Les visages du feu – Tome 2 : La Ville effondrée de Chloé Vollmer-Lo

Chloé Vollmer-Lo poursuit sa dystopie en plongeant Luce et ses camarades dans un Paris dévasté où la liberté nouvellement acquise ne garantit absolument pas la sécurité. Après leur évasion de l’Institut du Nouveau Lendemain, les jeunes filles découvrent un monde extérieur tout aussi dangereux, fragmenté entre différents clans et soumis à de nouvelles formes de violence.

Luce reste animée par une priorité : retourner chercher celles qui sont encore prisonnières de l’Institut. Impossible pour elle de profiter de sa propre liberté en sachant que d’autres subissent toujours ce système. Mais pour espérer les sauver, il faut d’abord survivre dans cette ville effondrée, comprendre ses nouvelles règles et déterminer à qui accorder sa confiance.

Cette dimension donne au récit une tension permanente. Chaque rencontre peut déboucher sur une alliance comme sur une trahison, et les personnages doivent rapidement apprendre que leurs convictions ne suffisent pas toujours face à la nécessité de survivre. Les choix deviennent plus difficiles à mesure que les certitudes s’effondrent.

Une nouvelle menace vient encore compliquer la situation : les Fils de l’Aube, pendant masculin de l’Institut. Leur présence permet à Chloé Vollmer-Lo d’élargir l’univers installé dans le premier tome et de montrer que les mécanismes de domination dépassent un seul lieu. Derrière les différents groupes se dessine tout un système fondé sur le contrôle, la violence et la volonté d’imposer aux autres une place déterminée.

Luce poursuit parallèlement son évolution. Plus combative, elle doit apprendre à devenir responsable de ses décisions et à mesurer leurs conséquences pour le groupe. Son désir de libérer les autres se confronte à une réalité beaucoup moins simple : résister signifie parfois négocier, faire confiance à des inconnus ou accepter de remettre en question certaines convictions.

Le Paris en ruines constitue un décor particulièrement efficace. La capitale familière devient un territoire morcelé et hostile où chacun tente de reconstruire ses propres règles. Cette ville effondrée reflète finalement les personnages eux-mêmes : après avoir quitté l’Institut, ils doivent désormais déterminer ce qu’ils souhaitent bâtir à la place du monde qu’ils refusent.

Le féminisme demeure au cœur du récit, mais s’inscrit davantage ici dans une réflexion sur la résistance et la solidarité. Se libérer individuellement n’est qu’une première étape. Luce comprend que sa liberté prend également son sens dans le combat pour celles qui n’ont pas encore réussi à s’échapper.

Chloé Vollmer-Lo mêle ainsi survie, alliances, trahisons et luttes de pouvoir tout en faisant évoluer les enjeux de sa dystopie. Ce deuxième tome ne se contente pas de prolonger la fuite : il confronte ses personnages aux conséquences de leur rébellion et à une question beaucoup plus complexe, celle du monde qu’ils veulent construire après avoir détruit leurs chaînes.

Un deuxième tome plus sombre et mouvementé, où l’urgence de survivre se heurte constamment à celle de résister. Entre clans ennemis, nouvelles menaces et vérités difficiles à affronter, Luce découvre surtout que conquérir sa liberté est une chose, parvenir à la défendre et à la partager en est une autre

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 576 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095060180 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095060183

Fiancés à la tempête de Aubry M.M.

Voleuse libre et prince sous pression, Sarya et Kaé voient leur alliance forcée exploser sous les secrets, le désir et la magie. Une romantasy intense où fuir devient le seul moyen d’exister.

Aubry M.M. nous entraîne dans une romantasy où la quête de liberté se heurte aux obligations du pouvoir. Sarya vit librement sur les toits d’Anthelle et s’est construit une existence de voleuse loin des contraintes de la cour. Mais ses yeux d’émeraude finissent par révéler une identité qu’elle ignorait ou voulait laisser derrière elle : elle est une princesse disparue, destinée à épouser un prince héritier.

Arrachée à son quotidien et conduite au palais, Sarya passe brutalement de la liberté des rues à un univers régi par l’étiquette, les alliances et les intérêts politiques. Le contraste fonctionne immédiatement. Celle qui avait l’habitude de décider seule de ses mouvements découvre que son avenir a été négocié sans elle et que son mariage représente avant tout une pièce sur l’échiquier du pouvoir.

Mais le prince auquel elle est promise n’est pas exactement l’adversaire qu’elle imaginait. Kaé apparaît lui aussi prisonnier de son rang et des attentes placées sur ses épaules. Derrière leurs différences se dessine alors une situation commune : tous deux doivent incarner un rôle choisi par d’autres.

Leur rapprochement se construit à travers les joutes verbales, les leçons de danse et les confidences échangées loin des regards. Aubry M.M. prend ainsi le temps de faire naître l’attirance entre ses personnages sans oublier les tensions qui les entourent. Le désir devient presque une nouvelle forme de désobéissance dans un monde où leurs sentiments devraient eux aussi répondre à des impératifs politiques.

Sarya constitue surtout une héroïne intéressante par son refus de se laisser définir uniquement par ses origines. Retrouver son statut de princesse ne signifie pas nécessairement retrouver sa place. Au contraire, cette révélation pose une question centrale : sommes-nous obligés de devenir ce que notre naissance a décidé pour nous ?

À cette dimension romantique viennent s’ajouter secrets et magie, qui font progressivement vaciller l’équilibre déjà fragile du palais. La cérémonie des fiançailles marque alors un véritable point de rupture. Ce qui devait consacrer une alliance politique fait éclater les tensions et oblige Sarya et Kaé à déterminer jusqu’où ils sont prêts à aller pour reprendre possession de leur existence.

La fuite prend dès lors une signification plus profonde qu’une simple aventure. Partir, c’est refuser les couronnes, les devoirs imposés et les identités toutes faites. La liberté devient ici une conquête, avec les risques et les sacrifices qu’elle suppose.

Aubry M.M. mêle efficacement romance, fantasy et intrigues de cour dans un récit porté par deux personnages qui cherchent moins à conquérir un royaume qu’à devenir maîtres de leur propre destin. Leur relation fonctionne d’autant mieux qu’elle naît d’une même envie d’échapper aux cages dorées dans lesquelles chacun a été enfermé.

Une romantasy entraînante où l’amour se mêle à la rébellion, aux secrets et à la magie. Derrière les fiançailles imposées et les jeux de pouvoir se dessine surtout une belle quête d’émancipation : celle de deux jeunes gens prêts à tout risquer pour obtenir le droit de choisir leur propre vie

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095067045 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095067045

T’choupi a de plus en plus confiance en lui de Thierry Courtin

Grandir en confiance avec T’choupi : une histoire tendre pour apprendre à croire en soi !

Thierry Courtin accompagne une nouvelle fois les tout-petits dans une étape essentielle de leur développement : apprendre à croire en soi et à assumer ce que l’on aime. À travers une situation simple et facilement identifiable, T’choupi permet d’aborder la confiance en soi avec beaucoup de douceur.

Cette fois, T’choupi doute. Il s’interroge sur ses goûts, mais aussi sur sa capacité à se faire des copains. Des préoccupations qui peuvent sembler anodines aux adultes, mais qui occupent une place importante lorsque l’enfant commence à construire son identité et à se confronter davantage au regard des autres.

L’album montre progressivement que prendre confiance ne signifie pas ne plus avoir peur ou ne jamais hésiter. Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître ses envies, à accepter ses préférences et à comprendre que l’on n’a pas besoin de ressembler aux autres pour être apprécié.

La force de T’choupi reste cette proximité immédiate avec le quotidien des jeunes enfants. Le personnage ne donne pas de leçon : il expérimente lui-même les émotions et les difficultés que le lecteur peut rencontrer. Ses hésitations deviennent ainsi un moyen rassurant de montrer que le manque de confiance est naturel et qu’il peut être dépassé petit à petit.

L’histoire offre également un support intéressant pour les parents. Elle permet d’ouvrir simplement la discussion autour de l’estime de soi, de l’amitié et du regard des autres, sans transformer ces sujets en notions trop abstraites pour un enfant de deux ans.

Les illustrations familières et expressives participent pleinement à cette dimension rassurante. Les émotions restent immédiatement compréhensibles et permettent aux plus jeunes de suivre le cheminement de T’choupi, jusqu’à le voir progressivement plus sûr de lui.

Un album tendre et accessible qui aborde avec justesse une étape importante de l’enfance. En apprenant à écouter ses propres envies et à reconnaître ses qualités, T’choupi rappelle aux tout-petits qu’avoir confiance en soi se construit progressivement, à travers les petites expériences du quotidien

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 32 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095058712 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095058715

A l’ombre du leviathan – tome 1 – Une larme de poison de Robert Jackson Bennett

A chaque saison des pluies, année après année, les léviathans attaquent la ligne de fortifications de l’Empire et leur sang répandu empoisonne les chairs et les esprits.

Robert Jackson Bennett construit un univers de fantasy aussi fascinant qu’inquiétant, où l’enquête policière côtoie les monstres gigantesques, les mutations et les intrigues politiques. Aux frontières d’un immense Empire, chaque saison des pluies apporte la même menace : des léviathans attaquent les fortifications tandis que leur sang contamine les êtres vivants et transforme progressivement le monde qui les entoure.

C’est dans cet environnement déjà instable qu’un meurtre particulièrement spectaculaire est commis dans un manoir de Daretana. Un haut fonctionnaire est retrouvé mort après qu’un arbre a littéralement jailli de son corps. Une contamination de cette nature semble impossible à cet endroit, et pourtant le cadavre est bien là.

L’enquête est confiée à Ana Dolabra, investigatrice brillante et profondément excentrique. Toujours les yeux dissimulés derrière un bandeau, elle possède une capacité exceptionnelle à analyser les informations et à établir des connexions là où les autres ne voient que le chaos. Elle n’a cependant aucune intention de parcourir elle-même les scènes de crime.

Cette tâche revient à Dinios Kol, son assistant. Son corps et ses facultés mentales ont été modifiés par magie afin d’en faire un observateur capable de recueillir et de restituer une quantité considérable d’informations. Leur duo constitue l’une des grandes forces du roman : Dinios observe, Ana déduit, et leurs personnalités très différentes donnent beaucoup de relief à l’enquête.

Robert Jackson Bennett détourne ainsi avec plaisir les codes du duo d’enquêteurs à la Sherlock Holmes, mais les transpose dans un monde où les preuves peuvent être biologiques, magiques ou monstrueuses. Cette association entre polar et fantasy fonctionne particulièrement bien et permet de découvrir progressivement l’univers sans être submergé par ses nombreuses particularités.

Car derrière le meurtre se dessine rapidement quelque chose de beaucoup plus vaste. Plus Dinios avance, plus les ramifications de l’affaire semblent atteindre les sphères supérieures de l’Empire. Corruption, secrets et luttes d’influence viennent alors s’ajouter à la menace permanente des léviathans.

L’univers impressionne surtout par sa dimension organique. Les corps peuvent être modifiés, la nature devenir une arme et le vivant lui-même se transformer en menace. Cette étrangeté donne au récit une identité très forte et entretient constamment le sentiment que les règles du monde peuvent réserver de nouvelles surprises.

Le roman ne se limite pourtant pas à son spectaculaire imaginaire. À travers cette enquête, l’auteur questionne aussi les institutions, la concentration du pouvoir et les systèmes qui prétendent protéger une population tout en dissimulant leurs propres failles. Le danger ne vient donc pas nécessairement uniquement des créatures gigantesques qui assiègent les frontières.

La relation entre Ana et Dinios apporte heureusement de l’humour et de l’humanité à cet univers oppressant. Leur complémentarité transforme la résolution du crime en véritable jeu intellectuel, tandis que chaque révélation ouvre de nouvelles interrogations.

Ce premier tome réussit ainsi à associer mystère criminel, fantasy biologique et complot politique sans perdre le plaisir d’une enquête construite autour d’indices et de déductions. Les léviathans constituent une menace spectaculaire, mais le roman comprend rapidement que les monstres les plus dangereux ne sont pas toujours ceux qui se trouvent derrière les fortifications.

Une entrée en matière inventive et captivante, portée par un formidable duo d’enquêteurs et un univers aussi étrange que cohérent. Robert Jackson Bennett transforme le roman à énigme en une aventure de fantasy ambitieuse où résoudre un meurtre pourrait bien révéler quelque chose de beaucoup plus inquiétant sur l’Empire tout entier

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 504 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226493581 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226493583

La Plume et le prince de Astrid Roucher

Un Prince régnant sur un monde imaginaire – mais curieusement familier – choisit un beau jour une très jeune Plume pour écrire ses discours. Plongée dans les coulisses de l’État, de la cour et de son étiquette, la Plume porte un regard étonné, mais jamais dupe, sur son quotidien. Elle livre ses réflexions sur l’écriture, le pouvoir, la science du discours et la portée de la parole politique dans un environnement qui en est saturé.

Astrid Roucher choisit le détour de la fable pour raconter un univers qu’elle connaît de l’intérieur : celui du pouvoir et de ceux qui fabriquent ses mots. Un Prince régnant sur un royaume imaginaire, mais étrangement familier, recrute une très jeune Plume chargée d’écrire ses discours. Commence alors une immersion dans les coulisses de la cour, ses règles, ses codes et ses jeux d’influence.

Derrière cette fiction se dessine l’expérience personnelle de l’autrice, entrée à seulement vingt-quatre ans à l’Élysée pour devenir plume du Président de la République. Ce choix narratif lui permet de conserver une certaine distance tout en racontant avec finesse un milieu rarement observé depuis le bureau de celles et ceux qui écrivent les paroles des dirigeants.

Car écrire pour le Prince ne consiste pas simplement à trouver de belles formules. Chaque mot possède un poids politique. Il faut comprendre celui qui prononcera le discours, anticiper les réactions, respecter une ligne tout en donnant l’impression d’une parole personnelle. La Plume écrit, mais sa voix doit disparaître derrière celle d’un autre.

C’est précisément ce paradoxe qui rend le récit passionnant. Comment écrire avec sincérité lorsque les mots appartiennent finalement à celui qui les prononce ? Jusqu’où peut-on conserver son propre regard lorsque l’on travaille au plus près du pouvoir ? Astrid Roucher interroge ainsi la frontière entre écriture, conviction et communication.

La jeune Plume observe également avec étonnement les rituels de cette étrange cour. L’étiquette, les hiérarchies et l’omniprésence de la parole politique donnent parfois au récit une dimension presque théâtrale. Tout le monde parle, commente, conseille et reformule dans un univers où une phrase peut provoquer davantage de conséquences qu’une longue décision.

Le ton permet d’éviter la démonstration politique ou le règlement de comptes. L’intérêt se trouve ailleurs : dans les mécanismes de fabrication du discours et dans cette relation particulière entre celui qui détient le pouvoir et celle qui doit trouver les mots pour l’exprimer.

Le livre offre ainsi une réflexion stimulante sur la puissance du langage. Un discours peut convaincre, rassurer, séduire, détourner l’attention ou marquer durablement les esprits. Mais derrière les déclarations officielles se cachent des heures de travail, des hésitations, des corrections et parfois des batailles autour d’un simple terme.

Astrid Roucher raconte cet envers du décor avec intelligence et une certaine malice. Son expérience nourrit le récit sans l’alourdir, tandis que le dispositif du royaume imaginaire donne une dimension presque universelle à son propos. Le Prince pourrait appartenir à différentes époques : les mécanismes du pouvoir et l’importance accordée aux mots demeurent étonnamment similaires.

Un récit original, savoureux et instructif qui ouvre les portes d’un monde où rien n’est laissé au hasard, surtout pas les mots. Une plongée passionnante dans la fabrique de la parole politique et dans le travail souvent invisible de celles et ceux qui écrivent pour le pouvoir.

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 224 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226513892 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226513892

La Femme effacée de Sidonie Bonnec

Candice suffoque dans un Paris submergé par une pluie incessante qui l’oblige à rester enfermée chez elle. Sa fille de cinq ans se réveille chaque nuit en hurlant. Un cri rauque et douloureux dont aucun médecin ne parvient à expliquer la raison. Et puis, cette sensation d’être épiée dans ses moindres gestes…

Sidonie Bonnec installe dès les premières pages une atmosphère étouffante, dans un Paris noyé sous une pluie qui semble ne jamais devoir s’arrêter. Candice se retrouve presque prisonnière de son appartement, tandis qu’un autre phénomène beaucoup plus inquiétant vient bouleverser son quotidien : chaque nuit, sa fille de cinq ans se réveille en poussant un cri rauque et douloureux dont personne ne parvient à déterminer l’origine.

À cette inquiétude maternelle s’ajoute bientôt une impression persistante : Candice se sent observée. Les événements étranges s’accumulent jusqu’à la découverte, dans sa cave, d’une mystérieuse inscription gravée sur un mur. Ce qui pouvait encore relever de l’angoisse ou de l’imagination devient alors le point de départ d’une enquête vers un passé que certains auraient préféré voir disparaître.

Candice découvre progressivement l’histoire d’une femme que l’on a cherché à effacer. Son enquête fait remonter des secrets anciens et crée un lien troublant entre les événements d’aujourd’hui et une violence dont les conséquences semblent traverser le temps.

Sidonie Bonnec joue efficacement avec l’incertitude. Sommes-nous face à une manifestation surnaturelle, à une manipulation ou à une femme progressivement gagnée par la peur ? Le doute participe pleinement à la tension et pousse à remettre en question les perceptions de Candice comme les explications qui lui sont proposées.

La pluie incessante renforce cette sensation d’enfermement. Paris perd son agitation habituelle pour devenir un espace presque hostile, tandis que l’appartement et la cave constituent des lieux où le familier peut à tout moment basculer dans l’inquiétant. L’autrice privilégie ainsi une peur progressive, née de détails et de sensations avant de prendre une dimension beaucoup plus sombre.

Mais derrière le thriller psychologique se dessine surtout une réflexion sur la mémoire et l’effacement des femmes. Faire disparaître quelqu’un ne consiste pas uniquement à supprimer sa présence : cela peut aussi signifier nier son histoire, étouffer sa parole et empêcher que son existence soit transmise. L’enquête de Candice devient alors une manière de rendre une place à celle qui en a été privée.

Le roman joue également sur la maternité et la transmission. Les cris inexpliqués de l’enfant créent dès le départ un lien inquiétant entre les générations et donnent à l’enquête une dimension profondément personnelle. Candice ne cherche plus seulement à comprendre ce qui s’est produit autrefois : elle doit également découvrir pourquoi ce passé semble soudain s’inviter dans sa propre famille.

Entre folie, manipulation, secrets et vengeance, Sidonie Bonnec entretient une tension constante et transforme une mystérieuse inscription en porte ouverte sur une histoire enfouie. Le passé n’est jamais complètement mort lorsqu’il reste quelqu’un pour en porter les traces.

Un thriller psychologique sombre et oppressant, porté par une atmosphère particulièrement réussie et par une question qui dépasse progressivement le mystère : que reste-t-il d’une femme lorsque tout a été fait pour effacer jusqu’à son histoire ?

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 416 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 222651080X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226510808

Mayday De Jonathan Goldstein (XII), John Francis Daley | Par Jonathan Goldstein (XII), John Francis Daley Avec Ryan Reynolds, Kenneth Branagh, Maria Bakalova

La mission de reconnaissance du lieutenant Troy Brennan au-dessus du territoire soviétique tourne mal, l’obligeant à atterrir en catastrophe et à survivre dans la nature russe tout en évitant d’être capturé ou secouru.

Mayday détourne les codes du film d’espionnage et de survie pour construire une aventure où le danger côtoie constamment l’absurde. Jonathan Goldstein et John Francis Daley misent sur un terrain qu’ils connaissent bien : des personnages dépassés par une situation qui devient progressivement incontrôlable, avec un mélange assumé d’action, de comédie et de spectaculaire.

Le lieutenant Troy Brennan effectue une mission de reconnaissance au-dessus du territoire soviétique lorsque tout bascule. Contraint d’atterrir en catastrophe, il se retrouve isolé au cœur de la nature russe. Commence alors une survie dans un environnement hostile où chaque rencontre peut représenter une menace. Plus singulier encore, Brennan doit éviter aussi bien d’être capturé que d’être secouru, donnant au récit une mécanique volontairement paradoxale.

Le scénario de Goldstein et Daley exploite efficacement cette situation. Mayday possède les apparences du traditionnel récit d’un homme derrière les lignes ennemies, mais refuse de se prendre complètement au sérieux. La tension existe, tout comme la menace soviétique et les difficultés de survie, mais le film introduit régulièrement un décalage qui empêche l’aventure de devenir un thriller militaire conventionnel.

Ryan Reynolds évolue naturellement dans ce registre. Son sens du rythme et son ironie fonctionnent particulièrement bien lorsqu’ils sont confrontés à la solitude et à une situation où l’assurance de Brennan ne suffit plus. L’acteur retrouve certes certains mécanismes familiers de son jeu, mais le contexte militaire et l’isolement de son personnage permettent d’en renouveler suffisamment la formule.

Kenneth Branagh apporte une présence plus imposante et théâtrale, idéale pour contrebalancer l’énergie de Reynolds. Maria Bakalova complète efficacement ce trio et s’intègre particulièrement bien à cette tonalité qui navigue entre premier et second degré.

La réussite du film tient également à son environnement. Les grandes étendues naturelles ne constituent pas seulement un décor spectaculaire : elles renforcent l’isolement du personnage principal. Après la dimension mécanique et brutale de l’atterrissage forcé, le récit peut ainsi changer d’échelle et confronter Brennan à un territoire immense dont il ne maîtrise ni les règles ni les dangers.

Goldstein et Daley privilégient néanmoins le divertissement à la vraisemblance. Certaines péripéties reposent sur des coïncidences ou des situations difficilement crédibles, tandis que le mélange des genres produit quelques ruptures de ton. Le film fonctionne donc davantage lorsqu’il assume pleinement son statut d’aventure décomplexée que lorsqu’il cherche à installer une véritable gravité.

Cette légèreté constitue à la fois sa limite et son principal charme. Derrière son contexte géopolitique et son dispositif de survie, Mayday n’ambitionne pas de devenir une grande réflexion sur la guerre froide. Il utilise plutôt cet imaginaire comme un formidable terrain de jeu cinématographique.

Énergique, drôle et généreux en péripéties, Mayday réussit son mélange entre espionnage, survie et comédie d’action. Jonathan Goldstein et John Francis Daley ne révolutionnent aucun de ces genres, mais savent les combiner pour proposer un divertissement efficace porté par un Ryan Reynolds parfaitement à son aise. Quelques facilités et un humour parfois trop présent limitent l’impact de l’aventure, sans véritablement gâcher le plaisir.

Hysteria de Elizabeth Holleville

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Secret de famille : une enquête aux racines du mal

Elizabeth Holleville plonge dans l’horreur familiale et psychologique à travers Garance, trentenaire et réalisatrice de films d’épouvante qui, après une rupture douloureuse, quitte Paris pour trouver refuge dans le vieux manoir de ses grands-parents. Elle ne les a pas revus depuis son enfance et pense probablement y trouver un endroit où se reconstruire. Elle va surtout réveiller un passé qui aurait peut-être dû rester enfoui.

Dès son arrivée, le manoir impose une atmosphère pesante. Les objets semblent figés dans le temps, les souvenirs reviennent par fragments et certains rituels familiaux prennent progressivement une dimension inquiétante. Garance retrouve un univers marqué par un héritage maternel étouffant, où les traditions semblent avoir davantage de poids que les désirs individuels.

Puis la frontière entre réalité et cauchemar commence à se brouiller. Rêves inquiétants, rites étrangement familiers et présence diffuse du surnaturel donnent le sentiment que quelque chose attend Garance depuis longtemps. Derrière les habitudes transmises de génération en génération pourrait se cacher une réalité beaucoup plus ancienne et terrifiante.

Elizabeth Holleville ne se contente pourtant pas de construire une histoire de maison hantée ou de malédiction familiale. L’horreur devient le moyen d’explorer l’emprise exercée par la famille sur le corps et les choix des femmes. Garance se retrouve confrontée aux attentes héritées des générations précédentes et à cette idée persistante selon laquelle une femme devrait nécessairement suivre un chemin déjà tracé pour elle.

La question de la maternité occupe ainsi une place importante. L’album interroge la manière dont la société considère encore celles qui choisissent de ne pas avoir d’enfant et la pression, parfois intime et familiale, qui accompagne cette décision. Le fantastique donne une forme concrète à cette contrainte : l’héritage devient presque une force physique dont il faut parvenir à se libérer.

Cette dimension féministe s’intègre naturellement au récit horrifique. Le véritable monstre n’est peut-être pas uniquement celui qui se cache dans l’ombre, mais aussi ce qui se transmet lorsqu’une famille refuse de laisser ses membres choisir librement leur existence.

Visuellement, Elizabeth Holleville puise dans l’imaginaire du cinéma d’horreur des années 1970. Le manoir, les silences, les corps et les visions participent à une atmosphère oppressante où l’on sent constamment que quelque chose peut surgir. Le dessin accompagne parfaitement cette montée progressive de l’angoisse sans avoir besoin de multiplier artificiellement les effets.

Garance est d’autant plus intéressante qu’elle connaît elle-même les codes de l’épouvante par son métier de réalisatrice. Pourtant, lorsqu’elle se retrouve plongée dans sa propre histoire familiale, cette connaissance ne suffit plus. Ce qui pourrait sembler familier dans un film devient autrement plus inquiétant lorsqu’il touche à sa propre identité.

Hysteria fonctionne ainsi autant comme un récit d’horreur que comme une histoire d’émancipation. Derrière les secrets, les rituels et la menace surnaturelle se joue une lutte beaucoup plus intime : celle d’une femme qui cherche à déterminer ce qui lui appartient réellement dans tout ce que sa famille lui a transmis.

Elizabeth Holleville signe un album sombre et oppressant qui utilise intelligemment les codes du fantastique pour parler de transmission, de maternité, d’aliénation et de liberté. Une plongée inquiétante dans les secrets d’une famille où l’héritage peut devenir une prison et où se libérer du passé signifie parfois affronter les monstres qu’il a engendrés.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 256 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344056173 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344056172

Mathémagica de Tristan Pichard (Auteur), Wouzit (Illustrations)

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Libre adaptation du best-seller de David Bessis, Mathématica, MathémaGica raconte comment les maths, loin d’être une discipline élitiste, sont à la porté de tous et de toutes.

Tristan Pichard et Wouzit réussissent un pari qui semblait presque impossible : parler de mathématiques aux enfants sans transformer la lecture en cours supplémentaire. Librement adaptée de l’ouvrage de David Bessis, cette BD s’attaque avec humour aux nombreuses idées reçues qui entourent une matière encore trop souvent considérée comme difficile ou réservée à quelques esprits particulièrement doués.

Lilian et sa meilleure amie Abscisse découvrent un territoire où les mathématiques deviennent une véritable aventure. Une grande partie de l’histoire se déroule dans l’étrange maison de Loga et Néperien Ixigrec, les parents d’Abscisse. Ces derniers sont des « mathémaGiciens » capables d’utiliser leurs connaissances pour accomplir des choses extraordinaires. Une magie qui possède cependant une particularité essentielle : avec de la curiosité, de l’imagination et de l’entraînement, tout le monde peut apprendre à la maîtriser.

C’est précisément le message le plus intéressant de l’album. Les mathématiques ne sont plus présentées comme une accumulation de formules à mémoriser, mais comme une pratique que l’on peut développer. Se tromper, chercher, recommencer et expérimenter font partie de l’apprentissage.

Le récit insiste également sur une idée essentielle : être bon en maths n’est pas un don réservé à quelques privilégiés. Comme dans un sport, on progresse en pratiquant. La curiosité et l’imagination deviennent alors aussi importantes que la logique.

La fiction permet d’aborder ces notions sans lourdeur. Le vocabulaire mathématique, parfois intimidant, devient matière à jouer, tandis que les aventures de Lilian et Abscisse donnent une dimension concrète à des concepts qui pourraient sembler abstraits. L’humour contribue beaucoup à cette réussite et évite au projet de tomber dans la démonstration pédagogique.

Les illustrations de Wouzit, expressives et pleines d’énergie, participent pleinement à cette volonté de rendre les mathématiques vivantes. Les concepts deviennent des situations, des images et presque des pouvoirs que les personnages peuvent manipuler.

En 112 pages, l’album rappelle ainsi que les maths servent à comprendre le monde, qu’il est possible d’y prendre du plaisir et surtout que chacun peut progresser. Un message particulièrement précieux pour les enfants de 8 à 12 ans qui commencent parfois très tôt à se persuader qu’ils sont « nuls en maths ».

Une BD drôle, inventive et intelligemment pédagogique, qui remplace la peur des mathématiques par l’envie d’essayer. Tristan Pichard et Wouzit montrent surtout qu’avant d’être une affaire de bonnes réponses, les maths sont une formidable invitation à chercher, imaginer et comprendre.

ASIN ‏ : ‎ B0GXNSS8Y8 Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 112 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023522365

Cizo T07: La ligue des champions de Aré

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Découvrez l’incroyable destin de Zandro Cizo, chat tigré de 17 ans promis à un avenir hors norme. Longtemps jugé trop frêle pour rivaliser au plus haut niveau, il devient pourtant l’un des derniers espoirs d’une Europe en perte de vitesse sur la scène footballistique. Sa trajectoire bascule grâce à Mattéo Di Magio, ancien champion bien décidé à ramener son continent au sommet.

Aré poursuit l’incroyable parcours de Zandro Cizo, jeune chat tigré de 17 ans que beaucoup jugeaient trop frêle pour espérer s’imposer au plus haut niveau. Pourtant, à force de travail et de détermination, le voilà désormais confronté à l’une des compétitions les plus prestigieuses du football européen : la Ligue des champions.

Dans ce septième tome, les choses sérieuses commencent véritablement. Les matchs s’enchaînent, la pression augmente et chaque rencontre peut modifier le destin d’une équipe comme celui d’un joueur. Zandro doit prouver qu’il possède sa place parmi les meilleurs, alors que les attentes deviennent de plus en plus importantes.

À ses côtés, Mattéo Di Magio, ancien champion déterminé à replacer l’Europe au sommet, continue de jouer un rôle essentiel. Mais le terrain n’est qu’une partie de l’histoire. Aré s’intéresse aussi à tout ce qui accompagne une carrière professionnelle : la concurrence, les doutes, les décisions parfois difficiles et cette obligation permanente de confirmer son talent.

C’est justement ce regard porté sur l’envers du décor du football de haut niveau qui donne de la profondeur à la série. Derrière les exploits et l’excitation des grandes rencontres se trouvent des adolescents et de jeunes adultes soumis à une pression considérable. Le talent ne suffit pas : il faut apprendre à gérer les échecs, les attentes et les choix qui peuvent déterminer toute une carrière.

La Ligue des champions offre naturellement un cadre idéal pour faire monter la tension. Chaque match devient une étape supplémentaire dans la construction de Zandro, avec cette incertitude propre au football où une action peut suffire à faire basculer une rencontre.

Aré conserve également ce qui fait l’identité de la série : un véritable amour du football, de son histoire et de ses grandes figures, tout en portant un regard actuel sur son évolution. Les amateurs reconnaîtront de nombreuses références, tandis que les lecteurs moins familiers avec ce sport peuvent parfaitement se laisser entraîner par l’aventure et les personnages.

Le dessin dynamique restitue efficacement l’intensité des matchs, les accélérations et les duels, mais sait également ralentir lorsque l’histoire s’intéresse aux émotions et aux interrogations des joueurs. Cette alternance permet de ne jamais réduire l’album à une simple succession de rencontres.

Ce septième tome marque ainsi une nouvelle étape importante dans le parcours de Zandro. Le jeune joueur qui devait constamment prouver qu’il était capable de rivaliser avec les autres se rapproche de son rêve, mais découvre également que plus on approche du sommet, plus la pression devient forte.

Une BD sportive énergique et sincère qui mêle spectacle, passion et réalité du football professionnel. La Ligue des champions donne un nouvel élan à la série et rappelle que derrière chaque grand joueur se cachent du travail, des sacrifices, des doutes et une formidable envie de ne jamais renoncer.

Éditeur ‏ : ‎ Kennes les 3 As Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 56 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2931300845 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2931300848