Séquences mortelles de Michael Connelly, n’entendez-vous pas résonner l’alarme ?

Je n’attendais pas grand chose du retour de Jake McEvoy dans un nouveau récit. Il s’agit sans doute du personnage de Michael Connelly le moins développé, il apparaît durant deux récits seulement, le poète et l’épouvantail. Deux très bons polars mais qui sont éclipsé par la profusion de récits mettant en scène le fameux inspecteur Harry Bosch. Pourtant cette nouvelle enquête tissée par l’orfèvre du noir se révèle être une excellente lecture policière.

On notera tout d’abord le choix judicieux de l’auteur de se concentrer sur une seule enquête. On suit le journaliste Jake McEvoy pas à pas dans ses investigations. Contrairement au précédent ouvrage où l’on voyait l’inspecteur Harry Bosch et sa comparse Renée Ballard se disperser sur pas moins de trois enquêtes, ici on se focalise sur une seule intrigue. Ce qui améliore grandement l’immersion du lecteur. Pour qui aime suivre l’enquête au plus près, suivre les raisonnements du protagoniste principal, assister à ses tentatives pour confronter les suspects et être le témoin du cheminement de l’enquête à travers l’apparition de pistes prometteuses, il n’y a guère mieux que ce récit signé par le maître du polar californien. On débute avec un crime sexuel maquillé en accident domestique avant que, page après page, le scénario alarmiste ne s’empresse de soulever des sujets de société inquiétants.

L’auteur a en effet décidé de prendre à bras le corps, si vous me permettez l’expression, le problème du traitement des données privées en abordant le thème méconnu des test ADN, qui ont l’air très populaire aux États-Unis. Sa plume factuelle et distancée ne porte aucun jugement mais le déroulement de l’enquête est suffisamment explicite pour que le lecteur en tire ses propres conclusions. Les découvertes sidérantes du journaliste s’enchaînent chapitres après chapitres, transformant ainsi le récit en rapport alarmant sur notre société actuelle. Difficile de faire la part entre la fiction et la réalité concernant le scandale soulevé par le récit mais nul doute que la fiction doit malheureusement s’approcher de la réalité.

De nombreux autres thèmes sont abordés par l’auteur et nombre d’entre eux s’articulent autour des droits des femmes et de leur place dans la société. C’est un polar directement influencé par le mouvement metoo. On évoque le cyber-harcèlement, la misogynie, les agressions sexuelles, mais aussi les fameux incels, ces groupes d’hommes haineux qui rejettent leurs échecs sur les femmes. Ces sujets sont survolés évidemment, on reste avant tout dans un polar il faut arrêter le meurtrier c’est la finalité du récit. Cependant on ne peut que saluer l’entreprise de l’auteur de vouloir focaliser son intrigue sur les problèmes de notre société, que ce soit la protection des données ou les agressions sexuelles tout en mettant en scène un personnage épris de justice mais justement maladroit dans ses relations avec les femmes.

La caractérisation du personnage est très juste. Jake est un journaliste acharné, consciencieux et déterminé mais son ego le pousse à vouloir tirer la couverture à lui quitte à se mettre à dos sa collègue et il ne parvient pas à construire une entente durable avec sa compagne. Michael Connelly a une la bonne idée de narrer son histoire par le point de vue d’un cinquantenaire qui est loin d’être un chevalier blanc mais qui ne laissera jamais la vérité être ensevelis sous les mensonges.

Au niveau des regrets je pourrais noter que le lièvre débusqué par notre journaliste intrépide est rapidement éclipsé lors du dénouement par une chasse à l’homme peu concluante. Un dénouement qui a le mérite, à la fois, de tirer en longueur, une péripétie aurait pu selon moi, être écarté du récit mais également d’être extrêmement bref en ce qui concerne la caractérisation de l’antagoniste principal. Mais tous les lecteurs de Michael Connelly le savent, la psychologie des tueurs en série n’a jamais été son fort alors il a préféré éluder plutôt que de dresser un portrait raté de psychopathe. À chacun d’apprécier la pirouette scénaristique ou pas.

Séquences mortelles se révèlent donc être un excellent polar qui met en lumière un sujet de société troublant et insiste sur les attaques dont sont encore victimes les femmes. Michael Connelly n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’attaque à un sujet de société à travers une enquête unique.

Résumé: L’illustre Jack McEvoy, maintenant journaliste au Fair Warning, un site Web de défense des consommateurs, a eu raison de bien des assassins. Jusqu’au jour où il est accusé de meurtre par deux inspecteurs du LAPD. Et leurs arguments ont du poids : il aurait tué une certaine Tina Portrero avec laquelle il a effectivement passé une nuit, et qu’il aurait harcelée en ligne. Malgré les interdictions de la police et de son propre patron, il enquête et découvre que d’autres femmes sont mortes de la même et parfaitement horrible façon : le cou brisé.
Le tueur, il le comprend aussi, choisit ses victimes à l’aide de leurs propres données génétiques. Trouver la séquence ADN qui le conduira à sa prochaine proie devient la priorité de Jack.
Mais déjà, le monstre est de nouveau prêt à frapper.

  • Éditeur : Calmann-Lévy (10 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 486 pages
  • ISBN-10 : 2702182712
  • ISBN-13 : 978-2702182710
  • Poids de l’article : 450 g
  • Dimensions : 13.6 x 2.9 x 21.5 cm

Lord cochrane vs l’ordre des catacombes de Gilberto Villaroel, que résonne le cor de l’aventure

Qui sait ce qui se dissimule dans les catacombes ?

Le premier volume des aventures du fameux Lord Cochrane m’avait permis de faire de belles rencontres. La rencontre d’un auteur d’abord, Gilberto Villaroel, d’origine chilienne, résident à Paris, passionné d’histoire européenne et de littérature fantastique. La rencontre avec une maison d’éditions ensuite, aux forges de vulcain, dont les couvertures minimalistes et hautes en couleurs m’ont immédiatement séduites. Enfin j’ai pu faire connaissance avec une figure historique des plus fascinantes, le fameux Lord Cochrane, navigateur anglais, inventeur excentrique, héros du chili et tant d’autres choses encore. Inutile de vous dire qu’avec tous ces éléments réunis le livre n’est pas resté longtemps sur le présentoir de mon libraire.

L’aspect historique prend une place plus importante dans ce volume, là où le premier volume faisait plus office de parenthèse fantastique sans réel lien avec la marche incessante du monde. Le récit se situe durant la période ô combien confuse de la restauration monarchique. Napoléon et son empire sont partis en fumé mais pourtant son ombre imprègne tout le récit. L’auteur parvient à dérouler l’aspect historique de son récit tout en évitant de donner un simple cours d’histoire et c’est en grande partie grâce à son personnage principal, lord Cochrane.

La plume de l’auteur ne s’anime jamais autant que lorsqu’il s’agit de mettre en scène cet aventurier intrépide, ce soldat rebelle qui a dû dire adieu à sa patrie, cet inventeur touche-à-tout qui regrette la lenteur du monde qui l’entoure. À la fin de l’ouvrage, l’auteur explique que Lord Cochrane a probablement servi de source d’inspiration pour nombre de figures d’aventurier navigateur qui ont émergé dans la culture populaire contemporaine et ce n’est guère surprenant. Ce personnage charismatique dynamite les pages du récit, son aura de capitaine chevronné accorde au moindre dialogue une atmosphère chargée en testostérone, rendant la narration encore plus riche et savoureuse. La caractérisation sur ce personnage est très juste, l’auteur en fait un personnage complexe, non manichéen, plus âgé mais donc aussi plus sage mais toujours déterminée à faire mordre la poussière à ses adversaires.

En ce qui concerne l’intrigue l’auteur a décidé de s’aventurer vers des chemins plus balisés. Ce tome est l’occasion d’invoquer l’esprit des pulps d’antan, le Paris des mystères et ses ruelles insalubres. Cela donne un récit d’aventure honnête mais on y perd l’originalité du premier volume. L’auteur coche les cases des récits d’aventures du 19ème siècle. Le cimetière lugubre, les catacombes morbides, sans oublier les ecclésiastiques fanatiques qui font office d’ennemis au final bien peu menaçant mais très clichés. Le rythme est haletant, les personnages ont à peine le temps de s’extirper d’une situation mortelle qu’une nouvelle péripétie survient. Mais ce que l’on y gagne en rythme on le perd en atmosphère. L’apport de cet ordre des catacombes est minime, jamais le récit ne va développer de réelles intrigues politiques ce qui empêche d’accorder du crédit et de l’épaisseur narrative à cet ordre de fanatiques.

Le fantastique est quelque peu en retrait dans ce tome. L’univers Lovecraftien sert plus de toile de fond que de moteur à l’intrigue. Les horreurs surgies de l’esprit de Lovecraft n’ont qu’un rôle extrêmement secondaire. Les chapitres se déroulant dans l’Antiquité et incarnant deux autres personnages historiques majeurs, à savoir César et Vercingétorix, sont plaisants à suivre au début avant que l’on comprenne qu’il s’agit pour l’auteur de mettre à nouveau en scène un combat contre la divinité des profondeurs. Une confrontation intéressante mais qui a perdu la fraîcheur des débuts.

Un petit bémol également concernant la plume de l’auteur. Celle-ci est très riche et dense. L’auteur livre des éléments historiques, il dresse un portrait détaillé de la situation politique française et revient sur les dernières heures du règne de Napoléon, il effectue une biographie qui couvre plusieurs années de la vie de ce cher Lord Cochrane. Mais il nous donne aussi des détails techniques sur l’artillerie, la marine, la conquête de la Gaule par les Romains, et une étrange machine à vapeur qui servira vaillamment nos protagonistes. Tout ça fait que le récit souffre d’une certaine rigidité factuelle que la plume de l’auteur n’allège pas tend celui-ci tient à tout expliquer, tout détailler au risque de relâcher l’attention du lecteur. L’effort de produire le récit le plus complet possible que ce soit au niveau historique, technique ou des portraits de personnages est louables mais cela se fait au détriment de l’intrigue qui aurait pu être moins orientée action et offrir un peu plus d’effroi fantastique.

Avec ce second volume des aventures de Lord Cochrane l’auteur a pris le parti d’une aventure plus terre à terre en rappelant à notre bon souvenir l’esprit des récits d’aventures mâtiné d’une légère touche de fantastique. On y perd donc l’originalité du premier volume pour suivre un récit d’aventures mouvementées mais manquant d’originalité, qui vaut surtout pour la présence de son héros principal qui illumine chaque page où il est présent.

Résumé: 1826, Paris. Jean-Baptiste Dallier, un bonapartiste ami des frères Champollion, est assassiné dans les catacombes. Le célèbre héros écossais Lord Cochrane arrive alors à Paris. Il y retrouve Champollion le Jeune qui possède les preuves de l’existence de Cthulhu, un monstre antédiluvien. Champollion a récupéré un manuscrit de la main de César, qui décrit comment il s’est rendu sur R’lyeh, la ville du monstre, au large du fort romain construit sur la longe de Fort Boyard. Cochrane, Champollion le Jeune et le capitaine Éonet partent aussitôt récupérer le manuscrit caché au cimetière du Montparnasse. Mais un mystérieux « Ordre des Catacombes » rode, décidé à empêcher leur enquête !

  • Éditeur : FORGES VULCAIN (19 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 445 pages
  • ISBN-10 : 2373050994
  • ISBN-13 : 978-2373050998
  • Poids de l’article : 570 g
  • Dimensions : 15.5 x 3 x 23.5 cm

Bonjour, le chien – 4 mars 2021 de Gilles ABIER (Auteur), Jean-Baptiste DROUOT (Illustrations)

Une amitié improbable entre un grand-père grognon et un joyeux petit chien.

Achat : https://amzn.to/2NrAkzd

Chronique : De chapitre en chapitre, Gilles ABIER avec les illustrations de Jean-Baptiste DROUOT ont choisis de nous emmener dans des endroits différents introduisant tour à tour de nouveaux personnages. La plume est élégante, parfois pleine de poésie, belle à vous élever l’âme! Et ce style sert parfaitement l’intrigue . La mise en place des personnages, leur profondeur psychologique, leurs failles notamment sur ce duo ce chien et Papi Denis. Une écriture subtile qui crée une atmosphère et donne corps aux personnages. L’auteur nous livre ce récit, vif et extrêmement bien écrit.

Note : 9,5/10

Éditeur : Poulpe Fictions (4 mars 2021) Langue : Français Broché : 48 pages ISBN-10 : 2377421482 ISBN-13 : 978-2377421480

Isaac, caniche maniaque – 11 mars 2021 de Charles MAZARGUIL (Auteur), Caroline Hüe (Illustrations)

Une enquête captivante menée tambour battant par un caniche surprenant !

Achat : https://amzn.to/38QUHND

Chronique : Poulpe Fictions nous offre un nouveau bijou d’humour écrit avec brio par Charles MAZARGUIL avec les illustration de Caroline Hüe.

Les enfants et si vous aimez les romans drôles et avec des animaux  ce livre sont faits pour vous. On y découvre un héros espiègle dans ce caniche maniaque. De l’humour à fond et très bien maitriser avec d’autres thèmes qui sont présents comme la différence au autres  et le poids de la transmission familiale, les difficultés d’intégration et une critique sociale sur notre vie .
L’importance d’être aimé, et de donner de l’affection sont très présentes, et Isaac malgré ses airs est bien gentil, et ses péripéties et expériences en tous genres font rire.
Les petites illustrations sont tantôt cyniques, tantôt tendres ou même émouvantes.
Avec des traits relativement simples pour ses personnages, Charles MAZARGUIL réussit à faire passer tout un panel d’émotion à ses personnages. Une lecture à la fois facile, drôle, et étonnante. Un très bon voyage.

Note : 9,5/10

Éditeur : Poulpe Fictions (11 mars 2021) Langue : Français Broché : 168 pages ISBN-10 : 2377421350 ISBN-13 : 978-2377421350

Kiki et Jax : la magie de l’amitié – de Marie Kondo & Salina Yoon – 18 mars 2021

Kiki et Jax sont des amis très différents : Kiki aime accumuler tout ce qu’elle trouve alors que Jax aime que chaque chose soit bien à sa place et que tout soit parfaitement rangé.

Achat :https://amzn.to/3qSKeHx

Chronique : Kiki, un écureuil, et Jax, un hibou, étaient les meilleurs amis du monde, mais ils n’aimaient pas tout de la même façon. Kiki aimait collectionner des objets tandis que Jax aimait trier des objets.
Kiki avait tellement d’objets collectionnés dans toute la maison qu’elle ne pouvait pas trouver ce dont elle avait besoin lorsque Jax venait l’inviter à jouer ou à aller nager. Kiki devait toujours jouer chez Jax. Elle souhaitait pouvoir jouer avec sa meilleure amie chez elle, mais il n’y avait pas de place.

Jax a dit qu’il pourrait aider Kiki à trier ses collections. C’était ce qu’il préférait faire. Ensemble, ils ont trié, empilé et rangé. Désormais, Kiki a de la place pour toutes ses affaires préférées et surtout pour sa meilleure amie (….).

Marie Kondo a utilisé ses théories sur la magie du rangement pour faire participer vos enfants au processus de rangement. En le rendant amusant, le rangement peut devenir une activité que vous appréciez tous ensemble.
Les illustrations en couleur pleine page de Salina Yoon donnent un aspect visuel à l’histoire de Marie Kondo, dont les mots sont peu nombreux, ce qui en fait un livre parfait même pour les plus jeunes enfants de la famille.

À une époque où les enfants sont plus que jamais à la maison, il s’agit d’une histoire douce sur les avantages de garder une chambre bien rangée.
Bien que j’aie aimé l’idée de trier et de classer les objets par catégories (à garder, à donner ou à jeter), je pense qu’elle aurait pu inclure des informations sur le rangement et l’étiquetage afin que chaque objet ait sa place.

Kondo inclut son mantra « faire naître la joie » dans cette histoire et je ne suis pas sûre que cela se traduise dans la pensée d’un enfant. Tout suscite la joie chez un enfant, même si c’est une pierre, une plume ou une ficelle qu’il a trouvée en se promenant.

Note : 9,5/10

Éditeur : Grund (18 mars 2021) Langue : Français Relié : 40 pages ISBN-10 : 2324025256 ISBN-13 : 978-2324025259

La Part du démon – 4 mars 2021 de Mathieu LECERF

Une religieuse sauvagement assassinée et mutilée, à Paris, ça n’arrive jamais. Pourtant, c’est la première affaire du lieutenant Esperanza Doloria à son arrivée au 36, rue du Bastion.

Achat : https://amzn.to/2Q30SYj

Chronique : Si vous cherchez quelque chose de différent dans le genre de mystère criminel, ne voulant pas lire sur un cortège de crimes horribles commis par des tueurs en série, mais une histoire humaniste à propos de la plupart des personnes moyennes prises dans des circonstances qui les détournent, alors vous êtes au bon endroit avec ce roman de Mathieu LECERF. Ce qui rend différent, c’est le temps consacré au monstre et au développement  des personnages, le lecteur voit les choses dans leurs yeux en alternant des chapitres. L’auteur les traite en tant que personnes en trois dimensions, en leur donnant autant, sinon plus.  L’écriture est très bonne avec des études de comportement habiles construites par phrase. Il n’y a pas de stéréotypes dans cette histoire qui est un soulagement rafraîchissant.

La première partie est plus lente et plus introductive mais le rythme prend de l’envergure et l’ensemble est génial ! On ressent tout le travail de l’écrivain sur le fond comme sur la forme pour rendre ce thriller véritablement unique ! Grâce aux différentes enquêtes nous ne nous ennuyons pas une seule seconde. Tous les éléments des enquêtes nous sont donnés au compte-goutte afin d’assembler petit à petit ce puzzle meurtrier.
Ce roman se sert d’un fait divers pour créer une histoire de toute pièce et c’est une totale réussite.

Note : 9,5/10

Éditeur : Robert Laffont (4 mars 2021) Langue : Français Broché : 432 pages ISBN-10 : 2221240537 ISBN-13 : 978-2221240533

Petite louve de Marie Van Moere, aiguise tes griffes ma fille

Les fauves sont lâchés

La parentalité et toutes les conséquences que le fait d’être responsable d’une autre vie que la sienne entraîne, voilà un thème qui est prépondérant dans la littérature en ce moment. La cellule familiale mise en avant par Marie Van Moere va devoir faire face à de voraces prédateurs. Reste à voir ce que cette jeune auteure peut apporter de neuf à des thèmes déjà milles fois abordés.

La famille, l’amour de ces êtres avec lesquelles on partage le même sang, l’unité, le clan que cela crée. Une fois ma lecture achevée je me suis fait d’abord la réflexion que l’auteure ne proposait rien de neuf par rapport à d’autres récits abordant ce thème riche et complexe, le récit introduit même une figure paternelle de manière fort opportune. Le duo composé par Agathe et sa fille n’offre rien d’original mais c’est parce la richesse du récit n’est pas tant dans la relation mère-fille que dans l’image de la famille même. Une image qui s’esquisse en reflet avec cette autre famille, le clan Vorstein, une meute prête à tout pour protéger les siens. Le clan Vorstein n’obéit qu’à ses propres lois et elles sont simple, tu fais saigner un membre de ma meute, je te saignerai en retour. Une loi immuable simple mais qui implique une unité familiale inébranlable. À l’opposé la famille d’Agathe est désunie, le père batifole avec une autre femme, la mère est obnubilé par son désir de vengeance et par le désir de protégé sa fille, une fille qui se referme sur elle-même. La seule unité familiale forte du récit est donc une force nuisible et implacable tandis que l’autre famille est désemparée par la situation, en fuite et incapable de faire face à ses propres failles et contradictions.

Si j’ai trouvé la relation entre Agathe et sa fille si peu développée c’est tout simplement parce que, hormis les aspects essentiels à leur survie, la mère et la fille ne savent plus se parler, Agathe se sait pas interpréter les signes qui lui sont mis sous les yeux. Une louve aveugle qui doit protéger un oisillon traumatisé. À l’opposé, comme un reflet souillé, le clan Vorstein voit, observe, scrute les ombres à la recherche de leurs proies et sait réagir en conséquence. Deux images de la famille opposé mais complémentaires. Il est nécessaire de saisir cet aspect du récit pour en apprécier la lecture.

Le récit s’ouvre sur une inhumation. Agathe accompli un acte censé clore un chapitre douloureux alors qu’elle ne fait qu’ouvrir la boîte de pandore qui va les précipités, elle et sa fille sur un chemin sanglant. En cette nuit caniculaire Agathe enterre son nemesis mais aussi la femme qu’elle était. De cette nuit de sang il n’émergera qu’une louve. D’une plume acéré que l’on ne retrouvera qu’occasionnellement au cours du récit, l’auteure sonne le cor d’une traque vengeresse.

Par la suite la plume se fait plus sobre. Elle aligne les actions banales d’un quotidien qui n’a plus lieu d’être comme pour invoquer une normalité anéantie par l’irruption des fauves. À l’image des titres de chapitres, réduits à de simples verbes comme pour mieux souligner le fait que les protagonistes de ce sombre récit en sont réduits à des actions basiques, animales, instinctives. Mais qui sont aussi des rappels incessants pour les deux fugitives de ce qui n’est plus, d’un quotidien reduit en cendre par le brasier de la vengeance.

La vengeance, le désir primaire de rendre le mal que l’on nous a fait, à nous ou à un membre de notre famille, est le second thème dont s’empare l’auteure. Elle questionne cette loi du talion en laissant le lecteur tiré ses propres conclusions. Là encore le récit propose deux images de la vengeance à travers ses personnages. Une vengeance rageuse de mère blessée, une vengeance minutieuse et élaborée sans compromis et, de l’autre, une vengeance d’honneur avec Avi et Iro qui accomplissent leur devoir parmis d’autres méfaits, tels deux prédateurs qui ne savent plus quand doit cesser la chasse. Ces deux personnages me sont apparus comme les seuls failles du récit. Tantôt fauves ivres de violences, tantôt incarnation de Laurel et Hardy qui se seraient fait meurtrier. Une volonté de l’auteure sans doute de contrebalancer ces figures de la vengeance avant l’entrée en scène d’un ultime fauve, parfait reflet d’Agathe dans ses plus sombres aspects.

Le récit s’achève sur une promesse d’une renaissance. La promesse de laisser les plaies du passé cicatrisé. Le roman noir et viscéral de Marie Van Moere n’aura pas abordé les thèmes auxquelsje m’attendais, la relation mère-fille notamment, en tout cas pas comme je m’y attendais, mais c’est sans doute la force de bons romans de nous faire emprunter des sentiers que l’on ne se préparait pas à parcourir de prime abord.

Un dernier mot pour remercier la maison d’éditions la manufacture de livres pour l’envoie de l’ouvrage.

Résumé: La Corse. C’est là qu’Agathe va fuir après avoir entassé dans sa voiture leurs bagages et annoncé à sa fille qu’elles allaient prendre quelques jours de vacances. Cette chirurgienne sans histoire vient de rendre la justice elle-même. L’homme qui avait agressé sa fille, détruit l’équilibre de leurs vies, a été relâché, et elle lui a réglé son compte, définitivement. Mais ce type au casier déjà bien chargé, avait lui aussi une famille qui a l’intention de rendre les coups. Sur les routes de Corse s’engage alors une traque à mort où les femmes et leurs poursuivants se feront tantôt proies, tantôt prédateurs.
Dans ce roman noir au rythme implacable, Marie Van Moere nous offre une sorte de Thelma et Louise débridé où une mère et une fille accomplissent une vengeance qui les conduira sur les chemins les plus obscurs.

ROMAN NOIR

19.90 euros – 272 pages

Parution le 04/03/2021

ISBN 978-2-35887-734-3

Diamants – 19 février 2021 de Vincent Tassy

D’un hiver sans fin naît l’espoir d’un printemps radieux
L’Or Ailé, de la cité immortelle, est descendu des cieux.
Seigneur ou roturier, lequel deviendra son suivant ?

Achat : https://amzn.to/38qyl5q

Chronique : Avec ce livre nous sommes immergés dans une atmosphère où la mélancolie qui nous touche immédiatement. On baigne dans quelque chose de presque lyrique, comme suspendu dans le temps et dans l’espace,  Un univers gothique et de Fantasy dans sa plus noble définition, à la fois sombre, mais d’une richesse incomparable. La magie en fait partie intégrante, nous faisant voir de la féerie dans tout ce qui nous entoure. Les paysages sont notamment d’un réalisme époustouflant, nous faisant littéralement rêver. Mais le côté obscur est tout aussi fascinant, nous faisant part d’un portrait des anges tout à fait unique. Des anges exceptionnels à mes yeux, différents de tous ceux que l’on a pu connaître.

Deux styles d’anges se détachent, chacun d’eux ressentant une certaine nostalgie de leur condition humaine perdue, mais pendant que l’un voudrait mettre fin à cette vie, l’autre en profite cruellement. Vincent Tassy nous délivre une histoire tout simplement magnifique, son écriture est magnifiquement soignée, chaque mot étant choisi avec une efficacité redoutable. Nous voyageons entre rêves et réalités, la frontière basculant sans cesse. Les épreuves s’enchaînent pour notre héros, il va devoir surmonter des instants terribles, à la hauteur des romans qu’il dévore. Les personnages sont tous très bien travaillés l’auteur nous emmène dans une intrigue très passionnante grâce à toutes les créatures mais surtout au mystère autour de chacun des personnages.
Ce roman a tous les ingrédients pour plaire. Tout d’abord, le lieu choisi pour l’intrigue et les créatures fantastiques, parfait pour ajouter un peu plus de mystères avec des descriptions sont toutes bien détaillées et travaillées.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (19 février 2021) Langue : Français Broché : 304 pages ISBN-10 : 2354088272 ISBN-13 : 978-2354088279

Un dernier ballon pour la route – 4 mars 2021 de Benjamin Diersten

Viré de l’armée, viré de la police, viré d’une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits boulots. Pour rendre service à un ami, il se met sur la piste d’une enfant enlevée par des hippies. Avec Didier, qui manie aussi bien les bouteilles que les armes, Freddie parcourt la France jusqu’au village de son enfance.

Achat : https://amzn.to/30riXBv

Chronique : Un livre qui en marquera plus d’un celui-ci fermer. Un vrai chef-d’oeuvre qui fait du bien à lire et à faire découvrir aux autres tant il accroche et marque l’esprit du lecteur.
Benjamin Dierstene traite de plusieurs thématiques assez complexes dans ce roman : le racisme, le harcèlement, les violences conjugales, la mauvaise conscience et l’amour grâce à une galerie de personnages hors-cadre, tour à tours séduisants et repoussants. Ce roman est puissant car dès où l’on le lit naît une lente montée en tension de l’environnement familial et  communautaire mais aussi de révélations tardives sur les motifs des personnages, qui font prendre toute son épaisseur. Un livre atypique, d’un exotisme et d’un caractère étonnants où le polar a une portée philosophique.

Note : 10/10

ASIN : B08QSSCVVS Éditeur : Les Arènes (4 mars 2021) Langue : Français Broché : 405 pages ISBN-13 : 979-1037502902

La Disparition – 4 mars 2021 de Florence de Changy

En mars 2014, le Boeing MH370 de la Malaysia Airlines disparaît au-dessus du golfe de Thaïlande avec 239 passagers à bord. Malgré les innombrables satellites et radars, civils et militaires, qui surveillent cette partie du globe, l’avion semble s’être volatilisé.

Achat : https://amzn.to/3l3UATD

Chronique : Qu’est-il arrivé au vol MH370 de Malaysia Airlines ? Comment un Boeing 777, bourré d’électronique, avec 239 passagers et au moins autant de téléphones, a-t-il pu disparaître à l’insu des radars et des satellites dans une des zones les plus stratégiques de la planète ? Deux ans plus tard, les proches des disparus attendent toujours une explication plausible. Sur la base de calculs mathématiques savants, on leur apprend que l’avion s’est écrasé dans l’océan Indien. Mais il n’existe aucune preuve tangible pour étayer cette version officielle. Le Boeing transportait-il des passagers suspects ? Des cargaisons secrètes ? En marge des enquêtes menées au large de l’Australie, le monde entier a suivi les traces de l’avion : services secrets, détectives privés, scientifiques et amateurs en tout genre. Des millions de dollars ont été engloutis. En vain. Le mystère est devenu un thriller. Correspondante du Monde et de RFI en Asie-Pacifique, Florence de Changy démantèle les rumeurs une à une, explore toutes les pistes, de Kuala Lumpur aux Maldives. Grâce à des recherches passionnantes, elle a eu accès à des documents confidentiels et a rencontré des témoins essentiels.

Sa conviction : le vol MH370 n’a pas disparu. Les gens le savent. Les États cachent certains faits. La vérité dérange. L’Acte de Disparition est une plongée audacieuse, fascinante et très fouillée dans l’une des disparitions d’avion les plus profondément inexplicables de mémoire récente ; non pas parce qu’elle est vraiment inexplicable dans le sens où il n’y a pas plusieurs théories qui pourraient sonner juste, mais plutôt parce qu’à notre époque, avec toute la technologie, les radars et les équipements de recherche spéciaux, les gens se sentent mal à l’aise qu’une cause DEFINITIVE ne puisse être donnée. Dieu sait que les familles des personnes à bord méritent certainement une réponse quant à la raison pour laquelle elles ne reverront jamais leurs proches. Rassemblant les dernières recherches, les documents, les experts et les témoins, de Changy rédige une formidable enquête médico-légale qui rassemble tout ce qui est connu et certaines informations qui ne l’étaient pas et dresse un tableau de la probabilité de chaque théorie. J’espère simplement qu’avec le temps, nous en saurons peut-être plus. RIP. Hautement recommandé.

Note : 9,5/10

ASIN : B08QSSCPD6 Éditeur : Les Arènes (4 mars 2021) Langue : Français Broché : 520 pages ISBN-13 : 979-1037502827