Capital du sud tome 2 trois lucioles, un festin pour les lecteurs

Le second volume de la trilogie de Capital du sud avait fort à faire pour consolider les promesses faites durant le premier volume. Nul souci à se faire de ce côté-là, l’auteur a passé le cap du second volume avec brio.

Trois lucioles est avant tout une lecture qui va solliciter tous vos sens. La plume de Guillaume Chamanadjian convoque nos 5 sens, enrobant son univers d’un charme irrésistible. Ainsi la ville de Gemina prend vie à chaque ligne avec ses ruelles tortueuses, son port animé qui sent le retour de pêche et les harangues des camelots des rues pendant que les murs en pierres se gorgent des rayons du soleil.

Sans oublier les multiples spécialités culinaires qui affolent le palais, gâteau au miel et aux amandes, pâtés et vins enrichissent le récit de leurs saveurs inoubliables. Comment ne pas céder à cette invitation à se plonger dans cet univers qui stimule tous les sens du lecteur ?

L’intrigue, quant à elle, se muscle dangereusement dans ce second volet. Fini les livraisons de denrées pour Nox. Notre brave épicier se retrouve au centre d’une toile d’intrigues dont chaque fil pourrait bien entraîner sa perte. Nox se voit obligé de prendre les devants s’il veut que lui et ses proches puissent s’en sortir vivant. Même s’il fait parfois preuve d’une grande naïveté, Nox a mûri et devient peu à peu le héros que l’on attend tous.

L’auteur n’oublie pas de développer son intrigue au-delà de la seconde enceinte de la bouillonnante Gemina, le spectre de la guerre s’invite dans l’univers de la tour de garde, ce qui laisse présager un récit tout aussi haletant pour la suite.

Résumé : Nox, l’ancien commis d’épicerie, est désormais seul maître à bord de l’échoppe Saint-Vivant. Il a pris ses distances avec la maison de la Caouane qui, enfant, l’avait recueilli. Mais personne n’est à l’abri des intrigues de la Cité. Dès la fin de l’hiver, tout ce que la ville compte d’opposants au duc Servaint s’est mis en tête que le duc devait mourir, et que la main qui le frapperait serait celle de Nox. Celui-ci consentira-t-il à tuer l’homme qui l’a élevé ? De sa décision dépendra le destin de Gemina.

Éditeur ‎FORGES VULCAIN (8 avril 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎416 pages
ISBN-10 ‎2373051095
ISBN-13 ‎978-2373051094

Le Rêve de Mademoiselle Papillon de Alia Cardyn et Julien Arnal

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Mademoiselle Papillon est une infirmière hors du commun qui veut venir en aide aux enfants dans le besoin. Le soir, dans son lit, elle rêve d’une vaste demeure qu’elle bâtirait pour eux. Chaque nuit, l’image de sa maison devient plus précise, tellement précise qu’elle pourrait presque la toucher du doigt.

Chronique : Mademoiselle papillon fait partie de ces livres qui vous accompagnent longtemps après les avoir refermés.
Comment Mademoiselle Papillon a t’elle pu au sortir de la guerre de 14/18 concrétiser son rêve et créer un préventorium à l’abbaye de Valloires pour y recueillir tous ces enfants malmenés par la guerre. Malnutris, abimés par des années de privation réussiront ils à survivre? Comment a t’elle pu passer à travers l’occupation allemande et sauver tous ces enfants juifs? Est-ce sa volonté, sa foi, son amour inconditionnel de l’autre?
Alia Cardyn et Julien Arnal ont réussit un double pari . Retracer la vie de Mademoiselle Papillon, déclarée Juste des nations en 2016 et nous plonger dans ce beau livre jeunesse.
Un fort belle album à découvrir c’est certain.

Éditeur ‏ : ‎ Robert Laffont; Illustrated édition (10 mars 2022) Langue ‏ : ‎ Français Relié ‏ : ‎ 48 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2221258843 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2221258842

Leonie de Marlène Charine

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UNE JEUNE FILLE SÉQUESTRÉE DANS UNE MAISON, UN FLIC PRISONNIER DE SON PROPRE CORPS, CHACUN EST PEUT-ÊTRE LA CHANCE DE L’AUTRE…

Chronique : J’ai dévoré ce livre en moins d’une journée et j’ai vraiment accroché. Même si on aime plus ou moins certains personnages et qu’on ne comprend pas toujours pourquoi Loïc réagit comme il le fait, on ne peut pas s’empêcher de se demander: Pourquoi ? Pourquoi cette petite fille ? Qu’est ce qu’on a bien pu lui faire ?
« Savez-vous réellement qui sont vos enfants ? » pour moi, ce n’est pas la question la plus importante du livre, je me demandais surtout jusqu’où je serais prête à aller pour savoir ce qui était arrivé à mon enfant s’il réapparaissait après 6 ans d’absence…
Énorme suspense psychologique, roman très vivant car beaucoup de dialogues, un livre qu’on ne peut plus lâcher du moment qu’on l’a commencé.
Enlèvement ou fugue, que se passe t il dans la tête de son enfant, chacun a sa part de mystère. Les parents ne savent plus comment agir ni que penser. Je ne vous en dis pas plus, je vous conseille vivement cette lecture ! Un vrai coup de cœur.

Éditeur ‏ : ‎ Calmann-Lévy (23 mars 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 414 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2702184154 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2702184158

Liens de Sang de Karen Mcmanus

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Milly, Aubrey et Jonah sont cousins, mais ne se connaissaient pas jusqu’à recevoir une mystérieuse invitation. Pour la première fois, leur grand-mère, richissime, leur propose de passer l’été sur une île dont elle est propriétaire

Chronique :Karen McManus est toujours mon remède contre les pannes de lecture. Ses thrillers pour jeunes adultes ont quelque chose qui m’attire immédiatement et me pousse à tourner les pages jusqu’à la fin. Bien que le ton soit un peu différent de ses précédents succès comme Qui Ment ? , Liens de Sang ne fait pas exception à la règle.

Milly, Aubrey et Jonah Story n’ont jamais rencontré leur grand-mère, Mildred Story, auparavant. Elle a mystérieusement coupé le contact avec leurs parents il y a vingt-quatre ans, et n’a vu aucun de ses enfants ou petits-enfants depuis. Il est donc étrange que toutes ces années plus tard, elle leur tende la main et les invite tous les trois à visiter sa propriété sur l’île de Gull Cove, maintenant qu’ils sont presque tous adultes. Plus étrange encore, ils acceptent tous et passent l’été à vivre et à travailler dans l’un de ses hôtels, chacun cherchant à obtenir quelque chose de différent de leur insaisissable grand-mère.

Comme toujours, McManus utilise une perspective itinérante, passant avec aisance entre les voix distinctes de Milly, Aubrey et Jonah. Au fur et à mesure que les cousins apprennent à se connaître, ils commencent également à en savoir plus sur l’histoire de l’île sur laquelle ils vivent et, par extension, sur celle de leur grand-mère. L’île de Gull Cove est une escapade méconnue de la côte Est, qui accueille aussi bien des résidents locaux que des vacanciers fortunés. Il y a des couches de mystère et des questions sans réponse vieilles de plusieurs décennies que les cousins Story doivent élucider, surtout lorsqu’ils découvrent que leurs propres parents sont au centre de tout cela.

J’ai aimé ce livre, mais il m’a semblé beaucoup plus lent que les précédents ouvrages de McManus, surtout au début. Je suis habituée à ce que ses livres démarrent sur les chapeaux de roue et, avec Liens de Sang il faut attendre que l’histoire se mette à bouillir. La fin m’a également semblé un peu précipitée, probablement à cause du rythme plus lent de la première partie. Cela dit, je suis contente que l’auteur essaie quelque chose de différent de ses trois derniers livres, et j’espère qu’elle se sentira capable de se diversifier encore plus à l’avenir.

Éditeur ‏ : ‎ Nathan (24 mars 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 370 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2092490982 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2092490983 Âge de lecture ‏ : ‎ 13 – 18 années

Mon pays réinventé d’Isabel Allende, étrangère en terre natale

Certaines personnes portent en elles une histoire, un destin qu’elle s’efforce de partager avec un public de bien des manières. Isabel Allende porte en elle tout un pays, le Chili, terre natale qu’elle a dû fuir dans la tourmente. De par ses mots elle invoque le désert d’Atacama, la terre de feu, Santiago, la capitale tentaculaire. Une invitation au voyage immanquable.

L’ouvrage n’est pas un récit fictionnel, pas de personnage principal, hormis le Chili, qui verra sa géographie, son ethnographie et son histoire être minutieusement exposée. Les Chiliens, peuple d’immigrés et multiethniques, n’échappent pas à une étude de ses mœurs, de sa mentalité paradoxale empreinte d’un esprit de classe. Un portrait d’un pays détaillé qui vaut tous les cours d’histoire.

L’ouvrage n’en est pas moins pourvu d’une part fictionnelle.  Afin de panser sa mémoire d’exilée, Isabel livre ses souvenirs doux-amers sur son enfance. Elle porte un regard malicieux sur son pays et ses concitoyens, une nostalgie se dégage de sa plume chaude lorsqu’elle évoque ce pays si cher à son cœur, si présent dans sa tête mais si loin de son regard. Terre de mystère meurtri par la folie des hommes.

L’histoire tragique récente du Chili et la manière dont Isabel et sa famille l’ont vécu occupent une place importante. Le récit se fait alors analyse politique, débarrassé de l’affect auquel elle pourrait prétendre l’autrice narre le tourbillon sanglant qui a marqué son pays au fer rouge.

Un récit à la croisée des genres, entre récit historique et autobiographique. Peut-être le point d’entrée idéal pour découvrir Isabel Allende et sa plume ronde de conteuse.

Résumé : Isabel Allende se confie : « Presque toute ma vie, j’ai été une étrangère, condition que j’accepte car je n’ai pas d’alternative. Plusieurs fois, je me suis vue obligée de partir en brisant des liens et en laissant tout derrière moi, pour recommencer ma vie ailleurs. » Ayant choisi l’exil après le coup d’Etat du 11 septembre 1973 au Chili, Isabel Allende s’est engagée sur le chemin de la littérature. Aujourd’hui, sur un ton léger et émouvant, elle nous livre son Chili mythique, imaginé dans l’exil, territoire de sa nostalgie, seul pays où elle ne se sente pas une étrangère.
Ce portrait contrasté du Chili, où sont évoquées sa géographie, son histoire, sa culture ou ses mentalités, est entremêlé de souvenirs et de pensées personnelles qui retracent tout le chemin d’une vie. La famille extravagante, l’enfance, les rencontres, les voyages. Isabel Allende dévoile les origines et donne les clés des personnages et des lieux qui sont la matière de son œuvre romanesque.

Éditeur ‎Le Livre de Poche (1 juin 2005)
Langue ‎Français
Poche ‎288 pages
ISBN-10 ‎2253113557
ISBN-13 ‎978-2253113553

Mégapoles tome 1 Genèse de la cité de N.K. Jemisin, Super big apple

Mon premier est une ville mythique, Babylone moderne aux lumières éblouissantes, mon second est un univers, celui de N.K. Jemisin, foisonnant et dense. Mon tout forme un récit ambitieux tant dans son récit que dans le portrait de ses personnages.

Cette nouvelle saga s’abreuve à la source de deux genres très populaires sur divers médias de nos jours, les comics de super-héros d’un côté, avec ces êtres dotés de super-pouvoirs et le fantastique hérité d’un auteur reconnu par les amateurs du genre. L’autrice s’empare de ces genres pour les inscrire dans un récit qui, sous des faux airs de blockbuster à l’intrigue simple, cache de nombreuses interrogations métaphysiques et sociales en plus d’être une déclaration d’amour à la ville qui ne dort jamais.

New York prend vie sous la plume de Jemisin. Personnage à part entière du récit, nous allons faire connaissance avec les coins les plus reculés de son histoire mais aussi avec ses habitants, ses quartiers, véritables villes dans la ville. Rarement on aura autant eu l’impression d’être en plein milieu de ses gigantesques avenues.

Les protagonistes portent le récit sur leurs épaules et apportent une complexité psychologique qui fait tout l’intérêt du récit. Emportés par une destinée qu’ils n’ont pas choisie, ils vont devoir faire face à leurs contradictions, leurs doutes tout en tentant d’empêcher la destruction de leur ville. Leurs errements intérieurs sont minutieusement décrits, on plonge dans leur psyché comme dans un bassin sans fond. 

Toutes une série de thèmes sont portés par la voix des personnages. Des thèmes modernes qui secouent notre société actuelle avec tout un tas de mots en phobe mais l’autrice introduit aussi une réflexion sur notre place de l’univers, les conséquences de l’expansion de l’humanité et ce qui fait l’identité d’une ville, d’un quartier.

Ce premier volume nécessite d’être apprivoisé tant il est parfois dense, pour un résultat qui résonne comme une ode à la grosse pomme en plus d’être un récit fantastique divertissant.

Résumé : En descendant du train à Penn Station, le jeune homme se rend compte qu’il a tout oublié : son nom, son passé, son visage… Une seule certitude : quoiqu’il n’ait jamais mis les pieds à Manhattan, il est ici chez lui. Rien d’anormal, donc, à ce qu’un vieux taxi jaune à damiers s’arrête devant lui au moment où il en a le plus besoin. Il doit impérativement se rendre sur FDR Drive ; il ignore pourquoi, mais cela a sans doute un rapport avec les tentacules qui sèment le trouble à chaque coin de rue. La ville, sa ville est en danger, et lui seul semble être en mesure de la défendre. Lui seul ? Non, ils sont cinq, un pour chaque arrondissement de New York…

Éditeur ‎J’ai lu (3 février 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎384 pages
ISBN-10 ‎2290232513
ISBN-13 ‎978-2290232514

Le chat qui ne pouvait pas tourner d’Anne Dhoquois, Un flic dans la brume

Paris, des femmes retrouvées sauvagement poignardées, un flic désabusé et alcoolique, un résumé qui fait penser à des centaines d’autres polars déjà présents en librairie et c’est bien le problème de ce premier polar.

La première enquête de David Sterling, bien que de facture honnête dans son ensemble, souffre de deux défauts qui ne sont en rien rédhibitoires mais qui empêcheront tout amateur de polar de lui trouver un quelconque intérêt. Dès les prémices de l’enquête, le lecteur comprend qu’il est face à un polar d’un classicisme absolu. Un classicisme qui n’a rien de déméritant en soi mais dont il aurait fallu parvenir à se détacher afin de proposer quelque chose de plus original, qui aurait permis au récit de se démarquer du reste de la production littéraire policière.

Le second défaut tient surtout au portrait du capitaine Sterling trop scolaire pour être vraiment convaincant. Un flic solitaire, à la belle gueule fatigué, désabusé par la société dans laquelle il ne fait que passer pour ramasser les pires horreurs, captif d’une colère dont il ignore l’origine et légèrement alcoolique. Une description qui, sans être honteuse, correspond à des dizaines d’autres personnages de roman et à laquelle l’autrice ne parvient pas à donner une réelle consistance malgré ses efforts louables.

Ces défauts n’empêchent pas de passer un bon moment. L’intrigue se suit sans déplaisir à travers des chapitres rythmés, des suspects et des fausses pistes jusqu’à un final malheureusement prévisible. La conclusion est à la hauteur du récit, sans originalité mais honnête dans sa proposition.

Un polar à réserver aux lecteurs curieux de découvrir le genre. Mais dont le côté classique et scolaire empêchera tout autre lecteur plus assidu d’y trouver son compte.

Résumé : David Sterling est capitaine de police au 3e DPJ de Paris. Chef d’enquête pour le meurtre d’une jeune femme tuée à l’arme blanche sur les berges de la Seine, il pressent dès le départ une affaire hors du commun. La suite des événements va lui donner raison. Les meurtres de femmes s’enchaînent, tous commis dans des arrondissements de la rive gauche, le territoire du 3e DPJ. Est-ce un hasard ? Au capitaine et à ses lieutenants de percer le mystère, de fausses pistes en rebondissements, qui mettront Sterling à rude épreuve. Enquêteur renommé, instinctif, séducteur et torturé…et si le chat qui ne pouvait pas tourner, c’était lui ?

ASIN ‎B09NPDYHCR
Éditeur ‎Les Arènes (17 mars 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎317 pages
ISBN-13 ‎979-1037505859

Blackwing tome 3 La chute du corbeau de Ed McDonald, désert, démences et démons

Sur une base narrative peu originale, des êtres anciens veulent dominer le monde et asservir l’humanité, l’auteur Ed McDonald est parvenu à bâtir une trilogie solide malgré une conclusion qui souffre des défauts habituels de ce genre de saga.

L’univers imaginé par l’auteur reste l’atout majeur de la saga. À mi-chemin entre Western et récit post-apocalyptique, Blackwing s’intègre parfaitement dans le genre de la dark fantasy. Le désespoir et la folie règnent en maîtres sur une humanité qui se raccroche à ses dernières illusions dans des villes fortifiées poussiéreuses pendant que des forces qui la dépassent s’agitent en coulisses. 

Le personnage principal, Ryhalt hante chaque page du récit. Anti-héros parfait, il aime ou il déteste, pas de juste milieu avec lui. L’auteur tisse des relations entre lui et les différents protagonistes qui lorgnent parfois vers la caricature. Tous les personnages secondaires sont définis par leur relation avec Ryhalt, ils n’existent et servent l’intrigue que par le biais de la relation qui les unit à ce dernier, heureusement que ce brave capitaine des ailes noires est charismatique car sinon cela pourrait être lassant.

Passé une première partie qui relance les enjeux de l’intrigue principale et rabat les cartes du jeu mortel que se livrent les puissances innommables, le récit s’enlise dans une narration qui enchaîne les scènes d’action stérile et la redondance d’informations. L’auteur peine à conclure son récit de manière convaincante. Le final est particulièrement brouillon et maladroit par moments.

Même si la conclusion est en demi-teinte, l’univers poisseux que propose cette saga mérite le coup d’œil, ne serait-ce que pour la vision désespérée de l’humanité qu’elle propose.

Résumé : Un cataclysme a frappé le Cordon, l’ultime ligne de défense séparant la civilisation des Rois des profondeurs. Des pluies rouges accablent sans cesse la terre, de nouvelles monstruosités se nourrissent de terreur dans l’ombre et le pouvoir des Sans-Nom, les dieux qui protègent la république, demeure inutilisable. Les capitaines des Ailes noires qui les servent sont éliminés un par un, et même les immortels ont fini par apprendre ce que mourir signifiait. Entretemps, le pouvoir des Rois des profondeurs n’a fait que croître ; ils sont sur le point d’assener le coup final.

Ryhalt Galharrow se tient à l’écart de tout cela.

Il s’est aventuré plus loin que jamais dans ce désert appelé la Désolation. Celle-ci l’a changé. Mais tous les pouvoirs ont un prix, et à présent les fantômes de son passé, jusqu’alors confinés dans ces terres perdues, l’accompagnent partout. Ils le suivront même, ainsi que les quelques capitaines des Ailes noires encore en vie, pour son ultime mission dans les ténèbres.

ASIN ‎B08YP2H4LD
Éditeur ‎Bragelonne (7 juillet 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎552 pages
ISBN-13 ‎979-1028118808

Avis de grand froid de Jérôme Charyn, Don Quichotte à la maison blanche

Douzième et ultime volet de la saga d’Isaac Sidel, ce roman envoie son personnage de flic juif, à la tête du plus puissant pays du monde dans une suite d’aventures rocambolesques.

Le ton employé par l’auteur a été une agréable découverte, une plume qui retranscrit à merveille la gouaille de son personnage principal. Le ton est familier mais jamais vulgaire, un côté burlesque et satirique enrobe le roman d’une aura de fausse légèreté qui fait oublier les enjeux élevés de l’histoire.

La personnalité de Sidel joue une grande part dans l’appréciation du roman. À la fois cynique et empreint d’une naïveté bienveillante qui le fait parfois agir au gré du bon sens. Son côté grand enfant, ajouté à son anticonformisme, tranche avec la galerie de protagonistes plus sérieux et fait tout le sel du récit.

Malheureusement ce ton enjoué et ce personnage en décalage complet avec son rôle de président entraîne une discordance avec l’intrigue, dont les enjeux ne sont rien de moins que la vie du président des États-Unis. L’aspect burlesque voulu par l’auteur prend l’avantage sur une intrigue à tiroirs à laquelle on a du mal à s’intéresser tant même le personnage principal semble s’en moquer complètement.

On enchaîne donc les péripéties dont est victime Sidel sans y croire vraiment, en attendant la prochaine punchline ou la prochaine description satirique. On passe d’une rencontre explosive avec le président de la République Tchèque à une émeute au pénitencier de Rykers sans que jamais le récit ne s’empare de la dramaturgie de son intrigue. Au final on finit par ne plus croire à ce que nous raconte l’auteur.

Reste une exploration minutieuse de la maison blanche et de ses protocoles. Un méandre administratif que l’auteur parvient à rendre intéressant par le regard néophyte de son personnage principal qui, en bon cow-boy solitaire, refuse les carcans que l’on lui impose. Pas suffisant malheureusement pour maintenir l’intérêt sur l’ensemble du récit.

Je retiendrai de ma rencontre avec Charyn un style inimitable, entre la comédie et le thriller politique mais j’aurais apprécié un peu plus d’équilibre entre les deux.

Résumé : Ultime volume dans la saga du héros de Charyn Isaac Sidel. Depuis Marilyn la Dingue, roman dans lequel il était inspecteur à la Criminelle de New York, Isaac a fait son chemin. Il est devenu commissaire principal de la police, puis maire de New York. Et voilà que par un concours de circonstances, il se retrouve… à la Maison-Blanche, le candidat élu n’ayant pu être intronisé.

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (16 mars 2022)
Langue ‎Français
Poche ‎400 pages
ISBN-10 ‎2743655917

Le goût du rouge à lèvres de ma mère de Gabrielle Massat, Walk on the wild side

Lorsqu’on est lecteur boulimique de polar comme moi on a tendance à croire que tout a été fait, que surprendre le lecteur est une tâche impossible. Avec son premier polar Gabrielle Massat nous prouve que tout est encore possible. Une sacrée bonne leçon pour le lecteur blasé que je suis.

Arrêtons nous d’abord sur ce qui constitue l’atout majeur du récit, le personnage principal, Cyrus Colfer. Son portrait psychologique est profond, ciselé et parsemé de nuances. Tiraillés entre son orgueil de malvoyant, son complexe d’Électre, sa morale ambivalente et sa volonté de faire ses preuves, on tient là un personnage marquant, rendu attachant par ses failles. Tant mieux car il va nous accompagner durant toute notre plongée dans les méandres de San Francisco.

La célèbre ville prend une autre couleur dans le récit, plus sombre, d’un rouge sale, comme celui que les filles de joie étalent sur leur joue après une altercation avec leur proxénète. Le décor idéal pour ce polar au contexte mafieux très fouillé, très documenté sur l’histoire mafieuse de la ville. Des personnages secondaires à la psychologie très bien étudiée complètent le tableau. 

L’autrice n’a pas misé uniquement sur ces personnages où son décor, l’intrigue réserve quelques surprises, comme la manière dont Cyrus s’immisce dans l’enquête. Une maîtrise narrative qui fait oublier la révélation prévisible sur l’identité du tueur tant le reste de l’intrigue recèle son lot de coups de théâtre.

Avec un ton acide et une bonne dose d’humour noir, l’autrice s’est d’ores et déjà taillé la part du lion dans le monde très compétitif du polar. Je n’ai qu’une seule hâte qu’elle en écrive un autre tout aussi jouissif.

Résumé : Qui a assassiné Amy Colfer, proxénète notoire ? Telle est la question qui ne cesse de hanter son fils, Cyrus, depuis une quinzaine d’années. Un nouveau meurtre relance le cold-case. Le jeune homme décide alors de revenir à San Francisco, dans le milieu interlope qui était le sien. Guidé par une soif de vérité et de vengeance, Cyrus Colfer – mi-truand, mi-indic – mène l’enquête de son côté, avec détermination. À un détail près : il est devenu aveugle.

Éditeur ‎Points (10 juin 2021)
Langue ‎Français
Poche ‎528 pages
ISBN-10 ‎2757888080
ISBN-13 ‎978-2757888087