Un cold case redoutable : en 1995, un producteur exécuté de quatre balles formant un carré parfait ; en 2025, la mort de sa fille. Trente ans d’écart, un même mystère. Entre passé irrésolu et enquête sous tension, un suspense haletant.
Geoffrey Le Guilcher construit un thriller à double temporalité autour de deux morts séparées par trente ans et d’un détail suffisamment troublant pour transformer une ancienne affaire criminelle en énigme toujours vivante. Le 6 mai 1995, Joseph Vitali, producteur de cinéma, est retrouvé exécuté de quatre balles dans la nuque, disposées en un carré parfait. Le meurtrier ne sera jamais identifié.
Exactement trente ans plus tard, le 6 mai 2025, sa fille Ana disparaît. Un mois passe avant que son corps ne soit découvert au fond d’un puits dans la forêt de Meudon. Deux générations d’une même famille sont désormais frappées par la mort. Coïncidence, vengeance ou prolongement d’une histoire commencée trois décennies auparavant ?
La famille Vitali se tourne vers Emma Voldor, rédactrice en chef du journal True Crime. La particularité de cette rédaction est passionnante : reprendre les affaires non résolues et les raconter avec les méthodes narratives du roman policier, dans l’espoir de regarder autrement des dossiers sur lesquels les enquêteurs se sont parfois cassé les dents.
Emma s’entoure notamment de la romancière Zema Adame et du journaliste Jed Jarzinski. Ce dernier possède une capacité particulière à reconstruire les raisonnements criminels, jusqu’à se projeter dans l’esprit d’un meurtrier comme pourrait le faire un profileur. Une qualité précieuse lorsqu’il s’agit de comprendre pourquoi quatre balles ont été disposées selon une géométrie aussi précise.
Mais la nouvelle affaire Vitali pose immédiatement un problème. L’équipe travaille normalement sur des cold cases. Or la mort d’Ana fait l’objet d’une enquête en cours. En cherchant à résoudre le meurtre de Joseph, les journalistes risquent donc d’interférer avec les investigations présentes. La frontière entre raconter une affaire et devenir soi-même enquêteur commence alors dangereusement à s’effacer.
C’est l’un des aspects les plus intéressants du roman. Geoffrey Le Guilcher ne se contente pas d’utiliser le journalisme comme prétexte à une enquête parallèle : il interroge la place de ceux qui racontent le crime. Jusqu’où un journaliste peut-il aller pour rechercher la vérité ? Que faire lorsqu’une information susceptible de résoudre une vieille affaire peut également bouleverser une procédure judiciaire actuelle ?
La construction autour des deux époques entretient efficacement le suspense. Chaque découverte concernant 1995 peut modifier la lecture des événements de 2025, tandis que la mort d’Ana oblige à reconsidérer tout ce que l’on croyait savoir sur celle de son père. Le passé n’est jamais véritablement refermé : il attend simplement qu’un nouvel élément vienne le réveiller.
Le mystérieux carré devient naturellement le symbole de cette enquête. Sa précision laisse difficilement croire à un geste improvisé. Derrière cette signature se cache une intention qu’il faut parvenir à comprendre, et le lecteur est entraîné dans le même jeu de déduction que les journalistes.
L’univers du cinéma apporte également une dimension supplémentaire au mystère. Joseph Vitali était producteur, et son assassinat conduit nécessairement à explorer un milieu où ambitions, relations professionnelles et secrets personnels peuvent fournir autant de pistes. Mais trente années ont passé : les souvenirs se déforment, les témoins disparaissent et ceux qui restent ne disent pas nécessairement toute la vérité.
Geoffrey Le Guilcher associe ainsi efficacement enquête criminelle, journalisme et mécanique du cold case. L’intérêt ne repose pas uniquement sur l’identité du coupable, mais sur la manière dont une affaire ancienne peut continuer à contaminer le présent et sur les conséquences de la recherche obstinée d’une vérité longtemps enfouie.
Un thriller particulièrement prenant, construit autour d’un mystère simple en apparence mais redoutablement efficace : deux morts, trente ans d’écart et une histoire qui refuse de rester enterrée. Entre enquête journalistique, secrets familiaux et dossier irrésolu, L’Affaire du carré rappelle qu’un cold case n’est jamais complètement froid tant que quelqu’un cherche encore à comprendre ce qui s’est réellement passé.
9782749960760
404 pages
10/09/2026
