Les Misérables De Fred Cavayé | Par Fred Cavayé Avec Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin

Libéré après 19 ans de bagne pour le vol d’un pain, Jean Valjean décide de changer de vie et de faire le bien autour de lui.

Vu en avant-première ce dimanche 4 octobre, Les Misérables de Fred Cavayé s’attaque à l’un des monuments de la littérature française avec une ambition claire : retrouver derrière la fresque de Victor Hugo les hommes et les femmes, leurs blessures, leurs contradictions et cette éternelle confrontation entre la loi et la justice.

Jean Valjean retrouve la liberté après dix-neuf années de bagne pour avoir volé un pain. Cette liberté reste pourtant très relative. Son passé le suit partout, le condamnant au regard des autres et lui rappelant constamment qu’aux yeux de la société, un homme ayant purgé sa peine reste encore un ancien bagnard.

Valjean choisit pourtant de changer.

Sous une nouvelle identité, il reconstruit son existence et devient progressivement un notable respecté. Sa rencontre avec Fantine bouleverse cette trajectoire. Alors que la jeune ouvrière est mourante, il lui promet de retrouver et protéger sa fille Cosette, exploitée par les Thénardier.

Mais une autre figure refuse de croire qu’un homme puisse réellement échapper à ce qu’il a été : Javert.

Fred Cavayé trouve dans cette opposition le véritable moteur de son adaptation. Jean Valjean et Javert ne représentent pas seulement deux personnages antagonistes. Ils incarnent deux conceptions de la justice.

Pour Javert, la loi définit une frontière claire entre ceux qui la respectent et ceux qui l’ont transgressée. Valjean représente au contraire tout ce que cette vision ne parvient pas à accepter : la possibilité qu’un homme change.

Vincent Lindon possède naturellement la gravité nécessaire pour incarner Jean Valjean. Sa présence physique raconte déjà une partie du personnage. Il suffit parfois d’un regard ou d’une démarche pour percevoir le poids du bagne et des années passées à tenter de devenir un autre homme.

Son Valjean n’est pourtant jamais transformé en saint. Sa bonté est une conquête permanente. Faire le bien n’efface pas son passé : cela devient une manière de décider quotidiennement ce qu’il souhaite désormais être.

Face à lui, Tahar Rahim compose un Javert particulièrement intéressant parce qu’il évite d’en faire un simple persécuteur. Son obsession pour Valjean révèle progressivement les limites de sa propre conception du monde. Plus l’ancien forçat accomplit des actes de générosité, plus Javert se retrouve confronté à une contradiction qu’il ne sait pas résoudre.

Camille Cottin apporte de son côté une autre énergie à cette fresque où les destins individuels finissent constamment par rencontrer les fractures sociales de leur époque.

Fred Cavayé privilégie l’efficacité narrative. Le réalisateur conserve la dimension romanesque du récit tout en cherchant à maintenir une tension presque permanente. La traque de Valjean traverse ainsi le film comme un thriller historique : même lorsqu’il semble avoir enfin construit une existence stable, Javert demeure quelque part dans son sillage.

Mais réduire Les Misérables à cette poursuite serait oublier ce qui rend le texte de Victor Hugo toujours aussi puissant.

La misère traverse chaque trajectoire. Celle qui conduit Fantine vers la chute, celle qui condamne des enfants à dépendre d’adultes sans scrupules et celle qui transforme le vol d’un pain en une condamnation capable de déterminer toute une existence.

Lorsque Paris s’embrase, la destinée personnelle de Valjean rejoint alors une colère collective. La révolution n’est plus seulement un spectaculaire arrière-plan historique : elle prolonge la question qui accompagne le personnage depuis sa sortie du bagne. Que vaut une société lorsque sa loi ne suffit plus à produire de la justice ?

L’ampleur du roman oblige évidemment à faire des choix. Certaines trajectoires sont condensées et les connaisseurs de Victor Hugo pourront regretter que quelques personnages ou dimensions du texte disposent de moins d’espace. Mais cette concentration donne également au film son mouvement.

Fred Cavayé ne cherche pas à remplacer Hugo. Il tente plutôt de retrouver ce qui, près de deux siècles plus tard, continue à rendre son histoire profondément contemporaine : la pauvreté, l’exclusion, la possibilité de se reconstruire et surtout cette interrogation essentielle sur le droit à une seconde chance.

Cette nouvelle adaptation de Les Misérables trouve sa force lorsqu’elle revient à l’affrontement moral entre Jean Valjean et Javert. Vincent Lindon apporte au premier une humanité massive et profondément blessée, tandis que Tahar Rahim donne au second suffisamment de complexité pour dépasser la figure du policier implacable. Fred Cavayé livre une fresque populaire, sombre et accessible, portée par une question qui n’a rien perdu de sa force : sommes-nous définitivement condamnés par ce que nous avons fait, ou devons-nous être jugés sur ce que nous choisissons ensuite de devenir ? Une adaptation généreuse qui donne surtout envie de replonger dans l’immense humanité de Victor Hugo.

Aatea de Anouck Faure

Navigateur capable de diriger son voilier solaire sur les océans en suspension de la Nuée, Aatea n’en demeure pas moins un paria aux yeux de son peuple : né en mer, il ne possède pas le filament, cet organe symbiotique qui permet aux siens de coexister avec de gigantesques îles vivantes. Seules ses expéditions maritimes l’aident à endurer la servitude à laquelle le contraint le système des castes.

Anouck Faure imagine avec Aatea un monde où la mer n’est pas seulement un décor : elle devient un territoire de liberté, une menace permanente et l’unique endroit où son héros semble véritablement appartenir à quelque chose. Entre récit maritime, aventure initiatique et imaginaire organique, le roman construit un univers singulier dont les règles interrogent autant notre rapport à la nature que la place accordée à ceux qui naissent différents.

Aatea sait diriger son voilier solaire sur les océans suspendus de la Nuée. Naviguer est son talent, mais surtout sa respiration. Car une fois revenu auprès des siens, il redevient celui que la société considère comme incomplet.

Né en mer, il ne possède pas le filament, cet organe symbiotique permettant à son peuple de vivre en relation avec les gigantesques îles vivantes qui composent leur monde. Cette absence suffit à faire de lui un paria et à déterminer la place qu’il doit occuper dans un système de castes où la naissance semble décider de la valeur de chacun.

La mer constitue alors son échappatoire. Lorsqu’il navigue, Aatea cesse momentanément d’être défini par ce qui lui manque. Il possède un savoir, une maîtrise et une capacité à lire cet environnement mouvant que les autres ne peuvent lui retirer. Sur terre, son corps l’exclut ; sur l’océan, ce même homme devient indispensable.

Tout bascule lorsqu’une attaque de pirates provoque la mort de ses passagers. Aatea perd alors le droit de naviguer. Le système lui retire précisément ce qui lui permettait encore de supporter son existence.

Plutôt que d’accepter cette condamnation, il choisit la fuite.

Son voyage prend alors une autre dimension. Aatea décide de suivre les traces de sa grand-mère, exploratrice dont les récits ont nourri son enfance, et de s’aventurer plus loin que ceux qui l’ont précédé. Le déplacement géographique devient progressivement une recherche intime : partir pour découvrir le monde, mais aussi pour comprendre quelle existence il souhaite réellement mener.

Anouck Faure construit autour de lui une Nuée fascinante, où l’équilibre entre les espèces paraît aussi merveilleux que brutal. Les îles sont vivantes, les océans instables et les organismes semblent reliés les uns aux autres par des relations parfois symbiotiques, parfois prédatrices. Dans cet univers, vivre signifie nécessairement dépendre de quelque chose d’autre.

Cette idée entre directement en résonance avec la situation d’Aatea. Lui que sa société rejette parce qu’il ne possède pas la connexion biologique attendue doit justement découvrir d’autres manières de créer des liens.

Car le roman ne raconte pas seulement un homme seul face à l’immensité. Les rencontres effectuées au cours de son voyage deviennent essentielles. Certaines menacent, d’autres bouleversent, quelques-unes permettent de s’ancrer. À mesure qu’Aatea s’éloigne du monde qui l’a assigné à une place, il découvre paradoxalement ce qui peut le rattacher aux autres.

Le froid inhabituel qui gagne progressivement la Nuée ajoute une inquiétude plus vaste à cette quête personnelle. Quelque chose change dans cet écosystème gigantesque. L’exploration prend alors une dimension supplémentaire : derrière l’horizon se trouve peut-être autant une réponse au destin d’Aatea qu’à celui du monde qui l’entoure.

La grande réussite du roman tient à cette alliance entre l’immensité de son imaginaire et quelque chose de profondément intime. Les océans, les créatures et les îles vivantes donnent au récit son ampleur, mais le véritable voyage reste celui d’un homme auquel on a expliqué qu’il était incomplet et qui décide malgré tout de définir lui-même sa valeur.

La navigation devient ainsi une magnifique métaphore de l’émancipation. Quitter le rivage, c’est accepter l’incertitude. Il n’existe plus de caste pour déterminer la route, plus de société pour dire qui l’on doit être. Seulement l’horizon et les choix qu’il reste à faire.

Avec Aatea, Anouck Faure signe une aventure maritime envoûtante et profondément humaine, portée par un univers organique d’une grande richesse. Derrière le navigateur solitaire et les océans suspendus de la Nuée se dessine une réflexion sensible sur la différence, l’appartenance, la liberté et notre besoin de créer des liens. Un récit d’émancipation où partir au bout du monde devient finalement une manière de trouver sa propre place.

Éditeur ‏ : ‎ Pocket Date de publication ‏ : ‎ 1 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 528 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266356704 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266356701

Les Attrape-peurs de Susanna Isern (Auteur), Anna Aparicio Català (Illustrations)

Le célèbre docteur La Frousse travaille dur dans son laboratoire.

Susanna Isern et Anna Aparicio Català transforment une émotion universelle en formidable terrain d’aventure. Dans Les Attrape-peurs, les peurs deviennent de véritables créatures que l’on peut enfermer dans des bocaux, poursuivre et tenter de capturer. Mais derrière cette chasse pleine d’humour se cache une question beaucoup plus intéressante : faudrait-il vraiment vivre sans aucune peur ?

Le docteur La Frousse en est persuadé. Dans son laboratoire, il travaille sur le grand projet de son existence : débarrasser définitivement le monde de toutes ses peurs. Peur du noir, de l’eau, du vide, du docteur… chacune possède son bocal et tout semble parfaitement sous contrôle.

Évidemment, cela ne pouvait pas durer.

Un soir de tempête, les Peurs réussissent à s’échapper et se dispersent partout. Commence alors une véritable chasse menée par les Attrape-peurs, une bande d’enfants malins et débrouillards qui disposent de tout l’équipement nécessaire pour récupérer ces fugitives particulièrement envahissantes.

L’idée fonctionne immédiatement auprès des jeunes lecteurs. Donner une apparence aux peurs permet de rendre concret quelque chose qui peut être difficile à expliquer. Une peur n’est plus seulement cette sensation étrange qui serre le ventre ou empêche d’avancer : elle devient quelque chose que l’on peut observer, nommer et finalement mieux comprendre.

Susanna Isern évite surtout le piège qui aurait consisté à présenter le courage comme l’absence totale de peur. À mesure que l’aventure progresse, une interrogation s’impose : est-il vraiment souhaitable de toutes les faire disparaître ?

Car la peur possède aussi une fonction. Elle peut nous avertir d’un danger, nous rendre prudents et nous empêcher de prendre certains risques inconsidérés. Le véritable enjeu n’est donc peut-être pas de supprimer ses peurs, mais d’apprendre à reconnaître celles qui nous protègent et celles qui nous empêchent inutilement d’avancer.

Cette nuance donne toute sa richesse à l’album. Les enfants découvrent qu’avoir peur n’est ni honteux ni anormal. Tout le monde tremble devant quelque chose, y compris ceux qui paraissent très courageux.

Les illustrations d’Anna Aparicio Català accompagnent parfaitement cette volonté de dédramatiser. L’univers est vivant, expressif et suffisamment drôle pour transformer les différentes peurs en partenaires de jeu plutôt qu’en véritables menaces.

Les nombreux flaps à soulever renforcent encore cette dimension interactive. Le lecteur ne reste pas spectateur de la mission : il cherche, découvre et participe à la chasse. Chaque page devient ainsi une petite exploration où l’on se demande quelle peur pourrait bien se cacher derrière le prochain volet.

L’humour et le rythme permettent enfin de parler d’un sujet important sans jamais rendre l’album pesant. Derrière les aventures du docteur La Frousse et de ses jeunes Attrape-peurs se dessine progressivement une véritable petite leçon d’intelligence émotionnelle.

Un album drôle, dynamique et particulièrement malin qui rappelle aux enfants qu’avoir peur fait tout simplement partie de la vie. Avec ses nombreuses surprises à découvrir et son univers graphique foisonnant, Les Attrape-peurs transforme les petites et grandes angoisses en aventure. Et délivre surtout un message rassurant : le courage ne consiste pas forcément à ne plus avoir peur, mais à apprendre à apprivoiser ce qui nous effraie.

ASIN ‏ : ‎ B0GXNT1DLC Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 16 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023522631

Dans mon petit cœur: Edition Collector de Jo Witek (Auteur), Christine Roussey (Illustrations)

Page à page, une petite fille se donne « à cœur ouvert » et nous fait partager petits et grands sentiments.

Jo Witek et Christine Roussey ouvrent les portes d’un territoire immense contenu dans un tout petit espace : le cœur d’une enfant et toutes les émotions qui peuvent s’y bousculer. Avec cette édition Collector de Dans mon petit cœur, elles proposent un album aussi simple dans son principe que riche dans ce qu’il permet d’exprimer.

La petite narratrice décide de regarder ce qui se passe à l’intérieur d’elle-même. Et elle y découvre rapidement un joyeux désordre. La joie côtoie la tristesse, la colère surgit sans prévenir, la jalousie s’installe parfois et les frissons viennent troubler l’ensemble. Le cœur change constamment de couleur au rythme des événements et des humeurs.

L’une des grandes qualités du livre est justement de ne pas chercher à opposer les « bonnes » et les « mauvaises » émotions. Toutes ont le droit d’exister. Être heureux n’empêche pas d’être parfois triste, aimer quelqu’un n’interdit pas d’être jaloux et la colère peut elle aussi occuper une petite place dans ce drôle de bazar intérieur.

Jo Witek trouve des mots accessibles pour permettre aux enfants de reconnaître ce qu’ils ressentent. Le texte ne cherche pas à définir froidement les émotions : il leur donne des images, des sensations et des couleurs. Les sentiments deviennent alors presque palpables.

Le travail de Christine Roussey prolonge parfaitement cette approche. Son univers graphique transforme chaque émotion en expérience visuelle et permet au jeune lecteur de comprendre intuitivement ce qui traverse la petite fille. Texte et illustration fonctionnent ainsi véritablement ensemble.

La célèbre découpe en forme de cœur participe pleinement à cette expérience. Présente dès la couverture puis de page en page, elle devient progressivement plus petite, créant un effet de poupées russes particulièrement réussi. Plus on avance dans le livre, plus on semble entrer profondément dans le cœur de l’enfant.

Ce dispositif donne également à l’objet une dimension presque tactile. On ne se contente pas de lire une histoire : on traverse symboliquement différentes couches d’émotions. L’album devient alors un petit objet à explorer autant qu’un récit à partager.

Derrière sa douceur, Dans mon petit cœur transmet surtout une idée essentielle : apprendre à grandir, c’est aussi apprendre à reconnaître ce que l’on ressent. Mettre un mot sur une émotion permet déjà de mieux la comprendre et parfois de la partager avec ceux qui nous entourent.

C’est ce qui rend l’album particulièrement intéressant dans une lecture entre enfants et adultes. Il peut naturellement ouvrir la discussion : qu’est-ce qui nous rend heureux ? Pourquoi sommes-nous parfois en colère ? À quoi ressemble la tristesse ? Et de quelle couleur serait notre cœur aujourd’hui ?

Cette édition Collector renforce enfin la dimension de livre cadeau. Le cœur devient autant celui de la petite héroïne que celui que l’on souhaite symboliquement offrir à quelqu’un.

Un album tendre, graphique et délicatement poétique qui accompagne les enfants dans la découverte de leur monde intérieur. Jo Witek et Christine Roussey réussissent à rendre visibles des sentiments parfois difficiles à expliquer et rappellent avec beaucoup de douceur qu’un cœur peut contenir simultanément de la joie, de la peur, de la colère, de la jalousie et énormément d’amour. Un très bel objet à lire, à regarder et surtout à partager.

ASIN ‏ : ‎ B0GXNQQ4VQ Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE J Date de publication ‏ : ‎ 25 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Edition spéciale Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 30 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1040120438

Une femme ne renonce jamais de Narges Mohammadi

La lauréate du Prix Nobel de la Paix et défenseuse des droits humains, Narges Mohammadi, se livre pour la première fois.

Narges Mohammadi ne raconte pas simplement dans Une femme ne renonce jamais l’histoire d’une militante devenue prix Nobel de la paix. Elle raconte ce que signifie faire de la liberté un choix de vie lorsque ce choix possède un prix personnel immense. Derrière la figure internationale apparaît une femme qui revient sur ses décisions, ses combats, les prisons et les sacrifices qui ont progressivement façonné son existence.

Depuis sa jeunesse, Narges Mohammadi refuse qu’une tradition, une convention ou une loi décide à sa place de la manière dont elle devrait vivre. Cette volonté d’indépendance constitue le fil rouge du livre. La liberté n’y apparaît jamais comme une notion abstraite : elle concerne le corps, la parole, les choix personnels et la possibilité pour une femme de déterminer elle-même son avenir.

Son parcours individuel rencontre rapidement une lutte beaucoup plus collective. Défendre les droits des femmes revient à interroger un système dans lequel les libertés peuvent être sévèrement restreintes. Mais le récit montre surtout comment une conviction devient progressivement un engagement dont il devient impossible de se détourner.

Ce qui frappe, c’est précisément le prix de cet engagement. Les arrestations, l’emprisonnement, les violences et les séparations traversent son histoire. Narges Mohammadi aurait pu choisir de se protéger en renonçant à certains combats. Son récit repose au contraire sur cette impossibilité intime de se taire lorsque le silence reviendrait, pour elle, à accepter l’inacceptable.

Le titre prend alors tout son sens. « Ne jamais renoncer » ne signifie pas ne jamais connaître la peur, le doute ou l’épuisement. Il signifie continuer malgré eux. Cette distinction évite de transformer Narges Mohammadi en héroïne inaccessible : derrière la militante se trouve une femme confrontée aux conséquences très concrètes de ses décisions.

Le livre possède également une dimension collective essentielle. Son histoire rejoint celle de nombreuses femmes qui réclament davantage de liberté et d’égalité. Sa voix devient ainsi une porte d’entrée vers d’autres voix, parfois moins visibles, mais animées par la même volonté de décider de leur propre existence.

À mesure que le récit avance, l’intime et le politique deviennent indissociables. Les grandes questions liées aux droits humains se matérialisent dans des existences bouleversées, des familles séparées, des corps contraints et des paroles que l’on tente d’empêcher. La liberté cesse d’être un principe théorique pour devenir quelque chose qui se vit quotidiennement.

C’est probablement là que Une femme ne renonce jamais trouve sa plus grande force. Narges Mohammadi ne raconte pas son parcours depuis une position extérieure au combat. Elle écrit depuis une existence profondément marquée par celui-ci. Chaque page rappelle ainsi qu’un engagement peut transformer la personne qui le porte autant que le monde qu’elle cherche à changer.

Le récit interroge également notre propre rapport à la liberté. Que sommes-nous prêts à risquer pour défendre ce que nous considérons comme fondamental ? Jusqu’où peut-on aller sans perdre ceux que l’on aime ou une partie de soi-même ? Le livre ne rend jamais ces questions simples.

Un témoignage puissant et profondément personnel dans lequel Narges Mohammadi raconte la liberté non comme un idéal confortable, mais comme une conquête qui peut exiger des sacrifices considérables. Derrière le prix Nobel et la militante apparaît surtout une femme qui refuse que d’autres décident de sa vie et de sa parole. Une femme ne renonce jamais devient alors autant le récit d’un parcours exceptionnel qu’une réflexion sur cette question essentielle : que signifie réellement être libre lorsque revendiquer cette liberté peut tout vous coûter ?

Éditeur ‏ : ‎ Robert Laffont Date de publication ‏ : ‎ 24 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 466 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2221288645 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2221288641

Blanche, une victorieuse: Naissance d’une armée contre la misère de MARIE-LAURE MARSHALL (Auteur), CHRISTOPHE GIRARD (Artiste)

À la fin du XIXe siècle, alors que la Belle Époque célèbre le progrès, l’essor industriel et les grandes innovations, la misère frappe durement les plus fragiles. Issue d’un milieu privilégié, Blanche Peyron choisit de répondre à sa foi et de consacrer sa vie aux plus démunis. Elle rejoint les rangs de l’Armée du Salut et participe à un mouvement qui entend mener une véritable « armée contre la misère ».

Marie-Laure Marshall et Christophe Girard mettent en lumière une femme dont le nom reste moins célèbre que l’œuvre qu’elle a contribué à bâtir. Avec Blanche, une victorieuse, ils racontent le parcours de Blanche Peyron et la naissance d’un engagement destiné à combattre la misère, jusqu’à la création du Palais de la Femme.

Le récit prend racine à la fin du XIXe siècle, dans une époque traversée par un paradoxe saisissant. Tandis que la Belle Époque célèbre les innovations, l’industrialisation et une certaine idée du progrès, une partie de la population demeure confrontée à une grande précarité. C’est dans ce contexte que Blanche Peyron, pourtant issue d’un environnement privilégié, choisit de regarder du côté de ceux que cette modernité laisse derrière elle.

Sa foi devient rapidement indissociable de l’action. En rejoignant l’Armée du Salut, Blanche ne se contente pas d’adhérer à des convictions : elle décide d’en faire une manière d’agir concrètement sur le monde. Nourrir, accueillir, accompagner et offrir un refuge deviennent les différentes facettes d’un même combat.

Marie-Laure Marshall raconte ainsi bien davantage qu’un destin individuel. À travers Blanche apparaît également l’histoire de l’implantation et du développement de l’Armée du Salut en France. Cette « armée contre la misère » repose sur une conception particulière du combat : les adversaires ne sont pas des personnes mais la pauvreté, l’exclusion et l’indifférence.

Le parcours de Blanche prend une dimension supplémentaire lorsqu’il conduit à la création du Palais de la Femme. Derrière le bâtiment se dessine une ambition essentielle : permettre à des femmes en situation de précarité de retrouver un toit, mais également une dignité et une possibilité d’avenir.

C’est aussi ce qui rend particulièrement pertinente la forme du roman graphique. Les 125 planches permettent d’incarner une histoire qui aurait facilement pu rester enfermée dans les archives. Christophe Girard donne des visages aux personnages et restitue les contrastes d’une époque où l’élégance de certains milieux coexistait avec une pauvreté beaucoup moins visible.

Le livre ne se limite cependant pas à transformer Blanche Peyron en héroïne providentielle. Son parcours permet surtout de raconter la puissance d’un engagement collectif. Derrière une personnalité se trouve tout un réseau de femmes et d’hommes convaincus que la solidarité peut devenir une véritable force d’action.

La dimension féminine occupe naturellement une place centrale. À une époque où l’autonomie des femmes reste fortement limitée, Blanche choisit d’agir, d’organiser et de porter des projets d’envergure. Son engagement devient ainsi aussi une histoire d’émancipation : celle d’une femme qui refuse de rester spectatrice de son époque.

Le lien avec Les Victorieuses de Laetitia Colombani apporte une résonance particulière à cette redécouverte. Le roman graphique permet de revenir vers l’histoire réelle qui se trouve derrière cette œuvre et surtout vers celle du lieu et de la femme qui l’ont inspirée.

La riche documentation historique renforce cette volonté de transmission. Les quinze pages d’annexes prolongent la lecture et permettent de replacer les événements dans leur contexte. Après l’émotion du récit vient ainsi le temps de la découverte historique, donnant au livre une véritable dimension documentaire.

Un roman graphique documenté et profondément humain qui redonne toute sa place à une pionnière de la solidarité. Marie-Laure Marshall et Christophe Girard racontent autant le destin de Blanche Peyron que la naissance d’une formidable aventure collective contre la pauvreté. Entre biographie, histoire sociale et émancipation féminine, Blanche, une victorieuse rappelle surtout qu’une conviction ne transforme réellement les choses que lorsqu’elle devient action.

Éditeur ‏ : ‎ BIBLI O Date de publication ‏ : ‎ 2 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 144 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2386230643 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2386230646

Femmes en guerre: Histoires de solidarité dans les zones de conflit de Mathilde Lemiesle

Le courage et la solidarité des femmes en zones de conflit

Mathilde Lemiesle choisit de raconter la guerre depuis un endroit que les récits de conflits laissent parfois en retrait : le quotidien des femmes qui continuent à vivre, protéger, soigner, nourrir et reconstruire lorsque tout autour d’elles s’effondre. Avec Femmes en guerre, elle rassemble histoires vraies et données recueillies avec l’ONG CARE pour mettre des visages sur des réalités souvent réduites à quelques chiffres.

De l’Ukraine à la Syrie, du Myanmar au Yémen, du Sahel à Gaza, le roman graphique traverse plusieurs territoires sans chercher à raconter une guerre unique. Les contextes changent, mais certaines conséquences se répondent : déplacements, pauvreté, déscolarisation, difficultés d’accès aux soins et violences frappent des populations déjà fragilisées.

Le livre insiste particulièrement sur la manière dont ces situations bouleversent la vie des femmes. La santé devient un enjeu vital lorsque les médicaments et le matériel médical manquent. La précarité augmente les risques d’exploitation et de violences, tandis que l’effondrement des structures habituelles peut rendre l’accès à l’éducation ou à une autonomie financière encore plus difficile.

Mais Mathilde Lemiesle refuse de réduire les femmes qu’elle raconte au statut de victimes. C’est même l’un des aspects essentiels de l’ouvrage. Malgré les situations auxquelles elles sont confrontées, elles continuent d’agir et d’inventer des solutions adaptées à leurs communautés.

Le maraîchage au Yémen, le microcrédit au Sahel ou encore les initiatives contre les mariages forcés permettent ainsi de montrer une autre réalité des zones de crise. Derrière l’urgence humanitaire existent des réseaux d’entraide, des projets et des femmes qui mettent en commun leurs connaissances pour retrouver une forme d’autonomie.

La solidarité devient alors le véritable fil rouge du récit. Résister ne signifie pas uniquement combattre les armes à la main. Cela peut être cultiver une parcelle, permettre à une enfant de poursuivre sa scolarité, créer une activité économique, accompagner une autre femme ou simplement préserver un espace de dignité dans un environnement qui en laisse de moins en moins.

Le choix du roman graphique permet de rendre ces parcours particulièrement accessibles. En donnant une incarnation aux données et aux réalités humanitaires, l’ouvrage évite que les chiffres restent abstraits. Derrière chaque statistique se trouvent des existences, des familles et des décisions prises dans des circonstances souvent inimaginables.

Cette approche évite également de présenter le courage comme quelque chose de spectaculaire. Celui-ci apparaît davantage dans la continuité des gestes ordinaires : continuer à s’occuper des autres, chercher de quoi vivre, préserver une communauté ou tenter de construire quelque chose alors que tout semble provisoire.

Femmes en guerre rappelle ainsi que les conflits ne se déroulent pas uniquement sur les fronts. Ils s’inscrivent dans les maisons, les écoles, les maternités, les déplacements forcés et l’économie quotidienne. Et c’est précisément dans ces espaces que se développent aussi certaines des formes de solidarité les plus fortes.

Un roman graphique engagé et profondément humain qui choisit de regarder la guerre à travers celles qui doivent continuer à vivre au milieu d’elle. Mathilde Lemiesle ne minimise jamais la violence des situations racontées, mais refuse d’y enfermer ces femmes. En mettant en lumière leur capacité d’action, leur inventivité et les solidarités qu’elles construisent, Femmes en guerre montre que, même au cœur du chaos, préserver les autres et reconstruire du collectif peuvent devenir de véritables actes de résistance.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344068376 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344068373

Lou ! Sonata – Tome 03 de Julien Neel

Cartes sur table

Julien Neel referme Lou ! Sonata avec un troisième tome qui accompagne son héroïne dans l’une des périodes les plus incertaines de son existence : ce moment où l’on n’est plus vraiment l’adolescent que l’on était, sans savoir encore précisément quel adulte on souhaite devenir. À 22 ans, Lou avance, doute, revient en arrière et tente surtout de comprendre quelle place donner aux autres dans une vie qu’elle aimerait enfin choisir elle-même.

Tout commence dans l’effervescence du festival de musique de Mortebouse. Lou fête son anniversaire entourée de ses proches lorsque son père, qu’elle connaît finalement très peu, réapparaît dans son existence. Mais il n’arrive pas seul : il lui présente Jeanne, sa fille, et donc la petite sœur dont Lou ignorait jusqu’alors la place qu’elle allait prendre dans sa vie.

Cette rencontre bouleverse forcément ses repères. Jeanne lui ressemble et agit comme un étrange miroir. À travers elle ressurgissent les questions liées au père, à l’enfance et à cette famille qui n’a jamais vraiment suivi un modèle traditionnel. Lou doit soudain faire une place à quelqu’un qu’elle n’attendait pas, dans une existence où elle cherche justement à déterminer qui elle est.

Julien Neel retrouve ici ce qui a toujours constitué l’une des grandes forces de son univers : raconter les bouleversements importants à travers les petits détails du quotidien. Les retrouvailles peuvent être maladroites, les conversations imparfaites et les émotions contradictoires. Rien n’est totalement spectaculaire, mais tout compte.

Un autre élément vient nourrir cette période de questionnement lorsque Paul offre à Lou un jeu de cartes divinatoire. L’objet aurait pu n’être qu’un gadget, mais il devient progressivement un miroir de son état intérieur. Les tirages semblent parfois correspondre étrangement à ce qu’elle traverse et installent un jeu permanent entre hasard, intuition et besoin de donner du sens aux événements.

Les cartes ne fournissent pourtant pas les réponses que Lou espère. Elles l’obligent plutôt à formuler ses propres questions. Chercher des signes devient finalement une autre manière de regarder ce que l’on n’ose pas encore décider soi-même.

Et lorsque Lou doit revenir vivre chez sa mère, l’impression de retour à la case départ est inévitable. Après avoir cherché son indépendance, revenir dans cet environnement pourrait ressembler à un échec. Julien Neel préfère y voir une étape supplémentaire. Revenir quelque part ne signifie pas nécessairement redevenir celle que l’on était.

Cette relation entre Lou et sa mère reste d’ailleurs essentielle. Elles ont grandi ensemble d’une certaine manière, et leurs trajectoires continuent de se répondre. La famille, chez Julien Neel, n’est jamais figée : elle se transforme au gré des rencontres, des séparations et des nouveaux liens.

Graphiquement, l’univers conserve cette douceur immédiatement reconnaissable. Les couleurs, les expressions et les petits détails permettent de traduire les hésitations de Lou sans avoir constamment besoin de les expliquer. L’émotion passe autant par les silences et les regards que par les dialogues.

Ce dernier volet de Sonata possède ainsi quelque chose de profondément cohérent avec l’ensemble du parcours du personnage. Lou n’obtient pas soudainement un mode d’emploi pour devenir adulte. Elle apprend plutôt à accepter que certaines réponses arrivent tard, que d’autres n’existent peut-être pas et que l’incertitude fait elle aussi partie du chemin.

Un troisième tome intime, lumineux et particulièrement émouvant, qui accompagne Lou dans une nouvelle étape de sa construction. Entre l’apparition inattendue d’une petite sœur, le retour du père, les cartes divinatoires et un retour chez sa mère qui ressemble autant à un recommencement qu’à un recul, Julien Neel rappelle avec beaucoup de tendresse que devenir adulte ne signifie pas avoir enfin toutes les réponses. Parfois, grandir consiste simplement à accepter que toutes les cartes ne soient pas encore sur table.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 136 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344058818 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344058817

The Lapins Crétins – X Rayman: Le Monde des légendes de Thitaume (Scenario), Thomas Priou (Dessins)

Vous n’étiez pas préparé ? Rayman encore moins.

Thitaume et Thomas Priou organisent des retrouvailles que les amateurs de jeux vidéo attendaient forcément avec curiosité : Rayman et les Lapins Crétins partagent de nouveau la même aventure, mais cette fois sur les pages d’une bande dessinée. Et puisque les lapins sont de retour, inutile d’espérer une réunion particulièrement paisible.

Tout commence dans l’univers coloré et merveilleux de Rayman. Un monde où la magie possède ses propres règles et où notre héros semble parfaitement à sa place. Jusqu’au moment où débarquent les Lapins Crétins. Bruyants, incontrôlables et totalement imperméables à la logique, ils possèdent un talent extraordinaire pour transformer la moindre situation en catastrophe.

Le contraste fonctionne immédiatement. Rayman essaie de comprendre ce qui se passe tandis que les lapins préfèrent appuyer sur le bouton qu’il ne fallait surtout pas toucher. Ils courent, se catapultent, tombent, recommencent et transforment progressivement cet univers en gigantesque terrain de jeu.

Thitaume retrouve ainsi tout ce qui fait l’efficacité des Lapins Crétins : un humour fondé sur l’absurde, l’imprévisibilité et une capacité presque surnaturelle à provoquer le chaos. Avec eux, les lois de la physique deviennent très relatives et la résolution d’un problème conduit généralement à en créer trois nouveaux.

Mais la véritable bonne idée consiste à placer Rayman au milieu de cette folie. Le héros devient malgré lui le point d’équilibre du récit. Il tente de conserver son calme et de reprendre le contrôle d’une aventure qui lui échappe constamment. Plus Rayman cherche à rétablir l’ordre, plus les Lapins Crétins semblent déterminés à prouver que l’ordre était finalement très surfait.

Le passage à la bande dessinée convient particulièrement bien à cet univers. Thomas Priou peut exploiter pleinement les expressions exagérées, les chutes, les mouvements et les situations absurdes. Le dessin participe directement au rythme comique et permet aux Lapins Crétins de conserver cette énergie visuelle qui les caractérise.

Cette rencontre possède également une dimension particulière pour les amateurs de la franchise. Les Lapins Crétins sont nés dans l’univers de Rayman avant de devenir progressivement des personnages autonomes. Les réunir à nouveau ressemble donc autant à un crossover qu’à un véritable retour aux sources.

L’arrivée de Rayman comme héros de bande dessinée apporte en parallèle un plaisir supplémentaire. Son univers se prête naturellement au neuvième art avec ses créatures extravagantes, ses décors colorés et cette liberté qui permet de passer rapidement d’une situation à une autre.

Le Monde des légendes ne cherche évidemment pas à rendre les Lapins plus raisonnables. Au contraire, la BD assume pleinement leur pouvoir de nuisance et transforme leur rencontre avec Rayman en succession de catastrophes joyeusement incontrôlables. L’amusement vient précisément de cette certitude : dès qu’un Lapin Crétin apparaît dans une case, quelque chose va probablement mal tourner.

Derrière cette avalanche de gags se trouve finalement une jolie célébration de deux univers intimement liés. Rayman retrouve ceux qui furent autrefois ses encombrants compagnons de jeu, tandis que les Lapins reviennent là où leur propre histoire a commencé.

Une BD drôle, dynamique et délicieusement chaotique qui réussit les retrouvailles entre Rayman et les Lapins Crétins. Thitaume et Thomas Priou exploitent parfaitement l’opposition entre un héros qui aimerait comprendre ce qui lui arrive et des créatures qui n’ont absolument aucune intention de respecter la moindre règle. Un retour aux sources plein d’énergie, de nostalgie et surtout de BWAAAAH !

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344072616 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344072615

L’Embarras du choix : et si vous décidiez de la vie d’un autre ?

Choisir paraît toujours plus facile lorsqu’il s’agit de la vie des autres. Avec L’Embarras du choix, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino prennent cette idée au pied de la lettre : au Théâtre de la Gaîté Montparnasse, le public décide des directions que prendra l’existence du héros. Un principe ludique qui transforme les hésitations ordinaires en matière à comédie.

Le jour de ses trente-cinq ans, Max réalise que sa vie ne ressemble pas tout à fait à celle dont il rêvait. Amour, travail, amitié, famille : les questions s’accumulent, mais les réponses se font attendre. À chaque décision importante, cet indécis se tourne donc vers la salle. Aux spectateurs de trancher, puis de découvrir les conséquences de leurs choix.

Ce point de départ possède un ressort comique particulièrement fertile : nous voilà responsables d’un personnage auquel nous pouvons conseiller toutes les audaces, sans avoir à en subir personnellement les conséquences. La prudence que l’on applique à sa propre existence résiste-t-elle lorsqu’un autre prend les risques à notre place ?

Le dispositif invite ainsi à une lecture amusante de nos contradictions. On veut que Max soit heureux, mais une décision raisonnable promet-elle forcément l’histoire la plus drôle ? Entre le conseil bienveillant et la tentation de provoquer une catastrophe, le spectateur découvre une position délicieusement inconfortable.

Cette participation change également la manière d’aborder le récit. Une décision engage la suite, tout en laissant planer une question : qu’aurait-il pu se passer autrement ? La présentation annonce 128 parcours possibles, donnant au spectacle une structure à embranchements plutôt qu’un déroulement unique.

Derrière le jeu apparaît alors un sujet plus intime : la peur de renoncer. Choisir une direction, c’est abandonner les autres, accepter de ne pas tout vivre et avancer sans garantie. Max incarne cette hésitation familière, poussée jusqu’à l’absurde puisqu’il confie ses décisions à des inconnus.

L’idée séduisante de L’Embarras du choix tient à cette rencontre entre une interrogation universelle et un plaisir collectif : que faire de sa vie, lorsque tant de possibilités nous empêchent justement de vivre ? La pièce propose d’en faire un terrain de jeu. Et rappelle, avec malice, que les meilleurs conseillers ne sont pas ceux qui devront assumer la suite.