Le Problème à trois corps – Tome 01 de Wu Qingsong (Auteur), Three-Body Universe (Auteur), Liu Cixin (Auteur original)

Alors que plusieurs scientifiques chinois liés au groupe « Les Frontières de la science » se suicident les uns après les autres, le chercheur Wang Miao se retrouve au cœur d’une affaire qui le dépasse. Les autorités qui suspectent cette organisation le chargent de mener l’enquête et d’infiltrer ses membres…

Adapter en bande dessinée un monument de la science-fiction aussi dense que Le Problème à trois corps représentait un véritable défi. Wu Qingsong et Three-Body Universe proposent une nouvelle porte d’entrée dans l’univers imaginé par Liu Cixin, en donnant une dimension graphique spectaculaire à cette histoire qui mêle enquête, hard science-fiction et vertige métaphysique.

Tout commence comme un thriller scientifique. Plusieurs chercheurs chinois appartenant au groupe « Les Frontières de la science » se suicident dans des circonstances troublantes. Les autorités soupçonnent l’organisation de dissimuler quelque chose et demandent au chercheur Wang Miao de l’infiltrer. Celui-ci accepte, sans imaginer que cette enquête va progressivement faire vaciller toutes ses certitudes.

Car des phénomènes inexplicables commencent bientôt à perturber son quotidien. Un mystérieux compte à rebours s’impose à lui tandis que la science elle-même semble ne plus obéir aux règles qu’il croyait immuables. L’une des grandes réussites du récit tient précisément à cette progression : partir d’événements presque intimes pour ouvrir progressivement l’histoire sur une menace aux dimensions cosmiques.

Wang découvre parallèlement un étrange jeu virtuel baptisé Les Trois Corps. Il y pénètre dans un monde soumis à des bouleversements imprévisibles, organisé autour de trois soleils dont les mouvements rendent presque impossible toute stabilité. Derrière ce qui ressemble d’abord à une simulation se cache une réalité autrement plus vertigineuse : quelque part dans l’univers existe une civilisation confrontée à ce chaos permanent.

Les Trisolariens ne sont donc plus seulement une hypothèse. Leur monde est condamné par son environnement et une flotte semble se diriger vers la Terre. Son arrivée n’est prévue que dans 450 ans, mais cette échéance lointaine suffit à bouleverser immédiatement l’humanité. Comment réagir à une invasion dont personne aujourd’hui ne sera vivant pour assister à l’arrivée ?

C’est ici que Le Problème à trois corps dépasse largement le récit de premier contact extraterrestre. Certains considèrent les Trisolariens comme une menace pour l’humanité, tandis que d’autres espèrent leur venue et les imaginent capables de sauver une civilisation humaine qu’ils jugent incapable de se sauver elle-même. Le conflit devient alors autant idéologique que scientifique.

L’histoire de Ye Wenjie, astrophysicienne dont les travaux remontent à trente ans auparavant, ajoute une nouvelle profondeur au mystère. Présent et passé commencent à se répondre, révélant progressivement que la situation actuelle trouve ses racines dans des décisions anciennes dont les conséquences dépassent leurs auteurs.

Le dessin de Wu Qingsong apporte une véritable force à cette adaptation. Les séquences liées au jeu, les phénomènes scientifiques et les visions cosmiques trouvent dans la bande dessinée un terrain particulièrement efficace. L’immensité de l’univers contraste constamment avec la fragilité des personnages, renforçant cette sensation de vertige qui constitue l’une des signatures de l’œuvre de Liu Cixin.

Malgré la complexité des concepts abordés, ce premier tome conserve une véritable dynamique de thriller. Suicides inexpliqués, infiltration, compte à rebours, simulation virtuelle et menace extraterrestre forment les différentes pièces d’une énigme dont l’ampleur ne cesse de grandir.

Cette adaptation graphique réussit ainsi à préserver l’ambition intellectuelle de l’œuvre originale tout en lui donnant une nouvelle immédiateté visuelle. Derrière la question scientifique du problème à trois corps se dessine surtout une interrogation beaucoup plus vertigineuse sur notre civilisation : que ferait l’humanité si elle savait aujourd’hui qu’une menace venue des étoiles atteindra la Terre dans plusieurs siècles ?

Un premier tome ambitieux et captivant, porté par un dessin impressionnant et une intrigue qui passe habilement du polar scientifique au vertige cosmique. Une nouvelle manière de découvrir la saga de Liu Cixin et un récit où la plus grande menace pour l’humanité pourrait autant venir des étoiles que de la manière dont les hommes choisissent de les accueillir.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 184 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344075178 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344075173

Dix pour cent De Émilie Noblet | Par Fanny Herrero, Lison Daniel Avec Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Nicolas Maury

Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa veut devenir réalisatrice. Mais la perte de son acteur principal à quelques jours du tournage la force à réunir son ancienne équipe ce qui ravivera leurs amitiés et leurs rivalités.

Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Dix pour cent retrouve ses personnages emblématiques pour un passage au long-métrage aussi attendu que délicat. Émilie Noblet, accompagnée à l’écriture par Fanny Herrero et Lison Daniel, devait relever un double défi : retrouver l’esprit d’une série devenue culte sans transformer ces retrouvailles en simple exercice nostalgique, et surtout donner une véritable raison d’être cinématographique à ce retour.

Andréa Martel a changé de vie. Après avoir passé des années à défendre les carrières des autres, elle souhaite désormais réaliser son premier film. Mais lorsque son acteur principal abandonne le projet à quelques jours du tournage, tout menace de s’effondrer. Pour sauver ce qui représente une étape essentielle de sa nouvelle vie, Andréa se tourne vers ceux qui ont autrefois partagé son quotidien : l’ancienne équipe d’ASK.

L’idée est particulièrement habile parce qu’elle permet à Dix pour cent de devenir, en quelque sorte, le sujet de son propre film. Une ancienne équipe tente de fabriquer un long-métrage au moment même où la série dont elle est issue cherche à réussir sa propre transformation en œuvre de cinéma. Ce jeu de miroir constitue l’un des aspects les plus intéressants du scénario.

Le plaisir des retrouvailles est évidemment immédiat. Andréa, Mathias, Gabriel, Noémie, Arlette et les autres retrouvent rapidement leurs automatismes, leurs rivalités, leurs névroses et cette manière si particulière de transformer le moindre problème professionnel en catastrophe personnelle. Les apparitions de célébrités, dont George Clooney, prolongent également l’un des principes fondateurs de la série : confronter l’image publique des stars à une version plus fragile, absurde ou décalée de leur quotidien.

Camille Cottin reste naturellement le moteur de l’ensemble. Elle retrouve l’énergie nerveuse d’Andréa, son autorité et cette capacité à avancer lorsqu’autour d’elle tout semble s’écrouler. Mais le changement de fonction apporte au personnage une vulnérabilité nouvelle. Andréa ne protège plus le projet d’un client : elle défend le sien. Elle qui savait gérer les egos et les crises des autres découvre ce que signifie être personnellement exposée à l’échec.

Thibault de Montalembert retrouve avec beaucoup de naturel Mathias, tandis que Nicolas Maury conserve toute la singularité qui faisait de Gabriel l’un des personnages les plus attachants de la série. Le reste de la distribution participe à cette impression de famille professionnelle que le temps a dispersée sans parvenir à véritablement rompre les liens.

Mais ces retrouvailles représentent également le principal danger du film.

Un spectateur qui a suivi quatre saisons de Dix pour cent éprouve nécessairement quelque chose en revoyant ces personnages. Pourtant, reconnaître quelqu’un que l’on aimait n’est pas suffisant pour construire un film. Une réplique familière peut provoquer un sourire, une apparition surprise créer un petit événement et un clin d’œil réveiller un souvenir. Le long-métrage doit aller plus loin.

Émilie Noblet semble consciente de ce piège et cherche constamment un équilibre entre fidélité et renouvellement. Le film fonctionne ainsi beaucoup mieux lorsqu’il utilise le passé des personnages pour raconter ce qu’ils sont devenus que lorsqu’il se contente de reproduire les mécanismes de la série. Certaines séquences donnent malgré tout l’impression de devoir cocher les cases attendues : retrouver tel personnage, offrir son moment à un autre, introduire une célébrité ou rappeler une ancienne dynamique.

Cette accumulation rend parfois le récit plus chargé qu’il ne devrait l’être. Le film veut satisfaire les fidèles tout en racontant une nouvelle histoire, développer Andréa, retrouver l’esprit choral d’ASK et exploiter les possibilités du cinéma dans le cinéma. Toutes les trajectoires ne bénéficient donc pas de la même profondeur.

Pour autant, le scénario possède une véritable intelligence lorsqu’il interroge indirectement son propre statut. Qu’est-ce qui transforme finalement un épisode en film ? Certainement pas seulement sa durée, son budget ou la présence d’une star internationale. Le passage au cinéma doit correspondre à une nécessité narrative.

C’est précisément là que le parcours d’Andréa prend tout son sens. Pendant quatre saisons, Dix pour cent observait le cinéma depuis les bureaux de ceux qui négociaient les carrières. Le film permet de passer de l’autre côté : celui de la fabrication, de la création et de la peur de voir un projet disparaître avant même d’avoir existé.

La mise en scène d’Émilie Noblet conserve le rythme et l’efficacité de la série tout en donnant davantage d’espace à certains moments d’intimité. Les dialogues restent vifs, les situations professionnelles volontiers absurdes et le milieu du cinéma continue d’être observé avec ce mélange d’affection et d’ironie qui constituait l’une des grandes forces de Dix pour cent.

Le film parle finalement autant du temps qui passe que du cinéma. ASK a disparu, mais ce qui s’y était construit demeure. Derrière les egos, les contrats et les catastrophes, cette équipe était devenue une famille. La réunir cinq ans plus tard permet de mesurer ce que chacun a perdu, conservé ou tenté de reconstruire.

Drôle, généreux et porté par le plaisir évident de retrouver ses personnages, Dix pour cent : Le film évite en grande partie le piège de la réunion nostalgique. Tout n’a pas la même force et certaines retrouvailles semblent davantage destinées aux fidèles qu’au récit, mais Émilie Noblet trouve un angle suffisamment pertinent pour justifier ce retour. Camille Cottin reste formidable en Andréa Martel, désormais confrontée à sa propre création et à la possibilité de l’échec. Plus qu’un simple épisode XXL, le film devient une réflexion malicieuse sur le cinéma, ceux qui le fabriquent et la difficulté de savoir quand une histoire mérite réellement de continuer.

Les Ensorceleuses 2 De Susanne Bier | Par Akiva Goldsman, Georgia Pritchett Avec Nicole Kidman, Sandra Bullock, Cassie Bradley

Les sœurs Owens affrontent la sombre malédiction qui menace de détruire leur famille une fois pour toutes, dans un événement cinématographique mêlant divertissement, magie et chaos.

Les Ensorceleuses 2 ressuscite près de trois décennies plus tard l’univers magique des sœurs Owens et retrouve Nicole Kidman et Sandra Bullock dans les rôles qui avaient largement contribué au charme du film de 1998. Susanne Bier hérite d’un exercice délicat : jouer avec la nostalgie sans se contenter de reproduire une formule devenue culte auprès d’une partie du public.

Sally et Gillian Owens doivent cette fois affronter une menace directement liée à leur famille. La malédiction qui accompagne leur lignée depuis des générations revient avec une intensité nouvelle et pourrait définitivement détruire ce qu’elles ont tenté de préserver. Le récit renoue ainsi avec l’un des éléments les plus intéressants de cet univers : derrière les sortilèges et la fantaisie se cache une histoire de femmes, de transmission et de liens familiaux.

Le scénario signé Akiva Goldsman et Georgia Pritchett comprend que l’intérêt d’un tel retour réside moins dans la multiplication des références au premier volet que dans le temps écoulé. Sally et Gillian ne sont plus les mêmes femmes. Le poids de l’héritage familial prend donc une autre signification lorsque celles qui cherchaient autrefois à échapper à leur destin doivent désormais se demander ce qu’elles vont transmettre aux générations suivantes.

Nicole Kidman retrouve Gillian avec une énergie qui rappelle immédiatement l’esprit du film original, tout en laissant apparaître les années et les expériences traversées par son personnage. Sandra Bullock demeure quant à elle le cœur émotionnel du récit. Leur complicité constitue sans surprise l’un des principaux plaisirs du film : les deux actrices savent faire exister cette relation fraternelle aussi bien dans les séquences légères que lorsque le passé familial refait surface.

Cassie Bradley apporte une énergie différente et participe au renouvellement générationnel indispensable à cette suite. Car Les Ensorceleuses 2 fonctionne surtout lorsqu’il accepte de regarder vers l’avenir plutôt que de transformer chaque séquence en célébration nostalgique.

Susanne Bier apporte à l’ensemble une mise en scène plus sombre et plus ample. La magie conserve son caractère ludique, mais la menace devient plus présente. Sortilèges, phénomènes surnaturels et chaos familial permettent au film d’alterner comédie, fantastique et passages plus inquiétants sans abandonner cette chaleur particulière qui distinguait déjà l’univers des Owens.

Cette générosité peut néanmoins devenir une faiblesse. Le film veut parfois réunir trop d’éléments : rendre hommage au premier volet, développer une nouvelle génération, approfondir la mythologie familiale et proposer un spectacle fantastique plus ambitieux. Certaines intrigues auraient gagné à respirer davantage et quelques passages semblent principalement conçus pour provoquer la reconnaissance immédiate des spectateurs familiers de l’original.

Mais l’essentiel demeure ailleurs. Derrière les potions, les malédictions et le chaos, la saga continue de raconter des femmes qui refusent que leur histoire familiale détermine entièrement leur avenir. La sorcellerie devient alors autant un héritage qu’une métaphore de ce que chaque génération reçoit, transforme et choisit éventuellement de transmettre.

Généreux, chaleureux et suffisamment sombre pour ne pas se réduire à une simple opération nostalgique, Les Ensorceleuses 2 réussit surtout grâce aux retrouvailles entre Nicole Kidman et Sandra Bullock. Susanne Bier respecte l’identité du film original tout en donnant davantage d’ampleur à la malédiction des Owens. Tout n’est pas aussi fluide dans un récit parfois chargé, mais la magie opère encore. Un retour plaisant, drôle et émouvant, qui comprend que la véritable force des Owens n’a jamais résidé uniquement dans leurs pouvoirs, mais dans les liens qui les unissent.

La Vie d’une femme De Charline Bourgeois-Tacquet | Par Charline Bourgeois-Tacquet Avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling

Gabrielle se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?

La Vie d’une femme ausculte avec finesse ce moment où une existence parfaitement organisée commence à se fissurer. Charline Bourgeois-Tacquet place au centre de son récit une femme qui semble avoir tout construit autour de la maîtrise : son métier, son emploi du temps, ses responsabilités et jusqu’à ses émotions. Mais derrière cette mécanique parfaitement réglée demeure une question beaucoup plus intime : à force de prendre soin des autres, que reste-t-il de ses propres désirs ?

Gabrielle est chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public. Son quotidien ne connaît pratiquement aucun temps mort. Elle soigne, décide, dirige, répond aux urgences et assume la pression d’un système hospitalier qui exige toujours davantage. À cette charge professionnelle s’ajoute une vie privée qui réclame elle aussi sa présence : un mari aimant et une mère dont elle doit s’occuper. Gabrielle avance ainsi d’une responsabilité à l’autre, sans véritablement s’interroger sur ce qu’elle souhaite pour elle-même.

L’arrivée d’une romancière dans son service vient perturber cet équilibre. Venue observer le fonctionnement de l’hôpital pendant quelques semaines pour préparer un livre, cette femme porte sur Gabrielle un regard différent de celui de ses collègues ou de ses proches. Elle ne la considère pas uniquement comme médecin, épouse ou fille. Cette présence étrangère agit progressivement comme un révélateur et fait apparaître tout ce que Gabrielle avait réussi à maintenir à distance.

Charline Bourgeois-Tacquet construit son film autour de ce déplacement intérieur plutôt que d’une succession de grands bouleversements. Le scénario s’intéresse aux gestes, aux regards et aux conversations qui modifient imperceptiblement une relation. L’inattendu évoqué dans le synopsis n’est donc pas seulement une rencontre : il représente la possibilité même d’une autre existence.

Léa Drucker trouve ici un personnage particulièrement dense. Elle restitue admirablement l’épuisement de Gabrielle sans jamais réduire celle-ci à une femme au bord de l’effondrement. Son autorité professionnelle, sa capacité à décider et son engagement sont réels. C’est justement parce que cette femme paraît solide que les failles qui apparaissent progressivement deviennent aussi intéressantes.

Face à elle, Mélanie Thierry apporte une énergie différente, plus libre et imprévisible. La relation entre les deux femmes fonctionne moins sur l’opposition que sur le trouble créé par leur rencontre. La romancière devient le miroir d’une possibilité que Gabrielle ne s’était peut-être jamais autorisée à envisager. Charles Berling évite de son côté de transformer le mari en obstacle caricatural. Son personnage participe au contraire à la complexité du dilemme : il est plus facile de quitter une existence manifestement malheureuse que de remettre en cause une vie qui, en apparence, fonctionne.

Le milieu hospitalier apporte une dimension supplémentaire au récit. L’hôpital est le lieu où Gabrielle possède le plus de contrôle et, paradoxalement, celui où elle est continuellement confrontée à l’imprévisible. La réalisatrice utilise cette contradiction pour interroger le rapport entre vocation et sacrifice. Gabrielle aime profondément son métier, mais cet engagement est devenu si envahissant qu’il lui permet aussi de repousser certaines questions personnelles.

Le film aborde ainsi la charge mentale féminine sans transformer son héroïne en démonstration sociologique. Gabrielle appartient à cette génération de femmes auxquelles on demande implicitement de réussir professionnellement tout en continuant à assurer une grande partie des responsabilités familiales. Le récit montre moins une victime de cette situation qu’une femme qui a elle-même intégré cette nécessité de tout maîtriser.

La mise en scène reste à hauteur de personnage, attentive aux changements presque imperceptibles. Charline Bourgeois-Tacquet préfère l’intime au mélodrame et laisse suffisamment de place aux silences pour que le trouble s’installe progressivement. Quelques passages peuvent paraître plus attendus dans leur manière d’opposer le quotidien réglé à l’irruption du désir, mais la qualité de l’interprétation empêche le film de tomber dans une mécanique trop démonstrative.

La Vie d’une femme parle finalement moins de rupture que de réappropriation. Il ne s’agit pas simplement de savoir si Gabrielle va bouleverser son mariage ou son existence, mais de comprendre si elle peut encore se considérer comme une personne indépendante des fonctions qu’elle exerce pour les autres.

Sensible, intelligent et remarquablement porté par Léa Drucker, La Vie d’une femme dessine le portrait subtil d’une femme qui a appris à répondre aux besoins de tous avant de se demander ce qu’elle désirait elle-même. Charline Bourgeois-Tacquet évite les oppositions faciles et préfère observer la naissance progressive du doute et du désir. Face à Mélanie Thierry et Charles Berling, Léa Drucker compose une Gabrielle complexe et profondément humaine. Un beau film sur le temps qui manque, les choix que l’on repousse et la possibilité, même tardive, de laisser entrer l’inattendu.

Pressure De Anthony Maras | Par Anthony Maras, David Haig Avec Andrew Scott, Brendan Fraser, Kerry Condon

Trois jours avant le Jour J, une seule décision peut changer le cours de l’Histoire. Alors que les Alliés s’apprêtent à lancer le plus grand débarquement jamais organisé, une violente tempête menace de faire échouer l’opération. Le général Eisenhower et le capitaine James Stagg, météorologue, font alors face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude… ou risquer de perdre la guerre.

Pressure transforme les heures précédant le Débarquement de Normandie en thriller historique presque claustrophobique. Anthony Maras délaisse volontairement le spectacle du champ de bataille pour s’intéresser à ce qui précède l’action : une décision prise dans une pièce fermée, à partir de prévisions météorologiques incertaines, alors que des milliers de vies et l’issue de la guerre peuvent en dépendre.

Trois jours avant le Jour J, les Alliés préparent une opération militaire d’une ampleur sans précédent. Mais une violente tempête menace la Manche et remet en cause l’ensemble du dispositif. Face à cette situation, le général Dwight D. Eisenhower doit choisir entre maintenir le débarquement malgré des conditions potentiellement catastrophiques ou le repousser, avec toutes les conséquences stratégiques qu’un tel report pourrait entraîner.

Au centre de cette décision se trouve James Stagg, météorologue chargé de fournir aux responsables militaires les informations susceptibles de déterminer le lancement de l’opération. Pressure trouve là son idée la plus forte : confronter la puissance militaire à quelque chose qu’elle ne peut ni contrôler ni combattre, la météo. Des armées entières sont prêtes, les plans ont été établis, les hommes attendent, mais quelques variations atmosphériques peuvent encore tout remettre en question.

Anthony Maras et David Haig construisent leur scénario comme un compte à rebours. Les informations arrivent, les prévisions évoluent, les avis s’opposent et la pression augmente. L’absence de certitude devient progressivement plus inquiétante que n’importe quel ennemi visible. Le suspense repose sur une question dont le spectateur connaît pourtant l’issue historique, ce qui constitue l’un des principaux défis du film. La réussite consiste précisément à faire oublier cette connaissance pour nous replacer dans l’incertitude de ceux qui, eux, ignorent encore ce qui va se produire.

Andrew Scott trouve dans James Stagg un rôle particulièrement intéressant. Loin du héros militaire traditionnel, son personnage doit défendre une expertise scientifique dans un univers gouverné par la hiérarchie, l’urgence et la nécessité de décider. Scott traduit remarquablement cette responsabilité : chaque mot prononcé peut contribuer à envoyer des milliers d’hommes vers les plages normandes.

Face à lui, Brendan Fraser compose un Eisenhower moins monumental que profondément humain. Le film s’intéresse à l’homme derrière le commandement, conscient qu’au terme des discussions, une seule personne devra finalement assumer la décision. Kerry Condon apporte une présence tout aussi solide dans un récit où les performances doivent souvent faire naître la tension à partir d’un regard, d’un silence ou d’une information nouvellement communiquée.

La mise en scène d’Anthony Maras exploite intelligemment les espaces fermés. Cartes, bureaux, couloirs, téléphones et bulletins météorologiques deviennent les éléments d’un véritable thriller. Le contraste entre l’immensité de l’opération militaire et l’exiguïté des lieux où son destin se décide donne au film une grande partie de sa puissance.

Cette concentration constitue également sa limite. Le dispositif reste très dialogué et peut parfois conserver quelque chose de théâtral. Les confrontations successives et les discussions météorologiques exigent une attention constante, tandis que le film privilégie clairement la tension intellectuelle au spectaculaire. Mais cette retenue évite justement à Pressure de devenir un nouveau film de guerre construit autour des mêmes images de combat.

Le film rappelle surtout combien l’Histoire peut parfois dépendre d’une décision prise avec des informations imparfaites. La science fournit des probabilités, les militaires évaluent les risques, mais aucun calcul ne peut supprimer totalement l’incertitude. À un moment précis, quelqu’un doit choisir.

Intense, sobre et remarquablement interprété, Pressure réussit à créer un véritable suspense autour d’un événement dont nous connaissons pourtant l’issue. Anthony Maras transforme les heures précédant le Jour J en thriller de décision où la météorologie devient presque un personnage à part entière. Andrew Scott impressionne dans le rôle de James Stagg, tandis que Brendan Fraser donne à Eisenhower une dimension profondément humaine. Un film historique captivant qui rappelle que derrière les grandes dates se cachent parfois quelques heures d’incertitude et une décision impossible à prendre.

Les Héros du Louvre De Élie Chouraqui | Par Élie Chouraqui Avec Kad Merad, Marie Gillain, Julia de Nunez

Paris 1939. Amoureux des arts, Babi Maklouf Benhamou exerce le plus beau métier du monde : il est gardien de nuit au musée du Louvre.

Les Héros du Louvre choisit la voie du grand récit populaire pour raconter l’un des épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale : l’évacuation des chefs-d’œuvre du Louvre à l’approche de l’invasion allemande. Élie Chouraqui transforme cette page d’Histoire en aventure familiale, mêlant patrimoine, danger et émotion sans perdre de vue les femmes et les hommes qui ont participé à la sauvegarde d’un héritage culturel exceptionnel.

Paris, 1939. Babi Maklouf Benhamou est gardien de nuit au musée du Louvre. Passionné par les œuvres qu’il protège quotidiennement, il voit son existence bouleversée lorsque la guerre éclate. Face à la menace allemande, Jacques Jaujard, conservateur du musée, organise dans le plus grand secret l’évacuation de milliers d’œuvres afin de les mettre à l’abri. Babi se voit confier l’un des camions transportant ces trésors hors de la capitale. Il accepte la mission, mais pose une condition inattendue : toute sa famille fera le voyage avec lui.

Le scénario trouve alors son moteur dans la rencontre entre la grande Histoire et une histoire familiale. Plutôt que de construire une reconstitution institutionnelle du sauvetage des collections, Élie Chouraqui adopte le point de vue d’un homme ordinaire propulsé au cœur d’une mission extraordinaire. Ce choix donne immédiatement au récit une dimension accessible et permet de rappeler que la préservation du patrimoine repose aussi sur des individus restés dans l’ombre.

Kad Merad trouve en Babi un personnage particulièrement attachant. Son registre populaire fonctionne lorsqu’il faut apporter de la légèreté à l’aventure, mais l’acteur sait également laisser apparaître la peur et le poids de la responsabilité. Il ne transporte pas seulement des tableaux : il doit simultanément protéger sa famille et des œuvres devenues les symboles d’une culture menacée.

Marie Gillain apporte une présence plus contenue qui permet au film de ne pas reposer entièrement sur son personnage principal, tandis que Julia de Nunez confirme une présence à l’écran capable de trouver sa place dans cette distribution intergénérationnelle. L’importance accordée à la famille évite surtout que les personnages secondaires ne deviennent de simples passagers d’un récit historique déjà écrit.

Élie Chouraqui privilégie une mise en scène classique et généreuse. Les salles du Louvre, les convois, les routes et la France progressivement gagnée par l’Occupation donnent au film son ampleur, tandis que le voyage permet d’installer une tension croissante. Chaque déplacement expose potentiellement les personnages à un contrôle, une dénonciation ou une rencontre susceptible de compromettre leur mission.

Le film fonctionne particulièrement bien lorsqu’il confronte la valeur inestimable des œuvres à la fragilité de ceux qui les transportent. Que signifie sauver un tableau lorsque des vies humaines sont elles-mêmes menacées ? Pourquoi prendre de tels risques pour préserver des objets lorsque le pays s’effondre ? Les Héros du Louvre répond en faisant du patrimoine une mémoire collective : protéger ces œuvres revient aussi à empêcher qu’une partie de l’histoire et de l’identité d’un peuple soit confisquée.

Cette volonté de s’adresser au plus grand nombre entraîne parfois une certaine simplification. Quelques situations privilégient l’émotion immédiate ou l’aventure au détriment de la complexité historique, et certains ressorts familiaux sont plus prévisibles. Mais cette approche populaire reste cohérente avec l’ambition du projet : transmettre cette histoire sans la transformer en cours magistral.

Le titre prend alors tout son sens. Les héros évoqués ne sont pas uniquement ceux dont les noms ont traversé l’Histoire. Ce sont également les gardiens, chauffeurs, employés et anonymes qui ont participé, chacun à leur niveau, à une gigantesque opération de sauvegarde.

Généreux, accessible et porté par un véritable amour du patrimoine, Les Héros du Louvre transforme un épisode historique passionnant en aventure familiale à hauteur d’homme. Élie Chouraqui privilégie parfois l’émotion et le romanesque à la complexité, mais réussit à rappeler que derrière le sauvetage des chefs-d’œuvre se trouvaient surtout des individus prêts à prendre des risques considérables pour protéger une mémoire collective. Kad Merad apporte au film la chaleur nécessaire pour faire de cette page d’Histoire un récit populaire et fédérateur.

Les visages du feu – Tome 2 : La Ville effondrée de Chloé Vollmer-Lo

Chloé Vollmer-Lo poursuit sa dystopie en plongeant Luce et ses camarades dans un Paris dévasté où la liberté nouvellement acquise ne garantit absolument pas la sécurité. Après leur évasion de l’Institut du Nouveau Lendemain, les jeunes filles découvrent un monde extérieur tout aussi dangereux, fragmenté entre différents clans et soumis à de nouvelles formes de violence.

Luce reste animée par une priorité : retourner chercher celles qui sont encore prisonnières de l’Institut. Impossible pour elle de profiter de sa propre liberté en sachant que d’autres subissent toujours ce système. Mais pour espérer les sauver, il faut d’abord survivre dans cette ville effondrée, comprendre ses nouvelles règles et déterminer à qui accorder sa confiance.

Cette dimension donne au récit une tension permanente. Chaque rencontre peut déboucher sur une alliance comme sur une trahison, et les personnages doivent rapidement apprendre que leurs convictions ne suffisent pas toujours face à la nécessité de survivre. Les choix deviennent plus difficiles à mesure que les certitudes s’effondrent.

Une nouvelle menace vient encore compliquer la situation : les Fils de l’Aube, pendant masculin de l’Institut. Leur présence permet à Chloé Vollmer-Lo d’élargir l’univers installé dans le premier tome et de montrer que les mécanismes de domination dépassent un seul lieu. Derrière les différents groupes se dessine tout un système fondé sur le contrôle, la violence et la volonté d’imposer aux autres une place déterminée.

Luce poursuit parallèlement son évolution. Plus combative, elle doit apprendre à devenir responsable de ses décisions et à mesurer leurs conséquences pour le groupe. Son désir de libérer les autres se confronte à une réalité beaucoup moins simple : résister signifie parfois négocier, faire confiance à des inconnus ou accepter de remettre en question certaines convictions.

Le Paris en ruines constitue un décor particulièrement efficace. La capitale familière devient un territoire morcelé et hostile où chacun tente de reconstruire ses propres règles. Cette ville effondrée reflète finalement les personnages eux-mêmes : après avoir quitté l’Institut, ils doivent désormais déterminer ce qu’ils souhaitent bâtir à la place du monde qu’ils refusent.

Le féminisme demeure au cœur du récit, mais s’inscrit davantage ici dans une réflexion sur la résistance et la solidarité. Se libérer individuellement n’est qu’une première étape. Luce comprend que sa liberté prend également son sens dans le combat pour celles qui n’ont pas encore réussi à s’échapper.

Chloé Vollmer-Lo mêle ainsi survie, alliances, trahisons et luttes de pouvoir tout en faisant évoluer les enjeux de sa dystopie. Ce deuxième tome ne se contente pas de prolonger la fuite : il confronte ses personnages aux conséquences de leur rébellion et à une question beaucoup plus complexe, celle du monde qu’ils veulent construire après avoir détruit leurs chaînes.

Un deuxième tome plus sombre et mouvementé, où l’urgence de survivre se heurte constamment à celle de résister. Entre clans ennemis, nouvelles menaces et vérités difficiles à affronter, Luce découvre surtout que conquérir sa liberté est une chose, parvenir à la défendre et à la partager en est une autre

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 576 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095060180 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095060183

Fiancés à la tempête de Aubry M.M.

Voleuse libre et prince sous pression, Sarya et Kaé voient leur alliance forcée exploser sous les secrets, le désir et la magie. Une romantasy intense où fuir devient le seul moyen d’exister.

Aubry M.M. nous entraîne dans une romantasy où la quête de liberté se heurte aux obligations du pouvoir. Sarya vit librement sur les toits d’Anthelle et s’est construit une existence de voleuse loin des contraintes de la cour. Mais ses yeux d’émeraude finissent par révéler une identité qu’elle ignorait ou voulait laisser derrière elle : elle est une princesse disparue, destinée à épouser un prince héritier.

Arrachée à son quotidien et conduite au palais, Sarya passe brutalement de la liberté des rues à un univers régi par l’étiquette, les alliances et les intérêts politiques. Le contraste fonctionne immédiatement. Celle qui avait l’habitude de décider seule de ses mouvements découvre que son avenir a été négocié sans elle et que son mariage représente avant tout une pièce sur l’échiquier du pouvoir.

Mais le prince auquel elle est promise n’est pas exactement l’adversaire qu’elle imaginait. Kaé apparaît lui aussi prisonnier de son rang et des attentes placées sur ses épaules. Derrière leurs différences se dessine alors une situation commune : tous deux doivent incarner un rôle choisi par d’autres.

Leur rapprochement se construit à travers les joutes verbales, les leçons de danse et les confidences échangées loin des regards. Aubry M.M. prend ainsi le temps de faire naître l’attirance entre ses personnages sans oublier les tensions qui les entourent. Le désir devient presque une nouvelle forme de désobéissance dans un monde où leurs sentiments devraient eux aussi répondre à des impératifs politiques.

Sarya constitue surtout une héroïne intéressante par son refus de se laisser définir uniquement par ses origines. Retrouver son statut de princesse ne signifie pas nécessairement retrouver sa place. Au contraire, cette révélation pose une question centrale : sommes-nous obligés de devenir ce que notre naissance a décidé pour nous ?

À cette dimension romantique viennent s’ajouter secrets et magie, qui font progressivement vaciller l’équilibre déjà fragile du palais. La cérémonie des fiançailles marque alors un véritable point de rupture. Ce qui devait consacrer une alliance politique fait éclater les tensions et oblige Sarya et Kaé à déterminer jusqu’où ils sont prêts à aller pour reprendre possession de leur existence.

La fuite prend dès lors une signification plus profonde qu’une simple aventure. Partir, c’est refuser les couronnes, les devoirs imposés et les identités toutes faites. La liberté devient ici une conquête, avec les risques et les sacrifices qu’elle suppose.

Aubry M.M. mêle efficacement romance, fantasy et intrigues de cour dans un récit porté par deux personnages qui cherchent moins à conquérir un royaume qu’à devenir maîtres de leur propre destin. Leur relation fonctionne d’autant mieux qu’elle naît d’une même envie d’échapper aux cages dorées dans lesquelles chacun a été enfermé.

Une romantasy entraînante où l’amour se mêle à la rébellion, aux secrets et à la magie. Derrière les fiançailles imposées et les jeux de pouvoir se dessine surtout une belle quête d’émancipation : celle de deux jeunes gens prêts à tout risquer pour obtenir le droit de choisir leur propre vie

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095067045 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095067045

T’choupi a de plus en plus confiance en lui de Thierry Courtin

Grandir en confiance avec T’choupi : une histoire tendre pour apprendre à croire en soi !

Thierry Courtin accompagne une nouvelle fois les tout-petits dans une étape essentielle de leur développement : apprendre à croire en soi et à assumer ce que l’on aime. À travers une situation simple et facilement identifiable, T’choupi permet d’aborder la confiance en soi avec beaucoup de douceur.

Cette fois, T’choupi doute. Il s’interroge sur ses goûts, mais aussi sur sa capacité à se faire des copains. Des préoccupations qui peuvent sembler anodines aux adultes, mais qui occupent une place importante lorsque l’enfant commence à construire son identité et à se confronter davantage au regard des autres.

L’album montre progressivement que prendre confiance ne signifie pas ne plus avoir peur ou ne jamais hésiter. Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître ses envies, à accepter ses préférences et à comprendre que l’on n’a pas besoin de ressembler aux autres pour être apprécié.

La force de T’choupi reste cette proximité immédiate avec le quotidien des jeunes enfants. Le personnage ne donne pas de leçon : il expérimente lui-même les émotions et les difficultés que le lecteur peut rencontrer. Ses hésitations deviennent ainsi un moyen rassurant de montrer que le manque de confiance est naturel et qu’il peut être dépassé petit à petit.

L’histoire offre également un support intéressant pour les parents. Elle permet d’ouvrir simplement la discussion autour de l’estime de soi, de l’amitié et du regard des autres, sans transformer ces sujets en notions trop abstraites pour un enfant de deux ans.

Les illustrations familières et expressives participent pleinement à cette dimension rassurante. Les émotions restent immédiatement compréhensibles et permettent aux plus jeunes de suivre le cheminement de T’choupi, jusqu’à le voir progressivement plus sûr de lui.

Un album tendre et accessible qui aborde avec justesse une étape importante de l’enfance. En apprenant à écouter ses propres envies et à reconnaître ses qualités, T’choupi rappelle aux tout-petits qu’avoir confiance en soi se construit progressivement, à travers les petites expériences du quotidien

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 32 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095058712 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095058715

A l’ombre du leviathan – tome 1 – Une larme de poison de Robert Jackson Bennett

A chaque saison des pluies, année après année, les léviathans attaquent la ligne de fortifications de l’Empire et leur sang répandu empoisonne les chairs et les esprits.

Robert Jackson Bennett construit un univers de fantasy aussi fascinant qu’inquiétant, où l’enquête policière côtoie les monstres gigantesques, les mutations et les intrigues politiques. Aux frontières d’un immense Empire, chaque saison des pluies apporte la même menace : des léviathans attaquent les fortifications tandis que leur sang contamine les êtres vivants et transforme progressivement le monde qui les entoure.

C’est dans cet environnement déjà instable qu’un meurtre particulièrement spectaculaire est commis dans un manoir de Daretana. Un haut fonctionnaire est retrouvé mort après qu’un arbre a littéralement jailli de son corps. Une contamination de cette nature semble impossible à cet endroit, et pourtant le cadavre est bien là.

L’enquête est confiée à Ana Dolabra, investigatrice brillante et profondément excentrique. Toujours les yeux dissimulés derrière un bandeau, elle possède une capacité exceptionnelle à analyser les informations et à établir des connexions là où les autres ne voient que le chaos. Elle n’a cependant aucune intention de parcourir elle-même les scènes de crime.

Cette tâche revient à Dinios Kol, son assistant. Son corps et ses facultés mentales ont été modifiés par magie afin d’en faire un observateur capable de recueillir et de restituer une quantité considérable d’informations. Leur duo constitue l’une des grandes forces du roman : Dinios observe, Ana déduit, et leurs personnalités très différentes donnent beaucoup de relief à l’enquête.

Robert Jackson Bennett détourne ainsi avec plaisir les codes du duo d’enquêteurs à la Sherlock Holmes, mais les transpose dans un monde où les preuves peuvent être biologiques, magiques ou monstrueuses. Cette association entre polar et fantasy fonctionne particulièrement bien et permet de découvrir progressivement l’univers sans être submergé par ses nombreuses particularités.

Car derrière le meurtre se dessine rapidement quelque chose de beaucoup plus vaste. Plus Dinios avance, plus les ramifications de l’affaire semblent atteindre les sphères supérieures de l’Empire. Corruption, secrets et luttes d’influence viennent alors s’ajouter à la menace permanente des léviathans.

L’univers impressionne surtout par sa dimension organique. Les corps peuvent être modifiés, la nature devenir une arme et le vivant lui-même se transformer en menace. Cette étrangeté donne au récit une identité très forte et entretient constamment le sentiment que les règles du monde peuvent réserver de nouvelles surprises.

Le roman ne se limite pourtant pas à son spectaculaire imaginaire. À travers cette enquête, l’auteur questionne aussi les institutions, la concentration du pouvoir et les systèmes qui prétendent protéger une population tout en dissimulant leurs propres failles. Le danger ne vient donc pas nécessairement uniquement des créatures gigantesques qui assiègent les frontières.

La relation entre Ana et Dinios apporte heureusement de l’humour et de l’humanité à cet univers oppressant. Leur complémentarité transforme la résolution du crime en véritable jeu intellectuel, tandis que chaque révélation ouvre de nouvelles interrogations.

Ce premier tome réussit ainsi à associer mystère criminel, fantasy biologique et complot politique sans perdre le plaisir d’une enquête construite autour d’indices et de déductions. Les léviathans constituent une menace spectaculaire, mais le roman comprend rapidement que les monstres les plus dangereux ne sont pas toujours ceux qui se trouvent derrière les fortifications.

Une entrée en matière inventive et captivante, portée par un formidable duo d’enquêteurs et un univers aussi étrange que cohérent. Robert Jackson Bennett transforme le roman à énigme en une aventure de fantasy ambitieuse où résoudre un meurtre pourrait bien révéler quelque chose de beaucoup plus inquiétant sur l’Empire tout entier

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 504 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226493581 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226493583