Prunelle, l’ultime sortilège – 26 janvier 2022 de Agnès Laroche

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Prunelle la sorcerelle doit fuir Tendreval. Son père, qui dirige le comté, s’entête à maintenir une loi injuste, interdisant aux sorcerelles d’utiliser la magie forte. Et son frère veut la séquestrer. Pourtant les terribles Obscurs sont sur le point d’envahir Tendreval.

Chronique :Regardez cette couverture sombre et magnifique qui vous donne envie de vous perdre dans cette histoire.

Il était une fois une fille qui retrouva un garçon perdu dans les bois. Elle touche son âme et le réchauffe, l’aidant à trouver ce qu’il cherchait et, entre-temps, elle découvre le but de sa vraie vie. Mais leur rencontre fera ressortir le danger, la malédiction et la mort dans leur vie !

Cette histoire est d’une beauté obsédante, d’un mystère enchanteur et d’une beauté surnaturelle. c’est un voyage magique qui vous fera croire à l’inexplicable et admirer l’inattendu. je pense que ce livre m’a jeté son propre sort.

Certains aspects de l’histoire m’ont semblé prévisibles, mais la prévisibilité vient du fait que j’ai eu l’impression d’avoir intelligemment saisi les subtiles allusions de l’auteur, et non pas parce que l’auteur était évident. et c’est certainement dû à l’écriture. l’écriture est exquise et si parfaite sur le plan de l’atmosphère. elle donne le ton et l’ambiance parfaits pour l’ensemble du livre.

Prunelle, l’ultime sortilège est un tome 2 si magique, mais aussi un livre qui donne des frissons en lisant. J’ai été très surpris, voire choqué, par la tournure des événements à la fin du livre. Bien que ce livre ait eu quelques défauts comme la formulation répétitive, qui m’a un peu ennuyé et quelques trous d’intrigue évidents. J’ai vraiment apprécié ce livre, c’était une lecture merveilleuse.

Note : 9/10

Éditeur ‏ : ‎ Rageot Editeur (26 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2700276817 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2700276817

Le problème avec la paix, l’âge de la folie tome 2 de Joe Abercrombie

Il n’est pas toujours facile, pour les auteurs, de trouver le ton adéquat pour narrer les histoires qui leur trottent dans la tête. Tant a déjà été fait, qu’il peut paraître ardu de proposer quelque chose de neuf.

Joe Abercrombie a choisi lui. Ses saga déploient un ton caustique, acide et sarcastique qui dépoussière le genre. On pourrait lui reprocher d’avoir trouvé une formule qu’il réitère depuis sa première trilogie, La première loi. Mais lorsqu’on aime on est rarement rassasié.

Toute la force des récits d’Abercrombie repose sur le dynamisme des dialogues, à coups de sous-entendus grinçants, de menaces voilées, de répliques lapidaires. Pour qui aiment les échanges construits sous forme de ping pong narratif, les dialogues sont comme une boîte de bonbons acides, ça pique la langue mais on en redemande.

Des dialogues qui sont servis par des personnages à la psychologie travaillée. L’auteur met en scène une galerie de personnages névrosés, à la morale ambivalente, aux actions contradictoires. Le récit ne comporte pas vraiment de héros ni d’antagoniste clair, du moins pour les personnages principaux. De véritables paradoxes ambulants emportés par le fleuve de l’Histoire.

Là où d’autres auteurs vont déplacer leurs pions lentement sur leur échiquier, dévoiler progressivement les desseins des protagonistes, Abercrombie lui place le lecteur au coeur de l’échiquier. On assiste en direct aux trahisons, aux réunions secrètes des comploteurs, aux décisions unilatérales qui entraînent la mort de milliers d’innocents. L’impression d’être au cœur d’une trame tentaculaire où chaque pion dissimule une paire de poignards n’a jamais été aussi forte.

Puis, alors que chaque pièce est à sa place, voilà que l’auteur sonne l’alalie. Les armées s’entrechoquent et le sang commence à couler dans une sarabande mortelle où l’auteur convient le lecteur à assister à un massacre impitoyable à hauteur d’homme. Un passage obligé dans les récits d’Abercrombie et qui est toujours aussi jouissif.

Le verbe acide et la profondeur des personnages font de cette saga un incontournable de la fantasy. Des atouts qui font oublier la pauvreté des descriptions et l’absence de carte.

Résumé : Ancienne reine des affaires à Adua, Savine dan Glokta a tout perdu lors des émeutes de Valbeck. Sa fortune, son flair et sa réputation… Il ne lui reste plus que son ambition et une solide absence de scrupules.

Pour un héros de guerre comme Leo dan Brock, la paix est une source d’ennui et de frustration. Mais avant de repartir au combat, il lui faut forger des alliances… et la diplomatie n’est pas son fort. Pendant ce temps, son amie Rikke lutte pour maîtriser son don maudit – avant qu’il finisse par avoir sa peau.

Fraîchement couronné, Orso doit avant tout se garder des coups de poignard que lui réservent ses « partisans ». Sans pour autant négliger ses ennemis désireux de libérer le peuple de ses chaînes, les nobles, concentrés sur leurs intérêts privés, ou encore les créanciers qui l’attendent au tournant de la dette.

L’ancien temps est mort et ses monarques avec. Les nouveaux découvriront vite que rien n’est éternel. Ni les pactes, ni les allégeances… ni la paix.

ASIN ‎B09HJX6ZQ8
Éditeur ‎Bragelonne (5 janvier 2022)
Langue ‎Français
Broché ‎624 pages
ISBN-13 ‎979-1028112202

Mamba point blues de Christophe Naigeon, il faut que ça swing baby !

Livre destin au thème foisonnant, récit porté par un rythme endiablé, Mamba point blues est une ritournelle qui vous embarque pour un voyage historique au coeur de l’Afrique, au cœur de ses personnages, un voyage qui vous marquera à jamais.

Dès les premières pages on entend résonner une note enjouée qui ne quittera jamais le récit. Quelles que soient les épreuves que les personnages devront endurer, toujours le ton restera dynamique et positif. L’auteur a décidé de tourner son récit vers l’espoir, vers l’avenir sans pour autant ignorer la malveillance humaine, ombre bruyante qui tente inlassablement de faire taire les âmes enjouées.

Ainsi les personnages se heurteront au racisme, à la cupidité, à l’arrogance des puissants mais sans jamais se départir de leur bonne humeur, de leur joie de vivre. Le récit, aussi historique soit-il, est avant tout une odyssée personnelle de personnages qui tente de trouver leur place à travers les remous de l’histoire.

La formidable partition qu’est l’ouvrage est composée par des personnages lumineux, attachants et qui se retrouvent confrontés à des questions qui secouent encore notre société actuelle. La question de la race, du racisme, de la soif de liberté et des conséquences qu’elle entraîne. Cependant, aussi passionnant soit l’auteur lorsqu’il évoque l’aspect historique de son œuvre, il m’a beaucoup plus convaincu lorsqu’il développe le destin personnel de ses personnages.

Le ton se fait parfois trop magistral et informatif lorsqu’on évoque l’histoire du Libéria par exemple ou bien lorsque l’espionnage se mêle à l’intrigue. Ce qui ternit quelque peu la folle sarambade entamée en début d’ouvrage mais pas d’inquiétude à avoir, on revient très vite aux personnages et à leurs destins hors normes.

Des plaines désolées d’Alsace au côté du Libéria en passant par le sud profond des États-Unis, l’auteur déploie une histoire fantastique et remarquablement documenté. Le tout porté par une plume qui résonne comme le meilleur des jazz band de la grande époque.

Résumé : Des tranchées d’Argonne à Monrovia en passant par Dakar, New York et Paris, une fresque romanesque puissante qui court d’une guerre mondiale à l’autre, rythmée par les accents vibrants du jazz.

1918. Percussionniste virtuose à l’école des djembés de Gorée, Jules, interprète du régiment de Noirs américains sur le front de cette France ravagée qu’il ne connaît qu’à travers Maupassant, vit à l’aube de l’armistice un amour éphémère avec l’épouse d’une  » gueule cassée « . Ce souvenir indélébile l’accompagnera après la guerre dans son long périple à travers l’Amérique bouillonnante des Années folles, quand il rejoint le jazz-band de ses anciens compagnons de guerre, en tournée dans le Sud raciste, puis triomphe au célèbre Cotton Club de New York.

Sa vie croise celle de Joséphine Baker qui l’emmène, avec sa Revue nègre, à Paris où l’amitié qu’il scelle avec l’écrivain-espion Graham Greene les entraîne dans une périlleuse expédition en Afrique. Ils iront jusqu’à Monrovia, capitale du Liberia, sur les traces de Julius Washington, l’arrière-grand-père de Jules, premier grand reporter photographe noir américain. Alors que de nouveau une guerre s’annonce, Jules s’installe à Mamba Point, dans la maison de Julius, l’homme qui a tenté de révéler la véritable histoire de ce pays : celle de ces esclaves affranchis envoyés en Afrique pour bâtir une nation libre. Un rêve devenu cauchemar.

Éditeur ‎Presses de la Cité (26 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎544 pages
ISBN-10 ‎2258195454
ISBN-13 ‎978-2258195455

La comète de Claire Holroyde, raconte moi la chute

Une planète sur laquelle s’agite sept milliards d’êtres humains et une « petite » comète de huit kilomètres de diamètre. Devinez laquelle de ces boules dérivantes dans l’espace va remporter la partie ?

La comète est un roman surprenant à bien des égards. Introspectif mais assez en retrait dans l’émotion, la plume de l’autrice dégage une certaine froideur qui demande à être apprivoisé. La psychologie des personnages est finement reproduite au cours du récit mais toujours de manière clinique. On a parfois l’impression d’assister à une dissection psychologique à laquelle se livrerait l’auteur sur ces personnages. C’est précis mais ça manque d’empathie.

Il faut accepter aussi le parti pris de l’autrice de nous présenter certains personnages puis de les faire disparaitre aussitôt ou après quelques chapitres. Des personnages « météores » en quelque sorte, introduit pour mettre en avant une certaine situation, parfois insoutenable, avant de disparaitre. Il faut comprendre la volonté de l’autrice de raconter une destinée commune et non pas des destins en particulier.

Reste ces passages sur l’écroulement d’une société, sans doute les chapitres où on appréciera le plus le style clinique et en retrait de l’autrice. L’imagination suffit amplement à susciter l’effroi et à glacer le sang.

Sans doute l’un des seuls roman lus en 2021 que je serais incapable de classer dans mes bonnes ou mauvaises lectures. Typiquement le genre de lecture dans laquelle il faut se lancer pour savoir si elle va vous plaire.

Résumé : Jaillie de l’ombre du Soleil, la comète noire UD3 se dirige droit vers la Terre. Une collision semble inévitable, ce qui provoquerait l’apocalypse. Un jeune spécialiste de l’aéronautique, Ben Schwartz, est nommé à la tête d’une équipe internationale censée trouver le moyen de faire dévier la trajectoire de l’énorme bolide céleste. Réunis sur la base de Kourou en Guyane, coupés de leurs proches, des hommes et des femmes de tous horizons rivalisent d’ingéniosité pour affronter ce défi sans précédent. Mais contre toute attente, ce n’est pas l’exploit technologique qui se révèle le plus difficile ; en temps de crise, les passions humaines s’exacerbent, comme sur ce bateau brise-glace en route vers l’Arctique où un photographe baroudeur se rapproche d’une biologiste solitaire. Alors que le temps vient à manquer, chacun se montre sous son vrai jour.

Éditeur ‎GALLMEISTER (6 mai 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2351782313
ISBN-13 ‎978-2351782316

Black sunday de Tola Rotimi Abraham, Les agneaux deviennent des lions

Double découverte avec ce primo roman, découverte d’une tranchante et des éditions autrement, que je ne connaissais pas jusqu’à présent. La découverte fût-elle à la hauteur des espérances ?

Le point fort du roman de cette jeune autrice est de nous immerger dans une société nigérienne bouillonnante, au cœur d’une famille qui va connaître de grand bouleversement. On parcourt les rues de Lagos avec Bibike et Ariyike, on respire les odeurs du marché, les oreilles bourdonnantes du furieux tintamarre d’une mégalopole, Lagos, qui se développe plus vite que ne grandit ses enfants.

Cependant cette immersion est entachée par des choix narratifs qui ne m’ont pas entièrement convaincu. Les ellipses temporelles sont trop nombreuses et empêchent de s’attacher aux enfants de cette famille ballottés par les évènements. On les quitte aux portes de l’adolescence pour les retrouver jeunes adultes. Difficile dans ces conditions de se prendre d’affection pour eux même si l’on compatit à leur sort.

La plume de l’autrice a aussi de quoi laisser perplexe. Acérée comme une lame de rasoir, elle ne laisse que peu de place à l’introspection et au développement psychologique de ces personnages. Et cela s’explique car, au-delà d’un récit familial, l’ouvrage est avant tout un pamphlet contre la société nigérienne.

Une société patriarcal, créée par les hommes, pour les hommes. L’hypocrisie masculine et ses conséquences dramatiques y sont décrites sans fard. Une société qui ne laisse que peu de choix aux femmes, devenir des agneux tondus toute leur vie par l’avidité et la concupiscence de leurs compères masculins ou bien des lionnes aux crocs impitoyables.

Alors que je m’attendais à lire une saga familiale dans un milieu qui me demeure inconnu l’ouvrage se révèle être un pamphlet enflammé contre les méfaits de la domination machiste, d’où mon ressenti mitigé. Cependant cela reste un ouvrage à découvrir pour la découverte d’un pays d’Afrique dont on parle peu.

Résumé : Bibike, Ariyike, et leurs frères Peter et Andrew tombent dans la pauvreté du jour au lendemain. Pour ces quatre enfants de la classe moyenne aisée nigériane, ce qui hier semblait acquis devient l’enjeu d’une lutte constante. Abandonnés par leurs parents, ils se réfugient chez leur grand-mère et survivent comme ils le peuvent à Lagos, ville âpre et convulsive. Si la vie est difficile pour tous, elle est particulièrement cruelle pour les deux soeurs : être une femme au Nigeria, c’est avant tout être considérée comme une proie. Proie pour les hommes, la religion, la religion des hommes. Black Sunday fait une peinture sans fard d’une société nigériane gangrénée par la corruption et met en lumière son rapport brutal aux femmes. Une lueur d’espoir vacillante, mais bien présente, sourd pourtant au milieu des pages. Avec ce premier roman, Tola Rotimi Abraham entre de plain-pied en littérature d’une écriture tranchante, sans compromis.

Éditeur ‎AUTREMENT (25 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎336 pages
ISBN-10 ‎2746759837
ISBN-13 ‎978-2746759831

Austral – 5 janvier 2022 de Paul McAuley

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Fin du XXIe siècle. Suite aux ravages causés par le réchauffement climatique, la péninsule Antarctique héberge désormais les populations survivantes. Un groupe d’activistes a génétiquement modifié l’écosystème afin de survivre, avant de faire de même pour ses propres enfants.

Chronique :Après avoir apprécié récemment un livre documentaire sur le rewilding (Wilding), j’ai été ravi de constater qu’il s’agissait essentiellement d’un roman de science-fiction sur le même sujet. Si l’intrigue centrale est une course-poursuite dans la neige semblable à La main gauche des ténèbres, elle est loin d’être un simple thriller comme le roman de Le Guin. L’histoire est racontée par la protagoniste Austral, qui contemple son passé et justifie ses choix. Sa famille était des écopoètes, un groupe qui cherchait à introduire des écosystèmes dynamiques et biodiversifiés en Antarctique à mesure que le changement climatique faisait fondre la glace. L’économie politique du monde futur est décrite avec une clarté remarquable dans un récit à la première personne. La progression des événements est déprimante et convaincante : les tentatives de création de nouveaux écosystèmes et de nouveaux modes de vie en Antarctique finissent par être contrôlées et exploitées par le capitalisme ; les grands projets de géo-ingénierie sont voués à l’échec à cause du court terme.

Austral, la protagoniste se retrouve piégée dans la pauvreté et la criminalité après la mort de sa mère, qui la place dans un orphelinat d’État. Son statut de Husky, génétiquement modifié pour supporter le froid extrême, est une allégorie à peine voilée des populations indigènes et des réfugiés. Austral est donc d’une actualité brûlante, car il aborde les questions des frontières, du changement climatique, de la géoingénierie, de la biodiversité, du racisme et de la xénophobie. La voix narrative centrale est suffisamment forte et convaincante pour rassembler tout cela. Trouver un équilibre entre des thèmes lourds et une intrigue d’aventure palpitante n’est pas une mince affaire et j’ai été très impressionnée par la façon dont McAuley a réussi à le faire. J’ai également été suffisamment investie dans Austral pour trouver le rebondissement final très émouvant.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B09HJY4DL6 Éditeur ‏ : ‎ Bragelonne (5 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 384 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1028120214

L’Âge de la folie, T1 : Un soupçon de haine Poche – 5 janvier 2022 de Joe Abercrombie

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Dans le ciel d’Adua, les cheminées industrielles crachent leur fumée et le monde nouveau regorge de possibilités. Mais les temps anciens ont la peau dure.

Chronique : Tout d’abord, ce n’est pas de la fantasy telle que nous la connaissons. En fait, il ne s’agit pas du tout de fantasy. Sans aucun doute épique, avec plus qu’un soupçon de magie, c’est un monde de haute fantaisie avec une sensation de basse fantaisie. C’est un signe des temps – même les gros bonnets recherchent l’influence par la finance et la banque plutôt que par la sorcellerie… Le monde de la Première Loi est, à toutes fins utiles, notre monde. Par conséquent, le livre se lit un peu plus comme une fiction historique. Beaucoup plus comme de l’histoire. L’auteur a dû faire de sérieuses recherches sur les révolutions industrielle et française pour dépeindre de manière aussi évocatrice et efficace ce genre de terreur, cette époque turbulente. Ce n’est rien de moins qu’une déconstruction de l’humanité. Et à cause de cela, c’est la meilleure façon de raconter une histoire. C’est l’histoire en action, sanglante et indifférente. C’est un regard lucide sur qui sont vraiment les gens et ce qu’ils font vraiment, dans la richesse ou la pauvreté, dans la révolution, dans la guerre. On y découvre les dangers d’un progrès idéalisé, surtout quand il ne s’agit que de profit, et de l’action pour et par le peuple, surtout quand il ne s’agit que de pouvoir. Regardez autour de vous, chers lecteurs, le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ; ce n’est pas seulement un livre sur le passé. Mais n’ayez crainte, si tout cela vous semble un peu sérieux, c’est du pur Abercrombie. Des intrigues au sein d’autres intrigues, une violence brutale, la mort et la destruction, des surprises et un fil d’or d’humour pour équilibrer le tout.

L’auteur n’est pas le seul à s’être inspiré du passé, le récit est imprégné des supposés jours de gloire de ce qui a précédé. Les événements détaillés dans la trilogie de la Première Loi constituent plus qu’une simple toile de fond pour ce livre, ils influencent les actions et les attitudes de tous les acteurs. Vous pourriez peut-être commencer votre voyage de lecture ici, mais je vous recommande vivement de ne pas le faire. Non seulement des personnages des livres précédents jouent des rôles importants (non, je ne dirai pas qui), mais de nombreux problèmes en jeu proviennent directement des autres livres de la série. Ou du moins, de leur mémoire ou de leur légende. Le psychopathe préféré de tous, Logen Ninefingers, joue un rôle important dans le culte des héros de cette nouvelle génération de jeunes guerriers, exerçant le genre d’influence qui change le cours de l’avenir. S’il s’agit d’un livre sur ce que le passé a à nous enseigner, il est clair pour moi que beaucoup de personnages ont appris les mauvaises leçons.

Et quels personnages ils sont. Comme le texte de présentation ne contient que peu d’informations, je ne vais pas gâcher de surprises, mais au moins une des nouvelles introductions se dirige déjà vers ma liste de favoris. Peut-être même deux. Tous les défauts, toutes les illusions, toutes les tentatives ratées de vertu sont exposés, le bon côté des gens est constamment mis de côté par les circonstances ou l’intérêt personnel. C’est le genre de réalité qui vous fait glousser sombrement en signe de reconnaissance. Et si ce n’est pas le cas ? Eh bien, vous devriez peut-être regarder à nouveau… Il n’y a pas que de l’inhumanité. La plupart du temps, mais pas tous. Même Abercrombie laisse une place à l’espoir. Sauf que maintenant, je me souviens du schéma général de la première trilogie et je me demande s’il ne joue pas sur mon optimisme inné ? Ça ne m’étonnerait pas de lui.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B09HJXT4RL Éditeur ‏ : ‎ Bragelonne (5 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 720 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1028120375

L’hypnotiseur de Lars Kepler, un cahier des charges mal remplie

Lorsqu’un couple d’écrivains suédois décide de s’essayer au polar cela devrait donner un ouvrage détonnant, original et incisif. Hors avec l’hypnotiseur, le premier volume de la saga de l’inspecteur Linna, il n’en est rien.

Passé les premiers chapitres qui exposent l’intrigue et les personnages, je me suis heurté à mes premières interrogations concernant ce livre. L’un des personnages, Simone de son prénom, va être victime de misogynie puis d’une agression sexuelle.

Mais où est le problème me direz-vous? En soi décrire des maux si actuels auxquels les femmes doivent faire face ne me pose aucun problème, encore faut-il en faire quelque chose, développer un propos ou une critique. Là il n’en est rien, ces passages sont là pour aguicher le lecteur sensible à la cause féministe, comme pour montrer que les auteurs y attachaient de l’importance avant de vite passé à autre chose. J’avais à peine atteint la centième page que je savais déjà que j’allais avoir un problème avec cet ouvrage.

La suite n’a fait que confirmer mes craintes. Plus j’avançais dans le récit plus je voyais les cases que c’étaient efforcés de coucher le duo d’auteur. Il fallait que le cahier des charges du bon petit polar soit bien remplie comme il faut sans dépasser surtout. Ainsi les personnages monocordes seront décrits sous la même émotion histoire de ne pas trop varier la palette. Ainsi on va bien forcer le trait sur certain aspect de leur personnalité, à l’image de ce pauvre hypnotiseur dépressif qui avale assez de cachets pour voir son sang remplacer par des produits chimiques. Comme si la dépression se résumait à devenir un laboratoire chimique ambulant.

L’intrigue accomplira le double exploit d’être poussive et incohérente. On empile les retournements de situation, les fausses pistes qui n’en sont peut-être pas, les développements inutiles (tout le passage sur les pokémons est affligeant !!) Avant d’enterrer tout suspens avec un flashback d’une longueur insoutenable. Le final a le culot de se conclure comme la majorité des polars américains musclés. Et après on ose vous parler d’atmosphère.

Une fois toutes les cases du cahier bien cochés comme l’attend le fameux grand public pour qui il serait dommage de faire un effort, on referme le livre avec un profond sentiment de gâchis et de temps perdus. L’ouvrage concentre tout ce qui ne va pas dans le polar grand public, une récupération cynique de thème de société sans débat de fond, des personnages passables ou haïssables et une intrigue qui ne fait rien à force d’en vouloir faire trop.

Résumé : Dans une maison de la banlieue de Stockholm, une famille est sauvagement assassinée. Seul un garçon échappe au massacre, mais il navigue entre la vie et la mort, inconscient. L’inspecteur Joona Linna décide alors de recourir à un hypnotiseur pour pénétrer le subconscient du garçon et tenter de revoir le carnage à travers ses yeux…

Éditeur ‎Actes Sud (29 mars 2013)
Langue ‎Français
Poche ‎640 pages
ISBN-10 ‎2330014406
ISBN-13 ‎978-2330014407

L’Échiquier du mal de Dan Simmons

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Dans les replis du pouvoir se cachent une poignée d’êtres qui jouissent du Talent. Dans l’ombre, ils murmurent à l’oreille des puissants, déclenchent des guerres et tuent sans se salir les mains. Des vampires psychiques qui se livrent à une partie d’échecs barbare où les hommes ne sont que des pions.

Chronique : Un livre que vous lirez les yeux écarquillés. Je n’irai pas jusqu’à affirmer que vous vous rongerez les ongles jusqu’au sang, mais il y a quand même quelques pages flippantes…
Le récit est simple et tordu à la fois. Vaguement complotiste, aussi. Dans l’air du temps, quoi ! et en même temps vieux comme le monde… Il part du principe que certaines personnes, dotées de pouvoirs télépathiques exceptionnels, peuvent dominer et contrôler les pensées de leurs congénères. Des hommes aussi différents que Raspoutine, Hitler, Khomeini, ou Ghandi auraient pu utiliser ce don…
L’histoire commence dans l’enfer de Sobibor ou deux officiers SS jouent aux échecs avec des juifs aux esprits contrôlés et transformés en pions humains. le jeune Saul Laski est l’un d’eux. Il échappera par miracle à la domination mentale de l’Oberst Wilhelm von Borchert.
Nous nous retrouvons ensuite dans les États-Unis des années quatre-vingt. Devenu psychiatre, Saul Laski passe son existence à traquer son ancien tortionnaire qu’il croit toujours en vie, même si entre temps il est forcément devenu un vieillard. Une série de meurtres inexpliqués à Charleston le remet sur sa piste.
Un flic obèse et une black croiront à son histoire aussi improbable que fantastique, et l’aideront dans sa traque.
En passant, Dan Simmons brosse un portrait peu flatteur de l’Amérique de Carter et de Reagan. Un pays toujours traumatisé par la guerre du Vietnam ; des communautés qui se regardent en chien de faïence ; une élite décadente…
Une histoire construite de manière originale comme une partie d’échec. L’ouverture pour ce premier tome. le milieu de partie et la finale pour les trois tomes qui suivent. D’ailleurs le jeu d’échec est une des obsessions de ces hommes dotés du Talent.
Un juif âgé, une jeune black, un flic obèse… C’est une sympathique et intrépide bande de pieds nickelés qui va s’attaquer à ces vampires de l’esprit sans foi ni loi. Car il n’y a pas que l’Oberst à être doté de ce talent nuisible… Sans trop en prendre conscience, ils vont mettre le doigt dans un engrenage infernal.

Éditeur ‏ : ‎ Pocket (14 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 1200 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266298003 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266298001

1984 de George Orwell

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Winston Smith, obscur tâcheron au ministère de la Vérité, réécrit le passé et envoie dûment dans le vide-mémoire les documents devenus obsolètes.
Le Parti a toujours raison et aucun fait ne doit le contredire.
Comment penser, aimer, savourer la beauté ou dire que deux et deux font quatre dans un État qui a pris le contrôle de la réalité, de votre mémoire, de votre langue même ?

Chronique : Dans la description d’une société totalitaire, personne n’est jamais allé aussi loin. Proprement terrifiant.
Le contrôle des faits et des pensées des individus, la disparition totale du passé sans cesse réécrit au besoin du pouvoir, L’embrigadement total qui active le cerveau reptilien des personnes, la répression qui va jusqu’à dissoudre les opposants qui disparaissent de l’Etat civil (ils n’ont ainsi jamais vécus), le détournement de la sexualité au profit de la seule fonction reproductrice (l’amour est une source de pensée indépendante) et la surveillance perpétuelle jusqu’au plus profond de l’intimité des individus (Big Brother), tout cela est décrit minutieusement, tranquillement, dans une atmosphère prégnante de peur et d’angoisse.
Le chef d’oeuvre de George Orwell.

Éditeur ‏ : ‎ Larousse; Illustrated édition (10 novembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Relié ‏ : ‎ 256 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2035971039 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2035971036