Prosper De Yohann Gloaguen Avec Jean-Pascal Zadi, Cindy Bruna, Mamadou Minté

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Prosper, chauffeur Uber à côté de ses pompes, prend comme passager un homme mourant qui vient de se faire tirer dessus.

Avec Prosper, Yohann Gloaguen signe une comédie urbaine hybride et culottée, qui mêle polar métaphysique, buddy movie intérieur et satire sociale, le tout porté par un Jean-Pascal Zadi en très grande forme. Le point de départ – un chauffeur Uber qui hérite de la conscience d’un gangster en chaussant ses bottines – aurait pu verser dans la farce gratuite, mais le film assume son absurdité avec un sens rare du rythme et du ton.

Prosper, loser attachant, est le prototype du mec qui n’a jamais eu de chance. Quand il se retrouve malgré lui possédé par « King », un caïd charismatique tout droit sorti d’un polar 90s, c’est le début d’une cohabitation aussi explosive qu’improbable. Le duo – bien qu’incarné par une seule personne – devient l’atout comique du film : Zadi se démultiplie avec brio, incarnant tantôt l’ingénuité naïve de Prosper, tantôt la froide assurance de King, avec un jeu très physique et une diction impeccablement contrastée.

La mise en scène de Gloaguen, vive et nerveuse, multiplie les clins d’œil au cinéma de genre (de L’Échine du diable à Get Out, en passant par Freaky Friday), tout en gardant un ancrage très français : on navigue entre banlieue parisienne, trafics de rue et Uberisation du quotidien. La photographie nocturne, signée Claire Mathon (Portrait de la jeune fille en feu), donne une densité visuelle inattendue à cette fable déjantée.

Côté casting, Cindy Bruna surprend dans un rôle tout en ambiguïté, oscillant entre love interest et potentiel suspecte. Mamadou Minté, lui, campe un lieutenant de quartier magnifiquement caricatural, entre menace sérieuse et comédie pure.

Une allégorie sociale masquée

Sous ses atours de film loufoque, Prosper aborde des thématiques bien plus profondes : la dépossession de soi, l’identité masculine, la gentrification violente des quartiers populaires, ou encore la tentation du pouvoir. Que fait-on quand on a enfin des « bottines à sa taille » ? Jusqu’où peut-on aller quand on a les outils, mais pas la vocation ?

Le film évite le piège du discours moralisateur en gardant toujours l’humour au premier plan. Certaines scènes frôlent même l’absurde kafkaïen, notamment lorsque Prosper/King se rend dans une réunion d’anciens détenus… sans être jamais allé en prison.

mage :

Le master proposé affiche une très bonne définition pour un DVD. La palette nocturne du film, riche en néons, reflets urbains et contrastes marqués, est bien rendue, avec une colorimétrie fidèle à la photographie originale signée Claire Mathon. Les noirs restent profonds et les scènes en basse lumière conservent leur lisibilité. Quelques pertes de détails se font sentir dans les plans les plus sombres ou les mouvements rapides, mais rien de rédhibitoire. Un encodage propre qui flatte le style visuel urbain et nerveux du film.


Son :

Le mixage Dolby Digital 5.1 en version originale française est une vraie réussite. Les dialogues – souvent internes, entre Prosper et « King » – sont clairs et bien spatialisés. Les ambiances urbaines (klaxons, rues animées, course-poursuites) sont parfaitement restituées dans les canaux arrière, tandis que la bande originale, à mi-chemin entre trap élégante et jazz digital, donne de l’ampleur aux scènes d’action. Le caisson de basses est sobre mais bien utilisé lors des séquences tendues. Une piste audio vivante et immersive, qui soutient le film sans jamais l’écraser.

Classé ‏ : ‎ Tous publics Réalisateur ‏ : ‎ Yohann Gloaguen Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 1 heure et 28 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 9 juillet 2025 Acteurs ‏ : ‎ Jean-Pascal Zadi, Cindy Bruna, Makita Samba, Salimata Kamate, Mamadou Minté Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Warner Bros. Entertainment France

DAFFY ET PORKY SAUVENT LE MONDE

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L’un des plus grands duos comiques de l’Histoire, Daffy Duck et Porky Pig, fait son grand retour au cinéma dans une nouvelle comédie déjantée.

Avec Daffy et Porky sauvent le monde, les studios Warner relancent la dynamique Looney Tunes sur grand écran dans un format long-métrage, en conservant l’ADN irrévérencieux et anarchique qui a fait le succès de la franchise. Derrière la caméra, Pete Browngardt (déjà à l’origine de la série Looney Tunes Cartoons sur HBO Max) orchestre un hommage débridé aux cartoons d’antan, tout en injectant une énergie contemporaine et un sous-texte bien plus grinçant qu’il n’y paraît.

Dans cette aventure, Daffy Duck, éternel cabotin mégalo, et Porky Pig, son acolyte bègue et stoïque, doivent empêcher une intelligence artificielle malveillante (et délicieusement caricaturale) de prendre le contrôle des satellites mondiaux. À leurs côtés, Petunia Pig fait une entrée remarquée, apportant une touche de fraîcheur féminine à ce duo masculin emblématique. Le scénario, coécrit par Erik Adahl et Audrey Diehl, ne se contente pas d’empiler les gags : il offre également une relecture malicieuse des films de science-fiction dystopiques, parodiant Matrix, Terminator ou encore Ready Player One.

Qualité technique : une édition DVD solide mais sans extravagance

Image : Le transfert DVD (format 1.78:1) se révèle très convaincant pour un support standard. Les couleurs sont éclatantes, le trait net et l’animation fluide. On note toutefois quelques effets de compression mineurs lors des scènes très dynamiques, sans que cela nuise au plaisir visuel.

Son : Le mixage audio Dolby Digital 5.1, disponible en VO comme en VF, respecte pleinement l’univers sonore cartoonesque des Looney Tunes : bruitages percussifs, musiques bondissantes, et voix survoltées s’accordent dans un équilibre maîtrisé. Mention spéciale aux comédiens de doublage français, qui s’en sortent avec brio.


Verdict critique

Daffy et Porky sauvent le monde s’inscrit dans la lignée des grands retours de franchises animées en jouant la carte de la nostalgie, mais avec une vraie finesse d’écriture et une lecture double : les enfants rient des gags visuels, les adultes sourient aux multiples clins d’œil et au second degré politique. L’édition DVD, bien que modeste dans ses ajouts éditoriaux, offre une restitution technique soignée du film. Un indispensable pour les amateurs de cartoons, les collectionneurs Warner et les curieux d’animation post-moderne.

Note globale : 4/5

Classé ‏ : ‎ Tous publics Réalisateur ‏ : ‎ Peter Browngardt Format ‏ : ‎ PAL Durée ‏ : ‎ 1 heure et 27 minutes Date de sortie ‏ : ‎ 18 juin 2025 Sous-titres : ‏ : ‎ Français Langue ‏ : ‎ Français (Dolby Digital 5.1), Anglais (Dolby Digital 5.1) Studio  ‏ : ‎ Warner Bros. Entertainment France

Throne of Glass T4: La Reine des ombres de Sarah J. Maas

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SANS MAÎTRES. SANS LIMITES. SANS REGRETS.

Avec La Reine des ombres, Sarah J. Maas propulse sa saga Throne of Glass dans une dimension encore plus sombre, plus mature, plus épique. Aelin Galathynius, autrefois Celaena Sardothien, ne se cache plus. Elle revient à Rifthold, non plus comme une assassin solitaire, mais comme une reine en guerre, prête à tout pour libérer son peuple et affronter ses ennemis.

Ce tome marque un tournant décisif dans la série. Les masques tombent, les alliances s’ébranlent, les batailles éclatent. Aelin est désormais maître de son destin — et ce destin est sanglant. Elle lutte pour sauver son cousin Aedion, captif du tyran ; pour libérer Dorian, son ami emprisonné dans les ténèbres d’une magie noire ; et pour réduire en cendres ceux qui ont détruit sa vie. La vengeance, ici, est un fil rouge brûlant, mais jamais aveugle.

Sarah J. Maas insuffle à ce quatrième opus une intensité dramatique impressionnante. L’action est menée tambour battant, avec une montée en puissance constante, mais c’est dans les choix moraux, les sacrifices et les blessures invisibles que le roman tire sa plus grande force. Aelin est une héroïne de feu et de fêlures, capable de tendresse comme de violence implacable. Une reine complète, complexe, qui apprend à porter le poids de la couronne.

Autour d’elle gravitent des personnages plus profonds que jamais : Lysandra, révélation inattendue du tome ; Chaol, confronté à ses convictions ; Manon, toujours plus fascinante dans son ambiguïté ; et Rowan, dont le lien avec Aelin prend ici une ampleur émotionnelle et stratégique.

La Reine des ombres est un crescendo magistral, où chaque chapitre resserre l’étau. Sarah J. Maas y déploie tout son talent pour la construction de tension, de personnages et de scènes d’action flamboyantes. C’est un tome de reconquête, de douleur, de renaissance. Une marche triomphale dans les ténèbres

ASIN ‏ : ‎ B0DWSBPFG7 Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE J Date de publication ‏ : ‎ 4 juillet 2025 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 800 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1040122838

Throne of Glass T3: L’Héritière du feu de Sarah J. Maas

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L’HÉRITIÈRE DU FEU NE S’INCLINE DEVANT PERSONNE.

Avec L’Héritière du feu, Sarah J. Maas franchit un cap dans sa saga épique et envoûtante. Après deux premiers tomes centrés sur les complots de cour, les jeux de pouvoir et les duels mortels, ce troisième volet plonge plus profondément dans la psyché de Celaena Sardothien — une héroïne qui n’a jamais été aussi brisée… ni aussi puissante.

Exilée dans le royaume mystique des Fae, Celaena est contrainte de faire face à sa véritable identité et à un passé qu’elle a trop longtemps nié. Ce n’est plus seulement une assassine redoutable, mais une héritière, une survivante, une femme en quête de sens. À travers son entraînement éreintant, ses luttes intérieures et sa lente transformation, Maas offre un portrait de résilience saisissant. C’est dans la douleur, le silence, et le feu qu’une reine se révèle.

Pendant ce temps, l’ombre s’étend sur Adarlan. De nouvelles forces obscures se lèvent, les enjeux s’élargissent, et les destins s’entrelacent. Le récit alterne entre plusieurs points de vue, enrichissant l’univers et apportant une densité dramatique croissante. Des personnages secondaires prennent leur essor, à commencer par Manon, la sorcière ailée au charisme glaçant, qui s’impose dès sa première apparition comme une force à suivre.

Le style de Maas, toujours aussi immersif, gagne en maturité. Elle mêle action, émotion et magie avec habileté, tout en offrant à ses personnages une profondeur psychologique rare dans la fantasy young adult.

L’Héritière du feu n’est pas un simple tome de transition : c’est le cœur brûlant de la saga, là où les masques tombent, les blessures s’ouvrent, et la véritable guerre commence. Une montée en puissance haletante, à la hauteur des promesses de la série.

SIN ‏ : ‎ B0DWS7K6XP Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE J Date de publication ‏ : ‎ 6 juin 2025 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 592 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1040122753

Mon désastreux collège magique: Tome 3 – Un secret d’enfer ! de Wanda Coven (Auteur), Anna Abramskaya (Illustrations)

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Aujourd’hui : premier cours de magie avancée à l’Académie Grand-Balai !

Retour à l’Académie Grand-Balai pour un troisième tome aussi pétillant que mystérieux ! Dans Un secret d’enfer !, l’humour, la magie et les tracas d’ado se mêlent dans un cocktail explosif qui ravira les lecteurs dès 8-9 ans.

L’héroïne – toujours aussi enthousiaste, gaffeuse et attachante – entame ses cours de magie avancée avec une impatience mêlée de stress. À cela s’ajoutent les éléments incontournables d’un bon collège magique : un nouveau crush qui fait battre le cœur, une amitié fraîchement nouée mais peut-être pleine de surprises… et surtout, un secret gigantesque, impossible à garder. Car au collège Grand-Balai, les murs ont des oreilles, et certaines « ennemies » sont expertes en fouine magique.

Wanda Coven signe une nouvelle aventure vive et rythmée, portée par une narration à la première personne pleine de fraîcheur et de malice. Les émotions de l’héroïne sonnent juste, et les rebondissements tiennent en haleine tout en faisant rire. Les illustrations d’Anna Abramskaya ajoutent une touche espiègle et dynamique, soulignant à merveille les moments de tension comme les scènes les plus loufoques.

Ce troisième tome confirme tout le charme de cette série : une héroïne imparfaite, drôle et débordante d’énergie, une école magique où l’on rêve d’être élève, et des histoires d’amitié et d’amour qui parlent vrai.

ASIN ‏ : ‎ B0DWS7HR7V Éditeur ‏ : ‎ MARTINIERE J Date de publication ‏ : ‎ 20 juin 2025 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 352 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1040122432

Il était une fois l’école, l’enfant et la maîtres… de Philippe Jalbert

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Il était une fois un enfant qui adorait aller à l’école avec son beau cargo…

Avec Il était une fois l’école, l’enfant et la maîtres…, Philippe Jalbert signe un album totalement décalé, qui prend à revers les codes du livre jeunesse pour mieux faire rire les petits lecteurs. Tout commence comme une histoire sage : un enfant va à l’école, enthousiaste, avec son « beau cargo »… Oui, cargo. Et c’est là que tout déraille – joyeusement.

L’auteur s’amuse avec la langue, les formules toutes faites et les maladresses de narration, qu’il pousse à l’extrême. Le récit devient un terrain de jeu où les mots dérapent, les images débordent, et où l’absurde devient une forme d’humour à part entière. Jalbert se joue aussi des attentes des lecteurs, interrompt l’histoire, la commente, s’adresse directement à nous pour mieux semer la zizanie. C’est foutraque, hilarant, et d’une grande intelligence.

Graphiquement, l’album est vif, expressif, très coloré. Les illustrations appuient le comique de situation avec un vrai sens du rythme et du détail. L’ensemble fait mouche : les enfants rient, les adultes sourient, et tout le monde y trouve son compte.

C’est un livre idéal à lire à voix haute, en classe ou à la maison, pour dédramatiser la rentrée et rappeler qu’à l’école aussi, on peut jouer avec les règles – surtout celles du récit.

ASIN ‏ : ‎ B0DWSRJNKP Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 6 juin 2025 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023521290

Indochine en apesanteur à l’Accor Arena

En quelques secondes, la salle se transforme en constellation mouvante. Ce n’est pas (encore) la musique qui vibre, mais 40 000 poignets lumineux, reliés à un dispositif scénique d’une rare ambition. Le ciel se couvre d’étoiles artificielles, la terre se met à battre en lumière. C’est le début d’un voyage sidéral et viscéral, la promesse tenue d’un groupe qui, quarante-deux ans après ses débuts, continue de repousser les limites de ce que peut être un concert de rock.

Une entrée dans l’intimité du gigantisme

Annoncée comme une expérience totale, la nouvelle tournée d’Indochine, baptisée sobrement Arena Tour, a débuté à Paris dans un Bercy transformé. La scène principale – baptisée “A” – s’ouvre sur “Showtime”, titre électro-rock syncopé qui évoque Depeche Mode. Les bracelets clignotent au rythme des basses, la foule pulse, la frontière entre public et spectacle se brouille. C’est l’une des forces de cette mise en scène : abolir la frontalité, jouer avec l’espace et les émotions.

Trois scènes, réparties dans la salle (A, B, C), permettent au groupe de se déplacer et de jouer au plus près des spectateurs. Une façon de remettre du lien humain au cœur de la machine scénique, et de faire de cette arène un lieu de proximité malgré les dimensions.

Entre messages politiques et émotions universelles

Indochine n’a jamais été un groupe neutre. Ce concert le rappelle avec force, sans jamais tomber dans le manifeste. Dès “Victoria”, le visage de Volodymyr Zelensky apparaît, suivi d’un cortège d’instrumentistes en uniforme militaire, jouant de la trompette. Puis, sur “Sanna sur la croix”, la mémoire de l’ex-Première ministre finlandaise Sanna Marin est convoquée avec un visuel fort : son visage bâillonné ou enserré dans une croix lumineuse. Le concert devient tribune visuelle, sans jamais interrompre le flux musical.

Chaque séquence est ciselée. “Annabelle Lee”, “Seul au paradis”, puis “No Name” – titre inédit joué pour la première fois en tournée, tiré de Babel Babel, l’album de 2024 – offrent un passage intense, entre noirceur poétique et énergie rock. La musique épouse l’image, l’émotion devient globale.

Nicola Sirkis, figure magnétique et fragile

Ce qui impressionne chez Indochine, c’est la constance d’un charisme sans ostentation. Nicola Sirkis, toujours vêtu de noir, ne surjoue rien. Il observe, il écoute, il habite l’instant. Sa voix, plus éraillée, parfois posée comme un murmure, tranche avec la puissance des visuels. Il est le fil rouge d’un récit collectif, le médium d’une émotion partagée avec plusieurs générations de fans.

Lorsqu’il traverse la salle pour rejoindre la scène B, la foule se scinde en deux comme la mer Rouge. Là, s’enchaînent sans répit “Salômbo”, “Electrastar”, “Canary Bay”, “Un été français”, “Punker”… Un bloc rock pur jus, parfaitement calibré, qui ressuscite l’énergie adolescente et la rage poétique des années 2000.

Une avalanche de classiques, entre euphorie et apesanteur

La dernière partie du concert tient de la célébration collective. Le public, déjà conquis, exulte sur “Miss Paramount”, “J’ai demandé à la lune”, “Alice & June” – une séquence euphorique, construite comme une montée en puissance. Puis vient “La vie est à nous”, dans un final incandescent qui semble suspendre le temps.

Mais le plus beau moment du concert n’est peut-être pas celui qu’on attendait. Lors du rappel acoustique, entre les scènes B et C, Nicola Sirkis revient seul ou presque. Lumière douce, guitare sèche, et quelques minutes suspendues sur “Kao Bang”, “La vie est belle”, “Tes yeux noirs”. Un moment d’apesanteur absolue, où 20 000 personnes retiennent leur souffle.

Le second rappel réinstalle la grandeur : “Station 13”, “Des fleurs pour Salinger”, puis “Trois nuits par semaine”. Enfin, le groupe remonte sur la scène A pour l’apothéose : “L’aventurier”, transformé en hymne générationnel, suivi d’un dernier clin d’œil avec “En route vers le futur”, comme une promesse tenue au public fidèle.

Un groupe au sommet de son art

Ce qu’Indochine prouve encore, c’est que la longévité ne se résume pas à l’endurance. Elle peut être synonyme de renouvellement, de prises de risque, d’invention scénique. Loin d’une tournée best-of, ce concert est une œuvre à part entière : narrative, visuelle, politique, musicale. Elle parle à tous les âges, à toutes les mémoires.

Indochine confirme son statut d’icône vivante de la scène hexagonale, capable d’inventer une nouvelle forme de rituel collectif à chaque tournée.

Interview : Chacma, l’ingénieur devenu scénariste BD

Charles-Louis Detournay, alias Chacma, est ingénieur, journaliste, scénariste et figure discrète mais incontournable du neuvième art. À l’occasion de la sortie du second tome de la série Deuxième Bureau, il revient sur son parcours atypique.

Parcours et impulsions

Vous êtes passé d’ingénieur industriel à journaliste BD, puis à scénariste – quelle impulsion vous a poussé à franchir ces transitions ?

En soi, je n’ai pas vraiment arrêté ces différentes activités, mais je pense qu’elles s’inscrivent dans un processus naturel pour ma part : j’ai toujours aimé raconter des histoires, appréciant les effets qu’elles pouvaient produire, sur les autres ou sur moi-même. Il faut parfois du temps et différentes étapes pour atteindre un objectif, et le plus court chemin n’est pas toujours le plus efficace 😉

Votre formation scientifique influence-t-elle encore votre approche de la narration ou vos choix thématiques ?

Parfois, lorsque je m’attèle à des sujets qui demandent plus de recherches. J’ai besoin de comprendre une thématique afin de pouvoir ensuite identifier ce que je pourrais utiliser ou au contraire laisser tomber. D’un autre côté, il m’arrive d’écrire sur des éléments qui n’ont absolument rien de scientifique. J’essaie surtout de travailler sur ce qui me passionne, car je me dis que cet intérêt devra transparaître dans le récit. Puis si cela a aiguisé ma curiosité, j’espère qu’il en sera de même pour la lectrice ou le lecteur.

De la critique à l’écriture

Vous êtes arrivé à la bande dessinée via ActuaBD – qu’avez-vous appris de cette immersion ?

En tant que journaliste, j’essaie toujours de me mettre à la fois à la place du lecteur puis de l’auteur pour appréhender un récit, ce qui me pousse souvent à poser des questions assez précises aux artistes par le biais de l’interview. Il ne s’agit pas vraiment de secrets, car ils en livrent beaucoup plus lors des masterclasses, mais je suis certain que m’être ainsi projeté a influencé ma manière d’écrire.

Sous le pseudonyme Chacma, vous avez coscénarisé des albums très variés. Comment choisissez-vous vos projets ?

Par affinité au niveau de la collaboration ! Réaliser un album de bande dessinée nécessite beaucoup de temps et d’énergie, et je pense qu’il faut donc avant tout qu’une bonne relation se construise, doublée d’une véritable connivence. Mon style va alors s’adapter à celui du reste de l’équipe, afin que l’ensemble soit avant tout cohérent. Je ne cherche pas à travailler sur un registre, mais à m’impliquer dans un projet pourvu que je le réalise avec de belles personnes.

Deuxième Bureau : espionnage et Histoire

Qu’est-ce qui vous a attiré dans la période de 1936 et le sujet du magnétron ?

On m’a proposé il y a près de dix ans de scénariser la suite d’une série historique… Cette suite ne s’est jamais concrétisée, mais l’ensemble était suffisamment pertinent pour en faire une série en elle-même. C’est là que Brice Goepfert est entré dans la danse : Deuxième Bureau était né !

Comment collaborez-vous avec Brice Goepfert et Fabien Blanchot ?

Je découpe d’abord le récit en séquences… Ensuite, j’écris les séquences au fil du dessin de Brice, ce qui permet d’adapter ou de renforcer certains aspects selon ce qu’il propose visuellement. Avec Fabien, je résume le scénario en gardant l’essentiel des intentions et émotions, tout en suggérant quelques idées de couleurs, sans jamais imposer.

Pourquoi ajoutez-vous des dossiers documentaires en fin d’album ?

Je pense que l’Histoire a énormément à nous apprendre, mais je ne veux pas qu’elle alourdisse le récit. Le dossier permet à celles et ceux qui le souhaitent d’approfondir leur lecture, sans obligation. Cela donne une seconde vie à l’album et éclaire certains choix narratifs.

Maryse Maréchal, pilote et espionne, est une héroïne dans un univers très masculin. Pourquoi ce choix ?

La série originelle devait déjà mettre une femme au centre. J’ai poursuivi ce choix, car cela me permettait de construire un personnage plus subtil, plus complexe. Les femmes ont souvent une approche moins manichéenne, et cela enrichit la narration, notamment dans un contexte de guerre et de compromissions comme celui de 1936.

Comment avez-vous intégré les enjeux politiques sans alourdir le récit ?

J’associe le niveau de connaissance historique du lecteur à celui de mon héroïne : elle découvre, doute, et interroge. J’évite les exposés trop lourds, préférant faire émerger les tensions et enjeux au travers d’actions concrètes et de dialogues. Je m’appuie aussi sur des faits réels souvent méconnus pour interpeller le lecteur, comme la présence de la Légion Condor dans la guerre d’Espagne ou des citations véridiques d’Hitler.

Éclectisme et engagement

Vous alternez entre récits légers et plus sérieux. Est-ce un besoin d’équilibre ?

Oui, je ne peux travailler que sur un projet qui me passionne. Et heureusement, j’ai des centres d’intérêt variés ! L’humour, la science, l’Histoire, l’espionnage… Ce sont autant de portes vers des récits capables de surprendre le lecteur.

Vos travaux documentaires sur d’autres auteurs nourrissent-ils vos scénarios ?

Pas vraiment. Cela m’encourage parfois, car je découvre qu’eux aussi ont connu le doute ou les obstacles. Mais ce n’est pas une matière directe pour mes scénarios.

Quelle place pour la BD historique aujourd’hui ?

Elle reste essentielle. Accessible, populaire et documentée, elle permet de transmettre notre passé autrement. Dans les musées, on la retrouve de plus en plus comme outil pédagogique. Elle permet aussi de nous interroger sur qui nous sommes, et sur ce que nous voulons (ou ne voulons pas) répéter.

Intimité et réception

Comment conciliez-vous votre métier et votre vie de famille ?

Mon fils étant en situation de handicap, je reste souvent à la maison. Le scénario est une activité qui se prête bien à cette organisation souple. J’écris tôt le matin, tard le soir, entre deux soins ou activités. Mon espace de travail est au cœur de la maison, ce qui facilite les choses.

Quels retours avez-vous eus sur Deuxième Bureau ?

Les lecteurs y trouvent des choses différentes : de l’Histoire, de la technique, de l’émotion, de la réflexion. C’est très gratifiant de voir que chacun s’approprie l’histoire à sa manière, selon ses valeurs ou son vécu.

Quels sont vos projets ?

Si les ventes du tome 2 le permettent, nous prolongerons la série. En attendant, je travaille sur un autre scénario historique et un nouveau projet avec Brice Goepfert. Nous aimons beaucoup collaborer, donc l’aventure continue !

📚 Deuxième Bureau – Scénario : Chacma · Dessin : Brice Goepfert · Couleurs : Fabien Blanchot

L´ARCHE DES MAUDITS : UNE AVENTURE DE SHAGAN ET JUNIA de Serge Brussolo

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L’île où ils allaient bientôt débarquer était très dange­reuse. Il y régnait une force inconnue cachée au cœur de la jungle, et qui, jusqu’ici, avait toujours tenu ses envahisseurs en échec, à tel point que même les requins évitaient de s’en approcher.

Dans L’Arche des Maudits, Serge Brussolo poursuit l’édification de son univers déjanté et terriblement cohérent, avec une nouvelle incursion aux frontières du réel. Une aventure autonome, mais qui s’inscrit dans une série de récits consacrés au tandem improbable de Shagan et Junia, mercenaires désabusés, survivants endurcis, figures quasi mythologiques d’un monde en ruines.

L’intrigue nous plonge dès les premières pages dans une mission à haut risque : une expédition sur une île cauchemardesque où nul n’ose plus mettre les pieds, un territoire saturé de légendes morbides et de rumeurs technomystiques. À la manière d’un huis clos à ciel ouvert, l’île devient l’ultime champ de bataille entre science oubliée, magie pervertie, et pulsion de destruction. Un espace de l’extrême, où la nature elle-même semble contaminée, mutante, hostile à toute présence humaine.

Le point de départ est simple, presque cinématographique : une jungle dense, infranchissable, apparemment protégée par une force invisible qui élimine toute tentative d’intrusion. Un danger flou, tapi, insaisissable — qui rend l’ennemi d’autant plus angoissant qu’il reste sans visage. Ni la cause de la menace ni sa nature exacte ne sont connues. Ce flou angoissant, Brussolo en fait une arme de tension narrative d’une efficacité redoutable.

Pour tenter de percer ce mystère, une faction en appelle à Shagan et Junia, des professionnels du sale boulot, réputés pour accomplir ce que personne n’ose entreprendre. Ni héros ni monstres, ils incarnent ce que Brussolo aime tant explorer : des figures ambivalentes, profondément humaines dans leurs contradictions, écorchées, mais jamais sentimentales. Shagan, le guerrier pragmatique, porté par une logique de survie pure ; Junia, plus ambiguë, intuitive, dotée d’un instinct de conservation presque animal, parfois proche de la folie douce.

Le récit alterne entre séquences d’exploration, scènes de combat brutales, dialogues acérés et moments de pure hallucination sensorielle. La jungle, omniprésente, semble devenir une entité à part entière. Elle évolue, résiste, digère les intrus. Les pièges qu’elle tend ne sont pas toujours mécaniques ou physiques : ce sont des pièges psychologiques, mentaux, symboliques. Brussolo installe un climat de menace permanente, où même les certitudes les plus élémentaires — le sol sous nos pieds, la direction d’une boussole — peuvent se retourner contre nous.

Mais L’Arche des Maudits n’est pas qu’un roman d’action ou un survival. Comme souvent chez Brussolo, la critique sociale et politique affleure sous les oripeaux de l’imaginaire. Cette île, cette arche prétendument maudite, devient le miroir grossissant d’une humanité arrogante qui se croit maîtresse de territoires qu’elle ne comprend pas. Le récit pose alors la question : jusqu’où aller pour détruire ce que l’on craint ? Que reste-t-il quand on combat un mal qu’on ne sait même pas nommer ?

Sur le plan stylistique, Brussolo est fidèle à lui-même : un foisonnement baroque, des descriptions luxuriantes, des phrases tendues comme des arcs. Il compose un univers à la fois organique et mécanique, où les machines ont des dents, où les végétaux saignent, où les corps sont des interfaces entre le biologique et le technologique. La prose est rapide, tranchante, mais parfois presque poétique, notamment dans les moments de délire sensoriel ou de désorientation mentale.

C’est aussi un roman qui brasse les genres : on y trouve du pulp, du fantastique, de la science-fiction post-apocalyptique, et même une touche d’enquête paranoïaque. L’Arche des Maudits pourrait se lire comme une variation tropicale de Predator revue par J.G. Ballard, avec un soupçon de Lovecraft sous acide.

Enfin, le grand mérite du roman, c’est sa capacité à captiver tout en perturbant. On tourne les pages avec frénésie, tout en sentant une forme de gêne, de vertige. Chaque scène apporte sa part de désorientation, chaque découverte un nouveau mystère. On ne lit pas Brussolo pour être rassuré — on le lit pour être bousculé. Et en cela, cette nouvelle aventure de Shagan et Junia est une franche réussite.

Éditeur ‏ : ‎ H&O Date de publication ‏ : ‎ 28 août 2025 Édition ‏ : ‎ Première édition Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2845474318 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2845474314

The Waterfront : que vaut la nouvelle série du créateur de Dawson ?

Trente ans après Dawson, Kevin Williamson retourne en Caroline du Nord avec The Waterfront, un soap noir et familial disponible dès aujourd’hui sur Netflix. Cette fois, pas d’adolescents tourmentés au bord de la mer, mais une dynastie de pêcheurs engluée dans les dettes et la criminalité.

Un empire familial au bord du naufrage

Bienvenue à Havenport, ville côtière dominée par la famille Buckley, à la tête d’un empire de la pêche aujourd’hui menacé. Patriarche vieillissant, Harlan Buckley (Holt McCallany) tente de maintenir à flot l’entreprise avec sa femme Belle (Maria Bello) et son fils Cane (Jake Weary), quitte à replonger dans des affaires douteuses. Leur fille Bree (Melissa Benoist), ex-toxico en quête de rédemption, tente quant à elle de retrouver la garde de son fils.

Breaking Bad au bord de l’océan

Difficile de ne pas penser à Breaking Bad, Yellowstone ou Les Soprano devant ce clan d’anti-héros, prêts à tout pour sauver leur territoire. Harlan, patriarche brutal mais attachant, évoque un Tony Soprano marin, tandis que Belle devient stratège en second plan et Cane, le fils mal marié, lutte contre sa propre violence et les attentes paternelles.

Si la série flirte avec le soap – trahisons, drogue, adultères, fils caché –, elle n’élude pas la violence, ni l’héritage toxique transmis de génération en génération. Kevin Williamson puise d’ailleurs dans sa propre histoire : son père, pêcheur, a réellement été impliqué dans un trafic de drogue dans les années 1980. Une inspiration qu’il a longtemps gardée sous silence à la demande de ce dernier.

Dawson version noir corbeau ?

Visuellement, The Waterfront reprend les codes chers à Williamson : pontons au coucher du soleil, baisers sous les porches, bateaux dans le port… Mais la douceur nostalgique de Dawson laisse place ici à un réalisme plus âpre. Les thématiques paternelles restent présentes – la relation conflictuelle entre Cane et Harlan rappelle celle de Pacey et son père dans Dawson – mais dans une version beaucoup plus sombre et désenchantée.

Cane ressemble d’ailleurs à une version adulte de Pacey qui aurait raté le coche : resté à Capeside, englué dans un mariage tiède, alcoolique et en colère. L’autodestruction est ici un mode de survie.

Un soap efficace, mais convenu

Si le décor portuaire et le casting solide (Maria Bello, Melissa Benoist, Jake Weary, et un Topher Grace étonnant en mafieux guilleret) apportent du relief, The Waterfront coche toutes les cases du soap familial blanc version Netflix : trahisons, argent sale, rédemption et meurtres. Le traitement manque parfois de subtilité, et l’humour propre à Williamson se fait discret.

Côté représentations, on reste sur sa faim : là où Dawson avait bousculé la télévision avec l’introduction du personnage de Jack, The Waterfront se contente d’un personnage gay secondaire, sans arc notable.

Verdict ?

The Waterfront ne révolutionne pas le genre, mais séduit par son ambiance, son rythme soutenu et son casting. Ceux qui cherchent un drame familial sombre, bien exécuté, y trouveront leur compte. Les nostalgiques de Dawson, en revanche, risquent d’être déconcertés par ce virage plus rugueux, presque nihiliste.

En somme, un soap criminel maritime bien ficelé, idéal pour les soirées d’été, à condition d’aimer l’odeur de la sueur, du sang… et de l’eau salée.