Masterplan De Thomas Vincent | Par Thomas Vincent, David Wolstencroft Avec Stanley Tucci, Simona Tabasco, Victor Belmondo

Lorsqu’un voleur légendaire jette son dévolu sur La Joconde, il recrute deux jeunes inconnus pour l’aider — Chiara, une brillante experte italienne en cybercriminalité, et Jay, un spécialiste français des explosifs à l’ego surdimensionné — avant de leur révéler qu’ils sont frère et sœur… et qu’il est leur père. Plongée dans une réunion de famille chaotique qu’elle n’a pas demandée, cette nouvelle famille doit apprendre à travailler ensemble — et essayer de ne pas s’entre-tuer — si elle veut avoir une chance de réussir le casse du siècle.

Voler La Joconde avec deux complices qui découvrent être frère et sœur : l’idée a de quoi séduire. Thomas Vincent réunit Stanley Tucci, Simona Tabasco et Victor Belmondo dans une comédie de braquage où les secrets de famille viennent compliquer une opération déjà improbable. Un concept amusant, mais qui soulève aussi quelques réserves.

Un voleur légendaire décide de s’attaquer au tableau le plus célèbre du monde. Pour réussir, il recrute Chiara, experte italienne en cybercriminalité, et Jay, spécialiste français des explosifs à l’ego surdimensionné. Mais son véritable coup de théâtre n’a rien à voir avec le musée : il leur annonce qu’ils sont frère et sœur, et qu’il est leur père.

Ce mélange entre film de casse et comédie familiale constitue à mes yeux l’aspect le plus intéressant du projet. L’idée de réunir trois inconnus autour d’un braquage impossible permet d’imaginer des confrontations savoureuses, notamment entre un père manipulateur et deux enfants qui n’ont aucune raison de lui faire confiance.

Je reste cependant plus réservé sur l’originalité de l’ensemble. Le principe de personnages incompatibles contraints de collaborer a déjà été largement exploité au cinéma. Quant à la révélation familiale, elle risque de devenir un simple ressort comique si le scénario ne prend pas le temps d’explorer les conséquences de cette découverte.

Le choix de La Joconde apporte une dimension spectaculaire, mais ne suffit pas à rendre le projet singulier. Ce qui m’intéresse davantage, c’est la manière dont cette famille pourrait se construire dans le mensonge, la méfiance et les intérêts personnels.

La présence de Stanley Tucci est un véritable atout sur le papier. Face à lui, Simona Tabasco et Victor Belmondo pourraient former un duo intéressant, à condition que leurs personnages dépassent les oppositions un peu faciles entre la spécialiste brillante et le jeune homme arrogant.

Je vois dans Masterplan le potentiel d’une comédie de casse sympathique, mais pas nécessairement celui d’un film qui bouleversera les codes du genre. Tout dépendra de la qualité des dialogues, du rythme et surtout de la place accordée aux relations familiales. Car le véritable enjeu n’est finalement pas de savoir si cette équipe parviendra à voler La Joconde, mais si elle réussira à nous faire croire à cette famille improbable.

Sacrifice De Romain Gavras | Par Romain Gavras, Will Arbery Avec Anya Taylor-Joy, Chris Evans, Salma Hayek

Lors d’un gala de charité sur une île grecque, un acteur de cinéma en perte de vitesse décroche le rôle de sa vie lorsqu’une secte apocalyptique le prend en otage.

Un acteur sur le déclin, une île grecque paradisiaque et une secte persuadée que la fin du monde approche. Romain Gavras réunit Chris Evans, Anya Taylor-Joy et Salma Hayek dans une comédie noire au point de départ aussi improbable que réjouissant.

Tout commence lors d’un prestigieux gala de charité organisé sur une île grecque. Parmi les invités, un acteur dont la carrière bat de l’aile espère peut-être retrouver un peu de lumière. Mais la soirée tourne au cauchemar lorsqu’une secte apocalyptique prend les participants en otage. Pour lui, cette situation absurde pourrait paradoxalement devenir le rôle de sa vie.

Romain Gavras aime les personnages poussés dans leurs retranchements et les situations qui dérapent. Ici, le contraste entre le luxe d’une réception mondaine et la folie d’un groupe persuadé de devoir accomplir une mission sacrée offre un terrain particulièrement intéressant.

Derrière son intrigue extravagante, Sacrifice semble surtout vouloir se moquer d’un monde où tout devient spectacle, même la catastrophe. Le cinéma, la célébrité, les croyances et l’obsession de laisser une trace se retrouvent réunis dans une même situation explosive.

Le choix de Chris Evans, Anya Taylor-Joy et Salma Hayek ajoute une dimension séduisante à cette satire. Reste à voir comment leurs personnages trouveront leur place dans ce chaos annoncé.

Le principal défi sera de ne pas laisser la provocation prendre le dessus sur l’histoire. Car une idée aussi folle ne suffit pas : encore faut-il que les personnages existent derrière l’agitation.

Avec Sacrifice, Romain Gavras promet un mélange d’humour noir, de tension et de critique sociale. Une proposition intrigante qui pourrait bien tourner en dérision les excès de notre époque, tout en rappelant qu’à Hollywood, certains seraient prêts à tout pour retrouver le premier rôle.

Grand Corps Malade : avec Voir la mer, les mots prennent le large

vec Voir la mer, paru le 18 septembre 2026, Grand Corps Malade poursuit son exploration du temps qui passe, des liens qui nous construisent et des horizons qu’il reste à découvrir. Ce neuvième album studio rassemble seize titres et accueille SDM, Mentissa, Styleto et Cœur de pirate. Un disque qui donne une place importante aux mélodies et aux instruments, tout en conservant la parole au centre de son univers.

Le voyage commence par une affirmation : J’en ai pas encore fini. Dès l’ouverture, Fabien Marsaud exprime son envie de poursuivre, de créer et de prendre part au monde. Après deux décennies de carrière, cette déclaration donne au projet une impulsion tournée vers l’avenir. Le parcours accompli nourrit la suite, avec cette idée que l’expérience peut entretenir la curiosité.

Cette question revient dans 20 ans plus tard, où l’artiste retrace son chemin musical. Le titre fait entrer la mémoire de ses débuts dans le présent de l’album. À propos de cette sortie, Grand Corps Malade confie d’ailleurs retrouver la fébrilité d’un débutant : l’attente de l’accueil du public demeure, même après des années de création. Ce rapport au métier donne une dimension humaine au bilan. Derrière la carrière, il reste quelqu’un qui écrit, s’engage dans ses chansons et espère qu’elles trouveront un écho.

Musicalement, Voir la mer privilégie un cadre souvent feutré. Le piano, les guitares et la basse accompagnent une voix dont la présence reste immédiatement reconnaissable. Les arrangements ménagent de l’espace aux récits, mais le disque varie aussi les mouvements : Les failles emprunte au funk, tandis que J’sais pas faire sans toi se rapproche du disco. Ces changements de rythme apportent du relief à l’ensemble et rappellent la souplesse du slam, capable de circuler entre plusieurs formes musicales.

L’ailleurs constitue un autre fil conducteur. Après une année passée en famille à Montréal, le slameur rapporte de nouvelles habitudes et une autre perception du quotidien. Une mélodie rend hommage à cette ville désormais connue de l’intérieur. Le regard a changé depuis celui du visiteur : les lieux prennent le poids des souvenirs, des journées vécues et d’un rythme auquel on s’est attaché.

Avec Cœur de pirate, L’hiver prolonge cette expérience québécoise en évoquant la saison froide. Puissance 4 puise également dans la vie familiale à l’étranger, tandis que Drôle de lettre explore la distance avec Paris. Ces chansons donnent au déplacement plusieurs dimensions : découvrir une ville, partager une aventure avec les siens, regarder autrement l’endroit que l’on a quitté. Le titre Voir la mer élargit cette perspective avec son image d’un regard porté vers d’autres horizons.

Les rencontres vocales rythment également le parcours. SDM rejoint Grand Corps Malade sur Traces, Mentissa sur Ça ira et Styleto sur Le prochain rêve. À travers ces invitations, l’album fait dialoguer des artistes aux identités distinctes et multiplie les possibilités autour de la voix parlée. Leur présence inscrit aussi ce nouveau chapitre dans une pratique du partage déjà importante chez le slameur.

L’apaisement général laisse cependant place à une expression plus frontale dans Pas de fatalité. Grand Corps Malade y dénonce le racisme et la progression de l’extrême droite. Cette colère donne un contrepoids aux chansons consacrées au recul et au bonheur quotidien : le désir de douceur cohabite avec une inquiétude pour la société. Ça ira apporte, de son côté, une réponse fondée sur la solidarité et la force du collectif pour traverser les épreuves.

L’intérêt de Voir la mer tient à la relation entre ces différentes échelles : une famille, une ville, un parcours artistique et un monde qui continue de susciter des questions. Le changement de décor ouvre de nouvelles perspectives, tandis que l’écriture conserve ses préoccupations humaines. Grand Corps Malade poursuit ainsi une œuvre attentive à ce qui nous permet d’avancer : les autres, les souvenirs et la possibilité de regarder un peu plus loin.

Hoshi : avec Bonjour Docteur, mettre des mots sur les blessures

Avec Bonjour Docteur, paru le 9 octobre 2026, Hoshi consacre son quatrième album à la santé mentale et à la reconstruction après une rupture. Quatorze titres composent ce parcours pensé comme une consultation, où la tristesse, la colère et l’espoir trouvent successivement leur place. Le projet donne une forme musicale à ce moment où il faut comprendre ce qui fait mal pour envisager la suite.

Le morceau d’ouverture, Bonjour Docteur, installe ce cadre à travers un dialogue avec un médecin. Sur un rythme pressant, la chanteuse expose une détresse qui touche autant la séparation que les projets emportés avec elle. La métaphore médicale permet de nommer les blessures affectives et de leur donner une réalité concrète. Elle offre aussi un interlocuteur à une parole qui cherche à sortir de l’isolement.

Les intitulés prolongent ce vocabulaire tout au long du disque. Santé mentale, Amnésie, Métro Trauma ou Bobo au cœur cherche pansement dessinent un univers où l’état intérieur devient le sujet central. Leur succession suggère différentes façons d’approcher la douleur : la nommer, vouloir l’oublier, en reconnaître les traces ou chercher un soulagement. Cette lecture des titres fait apparaître la cohérence du projet, jusque dans son mélange de gravité et de formulations familières.

Billy et Joey aborde une perte particulièrement intime : celle des enfants qu’Hoshi avait imaginé avoir avec son ancienne compagne. Ces prénoms donnent une présence à un avenir qui n’aura pas lieu. La rupture implique alors de faire ses adieux à toute une vie projetée. Le sujet apporte une profondeur particulière au récit amoureux, en s’attachant à ce qui disparaît avec une relation : des possibles, des images et une histoire familiale espérée.

Le disque conserve l’identité musicale d’Hoshi, entre pop-rock et passages plus dépouillés au piano. Sa voix accompagne cette alternance entre exposition de la fragilité et expression plus puissante des émotions. Ce contraste correspond au mouvement du projet : la souffrance peut se dire dans la confidence comme dans le débordement.

Pleurer en dansant résume, par son titre, une contradiction féconde pour la pop : le corps peut continuer à bouger alors que l’esprit reste traversé par le chagrin. Plus loin, Rallumer le soleil et L’avenir d’après, qui clôt l’album, orientent la lecture vers une reprise possible. Le choix de ces mots marque un déplacement progressif, du constat de la blessure vers la possibilité de se projeter à nouveau.

La force du concept tient à cette progression. Une consultation suppose de pouvoir parler, mais aussi d’être entendue. En organisant son album autour de cet échange, Hoshi donne une place à des émotions souvent difficiles à formuler. Bonjour Docteur propose ainsi un récit où la vulnérabilité devient une matière d’écriture et où l’avenir retrouve, peu à peu, un espace.

Sur le sable de Camille Giordani (Auteur), Junko Nakamura (Illustrations)

Le soleil est haut dans le ciel, la mer miroite, Joëlle descend à la plage. Quel terrain de jeu et d’exploration fabuleux ! La plage offre tant de joies, petites et grandes ; c’est un lieu à ressentir du bout des orteils au bout des doigts, caressé par le soleil, éclaboussé par l’eau fraîche, un lieu où les sens sont en éveil, où on se construit des souvenirs pour plus tard…

Avec Sur le sable, Camille Giordani et Junko Nakamura invitent à retrouver la plage à hauteur d’enfant. Aux côtés de Joëlle, le bord de mer devient un espace d’exploration où la chaleur du soleil, la fraîcheur de l’eau et le contact du sable composent toute une aventure.

Le soleil est haut, la mer scintille et Joëlle descend à la plage. Ce départ tout simple ouvre un monde de sensations. Sous les pieds, au bout des doigts, chaque contact offre quelque chose à découvrir. L’intérêt de cette proposition tient à l’attention accordée à ce que les adultes traversent parfois sans y penser : pour un jeune enfant, un paysage se rencontre avec tout le corps.

La plage constitue un cadre particulièrement riche pour cette découverte. Le chaud et le frais, le sec et le mouillé, la lumière et les mouvements de l’eau nourrissent la curiosité. L’exploration n’a besoin d’aucun objectif compliqué : toucher, regarder et ressentir suffisent à donner de l’importance au moment.

Cette approche sensorielle offre aussi un beau point de départ pour une lecture partagée. Le récit peut faire écho à une première baignade, à une promenade ou au souvenir du sable entre les orteils. Les mots deviennent alors une manière de retrouver une expérience, de la nommer et de la raconter ensemble.

La présence de Joëlle donne un visage à cette promenade. À travers elle, les petites joies du bord de mer prennent leur place dans une histoire : ce qui semble ordinaire peut devenir un souvenir durable. C’est cette rencontre entre découverte immédiate et mémoire en construction qui apporte au sujet sa douceur.

Camille Giordani, au texte, et Junko Nakamura, aux illustrations, proposent ainsi une échappée autour des plaisirs simples de l’enfance. Sur le sable invite à s’attarder sur ces instants où l’on découvre le monde du bout des doigts, bien avant de savoir tout en raconter.

ASIN ‏ : ‎ B0GM4MY5CL Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 15 mai 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 28 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023522037

Ycare revisite Brel : la passion des mots, l’énergie du rock

Avec Brel, paru le 2 octobre 2026, Ycare se confronte à un répertoire qui engage autant la voix que le corps. Dix chansons composent cet hommage, enregistré et produit avec Pascal Obispo. Le choix des titres privilégie les grands classiques, mais la direction musicale emprunte une voie plus personnelle, portée par des arrangements pop et rock.

Pour Ycare, cette rencontre s’inscrit dans une histoire ancienne. Jacques Brel compte parmi les artistes qui lui ont donné envie de chanter et de composer. Reprendre ses chansons revient donc à retrouver une source de son propre parcours. Cette filiation explique l’ambition du projet, mais aussi sa difficulté : comment faire entendre sa sensibilité dans des œuvres dont l’interprétation originale demeure aussi présente dans les mémoires ?

L’orientation rock apporte une première réponse. Les guitares électriques prennent une place importante et accompagnent l’intensité des textes. Ce déplacement musical modifie les couleurs du répertoire tout en conservant son goût des émotions extrêmes. L’approche peut surprendre, particulièrement lorsque les arrangements s’éloignent de sonorités devenues indissociables des chansons. Elle donne néanmoins à l’hommage une direction identifiable, avec la volonté de remettre ces œuvres en circulation dans un langage contemporain.

La Chanson des vieux amants illustre cette démarche. Ycare en a notamment proposé une interprétation résolument rock lors de la finale de The Voice Kids. Le morceau raconte un amour éprouvé par les années, les départs et les retrouvailles. Sa force tient à cette coexistence entre les blessures et la persistance du lien. L’aborder avec une énergie plus électrique permet de souligner la passion encore vive derrière le bilan amoureux : le temps a passé, mais le sentiment continue de remuer ceux qui le vivent.

Avec Ne me quitte pas, le défi change de nature. Tout repose sur la fragilité d’une parole qui tente de retenir l’autre. La chanson expose une dépendance affective, une détresse qui rend chaque promesse plus désespérée. Sa présence dans la sélection place Ycare devant une exigence particulière : donner une nécessité personnelle à des mots que l’on croit connaître par cœur. Dans un album hommage, ce titre constitue toujours un point sensible, tant son histoire accompagne chacune de ses nouvelles interprétations.

Amsterdam et Mathilde représentent une autre facette de Brel, celle des récits emportés par leur propre fièvre. Le premier fait surgir un monde de corps, de faim et de désir ; le second raconte le bouleversement provoqué par le retour d’une femme aimée. Leur présence permet de mesurer l’étendue du registre abordé : après la supplication amoureuse viennent l’excès, le vertige et cette manière de transformer une chanson en scène dramatique.

Vesoul concentre l’une des transformations instrumentales les plus marquantes relevées dans l’album : la flûte traversière prend la place de l’accordéon associé à Marcel Azzola. Ce choix déplace immédiatement les repères. Il rappelle combien un timbre participe à notre souvenir d’une chanson et combien sa modification peut renouveler la manière de la recevoir. La reprise devient alors un exercice de déplacement, avec ce qu’il comporte de surprise et de résistance chez l’auditeur.

À côté de ces titres débordants, Jojo introduit la mémoire d’un ami disparu. Écrite pour Georges Pasquier, proche de Brel, la chanson exprime la présence que conserve un être aimé après sa mort. Sa place dans le projet ouvre un espace consacré à l’amitié et au deuil. Elle rappelle aussi que l’intensité brelienne passe par des sentiments qui persistent dans l’absence, avec une force aussi grande que les élans amoureux.

La Quête prolonge enfin cette traversée avec son idéal poursuivi malgré les obstacles. Dans le parcours d’un chanteur qui reconnaît en Brel un maître, son choix prend une résonance particulière. Elle peut se lire comme une manière d’assumer l’ambition de l’hommage : se mesurer à une œuvre immense, accepter l’inquiétude qu’elle provoque et tenter malgré tout d’y engager sa propre voix.

L’intérêt de Brel se situe dans cette tension entre familiarité des chansons et changement de perspective musicale. Les textes portent déjà leurs personnages, leurs conflits et leurs blessures ; leur reprise demande de leur donner une présence nouvelle. En choisissant un cadre pop et rock, Ycare propose une porte d’entrée vers ce répertoire et poursuit, à travers lui, une réflexion sur ce qui fait un interprète : la capacité à prendre personnellement en charge les mots d’un autre.

Angèle : avec Instinct, les émotions gagnent la piste de danse

Avec Instinct, son troisième album paru le 16 octobre 2026, Angèle explore une pop plus électronique, traversée par le désir, l’affirmation de soi et les incertitudes sentimentales. Entourée de Justice, Soulwax, SebastiAn et Caroline Polachek, la chanteuse belge ouvre un nouveau chapitre où les émotions se racontent aussi à travers le mouvement.

Le titre Instinct annonce une direction : écouter ce qui pousse à parler, à choisir et à avancer. Angèle présente ce disque comme un journal musical nourri par trois années de vie. Cette dimension personnelle donne un fil conducteur aux collaborations et aux changements de langue. L’anglais prend davantage de place, les productions élargissent les horizons de sa pop, mais les interrogations restent proches : comment exprimer ses envies, accepter ses contradictions et trouver sa place dans une relation ?

Après l’introduction, Dis-le pose les intentions du disque. La chanson invite à exprimer ce que l’on garde habituellement pour soi, à écouter sa voix intérieure et à assumer son identité. Cette prise de parole peut concerner un désir, un désaccord ou une vérité longtemps retenue. Le morceau fournit ainsi une clé de lecture à l’ensemble : suivre son instinct commence par reconnaître ce que l’on ressent. Dans cette invitation à briser le silence, Angèle retrouve une manière directe d’aborder des questions personnelles qui peuvent résonner collectivement.

La rencontre avec Justice donne une traduction sonore particulièrement affirmée à cette évolution. Les synthétiseurs imposants et la pulsation appuyée de What You Want installent une énergie plus physique. La voix d’Angèle se glisse dans une production qui augmente la tension et pousse sa pop vers les sensations du club. Le contraste entre la souplesse du chant et la densité électronique devient le moteur du titre : la mélodie conserve son pouvoir d’attraction au milieu d’une instrumentation plus massive.

Une seule vie prolonge le thème de la décision : accepter de choisir pour pouvoir avancer. Cette idée rejoint le mouvement général du projet, tourné vers l’action et l’expression de soi. Elle trouve un prolongement plus trouble dans Love Triangle, où la possibilité du choix devient précisément ce qui déstabilise. Avec Caroline Polachek et SebastiAn, Angèle aborde l’attirance, la jalousie et la peur de perdre le contrôle.

Sur ce morceau, l’arpège électronique installe une sensation d’obsession, tandis que les voix croisent les langues et les points de vue. Le désir rencontre la crainte de ses conséquences : vouloir multiplier les possibles tout en redoutant la blessure. La présence de Caroline Polachek permet de donner une réponse au premier récit, de déplacer le regard et de faire entendre une autre sensibilité. La collaboration prend alors un sens dramatique, au-delà de la rencontre entre deux signatures vocales.

D’autres titres ramènent le disque vers des fragilités plus familières. Au revoir aborde la peur de la solitude dans un environnement proche de l’hyperpop. Ce rapprochement entre une inquiétude intime et des sonorités électroniques nourrit la double impulsion de l’album : se livrer tout en maintenant une énergie dansante. Sur Trop, la collaboration avec Soulwax accompagne une accumulation de motifs de révolte. Le débordement devient ici une façon de prendre la parole, de faire sortir ce qui pèse.

Avec Je sais, le registre devient familial. Angèle répond à Comment te dire, la chanson que son père Marka lui avait consacrée vingt-cinq ans auparavant. Ce dialogue entre deux générations inscrit le disque dans une histoire qui dépasse le présent de la chanteuse. Au milieu des rencontres artistiques et des explorations électroniques, cette réponse apporte un point d’ancrage affectif : une parole reçue autrefois trouve désormais son écho dans la voix de sa destinataire.

À travers ces différentes formes d’attachement, Instinct dessine le portrait d’une artiste qui cherche à donner davantage de place à ses impulsions. La parole libère, le désir déstabilise et les liens familiaux ramènent à une mémoire personnelle. Le projet trouve sa cohérence dans cette circulation entre l’élan et le doute, avec une pop qui accompagne les émotions jusque dans leurs contradictions.

Pluie Alcide de Alcide Dessine

Humour absurde, émotions bancales, discussions gênantes et grosses touches grasses de vulgarité bien placée : Alcide est de retour, plus beau, plus précis… et toujours aussi inquiétant pour le bien-être émotionnel de ses personnages. Avec un dessin encore plus maîtrisé et expressif, ce troisième opus pousse encore plus loin tout ce qui fait le sel de l’univers d’Alcide : les relations foireuses, les petites humiliations du quotidien, les jeux de mots douteux, les personnages émotionnellement indisponibles… et cette étrange capacité à transformer le malaise en quelque chose de très drôle.

Des relations qui déraillent, des conversations embarrassantes et des personnages peu disponibles pour les sentiments des autres : Pluie d’Alcide annonce un troisième opus où l’absurde côtoie les petites cruautés du quotidien. Un univers qui trouve sa matière comique dans tout ce que l’on préférerait parfois oublier après une interaction ratée.

Chez Alcide Dessine, les rapports humains constituent un terrain particulièrement glissant. Un échange peut tourner à l’humiliation, un jeu de mots ajouter à la gêne, une tentative de rapprochement révéler surtout l’incapacité à communiquer. Le ressort est fécond : faire rire de ces moments où personne ne trouve la bonne réaction, et où chaque parole risque d’aggraver la situation.

L’intérêt de cette proposition tient au mélange des registres. L’humour absurde permet de déformer les situations familières, tandis que la vulgarité revendiquée leur apporte une brutalité supplémentaire. Derrière la plaisanterie se dessine pourtant une matière très reconnaissable : le besoin d’affection, les déceptions et les stratégies maladroites pour tenir les autres à distance.

Les personnages émotionnellement indisponibles donnent à cet ensemble une saveur particulière. Ils semblent peu armés pour construire des relations sereines, mais parfaitement capables de produire des échanges catastrophiques. Le décalage entre leurs attentes et leurs comportements nourrit cette comédie de l’inconfort.

Le dessin, annoncé comme plus précis et expressif dans ce troisième volume, occupe une place essentielle dans un tel dispositif. Une expression, une posture ou une réaction peuvent porter la gêne autant qu’une réplique. C’est dans cette rencontre entre le trait et les dialogues que se joue la promesse de l’album : donner une forme immédiatement lisible aux émotions les plus bancales.

Avec Pluie d’Alcide, le programme est aussi réjouissant que peu rassurant pour les personnages : de l’absurde, de la mauvaise foi et des sentiments malmenés. Une proposition destinée aux amateurs d’humour grinçant, pour qui une conversation qui tourne mal peut devenir un excellent point de départ comique.

Éditeur ‏ : ‎ Les éditions Lapin Date de publication ‏ : ‎ 5 novembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 176 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 237754424X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2377544240

Divorce à la française avec Caroline Vigneaux

Divorce à la française : quand la séparation devient une bataille pour être crue

Un divorce peut être prononcé sans que la guerre soit terminée. Avec Divorce à la française, présenté au Théâtre des Nouveautés, Éliette Abécassis explore cette zone où la rupture conjugale se prolonge dans les accusations, les procédures et la lutte pour la garde des enfants. Porté par Caroline Vigneaux, ce seul-en-scène soulève une question troublante : pourquoi croit-on certaines personnes plus facilement que d’autres ?

Margaux pensait peut-être retrouver sa liberté en obtenant le divorce. Mais face à Antoine, son ancien mari, le combat continue. Elle écrit des polars. Lui est un chirurgien reconnu, un père dont l’image semble irréprochable. Devant la justice, chacun réclame la garde des enfants et dénonce les agissements de l’autre. Les accusations sont graves, les versions incompatibles. L’un des deux ment. Reste à savoir lequel.

Ce qui retient d’abord l’attention, c’est la manière dont cette histoire nous place face à nos propres réflexes. Un métier prestigieux, une réputation solide, des témoins convaincants : il en faut parfois peu pour qu’un récit nous paraisse plus vraisemblable qu’un autre. À l’inverse, une personne présentée comme excessive ou vindicative peut voir sa parole disqualifiée avant même d’avoir été entendue. C’est dans cet écart entre l’image et la réalité que se situe tout l’enjeu de la pièce.

Éliette Abécassis fait du divorce un terrain d’affrontement où chacun risque de perdre davantage que son couple. Il faut défendre sa place de parent, répondre aux soupçons, préserver son lien avec ses enfants. Il faut aussi résister au portrait que l’autre dessine de vous. Comment se défendre lorsque la colère devient une preuve d’instabilité, lorsque la souffrance est soupçonnée d’être une stratégie ? Le sujet touche parce qu’il engage quelque chose de très simple et de très intime : le besoin d’être entendu.

Le choix de Caroline Vigneaux donne à cette proposition un relief particulier. Son parcours d’ancienne avocate entre en résonance avec une histoire où les mots servent à convaincre, à accuser et à se protéger. Le seul-en-scène concentre toute l’attention sur cette parole exposée. Sans partenaire auquel répondre directement, la confrontation trouve son espace dans le récit et dans le regard du public, placé en position d’évaluer ce qu’il entend.

La dimension tragi-comique apporte une autre tension. Dans une séparation conflictuelle, l’absurde peut surgir au milieu du plus douloureux : des contradictions, des raisonnements qui tournent à vide, une logique de procédure qui semble s’éloigner de la vie réelle. L’humour ouvre alors une respiration, tandis que la question des enfants ramène le récit à sa gravité. Derrière les arguments des adultes, c’est leur quotidien et leur équilibre qui sont en jeu.

L’angle le plus intéressant de Divorce à la française réside peut-être là : nous inviter à regarder au-delà du duel conjugal. Il ne s’agit pas seulement de découvrir qui ment, mais de comprendre pourquoi un mensonge peut être convaincant et une vérité difficile à faire entendre. Le suspense devient ainsi le point d’entrée d’une réflexion sur la confiance, les préjugés et la fragilité des certitudes.

Une histoire de séparation qui pose finalement une question bien plus large : face à deux récits opposés, savons-nous vraiment écouter avant de juger ?

Divorce à la française, d’Éliette Abécassis, avec Caroline Vigneaux, au Théâtre des Nouveautés à Paris.

Coeur de sorcière de Clotilde Perrin

Il était une fois une sorcière très énervée qui aurait bien voulu s’apaiser. Elle part alors à la recherche d’un cœur doux qui pourrait battre sous sa poitrine et l’apaiser. Ce que veut la sorcière, elle le prend, mais ce faisant cause bien des dégâts ! Clotilde Perrin nous embarque à la suite de cette petite sorcière de mauvaise humeur dans une grande valse des cœurs ! De flap en flap, le petit lecteur va faire avancer l’histoire et s’amuser des surprises que nous fait l’auteure.

Une sorcière très en colère cherche un cœur doux pour retrouver le calme. Mais habituée à prendre ce qu’elle désire, elle provoque surtout des dégâts ! Avec Cœur de sorcière, Clotilde Perrin imagine une aventure à flaps où la mauvaise humeur devient le moteur d’une quête pleine de surprises.

Le point de départ est aussi simple que malicieux : persuadée qu’un autre cœur pourrait l’apaiser, la sorcière part à sa recherche. Elle souhaite changer ce qu’elle ressent, sans encore remettre en question sa façon d’agir. Ce décalage donne à l’histoire son ressort comique et ouvre une réflexion accessible aux enfants : peut-on trouver la douceur en continuant à tout prendre de force ?

Le cœur devient ici un objet de conte, quelque chose que l’on cherche et que l’on convoite. Cette représentation concrète permet d’aborder les émotions sans passer par de longues explications. La colère se traduit en actions, et les conséquences des gestes de la sorcière font avancer son périple.

Les flaps participent directement à cette progression. En les soulevant, le jeune lecteur découvre les surprises imaginées par Clotilde Perrin et accompagne le mouvement de l’histoire. Le plaisir de la manipulation rejoint celui du récit : chaque volet invite à regarder ce qui se cache derrière les apparences et à poursuivre l’exploration.

La sorcière offre également une figure intéressante pour parler de mauvaise humeur. Elle veut s’apaiser, mais ses méthodes compliquent sa recherche. Cette contradiction laisse une place à l’humour tout en invitant à s’interroger sur les rapports aux autres : vouloir se sentir mieux autorise-t-il à leur faire du mal ?

Avec sa quête de douceur et son dispositif à flaps, Cœur de sorcière associe le plaisir de la découverte à une question sensible : comment apprivoiser sa colère ? Une idée de conte réjouissante, qui donne aux petites mains un rôle dans l’aventure et aux émotions une forme à explorer.

ASIN ‏ : ‎ B0H6512SQ9 Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 16 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 26 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023522938