Hysteria de Elizabeth Holleville

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Secret de famille : une enquête aux racines du mal

Elizabeth Holleville plonge dans l’horreur familiale et psychologique à travers Garance, trentenaire et réalisatrice de films d’épouvante qui, après une rupture douloureuse, quitte Paris pour trouver refuge dans le vieux manoir de ses grands-parents. Elle ne les a pas revus depuis son enfance et pense probablement y trouver un endroit où se reconstruire. Elle va surtout réveiller un passé qui aurait peut-être dû rester enfoui.

Dès son arrivée, le manoir impose une atmosphère pesante. Les objets semblent figés dans le temps, les souvenirs reviennent par fragments et certains rituels familiaux prennent progressivement une dimension inquiétante. Garance retrouve un univers marqué par un héritage maternel étouffant, où les traditions semblent avoir davantage de poids que les désirs individuels.

Puis la frontière entre réalité et cauchemar commence à se brouiller. Rêves inquiétants, rites étrangement familiers et présence diffuse du surnaturel donnent le sentiment que quelque chose attend Garance depuis longtemps. Derrière les habitudes transmises de génération en génération pourrait se cacher une réalité beaucoup plus ancienne et terrifiante.

Elizabeth Holleville ne se contente pourtant pas de construire une histoire de maison hantée ou de malédiction familiale. L’horreur devient le moyen d’explorer l’emprise exercée par la famille sur le corps et les choix des femmes. Garance se retrouve confrontée aux attentes héritées des générations précédentes et à cette idée persistante selon laquelle une femme devrait nécessairement suivre un chemin déjà tracé pour elle.

La question de la maternité occupe ainsi une place importante. L’album interroge la manière dont la société considère encore celles qui choisissent de ne pas avoir d’enfant et la pression, parfois intime et familiale, qui accompagne cette décision. Le fantastique donne une forme concrète à cette contrainte : l’héritage devient presque une force physique dont il faut parvenir à se libérer.

Cette dimension féministe s’intègre naturellement au récit horrifique. Le véritable monstre n’est peut-être pas uniquement celui qui se cache dans l’ombre, mais aussi ce qui se transmet lorsqu’une famille refuse de laisser ses membres choisir librement leur existence.

Visuellement, Elizabeth Holleville puise dans l’imaginaire du cinéma d’horreur des années 1970. Le manoir, les silences, les corps et les visions participent à une atmosphère oppressante où l’on sent constamment que quelque chose peut surgir. Le dessin accompagne parfaitement cette montée progressive de l’angoisse sans avoir besoin de multiplier artificiellement les effets.

Garance est d’autant plus intéressante qu’elle connaît elle-même les codes de l’épouvante par son métier de réalisatrice. Pourtant, lorsqu’elle se retrouve plongée dans sa propre histoire familiale, cette connaissance ne suffit plus. Ce qui pourrait sembler familier dans un film devient autrement plus inquiétant lorsqu’il touche à sa propre identité.

Hysteria fonctionne ainsi autant comme un récit d’horreur que comme une histoire d’émancipation. Derrière les secrets, les rituels et la menace surnaturelle se joue une lutte beaucoup plus intime : celle d’une femme qui cherche à déterminer ce qui lui appartient réellement dans tout ce que sa famille lui a transmis.

Elizabeth Holleville signe un album sombre et oppressant qui utilise intelligemment les codes du fantastique pour parler de transmission, de maternité, d’aliénation et de liberté. Une plongée inquiétante dans les secrets d’une famille où l’héritage peut devenir une prison et où se libérer du passé signifie parfois affronter les monstres qu’il a engendrés.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 256 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344056173 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344056172

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