Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à dîner. La soirée va alors rapidement faire voler en éclats toutes leurs certitudes.
L’Invitation transforme un simple dîner entre voisins en jeu de massacre conjugal. Olivia Wilde part d’une situation volontairement ordinaire pour observer ce qui se produit lorsque des inconnus pénètrent dans l’intimité d’un couple et commencent, presque sans effort, à faire vaciller tout ce qu’il pensait solide.
Angela et Joe invitent leurs mystérieux nouveaux voisins du dessus à partager un dîner. La soirée commence sous le signe de la politesse et de la curiosité. On fait connaissance, on échange quelques banalités, on observe discrètement ceux que l’on vient de rencontrer. Mais les conversations deviennent rapidement plus personnelles et les frontières entre confidence, provocation et séduction de plus en plus difficiles à distinguer.
Le scénario de Rashida Jones et Will McCormack exploite intelligemment cette progression. Il ne s’agit pas seulement de découvrir qui sont réellement ces voisins, mais de comprendre pourquoi leur présence produit un tel bouleversement chez Angela et Joe. Les invités deviennent progressivement des révélateurs des frustrations et des désirs que le couple avait appris à ne plus regarder.
La table du dîner constitue ainsi un véritable terrain de confrontation. Une question apparemment anodine suffit à créer un silence. Une plaisanterie change soudainement l’atmosphère. Un regard dure quelques secondes de trop. Le film trouve ses meilleurs moments dans ces petits déplacements, lorsque personne n’a encore ouvertement franchi la ligne mais que chacun comprend qu’elle est dangereusement proche.
Seth Rogen excelle dans ce registre du malaise. Joe tente désespérément de conserver une maîtrise qu’il perd progressivement, et l’acteur sait parfaitement exploiter les silences gênants, la jalousie et cette mauvaise foi qui apparaît lorsqu’un personnage se sent menacé.
Olivia Wilde donne davantage de nuances à Angela. Derrière l’apparente stabilité du personnage se dessine progressivement une femme intriguée par ce que cette rencontre révèle de sa propre existence. Le film évite ainsi de désigner un responsable unique de la crise : chacun arrive à cette soirée chargé de frustrations que les autres ne font finalement que mettre au jour.
Penélope Cruz possède quant à elle cette présence immédiatement magnétique qui convient parfaitement au dispositif. Son personnage entretient constamment l’ambiguïté et contribue à installer une tension où le désir devient aussi important que les dialogues.
La réalisation privilégie logiquement le huis clos et la proximité. À mesure que les masques tombent, l’appartement paraît se resserrer autour des personnages. Les regards et les positions autour de la table deviennent presque aussi importants que les paroles. Olivia Wilde comprend que, dans ce type de comédie, le malaise naît souvent moins de ce qui est dit que de la réaction de celui qui vient de l’entendre.
Le film fonctionne également parce qu’il ne transforme pas ses mystérieux voisins en unique source du problème. Ils ne détruisent pas un couple parfaitement heureux : ils révèlent des fissures déjà présentes. Derrière les provocations se pose alors une question beaucoup moins légère : combien de certitudes conjugales continuent d’exister uniquement parce que personne n’est venu les remettre en cause ?
Quelques situations poussent le dispositif jusqu’à la caricature et l’escalade perd parfois la subtilité des premiers échanges. Mais l’efficacité des dialogues et la complémentarité du casting permettent au film de conserver son rythme.
Piquante, drôle et volontairement inconfortable, L’Invitation utilise un dîner entre voisins pour disséquer les certitudes d’un couple. Olivia Wilde signe une comédie adulte où le malaise, le désir et les non-dits deviennent progressivement plus explosifs que n’importe quelle dispute. Seth Rogen excelle dans la gêne, tandis que Penélope Cruz apporte au récit une ambiguïté particulièrement savoureuse. Un huis clos mordant qui rappelle qu’il suffit parfois d’inviter les mauvaises personnes à dîner pour commencer à regarder autrement toute sa vie.
