Un succès fou | avec Sébastien Castro Théâtre des Variétés

Simon, Océane et Antoine ne se connaissent pas et ils ont deux points communs : ils sont seuls et fauchés. Ils vont passer la soirée dans le même immeuble, à trois étages différents, les uns au-dessus des autres. Alors, les planètes vont s’aligner… Et ce soir ils auront un succès fou !

Au Théâtre des Variétés, Sébastien Castro et José Paul signent une comédie réjouissante, portée par une troupe complice et une mécanique qui monte progressivement en puissance. Après un démarrage un peu lent, les situations s’enchevêtrent, les malentendus prolifèrent et la soirée bascule dans une joyeuse folie.

Simon, Océane et Antoine ne se connaissent pas. Ils ont pourtant deux points communs : ils sont seuls et fauchés. Réunis le temps d’une soirée dans le même immeuble, à trois étages différents, ils vont se retrouver entraînés dans un enchaînement de circonstances aussi improbable que savoureux. Avec ce point de départ, Sébastien Castro retrouve un terrain qu’il affectionne : des personnages aux prises avec une situation qui leur échappe, tandis que leurs tentatives pour la maîtriser ne font qu’aggraver les choses.

Le début prend un peu de temps pour installer les protagonistes et poser les premiers éléments de l’intrigue. On attend alors que les différentes trajectoires se rejoignent, que les premières complications produisent leurs effets. Cette exposition pourrait gagner en vivacité, mais elle prépare soigneusement la suite. Et lorsque les rouages s’enclenchent, tout s’emballe.

La pièce révèle alors une construction particulièrement habile. Une méprise en entraîne une autre, une initiative provoque une complication supplémentaire et chaque tentative de rattrapage ouvre une nouvelle brèche. Le plaisir tient à cette capacité de relancer constamment l’action. À peine croit-on entrevoir une issue qu’un nouvel événement vient redistribuer les cartes.

Sébastien Castro possède un sens remarquable de l’engrenage comique. Son écriture donne aux situations le temps de produire leurs conséquences, puis les fait rebondir au moment le plus opportun. Le rire naît autant des répliques que du décalage entre ce que les personnages comprennent et ce que le public sait déjà. On anticipe la catastrophe, on savoure son approche, et sa réalisation réserve encore des surprises.

Le décor de Citronelle Dufay, avec ses trois étages superposés, constitue l’une des grandes réussites du spectacle. Il donne une forme concrète à l’enchevêtrement des histoires et devient un véritable partenaire de jeu. Les déplacements, les apparitions et les changements de niveau nourrissent l’action. Le regard circule dans cet immeuble où chaque espace peut, à tout instant, devenir le point de départ d’une nouvelle complication.

José Paul orchestre cette agitation avec précision. Une fois la soirée lancée, sa mise en scène entretient une belle continuité dans le mouvement et les rebondissements. Les situations deviennent de plus en plus extravagantes tout en conservant leur lisibilité. Cette maîtrise permet au public de suivre chaque fil et de profiter pleinement de leur rencontre.

La réussite est aussi celle d’une troupe généreuse. Autour de Sébastien Castro, Guillaume Clérice, Raïssa Mariotti, Julia Gallaux, Benoît de Meyrignac et Martin de Geoffroy participent pleinement à cette dynamique collective. Les échanges trouvent leur énergie dans les réactions, les regards et la façon dont chacun reçoit les extravagances de l’autre. Les interprètes se donnent la réplique avec une complicité qui soutient la montée en puissance de la pièce.

Castro y déploie notamment ce talent pour faire exister des personnages dont la logique paraît parfaitement cohérente à leurs propres yeux, même lorsqu’elle les entraîne dans des situations intenables. Cette sincérité dans l’absurde rend la comédie particulièrement savoureuse. Chacun défend son objectif avec conviction, et c’est précisément cet engagement qui fait grandir le désordre.

Sous les quiproquos, le point de départ apporte également une touche attachante. La solitude et les difficultés matérielles donnent aux protagonistes des aspirations simples : rencontrer quelqu’un, être reconnu, espérer une soirée meilleure que les précédentes. Ces attentes rendent leurs emballements humains et leurs mésaventures d’autant plus plaisantes à suivre.

Un succès fou tient ainsi sa promesse avec panache. Son démarrage un peu sage laisse place à une comédie inventive, pleine d’énergie, où les situations finissent par déborder de tous côtés. Sébastien Castro et José Paul transforment cet immeuble en formidable terrain de jeu, au service d’un plaisir de théâtre franc et communicatif. Une soirée qui prend son élan, puis emporte tout sur son passage.

Un succès fou — Théâtre des Variétés. Une comédie de Sébastien Castro, mise en scène par José Paul. Durée : 1 h 30.

Klara et le soleil De Taika Waititi | Par Dahvi Waller, Taika Waititi Avec Jenna Ortega, Mia Tharia, Amy Adams

Klara est une Amie Artificielle qui ne souhaite qu’une chose : trouver le foyer idéal. Lorsque Klara rencontre Josie, chacune perçoit immédiatement chez l’autre une âme sœur. Josie entretient une relation compliquée avec sa mère et toutes deux ont traversé de lourdes épreuves. Mais l’émerveillement sincère de Klara et sa loyauté sans faille commencent peu à peu à apaiser les blessures de cette famille et à apporter de la lumière dans l’univers complexe de Josie.

Une intelligence artificielle peut-elle comprendre les sentiments humains mieux que ceux qui les éprouvent ? Taika Waititi explore cette question dans Klara et le soleil, une adaptation du roman de Kazuo Ishiguro, portée par Jenna Ortega, Mia Tharia et Amy Adams. Un récit de science-fiction intimiste où la technologie devient le miroir de nos fragilités.

Klara est une Amie Artificielle conçue pour accompagner les humains. Son plus grand souhait est de trouver un foyer où elle pourra se rendre utile. Sa rencontre avec Josie, une adolescente marquée par des épreuves familiales, bouleverse son existence. Entre les deux naît une complicité particulière, tandis que la présence attentive de Klara vient progressivement apaiser les tensions entre Josie et sa mère.

L’intérêt de cette histoire réside dans son approche de l’intelligence artificielle. Loin des machines menaçantes et des scénarios catastrophes, Klara et le soleil s’intéresse à une créature dont la principale qualité est sa capacité à observer les autres avec bienveillance.

Klara découvre les émotions humaines sans toujours en comprendre les contradictions. Cette innocence permet d’aborder autrement la solitude, les difficultés de communication et les attentes parfois démesurées que nous plaçons dans ceux que nous aimons.

Taika Waititi s’éloigne ici, du moins dans l’intention, de ses comédies les plus exubérantes pour explorer un univers plus mélancolique. Le défi sera de préserver la délicatesse du roman de Kazuo Ishiguro, dont la force repose autant sur les silences et les interrogations que sur les événements eux-mêmes.

Le récit soulève également une question troublante : lorsque nous créons des êtres artificiels capables de nous aimer et de nous accompagner, quelle responsabilité avons-nous envers eux ? Klara est-elle simplement un objet destiné à répondre aux besoins d’une famille, ou mérite-t-elle d’être considérée autrement ?

Jenna Ortega, Mia Tharia et Amy Adams composent une distribution prometteuse pour porter cette histoire où les relations humaines occupent une place centrale.

Entre science-fiction et drame familial, Klara et le soleil possède une sensibilité particulière. Son véritable enjeu ne réside pas dans les prouesses technologiques, mais dans le regard innocent d’une intelligence artificielle sur un monde humain souvent incapable d’exprimer ses sentiments. Une histoire qui invite à réfléchir à ce qui nous rend profondément humains : notre capacité à aimer, mais aussi notre manière de prendre soin de ceux qui nous entourent.

Wicker De Alex Huston Fischer, Eleanor Wilson | Par Alex Huston Fischer, Eleanor Wilson Avec Olivia Colman, Alexander Skarsgård, Peter Dinklage

Mise au ban de son village, une pêcheuse solitaire commande au vannier local un mari en osier. Cet époux improbable se révèle doté d’une sensibilité et de talents qui dépassent toutes ses attentes. À son contact, elle découvre un désir insoupçonné et, peu à peu, s’éprend véritablement de lui. Mais bientôt, son étrange mari attise les convoitises, la jalousie et les fantasmes des villageois, faisant vaciller les certitudes d’une communauté jusque-là bien ordonnée.

Une femme rejetée par son village, un mari fabriqué en osier et une histoire d’amour qui échappe à toutes les conventions. Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson proposent avec Wicker une fable fantastique aussi étrange que séduisante, portée par Olivia Colman, Alexander Skarsgård et Peter Dinklage.

Dans un village où chacun semble devoir respecter des règles bien établies, une pêcheuse solitaire décide de prendre son destin en main. Lassée d’être mise à l’écart, elle demande au vannier local de lui fabriquer un époux en osier. Contre toute attente, cet homme artificiel possède une sensibilité et des qualités qui vont progressivement bouleverser son existence. Mais leur bonheur naissant ne tarde pas à provoquer la jalousie et les fantasmes des habitants.

Le point de départ possède un charme particulier. Derrière son étrangeté, Wicker aborde une question très humaine : pourquoi faudrait-il aimer selon les règles imposées par les autres ?

La relation entre la pêcheuse et son improbable compagnon permet d’explorer le désir, la solitude et le besoin d’être accepté. L’idée d’un mari façonné sur commande pourrait facilement donner lieu à une simple comédie absurde, mais elle ouvre également une réflexion plus profonde sur les attentes que l’on place dans une relation amoureuse.

Le regard des villageois occupe une place essentielle dans cette histoire. Leur fascination pour cet homme différent révèle surtout leurs propres frustrations. Ce qui dérange n’est peut-être pas tant l’existence de cet époux en osier que la liberté d’une femme qui refuse de se conformer aux habitudes de sa communauté.

Le scénario devra toutefois éviter de rendre son message trop démonstratif. L’opposition entre une héroïne indépendante et un village intolérant peut rapidement devenir prévisible si les personnages secondaires manquent de nuances.

La présence d’Olivia Colman constitue un atout pour donner de l’épaisseur à cette femme solitaire, tandis qu’Alexander Skarsgård et Peter Dinklage complètent une distribution particulièrement intrigante.

Entre romance fantastique, humour décalé et satire sociale, Wicker possède une originalité bienvenue. Son idée la plus intéressante n’est finalement pas celle d’un homme fabriqué en osier, mais celle d’une femme qui découvre l’amour en refusant les conventions. Une fable insolite qui pourrait trouver toute sa force dans sa manière de mêler l’étrange aux émotions les plus simples.

Une femme aujourd’hui De Robert Guédiguian | Par Robert Guédiguian, Serge Valletti Avec Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin

Juliette, 30 ans, semble avoir tout pour elle : un poste prestigieux dans la finance, une belle maison, une vie rythmée par les voyages et les amours de passage. Lorsqu’elle est agressée par un collègue, son monde s’effondre. Juliette s’engage alors sur un nouveau chemin pour redonner un sens à sa vie.

Que reste-t-il d’une vie que l’on croyait parfaitement maîtriser lorsqu’un événement vient tout bouleverser ? Robert Guédiguian aborde cette question dans Une femme aujourd’hui, un drame contemporain porté par Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin. Un récit sur la violence, la reconstruction et la recherche d’une existence plus juste.

À 30 ans, Juliette semble avoir réussi sa vie. Elle occupe un poste prestigieux dans la finance, possède une belle maison et profite d’un quotidien fait de voyages et de rencontres amoureuses. Mais lorsqu’elle subit une agression de la part d’un collègue, toutes ses certitudes s’effondrent. Confrontée à une réalité qu’elle ne peut plus ignorer, elle décide de remettre en question ses choix et de chercher un nouveau sens à son existence.

Robert Guédiguian retrouve ici des préoccupations qui traversent depuis longtemps son cinéma : la dignité humaine, les rapports sociaux et la place de l’individu dans un monde dominé par la réussite matérielle.

Le parcours de Juliette permet d’interroger cette idée selon laquelle une carrière brillante et une situation confortable suffiraient à garantir le bonheur. Derrière les apparences d’une vie accomplie se dessine une femme qui doit apprendre à se retrouver.

Le sujet est délicat, et le principal enjeu sera de ne pas réduire l’agression à un simple déclencheur narratif. La reconstruction après une telle violence ne suit jamais un chemin tout tracé. Elle demande du temps, comporte des contradictions et ne se résume pas à changer de travail ou de mode de vie.

C’est précisément dans cette complexité que le film peut trouver sa force. Guédiguian possède une sensibilité particulière pour les personnages confrontés à des choix difficiles, sans perdre de vue leur environnement familial et social.

Marilou Aussilloux occupe le centre de cette histoire, entourée d’Ariane Ascaride et de Jean-Pierre Darroussin, deux visages familiers du cinéma du réalisateur. Cette rencontre entre générations pourrait apporter une dimension supplémentaire au récit.

Avec Une femme aujourd’hui, Robert Guédiguian s’attaque à un sujet intime qui résonne avec les préoccupations de notre époque. Le film semble vouloir dépasser le seul récit d’une reconstruction personnelle pour questionner les modèles de réussite et les rapports de pouvoir. Une proposition sensible dont la réussite dépendra avant tout de la liberté laissée à Juliette d’exister autrement qu’à travers le traumatisme qu’elle a subi.

Clayface De James Watkins | Par Mike Flanagan, Hossein Amini Avec Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, Max Minghella

L’ascension fulgurante de Matt Hagen, de gamin des rues de Gotham à star hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsqu’un baron du crime le laisse atrocement défiguré. Abandonné de tous et n’ayant plus rien à perdre, Matt se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend miraculeusement son apparence… mais altère profondément sa perception de la réalité. Il sombre alors dans une spirale destructrice, consumé par un irrépressible désir de vengeance.

Loin des affrontements traditionnels entre super-héros et super-vilains, Clayface s’intéresse à la naissance d’un monstre profondément humain. Réalisé par James Watkins, sur un scénario de Mike Flanagan et Hossein Amini, le film explore les ravages de l’obsession, de la vengeance et du culte de l’apparence.

Matt Hagen a réussi à échapper à la misère des rues de Gotham pour devenir une star hollywoodienne. Mais son ascension s’effondre lorsqu’un criminel le défigure atrocement. Rejeté par un monde qui ne jure que par les apparences, il accepte un traitement expérimental capable de lui rendre son visage. Le miracle tourne rapidement au cauchemar : sa perception de la réalité se déforme et son désir de vengeance prend le dessus.

Ce qui rend Clayface particulièrement intéressant, c’est son approche du personnage. Plutôt que de présenter un simple adversaire de Batman, le récit s’attache à comprendre comment un homme peut progressivement perdre son identité en cherchant désespérément à retrouver ce qu’il était.

Le scénario aborde ainsi un thème particulièrement actuel : la place de l’apparence dans une société où l’image conditionne souvent la réussite. Pour Matt Hagen, perdre son visage revient à perdre sa carrière, sa reconnaissance et finalement sa raison de vivre.

Le choix de James Watkins, habitué aux atmosphères oppressantes, semble adapté à cette histoire qui emprunte autant au cinéma d’horreur psychologique qu’au fantastique. La participation de Mike Flanagan laisse également entrevoir une attention particulière portée aux blessures intérieures du personnage.

Tom Rhys Harries tient ici un rôle exigeant, celui d’un homme dont la transformation physique accompagne une véritable descente aux enfers. Naomi Ackie et Max Minghella complètent une distribution qui devra donner une dimension humaine à cet univers sombre.

Le principal défi sera d’éviter de transformer cette tragédie en une simple succession de scènes horrifiques. La souffrance de Matt Hagen doit rester au centre du récit pour que sa métamorphose conserve toute sa portée dramatique.

Plus proche du drame horrifique que du film de super-héros classique, Clayface possède un potentiel singulier dans l’univers de Gotham. Son intérêt réside moins dans les pouvoirs de son personnage que dans sa lente destruction intérieure. Une histoire qui rappelle que derrière certains monstres se cachent avant tout des êtres humains incapables d’accepter ce qu’ils sont devenus.

Le Roi du Game De Eric Judor | Par Antonin Fourlon, Cédric Prévost Avec Eric Judor, Alexandra Lamy, Marc Labreche

Alexandre est prêt à tout pour renouer avec sa fille. Quitte à infiltrer une équipe de bras cassés dans un univers de jeu médiéval-fantastique. Cette quête improbable pourrait bien le ramener à ses propres rêves oubliés…

Un père prêt à tout pour retrouver sa fille, une équipe de bras cassés et un univers médiéval-fantastique où rien ne semble se dérouler comme prévu. Eric Judor revient à la réalisation avec Le Roi du Game, une comédie qui mêle humour décalé, aventure et relations familiales.

Alexandre cherche désespérément à renouer avec sa fille. Pour y parvenir, il décide de s’aventurer dans un univers de jeu médiéval-fantastique, entouré d’une équipe de personnages aussi maladroits qu’improbables. Une mission qui pourrait rapidement lui échapper, mais aussi lui permettre de retrouver une part de lui-même qu’il avait oubliée.

Le point de départ correspond bien à l’univers comique d’Eric Judor, qui affectionne les personnages dépassés par les événements, les situations absurdes et les décalages entre les ambitions de ses héros et leurs véritables capacités.

Le cadre médiéval-fantastique offre de nombreuses possibilités, notamment en jouant sur les codes des jeux de rôle, les quêtes héroïques et les personnages qui se prennent beaucoup trop au sérieux. L’humour pourrait justement naître de cette confrontation entre un père maladroit et un monde dont il ne maîtrise pas les règles.

Mais derrière les situations comiques, Le Roi du Game aborde un sujet plus sensible : la difficulté de retrouver sa place auprès de son enfant. Alexandre ne cherche pas seulement à réussir une aventure improbable. Il tente surtout de réparer une relation et de prouver qu’il peut encore être présent pour sa fille.

Cette dimension familiale peut apporter une véritable profondeur au récit, à condition de ne pas être reléguée au second plan derrière une succession de gags.

Le scénario repose néanmoins sur une formule déjà bien connue : un personnage ordinaire plongé dans un univers qu’il ne comprend pas, accompagné d’une équipe de marginaux. Pour se démarquer, le film devra miser sur la singularité de son humour et sur des personnages suffisamment attachants pour dépasser la simple caricature.

Aux côtés d’Eric Judor, Alexandra Lamy et Marc Labrèche complètent une distribution qui laisse espérer des confrontations savoureuses.

Sans prétendre révolutionner la comédie française, Le Roi du Game possède un concept amusant et un potentiel émotionnel intéressant. Son véritable enjeu sera de trouver le bon équilibre entre humour absurde et tendresse. Car derrière les chevaliers, les défis et les quêtes impossibles, Alexandre poursuit finalement un objectif bien plus difficile que de devenir un héros : redevenir un père pour sa fille.

L’île des souvenirs De Joel Crawford, Januel P. Mercado | Par Januel P. Mercado, Joel Crawford Avec Manon Bresch, H.E.R., Anaïde Rozam

Jo et Raissa, deux meilleures amies depuis la primaire, viennent d’obtenir le baccalauréat. Elles s’apprêtent désormais à s’engager dans des voies différentes.

Quitter le lycée, prendre des chemins différents et accepter que certaines choses ne seront plus jamais comme avant. L’île des souvenirs, film d’animation réalisé par Joel Crawford et Januel P. Mercado, transforme cette étape de la vie en une aventure fantastique inspirée des contes et légendes des Philippines. Une histoire où l’amitié devient aussi précieuse que fragile.

Jo et Raissa sont inséparables depuis l’école primaire. Mais leur baccalauréat en poche, les deux amies s’apprêtent à suivre des routes différentes. Lors de leur dernière soirée ensemble, elles découvrent un mystérieux portail qui les transporte sur l’île de Nakali, un monde peuplé de créatures mythologiques issues des histoires de leur enfance.

Accompagnées de Raww, un chien-garou particulièrement maladroit, et de petites créatures aux pouvoirs extraordinaires, elles doivent affronter la redoutable Manananggal. Mais le véritable danger se révèle bien plus cruel : pour rentrer chez elles, Jo et Raissa devront sacrifier les souvenirs qui les unissent.

C’est cette idée qui donne au récit toute sa force. Derrière les monstres et les péripéties, L’île des souvenirs aborde une peur universelle : celle de voir s’éloigner une personne avec laquelle on a grandi. Les souvenirs deviennent alors bien plus que de simples images du passé. Ils représentent tout ce qui construit une amitié.

L’univers inspiré du folklore philippin apporte une identité intéressante à cette aventure. Il permet de découvrir des créatures moins familières au cinéma d’animation occidental, tout en donnant une place importante aux histoires transmises de génération en génération.

Le scénario emprunte néanmoins une structure assez classique, avec un monde magique, des compagnons hauts en couleur et une menace à vaincre. Le risque serait de multiplier les péripéties au détriment de la relation entre les deux héroïnes, qui constitue pourtant le véritable cœur du film.

La présence de Manon Bresch, H.E.R. et Anaïde Rozam au casting vocal accompagne cette aventure où l’humour et l’émotion sont appelés à se rencontrer.

Entre voyage initiatique et conte fantastique, L’île des souvenirs possède un point de départ touchant et un univers culturel qui lui donne une véritable personnalité. Au-delà de ses créatures extraordinaires, le film pose une jolie question : une amitié peut-elle survivre lorsque les souvenirs qui l’ont construite disparaissent ? Une aventure familiale qui rappelle que grandir, c’est aussi apprendre à avancer sans forcément tout oublier.

Shaun le Mouton : La Bêêête d’Halloween De Steve Cox, Matthew Walker | Par Mark Burton (II), Giles Pilbrow Avec Justin Fletcher, John Sparkes, Kate Harbour

A Halloween, les habitants de la ferme de Mossy Bottom se réjouissent des festivités, jusqu’à ce que le Fermier maladroit saccage les citrouilles bien-aimées du troupeau. Lorsque Shaun se transforme en scientifique fou pour résoudre le problème, les choses dérapent : le Fermier disparaît et une bête sauvage rôde dans les bois.

Shaun et ses compagnons sont de retour pour une aventure d’animation placée sous le signe d’Halloween. Réalisé par Steve Cox et Matthew Walker, La Bêêête d’Halloween retrouve l’univers malicieux de la ferme de Mossy Bottom, où une simple histoire de citrouilles va provoquer une série de catastrophes aussi absurdes qu’amusantes.

À la ferme, tout le monde se prépare à célébrer Halloween. Mais les festivités prennent une tournure inattendue lorsque le Fermier, toujours aussi maladroit, détruit les précieuses citrouilles du troupeau. Bien décidé à sauver la fête, Shaun se lance dans des expériences dignes d’un savant fou. Évidemment, rien ne se passe comme prévu : le Fermier disparaît mystérieusement et une étrange créature commence à rôder dans les bois.

Le charme de Shaun le Mouton repose depuis toujours sur un humour visuel accessible à tous. Sans avoir besoin de longs dialogues, les personnages parviennent à raconter énormément de choses à travers leurs expressions, leurs gestes et leurs maladresses. Cette simplicité apparente constitue l’une des grandes réussites de la franchise.

L’ambiance d’Halloween offre ici un terrain de jeu particulièrement réjouissant. Entre expériences scientifiques incontrôlables, disparition inquiétante et mystérieuse bête sauvage, le récit détourne les codes du cinéma d’horreur pour les adapter à un univers familial.

L’intérêt réside aussi dans cette capacité à faire rire les enfants tout en glissant des références que les adultes peuvent apprécier. Shaun reste un héros attachant, débrouillard mais souvent responsable des catastrophes qu’il cherche ensuite à réparer.

L’histoire ne semble pas chercher à bouleverser les habitudes de la série. On retrouve une mécanique bien connue, faite de quiproquos, de poursuites et de situations qui dégénèrent. Cette familiarité peut limiter l’effet de surprise, mais elle participe également au plaisir de retrouver ces personnages.

La réalisation de Steve Cox et Matthew Walker s’inscrit dans la tradition d’une animation artisanale où le rythme comique et l’expressivité des personnages occupent une place essentielle.

Drôle, inventive et pleine de fantaisie, Shaun le Mouton : La Bêêête d’Halloween possède tous les ingrédients d’un divertissement familial réjouissant. Une aventure qui joue davantage sur les frissons amusants que sur la véritable peur, et rappelle qu’à Mossy Bottom, les plus grosses catastrophes commencent souvent par une toute petite bêtise.

Bigflo & Oli à l’Accor Arena : le rap à hauteur humaine

À Paris, le Karma Tour prend la dimension d’un grand rassemblement. Entre ferveur du public, récits personnels et annonce d’un nouvel album, Bigflo & Oli placent la relation avec leurs auditeurs au cœur du spectacle.

Des bras levés jusque dans les gradins, une constellation de téléphones allumés et des chansons reprises à l’unisson : à l’Accor Arena, la foule participe pleinement au spectacle. Pour Bigflo & Oli, cette réponse collective donne une traduction concrète à ce qui traverse leur musique depuis leurs débuts : le besoin de raconter, de transmettre et de trouver un écho dans la vie des autres.

Le format de l’arène impose ses dimensions et ses codes. Les écrans agrandissent les visages, les lumières dessinent l’espace et la scène devient le centre d’une attention immense. Au milieu de ce dispositif, les deux frères disposent d’un point d’ancrage solide : leur complémentarité. C’est elle qui donne une continuité humaine à l’ensemble.

Deux voix, une histoire commune

La fraternité constitue chez Bigflo & Oli une véritable matière artistique. Elle nourrit leur manière d’écrire et donne à leurs chansons une dynamique de dialogue. Les voix se relaient, les sensibilités se croisent et les récits gagnent en perspective.

Cette relation permet d’aborder des sujets familiers sans les enfermer dans une seule lecture. La famille, le passage à l’âge adulte, les doutes ou les contradictions de la réussite composent un univers dans lequel plusieurs générations peuvent trouver leur place. Leur écriture cherche la reconnaissance d’une émotion, la précision d’une situation, ce détail qui fait passer une histoire personnelle dans la mémoire de celui qui l’écoute.

En concert, ces textes changent de portée. Une phrase que l’on associait à son propre parcours devient une parole partagée. La salle lui donne une autre ampleur, tandis que chacun conserve les souvenirs et les visages qu’il y rattache.

Le public donne sa mesure au spectacle

À l’Accor Arena, l’engagement des spectateurs forme l’une des images fortes du rendez-vous. Les lumières dispersées dans les gradins prolongent celles de la scène. Les mains se dressent et les voix font entendre la place prise par ces chansons dans le quotidien du public.

Cette participation éclaire la capacité du duo à rassembler. Leur répertoire offre plusieurs portes d’entrée : le goût du récit, l’énergie du rap, l’humour ou une sensibilité plus directement émotionnelle. Dans une grande salle, ces différentes attentes se rencontrent et donnent au concert sa densité collective.

L’enjeu artistique demeure de préserver la présence des mots dans cette ampleur. Chez Bigflo & Oli, la relation entre les deux interprètes aide à maintenir ce fil. Leur histoire commune donne un visage aux chansons et rend identifiable la parole qui les porte.

Karma 2, la suite annoncée à Paris

Le concert ouvre également une perspective sur l’avenir avec l’annonce de Karma 2, présenté comme un nouvel album à venir. Les deux frères relient ce projet à la force et à l’inspiration reçues de leur public. Aucune date de sortie n’accompagne cette annonce.

Ce moment possède une portée particulière dans une salle aussi mobilisée. Il donne un prolongement à l’échange : l’énergie reçue pendant les concerts devient, selon les artistes, un moteur pour créer. La scène apparaît alors comme un lieu où se rencontrent les chansons déjà adoptées et celles qui restent à découvrir.

En partageant cette nouvelle étape devant leurs auditeurs, Bigflo & Oli inscrivent leur parcours dans une continuité. Le concert célèbre un répertoire tout en ouvrant un nouveau chapitre.

L’intime à l’échelle d’une arène

Ce rendez-vous parisien met en lumière le principal ressort du duo : faire circuler des histoires personnelles dans un cadre capable de leur donner une résonance collective. La dimension spectaculaire attire le regard ; les textes et la relation fraternelle donnent au rassemblement son point d’appui.

La force de Bigflo & Oli se joue dans cette articulation. Les deux artistes parlent de liens, de fragilités et de transmission devant une salle qui répond par ses propres gestes et ses propres voix. Leur musique trouve ainsi une existence supplémentaire dans la manière dont elle est reçue.

À l’Accor Arena, les téléphones allumés et les refrains partagés composent le portrait d’un public investi. Avec l’annonce de Karma 2, cette fidélité se tourne déjà vers la suite : une nouvelle page que les deux frères ont choisi d’ouvrir au milieu de ceux qui les accompagnent.

Mamie Luger: L’Amour aux trousses de Nicolas Keramidas (Dessins, Rédacteur), Benoît Philippon (D’aprés le livre de)

Berthe Gavignol, 102 ans, est arrêtée après avoir tiré sur un homme avec un Luger, un vieux pistolet allemand. Mais ce n’est que le début.

À 102 ans, Berthe Gavignol possède une mémoire chargée, un langage fleuri et quelques cadavres à expliquer. Dans ce deuxième tome de Mamie Luger, Nicolas Keramidas poursuit l’adaptation du roman de Benoît Philippon, entre confession sentimentale, polar noir et humour grinçant.

Arrêtée après avoir tiré sur un homme avec un vieux pistolet allemand, Berthe raconte sa vie à l’inspecteur Ventura. Mais derrière les révélations de cette centenaire se dessine une existence que l’interrogatoire peine à contenir. Ses souvenirs ouvrent des portes que l’enquêteur n’avait sans doute pas prévu de franchir.

L’Amour aux trousses accorde une place centrale à Luther, grande histoire d’amour de Berthe. Son départ pour l’Amérique laisse celle-ci seule face à la violence et à la bêtise des hommes. Cette dimension sentimentale apporte un contrepoint à la brutalité du récit : derrière la femme armée se trouve aussi une femme qui a aimé, espéré et subi des pertes.

Le personnage tire sa force de cette coexistence. Berthe peut être vulnérable sans se résigner, drôle sans devenir inoffensive. Son âge et son apparence nourrissent le décalage avec ce qu’elle raconte. La « petite mamie » impose sa voix, obligeant Ventura à revoir l’image qu’il pouvait se faire d’elle.

Pendant ce temps, la découverte d’autres corps dans son jardin donne une urgence nouvelle à ses confidences. Le passé rejoint très concrètement le présent de l’enquête. Chaque souvenir devient susceptible d’éclairer une mort supplémentaire, et la curiosité se double d’une question morale : jusqu’où peut-on suivre Berthe dans sa manière de rendre justice ?

C’est dans cette zone inconfortable que le mélange entre noirceur et burlesque trouve son intérêt. Le rire accompagne un récit traversé par les violences faites aux femmes, sans faire disparaître la gravité des actes. Comprendre la colère de Berthe ne règle pas tout ; son refus de rester une victime laisse ouverte la question des moyens qu’elle emploie.

Ce deuxième volet poursuit ainsi le portrait d’une héroïne dont la tendresse et la férocité se répondent. Entre amour perdu et secrets déterrés, Mamie Luger – L’Amour aux trousses place face à face une vie entière de résistance et un inspecteur qui doit désormais en compter les conséquences.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 14 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 88 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203281839 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203281837