite à l’école et faire l’objet d’une enquête. Elle devient pourtant rapidement publique. Les témoignages circulent, les médias s’en emparent et chacun commence à reconstruire les événements selon sa propre perception.

Le scénario de Hayashi Mori trouve sa force dans cette multiplication des points de vue. Sham ne demande pas immédiatement au spectateur de choisir un camp. Il l’oblige plutôt à constater combien notre jugement peut changer selon la personne qui raconte une même situation, les informations dont elle dispose et la manière dont celles-ci lui sont présentées.

La vérité devient alors le véritable enjeu du film.

Takashi Miike montre avec précision la transformation d’une accusation en récit collectif. Une phrase est reprise, raccourcie puis interprétée. Une rumeur devient une information. Une séquence sortie de son contexte semble confirmer une version déjà installée. Lorsque les médias entrent dans la mécanique, Yabushita n’est bientôt plus seulement un enseignant accusé : il devient un personnage public sur lequel chacun peut projeter sa propre conviction.

Gô Ayano porte efficacement cette perte progressive de contrôle. Son personnage comprend que répondre aux accusations ne suffit plus lorsque l’opinion s’est déjà construite. Chaque tentative pour se défendre peut être interprétée comme une preuve supplémentaire, chaque silence comme un aveu. L’acteur traduit cette impuissance sans chercher systématiquement à susciter la sympathie.

Kô Shibasaki occupe une place essentielle dans cet affrontement des perceptions, tandis que Kazuya Kamenashi contribue à un dispositif où les personnages ne sont jamais uniquement définis par ce qu’ils affirment. Miike laisse suffisamment d’ambiguïté pour maintenir le spectateur dans une position inconfortable.

La mise en scène privilégie une sobriété particulièrement efficace. Pas besoin ici de violence graphique : une caméra de télévision, un téléphone ou une conversation peuvent devenir des instruments de destruction. Le cinéaste filme surtout la vitesse avec laquelle une réputation construite pendant des années peut s’effondrer en quelques jours.

Sham devient ainsi une réflexion sur notre besoin de transformer immédiatement des situations complexes en récits simples. Victime ou coupable. Vérité ou mensonge. Pourtant, plus l’enquête avance, plus ces catégories deviennent difficiles à maintenir.

Le film ne prétend pas que toutes les versions se valent. Il s’intéresse plutôt à la difficulté de déterminer les faits lorsque ceux-ci sont ensevelis sous les interprétations, les intérêts personnels et l’emballement médiatique. Cette distinction est essentielle et permet au récit de conserver sa complexité.

Quelques développements insistent parfois lourdement sur cette mécanique et la démonstration aurait gagné à rester aussi ambiguë que dans sa première partie. Mais Miike maintient une tension remarquable en déplaçant constamment notre regard.

La question n’est finalement plus seulement de savoir ce qui s’est passé entre un professeur et son élève. Elle devient beaucoup plus dérangeante : que reste-t-il de la vérité lorsque tout le monde a déjà choisi celle qu’il préfère croire ?

Tendu, ambigu et volontairement inconfortable, Sham montre un Takashi Miike particulièrement maîtrisé. Le réalisateur transforme une accusation scolaire en thriller sur la fabrication des récits, l’emballement médiatique et la fragilité d’une réputation. Gô Ayano impressionne dans le rôle d’un homme progressivement dépossédé de sa propre histoire. Un film qui refuse les réponses immédiates et rappelle surtout qu’entre les faits et ce que nous croyons savoir d’eux existe parfois un gouffre vertigineux.

Si tu penses bien De Géraldine Nakache | Par Géraldine Nakache, David Lambert Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié

Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…

Si tu penses bien s’intéresse à une violence difficile à montrer parce qu’elle ne commence ni par un coup ni par une menace. Géraldine Nakache observe la naissance progressive de l’emprise au sein d’un couple, depuis l’évidence amoureuse des premiers instants jusqu’au moment où l’un des deux partenaires ne sait plus très bien distinguer ses propres pensées de celles qu’on lui a imposées.

Lorsque Gil rencontre Jacques, tout semble simple. L’attirance est immédiate, la relation intense et l’avenir évident. Pourtant, quelque chose se déplace progressivement. Des remarques apparemment anodines deviennent des conseils, les conseils se transforment en règles et ce qui pouvait initialement passer pour de l’attention commence à ressembler à du contrôle.

Jacques possède surtout une phrase : « Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien. » Derrière cette formule faussement rassurante se trouve l’un des mécanismes les plus inquiétants du récit. Si quelque chose de mauvais arrive à Gil, ce serait donc parce qu’elle n’aurait pas pensé correctement. La responsabilité se déplace insidieusement vers elle.

Le scénario signé Géraldine Nakache et David Lambert évite de faire de l’emprise un basculement soudain. Elle s’installe par petites touches. Un comportement corrigé, une décision remise en question, une relation extérieure fragilisée. Pris séparément, chacun de ces éléments pourrait sembler insignifiant. Leur accumulation dessine pourtant progressivement une prison dont Gil ne perçoit pas immédiatement les murs.

Monia Chokri trouve un rôle particulièrement fort. Gil ne devient jamais une figure passive réduite à sa condition de victime. Le film montre au contraire une femme intelligente et autonome dont les certitudes sont lentement fragilisées. L’interprétation repose beaucoup sur ces changements presque imperceptibles : une hésitation avant de répondre, un regard cherchant l’approbation de l’autre, une décision que l’on n’ose plus prendre seule.

Niels Schneider joue efficacement sur une ambiguïté essentielle. Jacques ne doit pas apparaître immédiatement comme une menace, sans quoi le mécanisme du film perdrait une grande partie de sa force. Son contrôle se dissimule derrière l’amour, la protection et une prétendue volonté d’aider Gil à devenir une meilleure version d’elle-même. C’est précisément cette confusion entre bienveillance et domination qui rend la relation inquiétante.

Clémentine Célarié apporte un regard extérieur indispensable. Car l’emprise fonctionne aussi par isolement : lorsque les repères personnels disparaissent progressivement, les proches peuvent devenir les derniers témoins capables de constater une transformation que la personne concernée ne parvient plus à identifier.

Géraldine Nakache privilégie une mise en scène intime et évite autant que possible les effets spectaculaires. Le malaise naît des conversations, des silences et de la répétition. Une phrase affectueuse peut soudainement prendre un autre sens. Un geste présenté comme protecteur devient intrusif. Le quotidien constitue ainsi le principal espace de tension.

Le film pose surtout une question essentielle : comment reconnaître une relation destructrice lorsque celle-ci continue de se présenter comme une histoire d’amour ? Si tu penses bien montre combien l’emprise repose sur cette contradiction. Jacques ne cherche pas seulement à contrôler les actions de Gil ; il modifie progressivement sa perception de ce qui est normal, acceptable ou même réel.

La démonstration se montre parfois plus explicite lorsqu’il s’agit de nommer certains mécanismes psychologiques. Mais cette volonté de rendre lisible l’installation du contrôle permet également au récit de ne jamais romantiser ce qu’il décrit.

Le chemin de Gil devient alors celui d’une reconquête. Sortir de l’emprise ne signifie pas uniquement quitter quelqu’un : il faut retrouver la capacité de faire confiance à son propre jugement, à ses émotions et à ses décisions.

Précis, inconfortable et porté par une remarquable Monia Chokri, Si tu penses bien décrit avec finesse la mécanique de l’emprise psychologique. Géraldine Nakache montre comment le contrôle peut se dissimuler derrière l’attention et comment une relation amoureuse peut progressivement devenir un espace où l’on ne s’appartient plus complètement. Niels Schneider entretient parfaitement l’ambiguïté nécessaire à ce récit où la violence réside d’abord dans les mots. Un film intime et nécessaire sur la difficulté de reconnaître l’emprise, mais surtout sur celle de retrouver sa propre voix.

Les Contrebandiers De Padraic McKinley | Par Shelby Gaines, Matthew Booi Avec Ethan Hawke, Russell Crowe, Julia Jones

Oregon, 1933. Après la mort de sa femme, Samuel Murphy est arraché à sa fille et envoyé dans un camp de travail impitoyable. Lorsqu’un surveillant sans scrupule lui promet la liberté contre une périlleuse mission de contrebande d’or, Murphy saisit sa seule chance de rentrer chez lui. Il s’embarque alors dans une expédition de tous les dangers, au cœur d’une nature hostile, où les trahisons se multiplient. Jusqu’où Murphy sera-t-il prêt à aller pour revoir sa fille ?

Les Contrebandiers plonge dans l’Oregon de 1933, en pleine Grande Dépression, pour raconter une histoire de survie, de paternité et de rédemption. Padraic McKinley emprunte autant au western qu’au film d’aventures et utilise les grands espaces américains comme le décor d’une course vers la liberté où chaque alliance peut dissimuler une trahison.

Samuel Murphy vient de perdre sa femme lorsqu’il est séparé de sa fille et envoyé dans un camp de travail aux conditions particulièrement brutales. Son existence semble désormais entièrement déterminée par d’autres jusqu’à ce qu’un surveillant lui propose un marché : participer à une dangereuse opération de contrebande d’or en échange de sa liberté.

Murphy accepte pour une seule raison : retrouver sa fille.

Cette motivation très simple donne au récit son moteur émotionnel. L’or n’intéresse finalement que peu le personnage. Il représente surtout la possibilité de sortir du camp et de reprendre une vie qu’on lui a confisquée. Le scénario de Shelby Gaines et Matthew Booi peut alors jouer sur un contraste efficace entre la cupidité de ceux qui entourent Murphy et l’objectif profondément personnel qui le pousse à avancer.

Ethan Hawke trouve dans Samuel Murphy un personnage qui correspond parfaitement à son registre. Loin du héros invincible, il incarne un homme usé, endeuillé et poussé dans ses derniers retranchements. Sa force tient moins à ses capacités physiques qu’à son obstination. Chaque étape supplémentaire vers la liberté semble lui coûter quelque chose.

Russell Crowe impose une présence beaucoup plus massive et inquiétante. Son personnage participe pleinement à l’incertitude qui entoure l’expédition : dans un univers où chacun poursuit ses propres intérêts, faire confiance devient presque aussi dangereux que traverser les territoires hostiles. Julia Jones apporte une autre énergie au récit et évite que cette aventure ne se résume à un affrontement exclusivement masculin autour de l’or.

La nature occupe une place essentielle. Forêts, reliefs escarpés, rivières et conditions difficiles donnent à l’Oregon une dimension presque primitive. Padraic McKinley ne filme pas les paysages uniquement pour leur beauté : ils deviennent des obstacles supplémentaires, indifférents aux ambitions et aux souffrances humaines.

Cette approche donne au film une véritable identité de western de survie. La violence reste sèche, les rapports de force constamment mouvants et la perspective de l’or suffit à faire tomber rapidement les principes affichés par certains personnages. Plus Murphy approche de son objectif, plus il découvre que la liberté promise pourrait avoir un prix bien supérieur à celui qu’il imaginait.

Le contexte de 1933 apporte également une dimension sociale intéressante. La pauvreté, les camps de travail et la vulnérabilité des individus permettent au film de raconter une Amérique où survivre signifie parfois accepter des marchés que l’on aurait refusés dans d’autres circonstances. La contrebande apparaît alors moins comme une aventure choisie que comme l’une des rares portes de sortie encore accessibles.

Le récit emprunte néanmoins plusieurs chemins familiers du genre : l’homme séparé de son enfant, la cargaison convoitée, les alliances fragiles et les inévitables trahisons. Certaines évolutions peuvent donc être anticipées. Mais l’interprétation et la rudesse de la mise en scène donnent suffisamment de densité à cette trame classique.

Au-delà de l’or et de la survie, Les Contrebandiers reste avant tout l’histoire d’un père qui tente de rentrer chez lui. Cette simplicité permet au film de conserver un véritable enjeu humain au milieu de son aventure.

Rude, tendu et solidement interprété, Les Contrebandiers revisite efficacement les codes du western de survie. Padraic McKinley fait de l’Oregon un territoire aussi magnifique qu’hostile et construit son récit autour d’un Ethan Hawke particulièrement convaincant en père prêt à traverser l’enfer pour retrouver sa fille. Russell Crowe apporte toute la menace nécessaire à une aventure où l’or révèle rapidement la véritable nature de chacun. Classique dans sa construction, mais efficace dans son exécution, un western âpre où la liberté demeure le bien le plus précieux.

L’Invitation De Olivia Wilde | Par Rashida Jones, Will McCormack Avec Seth Rogen, Olivia Wilde, Penélope Cruz

Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.

L’Invitation transforme un simple dîner entre voisins en jeu de massacre conjugal. Olivia Wilde part d’une situation volontairement ordinaire pour observer ce qui se produit lorsque des inconnus pénètrent dans l’intimité d’un couple et commencent, presque sans effort, à faire vaciller tout ce qu’il pensait solide.

Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à partager un dîner. La soirée commence sous le signe de la politesse et de la curiosité. On fait connaissance, on échange quelques banalités, on observe discrètement ceux que l’on vient de rencontrer. Mais les conversations deviennent rapidement plus personnelles et les frontières entre confidence, provocation et séduction de plus en plus difficiles à distinguer.

Le scénario de Rashida Jones et Will McCormack exploite intelligemment cette progression. Il ne s’agit pas seulement de découvrir qui sont réellement ces voisins, mais de comprendre pourquoi leur présence produit un tel bouleversement chez Angela et Joe. Les invités deviennent progressivement des révélateurs des frustrations et des désirs que le couple avait appris à ne plus regarder.

La table du dîner constitue ainsi un véritable terrain de confrontation. Une question apparemment anodine suffit à créer un silence. Une plaisanterie change soudainement l’atmosphère. Un regard dure quelques secondes de trop. Le film trouve ses meilleurs moments dans ces petits déplacements, lorsque personne n’a encore ouvertement franchi la ligne mais que chacun comprend qu’elle est dangereusement proche.

Seth Rogen excelle dans ce registre du malaise. Joe tente désespérément de conserver une maîtrise qu’il perd progressivement, et l’acteur sait parfaitement exploiter les silences gênants, la jalousie et cette mauvaise foi qui apparaît lorsqu’un personnage se sent menacé.

Olivia Wilde donne davantage de nuances à Angela. Derrière l’apparente stabilité du personnage se dessine progressivement une femme intriguée par ce que cette rencontre révèle de sa propre existence. Le film évite ainsi de désigner un responsable unique de la crise : chacun arrive à cette soirée chargé de frustrations que les autres ne font finalement que mettre au jour.

Penélope Cruz possède quant à elle cette présence immédiatement magnétique qui convient parfaitement au dispositif. Son personnage entretient constamment l’ambiguïté et contribue à installer une tension où le désir devient aussi important que les dialogues.

La réalisation privilégie logiquement le huis clos et la proximité. À mesure que les masques tombent, l’appartement paraît se resserrer autour des personnages. Les regards et les positions autour de la table deviennent presque aussi importants que les paroles. Olivia Wilde comprend que, dans ce type de comédie, le malaise naît souvent moins de ce qui est dit que de la réaction de celui qui vient de l’entendre.

Le film fonctionne également parce qu’il ne transforme pas ses mystérieux voisins en unique source du problème. Ils ne détruisent pas un couple parfaitement heureux : ils révèlent des fissures déjà présentes. Derrière les provocations se pose alors une question beaucoup moins légère : combien de certitudes conjugales continuent d’exister uniquement parce que personne n’est venu les remettre en cause ?

Quelques situations poussent le dispositif jusqu’à la caricature et l’escalade perd parfois la subtilité des premiers échanges. Mais l’efficacité des dialogues et la complémentarité du casting permettent au film de conserver son rythme.

Piquante, drôle et volontairement inconfortable, L’Invitation utilise un dîner entre voisins pour disséquer les certitudes d’un couple. Olivia Wilde signe une comédie adulte où le malaise, le désir et les non-dits deviennent progressivement plus explosifs que n’importe quelle dispute. Seth Rogen excelle dans la gêne, tandis que Penélope Cruz apporte au récit une ambiguïté particulièrement savoureuse. Un huis clos mordant qui rappelle qu’il suffit parfois d’inviter les mauvaises personnes à dîner pour commencer à regarder autrement toute sa vie.

Histoires De La Nuit De Léa Mysius | Par Léa Mysius Avec Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine, Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…

Histoires De La Nuit installe d’abord son récit dans une apparente tranquillité rurale avant de la fissurer progressivement. Léa Mysius transforme une ferme isolée, une fête d’anniversaire et quelques visiteurs inattendus en matière à un thriller intime où la menace extérieure finit surtout par révéler ce que les personnages tentaient de maintenir enfoui.

Nora, Thomas et leur fille Ida vivent à l’écart du monde. Leur seule voisine est Cristina, une peintre italienne. Ce quotidien retiré semble avoir trouvé son équilibre jusqu’à l’organisation d’une soirée surprise pour l’anniversaire de Nora. Mais tandis que les préparatifs avancent, trois hommes commencent à rôder autour de la propriété. Leur présence devient de plus en plus inquiétante jusqu’à ce qu’ils s’invitent à la fête.

À partir de cette intrusion, le film joue intelligemment sur deux formes de menace. Il y a d’abord celle, immédiatement identifiable, de ces inconnus dont les intentions restent difficiles à cerner. Puis une autre, beaucoup plus intime, apparaît : celle des secrets que leur arrivée oblige les habitants de la ferme à affronter.

Léa Mysius utilise parfaitement l’isolement du décor. La campagne, qui pouvait initialement représenter un refuge, devient progressivement un piège. La nuit efface les repères, les distances prennent une autre dimension et l’absence de voisinage renforce la sensation que les personnages ne pourront compter que sur eux-mêmes.

La réalisatrice préfère installer le malaise plutôt que provoquer artificiellement la peur. Un bruit extérieur, une silhouette aperçue au loin ou un comportement légèrement inhabituel suffisent à modifier l’atmosphère. Le spectateur est placé dans une situation d’incertitude permanente : quelque chose menace cette famille, mais il reste difficile de déterminer si le danger vient réellement de l’extérieur.

Hafsia Herzi trouve en Nora un personnage particulièrement complexe. À mesure que la soirée avance, son interprétation laisse apparaître différentes couches d’une femme dont le présent semble construit sur des éléments du passé qu’elle préférerait ne pas voir ressurgir. Son jeu contenu renforce efficacement l’ambiguïté du récit.

Benoît Magimel apporte à Thomas une présence plus massive mais tout aussi trouble. Derrière l’image du couple installé se dessinent progressivement des tensions et des non-dits qui donnent une autre lecture aux événements. Bastien Bouillon s’inscrit parfaitement dans cet univers où chaque personnage semble susceptible de posséder une partie de la vérité sans jamais la révéler complètement.

La fête d’anniversaire constitue un excellent dispositif dramatique. Elle devrait célébrer Nora, mais devient au contraire le moment où son existence menace de se désagréger. Les invités, les conversations et les apparences sociales empêchent dans un premier temps la violence d’éclater ouvertement. Lorsque les trois hommes franchissent finalement la frontière de la propriété, l’espace intime ne peut plus être protégé.

Léa Mysius travaille également sur la manière dont le passé contamine le présent. Les secrets ne sont jamais de simples informations destinées à provoquer un retournement de situation. Ils modifient progressivement notre perception des personnages et obligent à reconsidérer ce que nous pensions avoir compris de cette famille.

Le film peut parfois pousser assez loin cette volonté d’entretenir le mystère. Certaines informations sont volontairement retenues et le rythme prend le temps d’installer ses personnages avant de faire véritablement basculer la soirée. Mais cette lenteur participe à la sensation d’étouffement qui gagne progressivement le récit.

La nuit devient finalement bien davantage qu’un décor. Elle permet aux identités de se brouiller, aux souvenirs de revenir et aux comportements que la lumière du jour maintenait sous contrôle de se révéler.

Troublant, tendu et remarquablement atmosphérique, Histoires De La Nuit transforme une fête d’anniversaire en lente implosion familiale. Léa Mysius joue habilement sur la frontière entre menace extérieure et violence intime, utilisant l’isolement de la campagne pour enfermer progressivement ses personnages dans leurs propres secrets. Hafsia Herzi impressionne par la retenue de son interprétation, tandis que Benoît Magimel et Bastien Bouillon renforcent l’ambiguïté d’un récit où la véritable menace n’est pas forcément celle que l’on aperçoit rôder dans la nuit.

Resident Evil De Zach Cregger | Par Zach Cregger, Shay Hatten Avec Austin Abrams, Paul Walter Hauser, Zach Cherry

Bryan, coursier médical, s’engage dans une course effrénée pour survivre, alors qu’autour de lui le monde s’enfonce dans un chaos total.

Resident Evil revient au cinéma sous la direction de Zach Cregger et choisit de repartir sur des bases radicalement différentes. Plutôt que de reproduire une nouvelle fois les précédentes adaptations, le film privilégie une expérience de survie nerveuse et horrifique, centrée sur un personnage ordinaire brutalement projeté au cœur d’un monde qui s’effondre.

Bryan est coursier médical. Rien ne le destine à devenir un héros. Alors qu’il effectue son travail, une situation apparemment ordinaire bascule progressivement dans le chaos. Les rues deviennent dangereuses, les repères disparaissent et survivre quelques minutes supplémentaires devient bientôt son unique objectif.

Cette simplicité constitue l’une des bonnes idées du film. Bryan n’est ni militaire ni spécialiste des armes. Il ne possède aucune connaissance particulière lui permettant de comprendre immédiatement ce qui se déroule autour de lui. Le spectateur découvre donc la catastrophe en même temps que lui, à hauteur d’homme, dans une confusion qui participe directement à la tension.

Zach Cregger exploite intelligemment cette perte de contrôle. Après Barbarian et Weapons, le cinéaste retrouve son goût pour les ruptures de ton, les situations imprévisibles et une horreur capable de surgir là où on ne l’attend pas. L’univers de Resident Evil lui offre un terrain particulièrement adapté à cette approche.

Austin Abrams porte une grande partie du récit. Son Bryan fonctionne précisément parce qu’il n’a rien du héros d’action traditionnel. La peur, l’épuisement et les mauvaises décisions participent à sa crédibilité. Paul Walter Hauser et Zach Cherry apportent quant à eux cette étrangeté et ce décalage qui permettent au film de ne jamais devenir une simple succession de courses-poursuites.

Le scénario signé Zach Cregger et Shay Hatten comprend surtout que Resident Evil fonctionne lorsqu’il donne l’impression que chaque porte ouverte peut cacher une nouvelle menace. Les espaces confinés, les bâtiments abandonnés et les zones plongées dans l’obscurité permettent de renouer avec une véritable logique de survival horror.

L’action reste importante, mais elle n’écrase pas complètement la peur. Le film préfère régulièrement ralentir, isoler son personnage et laisser le spectateur anticiper ce qui pourrait surgir. Cette alternance entre accélérations brutales et moments de silence donne davantage de poids aux confrontations.

Le long-métrage joue naturellement sur l’imaginaire de la franchise sans faire de la référence permanente sa seule raison d’être. L’objectif semble moins de reproduire mécaniquement une aventure connue des joueurs que de retrouver une sensation fondamentale : avancer dans un environnement hostile sans savoir précisément ce qui attend au prochain détour.

Cette volonté n’empêche pas quelques excès. Le chaos prend parfois le dessus sur l’atmosphère et certaines séquences plus spectaculaires s’éloignent de l’efficacité des passages les plus resserrés. Mais le film retrouve rapidement son énergie lorsqu’il revient à Bryan et à sa vulnérabilité.

C’est finalement cette échelle humaine qui permet à cette nouvelle incarnation de trouver sa personnalité. Derrière les créatures et l’effondrement du monde, Resident Evil redevient avant tout une histoire de survie.

Brutal, tendu et généreux dans son approche horrifique, Resident Evil trouve une nouvelle énergie en revenant à l’essence du survival horror. Zach Cregger privilégie la vulnérabilité d’un homme ordinaire à la surenchère héroïque et installe une menace capable de surgir à chaque instant. Austin Abrams fonctionne parfaitement dans ce registre, donnant au chaos une dimension beaucoup plus immédiate. Une relance efficace de la franchise, plus intéressée par la peur de survivre que par la simple accumulation de références.

L’Affaire du carré de Geoffrey Le Guilcher

Un cold case redoutable : en 1995, un producteur exécuté de quatre balles formant un carré parfait ; en 2025, la mort de sa fille. Trente ans d’écart, un même mystère. Entre passé irrésolu et enquête sous tension, un suspense haletant.

Geoffrey Le Guilcher construit un thriller à double temporalité autour de deux morts séparées par trente ans et d’un détail suffisamment troublant pour transformer une ancienne affaire criminelle en énigme toujours vivante. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, producteur de cinéma, est retrouvé exécuté de quatre balles dans la nuque, disposées en un carré parfait. Le meurtrier ne sera jamais identifié.

Exactement trente ans plus tard, le 6 mai 2025, sa fille Ana disparaît. Un mois passe avant que son corps ne soit découvert au fond d’un puits dans la forêt de Meudon. Deux générations d’une même famille sont désormais frappées par la mort. Coïncidence, vengeance ou prolongement d’une histoire commencée trois décennies auparavant ?

La famille Vitali se tourne vers Emma Voldor, rédactrice en chef du journal True Crime. La particularité de cette rédaction est passionnante : reprendre les affaires non résolues et les raconter avec les méthodes narratives du roman policier, dans l’espoir de regarder autrement des dossiers sur lesquels les enquêteurs se sont parfois cassé les dents.

Emma s’entoure notamment de la romancière Zema Adame et du journaliste Jed Jarzinski. Ce dernier possède une capacité particulière à reconstruire les raisonnements criminels, jusqu’à se projeter dans l’esprit d’un meurtrier comme pourrait le faire un profileur. Une qualité précieuse lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi quatre balles ont été disposées selon une géométrie aussi précise.

Mais la nouvelle affaire Vitali pose immédiatement un problème. L’équipe travaille normalement sur des cold cases. Or la mort d’Ana fait l’objet d’une enquête en cours. En cherchant à résoudre le meurtre de Joseph, les journalistes risquent donc d’interférer avec les investigations présentes. La frontière entre raconter une affaire et devenir soi-même enquêteur commence alors dangereusement à s’effacer.

C’est l’un des aspects les plus intéressants du roman. Geoffrey Le Guilcher ne se contente pas d’utiliser le journalisme comme prétexte à une enquête parallèle : il interroge la place de ceux qui racontent le crime. Jusqu’où un journaliste peut-il aller pour rechercher la vérité ? Que faire lorsqu’une information susceptible de résoudre une vieille affaire peut également bouleverser une procédure judiciaire actuelle ?

La construction autour des deux époques entretient efficacement le suspense. Chaque découverte concernant 1995 peut modifier la lecture des événements de 2025, tandis que la mort d’Ana oblige à reconsidérer tout ce que l’on croyait savoir sur celle de son père. Le passé n’est jamais véritablement refermé : il attend simplement qu’un nouvel élément vienne le réveiller.

Le mystérieux carré devient naturellement le symbole de cette enquête. Sa précision laisse difficilement croire à un geste improvisé. Derrière cette signature se cache une intention qu’il faut parvenir à comprendre, et le lecteur est entraîné dans le même jeu de déduction que les journalistes.

L’univers du cinéma apporte également une dimension supplémentaire au mystère. Joseph Vitali était producteur, et son assassinat conduit nécessairement à explorer un milieu où ambitions, relations professionnelles et secrets personnels peuvent fournir autant de pistes. Mais trente années ont passé : les souvenirs se déforment, les témoins disparaissent et ceux qui restent ne disent pas nécessairement toute la vérité.

Geoffrey Le Guilcher associe ainsi efficacement enquête criminelle, journalisme et mécanique du cold case. L’intérêt ne repose pas uniquement sur l’identité du coupable, mais sur la manière dont une affaire ancienne peut continuer à contaminer le présent et sur les conséquences de la recherche obstinée d’une vérité longtemps enfouie.

Un thriller particulièrement prenant, construit autour d’un mystère simple en apparence mais redoutablement efficace : deux morts, trente ans d’écart et une histoire qui refuse de rester enterrée. Entre enquête journalistique, secrets familiaux et dossier irrésolu, L’Affaire du carré rappelle qu’un cold case n’est jamais complètement froid tant que quelqu’un cherche encore à comprendre ce qui s’est réellement passé.

9782749960760
404 pages
10/09/2026

Fête de l’Humanité 2026 : Louane et Soprano en apothéose d’un week-end de concerts

Pendant trois jours, du 11 au 13 septembre, la Base 217 de Brétigny-sur-Orge et du Plessis-Pâté a une nouvelle fois changé de visage. Pour sa 91e édition, la Fête de l’Humanité a déployé ce qui fait depuis toujours sa singularité : des débats, des rencontres, des centaines de stands, mais surtout une programmation musicale capable de faire cohabiter rap, chanson française, rock, reggae, musiques du monde et électro.

Avec plus de soixante concerts répartis sur plusieurs scènes, impossible évidemment de tout voir. La Fête de l’Huma impose de choisir, de courir parfois d’un bout à l’autre du site, mais aussi de se laisser surprendre. La musique ne se limite d’ailleurs jamais aux grandes scènes : elle déborde dans les allées, surgit des stands et accompagne presque constamment les déplacements du public.

Samedi : une programmation sans frontières

Le samedi 12 septembre concentrait à lui seul une impressionnante diversité avec UB40, The Avener, Oxmo Puccino, Gauvain Sers, Yuri Buenaventura, Étienne de Crécy, Naza, Suzane, Théa ou encore Perceval. Une affiche qui résume parfaitement la philosophie musicale de la Fête : refuser les frontières entre les genres et les générations.

Avec Yuri Buenaventura, la fête prend des couleurs latines. Le chanteur colombien possède cette capacité à transformer un concert en célébration collective. Les cuivres, les percussions et la chaleur de la salsa contrastent avec l’immensité de l’ancienne base aérienne. Le public danse et la musique fait rapidement oublier les kilomètres parcourus entre les différentes scènes.

Changement d’atmosphère avec Oxmo Puccino. Ici, les mots reprennent le dessus. Le rappeur cultive depuis longtemps une approche presque littéraire du hip-hop français. Là où certains concerts cherchent l’explosion immédiate, Oxmo privilégie la présence, le texte et cette manière si particulière de raconter des histoires en musique.

UB40 joue quant à lui pleinement la carte du partage. Son reggae rassemble plusieurs générations devant la scène et certains refrains sont repris presque instinctivement par la foule. Un concert qui apporte aussi une touche de nostalgie bienvenue au milieu d’une programmation très contemporaine.

Puis vient l’autre visage du samedi : celui de la nuit.

La musique électronique occupe une place importante avec Étienne de Crécy et The Avener, avant que la fête ne prenne des allures de gigantesque club à ciel ouvert. Perceval, Belaria, Vel ou encore Chippy Nonstop font progressivement grimper les BPM et transforment une partie de la Base 217 en véritable dancefloor.

La nuit résume alors à elle seule l’identité musicale de la Fête de l’Huma : on peut quitter un concert de reggae, entendre quelques minutes de rap, traverser un stand où joue une fanfare et terminer devant un set techno.

Dimanche : Louane et Soprano au cœur de la dernière journée

Après l’intensité du samedi soir, le dimanche aurait pu ressembler à une longue descente. Il n’en est rien. Les Wampas, Oumou Sangaré, Kery James, Zoufris Maracas ou encore Superbus se succèdent, mais deux noms concentrent particulièrement l’attention sur la grande scène Angela Davis : Louane et Soprano.

Louane, la pop dans ce qu’elle a de plus fédérateur

À 17 heures, Louane s’installe devant un public particulièrement nombreux. Sa présence constitue l’un des grands rendez-vous de cette édition 2026 et permet aussi de mesurer le chemin parcouru par une artiste devenue, en un peu plus d’une décennie, l’un des visages incontournables de la pop française.

Dans l’immensité de la Fête de l’Huma, Louane parvient pourtant à conserver ce qui constitue l’une de ses principales forces : la proximité.

Sa voix immédiatement identifiable et son répertoire trouvent un écho particulier auprès d’un public très large. Adolescents, jeunes adultes, parents et festivaliers plus âgés se retrouvent devant la même scène. Les générations se mélangent et les chansons sont reprises par une foule qui n’est pas nécessairement venue uniquement pour elle.

C’est précisément ce qui rend sa présence intéressante ici. Louane ne cherche pas à transformer son passage en démonstration. Elle s’appuie sur les chansons, l’émotion et cette relation directe avec le public qui accompagne sa carrière depuis ses débuts.

Au milieu d’un festival où les styles se télescopent en permanence, cette parenthèse pop apporte un moment plus lumineux et rassembleur. Louane réussit surtout ce qui n’est jamais évident sur une scène de cette dimension : créer de l’intimité au milieu de plusieurs milliers de personnes.

Un véritable temps fort du dimanche.

Soprano, le grand rassemblement final

Quelques heures plus tard, la foule converge à nouveau vers la scène Angela Davis.

Cette fois, c’est Soprano qui a la responsabilité particulière de refermer cette 91e Fête de l’Humanité.

Et difficile d’imaginer artiste plus adapté à l’exercice.

Depuis ses débuts, Soprano a construit une grande partie de son succès sur sa capacité à abolir les distances avec le public. Son répertoire, quelque part entre rap et pop, est devenu au fil des années une véritable machine à fédérer.

À la Fête de l’Huma, cette dimension prend naturellement une ampleur supplémentaire.

Après trois journées de concerts, de rencontres et de kilomètres parcourus dans les allées de la Base 217, le public trouve encore suffisamment d’énergie pour ce dernier grand rendez-vous. Les refrains circulent dans la foule, les bras se lèvent et la fatigue semble momentanément disparaître.

Soprano ne clôture donc pas simplement une série de concerts. Il transforme les dernières heures du festival en rassemblement populaire.

C’est là toute la différence.

Sa musique touche un public particulièrement large, du spectateur venu pour le rap aux familles présentes sur le site. Cette faculté à réunir différentes générations correspond finalement assez bien à l’ADN de la Fête de l’Humanité.

À mesure que le concert avance, une impression domine : personne n’a vraiment envie que le week-end se termine.

Et lorsque vient le moment des derniers morceaux, la scène Angela Davis offre l’une de ces images que l’on associe immédiatement aux grands festivals : une foule compacte, des milliers de voix et un artiste qui n’a plus réellement besoin de chanter seul ses refrains.

Après Louane en fin d’après-midi, Soprano offre ainsi au dimanche son autre grand moment populaire et surtout une conclusion à la hauteur du week-end.

Une fête qui dépasse largement ses scènes

Louane et Soprano auront été deux des visages les plus fédérateurs de ce dimanche, mais réduire la Fête de l’Humanité à ses têtes d’affiche serait passer à côté de ce qui la rend unique.

Entre deux concerts, il y a les centaines de stands, les fanfares, les discussions, les petits concerts, les odeurs de cuisine et ces musiques qui surgissent sans prévenir. Quelques mètres suffisent parfois pour changer complètement d’univers.

C’est cette liberté qui distingue encore la Fête de l’Huma de nombreux festivals traditionnels. On peut venir pour une tête d’affiche et repartir avec le souvenir d’un artiste découvert par hasard.

De l’énergie électronique du samedi soir à la pop de Louane, du reggae d’UB40 aux mots d’Oxmo Puccino et Kery James, jusqu’au grand rassemblement final emmené par Soprano, l’édition 2026 aura constamment changé de couleur.

Mais ce dimanche aura peut-être offert l’image la plus évidente de ce que la Fête sait encore provoquer : Louane pour réunir, Soprano pour faire chanter, et des milliers de festivaliers pour transformer deux concerts en véritables moments collectifs.

À la Fête de l’Huma, la musique n’est décidément jamais seulement sur scène. Elle est partout.

L’âge de cristal de Frantz Duchazeau

Pierre, une dizaine d’années, grandit paisiblement dans une petite ville aux côtés de ses parents et de son grand frère. Mais le couple parental montre des signes de fragilité, tandis que le monde autour de lui semble en pleine mutation. Pierre s’interroge alors sur le passé mystérieux de sa mère, sur la cruauté de certains camarades, sur ce grand père qu’il n’a jamais connu… Sur la vie, tout simplement.

Frantz Duchazeau choisit de regarder le monde à hauteur d’enfant, à travers Pierre, une dizaine d’années, qui grandit dans une petite ville auprès de ses parents et de son grand frère. Une existence apparemment ordinaire, faite d’école, de famille et de découvertes, mais dans laquelle apparaissent peu à peu des fissures que le garçon ne sait pas encore complètement interpréter.

Le couple formé par ses parents semble se fragiliser. Pierre perçoit les tensions sans nécessairement en comprendre les causes, comme souvent lorsque les enfants surprennent les silences et les inquiétudes des adultes. Dans le même temps, d’autres interrogations apparaissent : pourquoi sa mère semble-t-elle cacher une partie de son passé ? Qui était réellement ce grand-père qu’il n’a jamais connu ? Et pourquoi certains camarades peuvent-ils se montrer aussi cruels ?

L’enfance devient ici un âge où l’on commence à comprendre que les adultes possèdent eux aussi leurs secrets, leurs blessures et leurs contradictions. Pierre observe, questionne et tente de construire des réponses avec les éléments dont il dispose. Le monde qui semblait jusque-là relativement simple devient progressivement plus difficile à déchiffrer.

Frantz Duchazeau ne cherche pas à multiplier les grands événements. Il s’intéresse davantage aux détails, aux sensations et à ces moments apparemment insignifiants qui peuvent pourtant marquer durablement une enfance. Une remarque, un regard ou une conversation entendue à moitié suffit parfois à bouleverser la perception que Pierre possède de sa famille.

Le mystère entourant sa mère et ce grand-père absent apporte une profondeur supplémentaire au récit. Le passé familial s’invite dans le présent et pousse le garçon à comprendre que notre histoire commence bien avant notre naissance. Certaines blessures se transmettent silencieusement d’une génération à l’autre, même lorsque personne ne prend le temps de les expliquer.

La cruauté des autres enfants participe également à cette perte progressive de l’innocence. L’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage : elle devient l’un des premiers espaces où Pierre découvre les rapports de force, la différence et la violence que les autres peuvent exercer presque naturellement.

Le dessin joue un rôle essentiel dans cette exploration. Frantz Duchazeau utilise pleinement les possibilités de la bande dessinée pour traduire les émotions et les perceptions de son jeune héros. Ce que Pierre imagine, ressent ou redoute possède parfois autant d’importance que ce qui se produit réellement. Le regard enfantin transforme ainsi le quotidien et donne au récit sa sensibilité particulière.

Le titre prend alors tout son sens. L’enfance peut ressembler à du cristal : lumineuse, précieuse, mais également fragile. Pierre se trouve précisément à cet instant où les premières certitudes commencent à se briser et où le monde des adultes cesse progressivement d’apparaître comme un espace parfaitement maîtrisé.

Sans nostalgie excessive ni dramatisation artificielle, Frantz Duchazeau raconte ainsi la découverte progressive de la complexité de la vie. Grandir signifie apprendre que ses parents ne possèdent pas toutes les réponses, que les familles ont leurs secrets et que le monde peut être aussi beau que cruel.

Un album délicat et profondément humain sur cet âge fragile où l’on quitte peu à peu l’innocence sans avoir encore totalement rejoint le monde des adultes. Frantz Duchazeau restitue avec beaucoup de finesse les questions, les blessures et les découvertes qui façonnent silencieusement une enfance.

Éditeur ‏ : ‎ Robinson Date de publication ‏ : ‎ 16 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2017265667 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2017265665