Vostok de Laurent Kloetzer

Vostok, Antarctique. L’endroit le plus inhospitalier sur Terre. Des températures qui plongent jusqu’à -90°C. En 1957, les Russes y ont installé une base permanente, posée sur un glacier de 3 500 mètres d’épaisseur, ignorant alors qu’à cet endroit, sous la glace, se cache un lac immense, scellé depuis l’ère tertiaire. Pendant des décennies, équipe après équipe, puits après puits, ils ont foré la glace. Pour trouver, peut-être, des formes de vie jusque-là inconnues. Vingt ans après la fermeture de la base, un groupe d’hommes et de femmes y atterrit, en toute illégalité. Ils vont réchauffer le corps gelé de Vostok, réveiller ses fantômes. Ils sont là pour s’emparer du secret du lac. S’ils échouent, il ne leur sera pas permis de rentrer vivants chez eux. Situé dans le même futur qu’Anamnèse de Lady Star, Vostok narre l’incroyable aventure d’une très jeune femme, Leonora, condamnée à laisser les derniers vestiges de son enfance dans le grand désert blanc.

Critique : Vosotok un livre où vous ne serez pas déçu de l’avoir entre vos mains. Un livre fascinant de Laurent Kloetzer qui va vous fasciner dès sa lecture finie. Dès les premiers chapitres on plonge directement dans cette base russe où l’on va suivre Leonora. Cette héroïne est plus qu’attachante et qui va devoir se révéler de plus en plus forte plus l’histoire avance. La première partie sert d’introduction sur les personnages, l’univers et sur l’intrigue qui nous permet de préparer l’arrivée de nos héros à Vostok. La seconde partie se passe sur la base où l’auteur va nous offrir un magnifique dans un monde fait de neige où les personnages vont se dévoiler au fil du récit. On y suit leurs péripéties dans cet enfer blanc, on se retrouve aussi angoisser que dans le film: The Thing de John Carpenter. Ici point de créature extraterrestre mais une base; un lieu qui fait bon de ne pas y vivre face à une certaine beauté qui s’en dégage, ce lieu devient un des personnages les plus importants du récit. Laurent Kloetzer sait décrire les situations les plus fortes pour nous entrainer au plus loin dans le livre avec ses descriptions sur les techniques et historique. La fin est ouverte ce qui laissera le lecteur choisir l’avenir des personnages.

Note : 9/10

 

  • Broché: 432 pages
  • Editeur : Denoël (17 mars 2016)
  • Collection : Lunes d’encre

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Sweetgirl de Travis Mulhauser

« Quand j’ai senti sa petite main qui m’agrippait, mon cœur s’est arrêté de battre. »
Il était posé là, dans le courant d’air glacial, le visage déjà couvert de flocons. Un bébé. Minuscule sous l’ampoule nue de cette chambre poussiéreuse. Je le voyais pleurer, ses cris se perdaient dans le vent. Je n’ai pas réfléchi : je l’ai pris dans mes bras et je me suis enfuie.
Je m’appelle Percy. J’ai seize ans. Voici mon histoire.

Critique : La première chose que l’on remarque à propos de ce livre c’est de savoir comment il a été écrit à merveille, les mots et l’intrigue coulent comme de l’eau de source. Rien n’a été forcé, tout est si naturel que cette histoire racontée d’une personne par une autre. Les personnages, Percy et Portis deux personnages mémorables. Percy, seize ans avec beaucoup de responsabilité pour un jeune qui essaye de prendre soin de sa mère accro aux drogues et l’alcool. Portis, un homme qui, malgré ses dépendances est toujours disponible pour aider Percy.

C’est est une histoire d’aventure, mais aussi une étude de caractère. Drogues, toxicomanie, le mal et la douleur qu’ils causent aux autres et à eux-mêmes. Tout est incroyablement puissant même si ils souhaitent que tout soit différents et  pourraient changer ainsi que les circonstances où ils se trouvent pourrait être atténuée, ils sont incapables de sortir de sous les médicaments .

Le livre se termine sur une note très optimiste. Voici un roman sur les soins, faire les bons choix et les difficultés et la réalité brutale de la toxicomanie. Brillant.

Note 10/10

  • Nombre de pages  : 195 pages
  • Editeur : Autrement (6 avril 2016)

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La 2 CV verte de Manu Causse

Isaac est un petit garçon vide. Il a un corps, des yeux, mais à l’intérieur, rien. Parfois seulement, il hurle. Depuis sa naissance, ses parents se sont lentement détruits, à coups d’amertume et de culpabilité. Le père, Eric Dubon, est épuisé et désemparé. Mais lorsque, à la mort de son oncle, il hérite d’une vieille 2CV, tout s’emballe. Au volant de la petite voiture, il décide de retirer son fils de la clinique où il est gardé, puis de s’échapper. Entourés de fantômes et de vieux souvenirs, les deux fugitifs se lancent alors dans un étrange voyage. Mais quel est vraiment le passé d’Eric Dubon, et que compte-t-il faire de son fils ? Aidés par une adolescente lunatique, traqués par un gendarme amateur de champignons et accompagnés par un chaton bavard et arrogant, le père et son fils poursuivent leur route, et nous plongent dans un conte initiatique envoûtant. L’étrange balade à bord de la 2CV verte promet d’être mouvementée.

Critique : Voici un roman touchant, qui fait penser à au livre : Autobiographie d’une courgette de Gilles Paris dont il n’a pas à rougir tant le livre est original. L’auteur se penche sur les relations père-fils et les secrets de famille avec des personnages secondaires des plus hauts en couleurs qui sont autour de cette relation. Les personnages sont vraiment bien travaillés et on souhaite rester avec eux plus de temps hormis celui de sa mère où son personnage est absolument détestable.

Le style de la narration est fluide, ce qui donne envie de ne pas s’arrêter, et le fait de changer de point de vue peut paraître au début étrange mais par la suite c’est ce qui nous fait entrer au cœur de ces personnes bien plus qu’attachante.

L’intrigue est simple mais elle nous entraine dans une histoire d’émotion si forte que l’on ne s’ennuie à aucun instant et auquel notre cœur s’emballe sur cette si belle fin.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Denoël (10 mars 2016)
  • Collection : ROMANS FRANCAIS
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Maestra de L. S. HILTON

Le jour, Judith Rashleigh est assistante dans un hôtel de ventes aux enchères londonien qui l’exploite malgré ses diplômes et son talent. La nuit, elle officie dans un bar à hôtesses où elle séduit sans effort.
Judith sait qu’elle doit jouer le jeu. Pour faire carrière et pour charmer les hommes, elle a appris à être une gentille fille… Jusqu’à ce qu’elle découvre une gigantesque escroquerie autour d’une fausse toile de maître. Licenciée avant d’avoir pu faire éclater le scandale, Judith décide de fuir avec un riche client sur la Côte d’Azur. Là-bas, un monde décadent et corrompu les attend. Là-bas, elle goûtera à la vengeance. La gentille fille deviendra femme fatale

Critique: Le roman au cent millions d’exemplaires vendus est désormais traduits en français. « Maestra » est un roman non identifié qui déchire le ciel de l’édition. A la fois polar, thriller et roman érotique, il bouscule le genre et déstabilise le lecteur en se jouant des codes littéraires du roman noir. Le récit se déroule sur fond de marché de l’art que L.S Hilton semble très bien connaître. Judith Raleigh l’héroïne du roman donne un grand coup de pied dans le mode phallocratique qui l’entoure, c’est une femme qui assume ses envies et ses désirs, elle aime le sexe et l’auteur ne se prive pas d’explorer sa vie intime. Le roman en choquera plus d’une car il propose une violence nouvelle car très crue mais cette fois assumée par une femme sans état d’âme qui rejette le romantisme dans le grenier d’un sentimentalisme hors d’actualité. « Maestra » est un roman diabolique qui risque de scandaliser mais qui après tout souligne une évolution des mœurs qui accorde aux femmes la même capacité à aimer autant le mal que les hommes… Brutal, sans pitié et libidinal, le cocktail est envoûtant….

Note : 9/10

 

  • Broché: 384 pages
  • Editeur : Robert Laffont (10 mars 2016)
  • Collection : La Bête noire

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Disney / Glénat – Une mystérieuse mélodie : ou comment Mickey rencontra Minnie de Cosey

États-Unis, 1927. Mickey Mouse termine l’écriture de son nouveau scénario : les prochaines aventures de Dog the Dog, la coqueluche d’Hollywood ! Mais lorsqu’il se rend chez Big Boss, son producteur, celui-ci lui demande de réfléchir à quelque chose de plus tragique. Comment faire ? Mickey n’a encore jamais écrit d’histoire triste… Alors qu’il étudie cette épineuse question sur le train du retour, sa voisine de siège s’endort sur son épaule. Les lumières ne fonctionnant plus, il fait nuit noire dans le wagon, si bien que Mickey n’a aucune idée de qui peut être cette inconnue qui fredonne un air de musique dans son sommeil. Une délicieuse et mystérieuse mélodie qui ne va pas le quitter durant toute la réécriture de son scénario.Dans une histoire douce et tendre comme un bon gruyère, Cosey imagine la rencontre entre Mickey et Minnie. Il livre une partition sans faute où l’on a plaisir à retrouver sous son trait minimaliste et délicat les personnages emblématiques du monde de Mickey, comme Dingo, Pluto, le commissaire Finot ou Horace et Clarabelle.

Critique : Dans un album à l’ancienne, reliure dos toilé, couverture cartonnée, beau papier raisonnablement épais, planches à trois bandes et belles couleurs pleines, Cosey propose un Mickey de 1927 dont le métier est de scénariser des dessins animés animaliers dans lesquels joue « Dog The Dog ». Le patron du Morning Star, à qui Mickey souhaite vendre ses scénarios, recommande à Mickey de potasser Shakespeare avant de revenir le voir. Dingo, le copain bouquiniste de Mickey a mis la main sur le manuscrit d’un inédit du grand Will ! Mais, une substitution va avoir lieu entre l’enveloppe qui contient cet ouvrage et celle dans laquelle Mickey avait rangé son scénario. Et Mickey va se voir délesté, lors d’un voyage en train, de l’enveloppe dans laquelle se trouve le précieux inédit.
L’histoire de type rocambolesque de la rencontre entre Mickey et Minnie telle qu’imaginée par Cosey est d’une lecture agréable. Même s’il associe un Dingo plus tardif à un Mickey en culotte rouge à gros boutons dorés des débuts, le dessinateur s’applique à restituer de manière fidèle au plan graphique, mais légèrement décalée tout en restant classique, l’univers défini par Walt Disney et ses collaborateurs.

Note 9,5/10

 

  • Album: 64 pages
  • Editeur : GLENAT (2 mars 2016)

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On regrettera plus tard de Agnès Ledig

Cela fait bientôt sept ans qu’Eric et sa petite Anna Nina sillonnent les routes de France. Solitude choisie. Jusqu’à ce soir de juin, où le vent et la pluie les obligent à frapper à la porte de Valentine. Un orage peut-il à lui seul détourner d’un destin que l’on croyait tout tracé ? Avec la vitalité, l’émotion et la générosité qui ont fait l’immense succès de Juste avant le bonheur et Pars avec lui, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l’existence et du coeur. Pour nous dire que le désir et la vie sont plus forts que la peur et les blessures du passé.

Critique: Avec la vitalité, l’émotion et la générosité qui ont fait l’immense succès de ‘Juste avant le bonheur’ et ‘Pars avec lui’, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l’existence et du cœur.
Un soir d’orage, Eric et sa fille Anna-Nina frappent à la porte de Valentine, institutrice dans un village vosgien. La fillette est malade, la roulotte qui leur sert de maison a été très endommagée par un arbre, ils ont besoin d’assistance. Une assistance que Valentine leur prête aussitôt, avec la générosité et l’empathie qui la caractérisent. Et de les héberger chez elle le temps que la petite se remette et que son père répare le véhicule.
Ces trois êtres que rien ne prédestinait à se rencontrer, vont voir leur vie être fondamentalement bouleversée. Pourquoi cet homme sillonne-t-il la France avec sa petite Anna-Nina ? Qui ou que fuit-il ? Est-il si libre qu’il le pense ? Il ne s’est visiblement jamais posé la question jusqu’alors, s’est contenté d’avancer droit devant, sur la voie qu’il a choisie, dès lors que celle-ci semble convenir à sa fille. Mais cet arrêt forcé dans le havre de paix de Valentine va ébranler ses certitudes. Car si la vraie liberté est de faire non pas tout ce que l’on veut, mais de vouloir tout ce que l’on fait, alors Eric n’est plus certain de devoir poursuivre sur cette voie. Ni pour Anna-Nina, ni pour lui.
Des doutes qui assaillent de même Valentine. Si d’emblée elle sent naître en elle une attirance physique pour cet homme, ses peurs la poussent dans la direction opposée. Comme à chaque fois qu’elle sent poindre un attachement affectif. A croire qu’aimer est synonyme de danger. Alors, l’aimer ou le fuir ? Térébrante contradiction qui l’empêche de vivre pleinement.
Avec une infinie délicatesse, une émotion à fleur de plume, Agnès Ledig dresse le portrait de personnages indiciblement attachants, viscéralement humains et authentiques. Des êtres blessés par la vie, criblés de doutes, de peurs, certes, mais capables de rebondir, plus loin, plus fort, plus haut, grâce à l’incommensurable pouvoir de l’amitié et de l’amour.
On regrettera plus tard, est un roman d’une énergie vitale époustouflante. Que vous regretterez plus tard de ne pas avoir lu…

Note 9/10

 

  • Broché: 310 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (2 mars 2016)
  • Collection : LITT.GENERALE

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Tugdual : Les coeurs noirs de Anne PLICHOTA

Serendipity, petite ville du sud des États-Unis. Tugdual, Mortimer et Zoé sont trois ados d’une famille peu ordinaire : ils sont dotés de pouvoirs surnaturels qu’ils doivent dissimuler. Mais un autre secret pèse encore plus lourdement sur leur coeur. Ils exercent malgré eux une attraction irrésistible sur les autres. Bien pire, cette attraction est mortelle pour ceux qui la subissent. Et quand l’amour s’en mêle, la situation se complique dangereusement… Après l’immense succès d’ Oksa Pollock, Anne Plichota et Cendrine Wolf reviennent avec une nouvelle série, aux héros sombres et fascinants.

Critique: Voici un premier tome qui plaira aux fans d’Oksa Pollock, mais aussi aux autres qui  ne connaissent pas le lien entre la série. Le style des auteurs est agréable à lire, c’est fluide, entrainant et imagé. Les points de vue s’alternent entre nos trois héros, et les auteurs parviennent à chaque fois à bien les différencier, et à nous faire entrer dans leur tête. Et à garder notre intérêt pour l’histoire. Portée par des chapitres courts, la lecture est rythmée par les pensées de ces trois jeunes, qui, malgré leur différence, tentent d’avoir une vie normale.Mais comment avoir une vie normale quand le moindre regard peut déclencher d’horribles choses ? à un âge où les attractions sont nombreuses, il est difficile de rester dans l’ombre, de s’oublier pour le bien des autres.Il est encore plus difficile de taire ce que l’on est, de garder pour soi ce qu’on voudrait exposer au monde entier.Ce sont trois adolescents que nous apprenons à connaitre et à comprendre. Ils se comportent comme des frères et soeurs, veillant les uns sur les autres. Il y a la soeur, Zoé : étant la plus jeune, elle se retrouve vite toute seule, sans ses frères, et va devoir affronter le lycée sans leur soutien. Mais c’est une battante, sans aucun doute, et sa grande sensibilité en fait quelqu’un d’attachant. Elle sent tout de suite quand l’un de ses frères ne va pas bien.Il y a aussi Mortimer, dont la naïveté va lui jouer des tours et entrainer nos héros dans de bien sombres endroits. Derrière ses muscles se cache un être sensible, peut-être le plus fragile des trois.Et il y a Tugdual. C’est celui que nous suivons le plus, pour notre plus grand plaisir. Il est sombre, mystérieux, dangereux et tellement mal dans sa peau. Tellement fragile, tellement meurtri. Il a peur de lui-même, peur de ce qu’il peut être capable de faire, peur de s’y laisser sombrer, comme dans le passé. Il reste ainsi un peu à l’écart de cette famille recomposée, un peu dans l’ombre de cette vie. Ses doutes, ses peurs, et son côté sombre, le rendent encore plus fascinant.

On se laisse vite prendre par cette histoire, même si parfois il y a quelques petites longueurs, on ne  remarque rien de flagrant. L’intrigue suit son chemin, nous emmenant vers quelque chose de vraiment intéressant.
Le côté lycéen le jour/super héros la nuit plaira énormément , et donne d’ailleurs des scènes parfois drôles et marquantes.

Un premier tome pour tous, que vous ayez lu ou pas Oska Pollock, des ados peu communs avec un côté sombre qui fascine, et une intrigue bien menée qui donne envie de lire la suite.

Note : 9/10

 

  • Poche: 464 pages
  • Editeur : Pocket Jeunesse (3 mars 2016)
  • Collection : Pocket Jeunesse
  • Langue : Français

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L’infernale comédie de Mike Resnick

Dans un futur lointain, l’humanité a essaimé dans toute la galaxie, nouant des liens avec les espèces extraterrestres qu’elle a rencontrées, au gré de guerres et d’alliances commerciales.
Sur Peponi, malgré la richesse de la faune et de la flore, l’installation des colons aboutit à un désastre.
Sur Karimon, les émissaires humains doivent, eux, composer avec un roi local qui entend bien tirer profit de leur venue.
Et sur Faligor, un idéaliste veut faire en sorte d’intégrer la planète dans la République galactique d’une manière harmonieuse et rapide… mais sans tenir compte des rivalités tribales.
Avec son Infernale Comédie, Mike Resnick signe trois récits grandioses et redoutablement intelligents, étroitement entrelacés, qui dressent un portrait sans complaisance de l’être humain, entre grandeur d’âme et mesquinerie.

Critique : Superbe réédition des romans de Mike Resnick. La planète Peponi (le Kenya), appelée ainsi mais pas par ses habitants, est légendaire dans la galaxie pour sa faune sauvage, dont des espèces disparues comme les félidémons (éléphants) et autres cornesabres (rhinocéros), qui en a fait une destination prisée des safaris. Pour les pionniers humains qui y avaient débarqué, ce devait décidément être le paradis… Un paradis qui a disparu à cause des colons, des touristes, des indigènes, ou de la simple marche du temps. Même si la révolte très violente et sanguinaire menée par le groupe des Kalakalas (Mau-Mau), membre de la principale tribu de l’espèce autochtone, les Bogodas (Kikuyus), a pu être endiguée, la République (l’Empire britannique) a dû accorder son indépendance à cette planète grâce au combat de Buko Pepon (Jomo Kenyatta). Après la mort du leader charismatique, comment mettre fin au tribalisme et à la corruption qui gangrènent ce monde autrefois si merveilleux ? Et surtout… ce paradis perdu auquel chacun fait référence, a-t-il vraiment existé ?

– Les chefs traditionnels de la planète Rocaille (la Rhodésie) sont méfiants à l’heure de négocier avec les explorateurs humains. Mais la puissance de la Société du Bras Spiral (British South Africa Company) dirigée par Violette Jardinier (Cecil B. Rhodes) lui permet de prendre le contrôle de ce monde qui sera modelé sans pitié pour les besoins économiques, notamment par la création d’un grand barrage qui forme le lac Zantu (lac Kariba) sur le Karimona (Zambèze) et signe l’arrêt de mort d’une tribu. Peu à peu, la République s’offusque du peu de droits qu’ont les autochtones, et les colons, présidés par John Blake (Ian Smith), coupent les ponts avec la communauté galactique et subissent l’embargo de tous sauf la planète Chrysalide (Afrique du Sud). Néanmoins, les indigènes sont majoritaires et leur prise de pouvoir est inéluctable. Rocaille devient Karimon (Zimbabwe), du nom de la grande civilisation dont elle était autrefois le siège, et la capitale Athènes (Salisbury) devient Talami (Harare). Comment gérer les conséquences de la guerre de libération ? Mis en garde par son ami Mordecaï Kiichana (Samora Mechel), dirigeant d’Alpha Bednares II (Mozambique), contre le danger d’un départ brutal des colons, le président Thomas Paka (Robert Mugabe) tente d’abord de pratiquer une politique pragmatique, mais pourra-t-il lutter longtemps contre la volonté populaire d’une réforme agraire qui expulserait trop brutalement les propriétaires terriens et ruinerait l’économie ? Son pays n’est-il pas en purgatoire ?

– Sur Faligor (en Ouganda), aucune des erreurs commises ailleurs n’a été répétée. L’exploration humaine s’est faite sans colonisation de peuplement. Les humains (Européens) sont restés discrets et l’unique main d’œuvre importée a été les taupes (Indiens) venus initialement travailler dans les mines, et ensuite reconvertis dans le commerce. Mais le dernier sitat (kabaka), chef traditionnel de la tribu des Entoki (Baganda), Robert Tantram (Frederick Mutesa), est trop empressé d’imiter les humains. Il perd les élections contre William Barioke (Milton Obété), un membre de la tribu minoritaire des Rizzali (Lango) qui devient le premier président de la république indépendante. Celui-ci est renversé par le coup d’état militaire du tristement célèbre Gama Labu (Amin Dada) qui se révèle bien vite un dictateur fou qui multiplie les exécutions et expulse les taupes, avant de perdre le pouvoir dans une guerre contre un voisin (la Tanzanie), ce qui provoque le retour de Barioke. L’histoire de Faligor est ainsi un enfer, une succession de massacres, où les dirigeants accueillis en libérateurs rivalisent de cruauté dans l’exercice du pouvoir. Mais d’où vient l’erreur ? Tout destinait ce monde à la prospérité et les humains voulaient en faire un exemple, un modèle de bienveillance. Mais ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Vous l’aurez compris, à travers trois histoires d’arrivée de l’homme sur trois planètes fictives, Mike Resnick conte sans se cacher l’histoire de trois pays africains. « Pourquoi utiliser la science-fiction », peut-on se demander. Effectivement, le fait de décrire trois espèces différentes (reptilienne, etc) change fondamentalement les données par rapport à la colonisation de l’Afrique, même si on pourra objecter que les premiers colons considéraient les « Noirs » comme une espèce, ou plutôt une « race », différente. Ceci dit, l’intérêt de la parabole est qu’elle permet de comprendre plus directement l’essentiel et nécessite de faire un travail de recul.

Ce recul et cette ouverture d’esprit, inhérents à tout bon roman de science-fiction, c’est une des grandes qualités de Mike Resnick. Mais le fait qu’il use de la parabole n’est-il pas révélateur et ne signifie-t-il pas que le sujet est trop sensible pour être abordé directement ? Le thème de la colonisation est en effet rarement épargné par les a priori et paradigmes aveuglants qui entravent le débat.

Dans Paradis, Resnick se construit ainsi un alter ego écrivain chargé d’écrire l’histoire de Peponi et qui se fixe comme mot d’ordre absolu l’objectivité. Il retranscrit ainsi avec honnêteté et en tentant de les comprendre les avis des uns et des autres. Cette difficulté à saisir l’opinion de l’auteur fait le charme indéfinissable de Resnick, et comme le Kenya est le pays qu’il connaît le mieux, ce premier volet est le plus subtil. En comparaison, Purgatoire est trop droit, trop linéaire, trop factuel, alors qu’Enfer est celui où l’auteur est le plus subjectif et laisse libre cours à sa thèse qui prend corps alors que se complète la trilogie.

Si l’on fait abstraction du contexte extra-terrestre comme Resnick a fait abstraction du contexte africain, on aurait tort de sous-estimer ses romans qui peuvent de prime abord paraître utiliser des raccourcis. En réalité, les titres Paradis, Purgatoire et Enfer sont trompeurs et ne désignent pas de bons ou de mauvais exemples. La conclusion de Paradis paraît même la plus pessimiste tandis que celle d’Enfer semble porteuse d’espoir, probablement parce que tout est relatif.

La conclusion finale est l’antithèse du manichéisme que suggèrent les titres, et amène à penser qu’il n’y a pas de « bonne » colonisation ni d’ingérence « bénéfique ». Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure il est utopique de croire en une société préservée d’une influence extérieure et ainsi capable de conserver sa culture…

Note : 9/10

  • Relié: 688 pages
  • Editeur : ACTUSF (1 avril 2016)
  • Collection : Perles d’épices

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Fabrika de Cyril Gély

Blessé au cours d’une fusillade entre Russes et séparatistes, Charles Kaplan, photographe de guerre, se retrouve dans un hôpital de Kiev. L’homme qui l’accompagnait est mort et son cadavre s’est mystérieusement volatilisé. Tout comme sept autres corps… Kaplan se lance dans une enquête effarante hantée par l’ombre d’un homme : Terek Smalko, chirurgien auréolé d’une légende noire. Et par deux mots sibyllins : Fabrika böbrekler,  » l’usine à reins « . Un thriller remarquablement orchestré et documenté qui nous plonge, de Prague à Bucarest, de Shanghai à Ankara, au coeur d’une réalité aussi terrifiante que vraisemblable.

Critique : Fabrika est un livre  dérangeant et surtout d’une grande originalité. Ce n’est pas tant l’histoire en elle-même qui sublime cette originalité car elle pourrait être contée de manière médiocre et sans intérêt par un auteur quelconque mais ici le style de Cyril Gely et son parti pris narratif font de ce roman une excellente surprise parmi l’abondance de pavés se voulant thrillers.
Le lecteur est immédiatement plongé dans une ambiance différente, dérangeante parfois et sans réel suspens au sens traditionnel du terme et on se laisse prendre, capturer même, par cette plongée crescendo dans les profondeurs malsaines de cette histoire où l’auteur est  particulièrement vicieux, tant dans ses pratiques que dans son habileté à manipuler subtilement le lecteur pour l’amener sur de fausse piste et se servir de lui pour le prendre dans son piège.
Un thriller noir et malsain, une remise en question des notions de bien et de mal, un roman sur la vie, la mort et la manipulation des âmes à lire de toute urgence.

Note :19/20

 

  • Reliure inconnue: 410 pages
  • Editeur : Editions Albin Michel (2 mars 2016)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Langue : Français

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Manifeste pour la librairie et les lecteurs ! de Denis Mollat

Souvenirs de jeunesse, premières lectures, anecdotes intimes, récits de rencontres avec auteurs et lecteurs, ce Manifeste pour la librairie est une véritable lettre d’amour au livre.

Critique : Alors qu’il à fêter en 2016 les 120 ans de sa librairie, Denis Mollat a piloté un volume de la collection « Manifeste » au sein de l’édition chez Autrement.

Pour ce volume il convie plusieurs contributeurs tels  que l’éditrice Dominique Bourgois, la philosophe Fabienne Brugère, le directeur commercial de Minuit, Henri Causse, l’écrivain et éditeur chez Gallimard Jean-Marie Laclavetine, le président de la BNF, Bruno Racine, ou les auteurs Michel Onfray, Josyane Savigneau et Jean-Philippe Toussaint. Le libraire bordelais raconte aussi ses souvenirs, évoquant le rôle prépondérant que doit continuer de tenir la librairie dans notre vie culturelle, Il évoque aussi sa vision du livre et son avenir, et le rôle prépondérant que doit continuer d’avoir la librairie dans notre vie culturelle.

Note: 9/10

 

  • Broché: 140 pages
  • Editeur : Editions Autrement (16 mars 2016)
  • Collection : Manifeste
  • Langue : Français

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