Sukkvan Island de David Vann, démons et merveilles

Merveilles des paysages enchanteurs décrits par David Vann, l’ Alaska et sa nature sauvage, ses forêts séculaires et sa météo indomptable. Démons qui habitent l’esprit de Jim, qui l’empêche d’être en paix avec son fils Roy avec lequel il s’est retranché sur cette petite île isolée. La dépression, la rancune et une certaine haine de soi vont le hanter jusqu’au drame qui va tout faire basculer.

Un récit qui va me marquer à vie. Non pas par la plume, que j’ai trouvée un peu rêche et qui ne m’a pas pleinement convaincu, mais par l’atmosphère malsaine qui s’en dégage, et ce bien avant l’événement soudain qui tranche l’ouvrage en deux parties. La plume de l’auteur transpire le mal-être, la souffrance dissimulée et les non-dits meurtriers.

La seconde partie est un voyage au bout de l’enfer. La boîte de pandore est ouverte et tous les démons contenus dans la première partie sont relâchés. Un tunnel de folie et de souffrance. On finit la lecture à bout de souffle, fébrile et sidéré. Une lecture déstabilisante, il ne faut pas chercher à s’attacher aux personnages mais accepter d’être entraîné dans un tourbillon malsain.

Il va falloir que je me lance dans un autre de ses récits pour me faire un avis définitif sur cet auteur. Le fait est que Sukkwan Island va me rester en mémoire.

Résumé: Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Couronné par le prix Médicis étranger en 2010, Sukkwan Island est un livre inoubliable qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l’âme humaine.

  • Éditeur ‏ : ‎ Editions Gallmeister (2 février 2017)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 192 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2351786017
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2351786017
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 140 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 12.2 x 1.7 x 18.5 cm

Ultime partie de Marc Dugain, que sonne l’heure de la curée

Dernier acte d’une tragédie en trois actes.

Pourquoi une tragédie ? Car c’est à un massacre que nous assistons dans cet ultime volet de la trilogie de Marc Dugain initié avec l’emprise et la victime n’est nulle autre que la France.

Une France dont le cadavre pourrissant est écartelé entre de trop nombreux prédateurs. Il y a d’abord Lubiak, la hyène dont les babines dégoulinent d’argent et dont l’estomac crie pouvoir mais qui en demande encore, éternel insatisfait. Il y a aussi Corti, le vieux ours impavide et impitoyable qui veille au grain. Il ne faut pas oublier Volone le vautour qui attend patiemment de pouvoir se repaître de ce buffet aux airs de carcasse mille fois entamée. Et puis il y a Launay, le Dieu sur son mont Olympe, le hibou impassible qui frappe d’un coup de serre implacable au moment fatidique.

La narration de ce volume est sublime, tout simplement. Malgré la profusion de personnages, de situations et d’intrigues on ne se sent jamais perdu. La clarté de l’intrigue permet de profiter pleinement des dialogues ciselés. L’ouvrage est d’une violence froide, clinique, pourtant elle est quasiment toujours suggérée, jamais montrée. À part lors d’une opération en Islande digne des plus grandes heures des services secrets français.

Le dénouement instaure un constat accablant et d’un cynisme acide sur le paysage politique français et au-delà sur l’avenir de notre pays. Un ouvrage qui fait froid dans le dos.

Résumé: Ultime partie est le dernier volet de la Trilogie de L’emprise. Launay, le favori de l’élection présidentielle, va enfin accéder au pouvoir et réformer la Constitution contre l’avis de son ennemi intime Lubiak. Les deux hommes se livrent un combat à mort même s’il s’agit d’une mort symbolique. On y retrouve d’autres personnages de la série. Lorraine, l’espionne qui ne se sent pas à sa place, témoin de la disparition du syndicaliste Sternfall, qui est menacée de mort par les services secrets français et américains alors que Launay a ordonné sa disparition. Terence, le journaliste d’investigation intègre, qui prend la mesure de sa puissance et transige avec ses principes. Le récit nous entraîne dans les couloirs cachés de l’exercice du pouvoir mais aussi dans la réalité des services secrets.
Avec ce roman, Marc Dugain offre une issue fascinante à la Trilogie de L’emprise. Les rivalités entre les personnages atteignent ici leur paroxysme, la volonté de pouvoir des hommes politiques est montrée dans toute sa cruauté et sa vérité.

  • Éditeur : Gallimard (17 mars 2016)
  • Langue : Français
  • Broché : 272 pages
  • ISBN-10 : 2070178110
  • ISBN-13 : 978-2070178117
  • Poids de l’article : 400 g
  • Dimensions : 16 x 1.9 x 22.2 cm

Seules les bêtes de Colin Niel, une randonné intimiste

Venez découvrir la plume intime, élégante et raffiné de Colin Niel.

Ce roman noir est le récit de destins entremêlés qui vont se croiser, se heurter, s’entrechoquer. À travers le destin de ces âmes esseulée l’auteur tisse une toile mortelle où l’intime se mêle à l’évocation de ces grands paysages de montagnes.

En un seul paragraphe les personnages prennent vie. Ils sont là, avec nous lecteurs, avec leurs peines, leurs solitudes, leurs états d’âme. Rare sont les auteurs à pouvoir conféré autant de densité à leurs personnages. Lorsque le récit bascule dans un  tout autre univers, l’auteur réussit le tour de force de nous dépaysés sans pour autant nous sortir de notre lecture. Il s’emparé d’un langage argotique, d’un autre style de vie, d’une autre mentalité avec une aisance désarmante.

L’intrigue peut paraître simple et sans grande ambition mais c’est parce que l’auteur a tenu avant tout à mettre en scène le fameux effet papillon et comment des actions entreprises à des milliers de kilomètres ont des conséquences désastreuses ailleurs. Si je devais chipoter il n’y a que le fait que Maribé ressemble opportunément à une actrice porno qui m’a fait tiquer. Une facilité scénaristique qui s’oublie vite.

Ce récit me paraît idéal si vous voulez découvrir la plume de Colin Niel, on y retrouve la gestation de son roman suivant Entres fauves que j’ai également adoré. Beaucoup des thématiques esquissé dans Seules les bêtes se retrouvent dans celui-ci. Un auteur qui, de par son style, vous entraîne dans un tunnel glaçant à la découverte des travers de l’âme humaine.

Résumé : Une femme a disparu. Sa voiture est retrouvée au départ d’un sentier de randonnée qui fait l’ascension vers le plateau où survivent quelques fermes habitées par des hommes seuls. Alors que les gendarmes n’ont aucune piste et que l’hiver impose sa loi, plusieurs personnes se savent pourtant liées à cette disparition. Tour à tour, elles prennent la parole et chacune a son secret, presque aussi précieux que sa propre vie. Et si le chemin qui mène à la vérité manque autant d’oxygène que les hauteurs du ciel qui ici écrase les vivants, c’est que cette histoire a commencé loin, bien loin de cette montagne sauvage où l’on est séparé de tout, sur un autre continent où les désirs d’ici battent la chamade.
Avec ce roman choral, Colin Niel orchestre un récit saisissant dans une campagne où le monde n’arrive que par rêves interposés. Sur le causse, cette immense île plate où tiennent quelques naufragés, il y a bien des endroits où dissimuler une femme, vivante ou morte, et plus d’une misère dans le cœur des hommes.

  • Éditeur : Editions du Rouergue (4 janvier 2017)
  • Langue : Français
  • Broché : 211 pages
  • ISBN-10 : 2812612029
  • ISBN-13 : 978-2812612022
  • Poids de l’article : 283 g
  • Dimensions : 14 x 1.9 x 20.5 cm

365 JOURS – Tome 2 – 3 juin 2021 de Blanka Lipińska

Cette deuxième partie de 365 jours est un roman plein d’action, de retournements de situation, de trahisons et de combats pour l’honneur. Chaque chapitre est étonnant, rien n’est évident, mis à part un amour passionnel où il n’y ni de bons ni de mauvais héros mais beaucoup d’incertitude, d’aventure et de passion.

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Chronique : Ce deuxième livre commence avec Massimo qui tente de quitter Laura après l’avoir demandée en mariage. Elle parvient à le faire changer d’avis lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte.
Et les personnages sont plus ou moins les mêmes que dans le livre précédent : Massimo contrôlant et possessif, Laura superficielle et capricieuse.
Olga se met en couple avec Domenico et ils passent leur temps à baiser, boire et se droguer.
Adriano, un autre frère de Massimo, fait son apparition. Lorsqu’il rencontre Laura, il manque de lui faire faire une crise cardiaque, car il s’avère qu’il est le jumeau de Massimo.
Il y a une menace de tromperie : Laura surprend Massimo en train de baiser son ex Anna, bien que Massimo lui dise que c’était Adriano (bien qu’à ce stade, je ne serais pas surpris que ce soit lui, car il ment constamment). Laura quitte Massimo et s’échappe en Hongrie où elle se cache pendant des semaines jusqu’à ce qu’elle et Olga de ides de retourner en Pologne, où Massimo les trouve et ils rentrent chez eux.
C’est toujours la même chose : ordres de Massimo, sexe sauvage entre eux, avec une Laura qui se laisse soumettre en échange de cadeaux et d’orgasmes.
Jusqu’à ce qu’un soir, elle surprenne Massimo en train de se défoncer et qu’en s’enfuyant, elle soit kidnappée par Marcelo Nacho Matos, le fils d’une famille de la mafia espagnole installée aux Canaries. Laura, qui semble excitée 24 heures sur 24, oublie l’amour immense qu’elle éprouve pour son mari et commence à fantasmer sur son nouveau kidnappeur (cette fille a un faible pour ça, je le jure).
La fin du livre laisse une Laura luttant pour sa vie, avec un Massimo décidant qui sauver : Laura ou son héritier.
Je ne sais pas si je vais aimer le troisième livre car je ne comprends toujours pas bien ces personnages. Ils parlent d’amour véritable et Massimo ment, manipule, trompe Laura quotidiennement et elle m’ennuie tout simplement, elle n’a rien d’un caractère et d’une dignité, et n’essaie pas non plus, étant enceinte, de lui tenir tête et de demander le respect.( la raison pour laquelle je donne 4 ⭐️ au livre est que je peux au moins comprendre qu’il est un bâtard, il n’y a que quelques situations avec lui que je ne peux pas comprendre, et le personnage de Nacho m’intrigue).

Éditeur : Hugo Roman (3 juin 2021) Langue : Français Broché : 390 pages ISBN-10 : 2755688211 ISBN-13 : 978-2755688214

Passé composé – 2 juin 2021 de Anne Sinclair

« Je me suis longtemps refusée à imiter les confrères qui publient leurs Mémoires, persuadés que leur moi mérite exhibition et que les épisodes de leur vie personnelle et professionnelle suscite l’intérêt.

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Chronique : Comme beaucoup de lecteurs, j’ai vu Anne Sinclair au journal de 20 heures et je n’ai pas pu résister à acheter son dernier livre. Surtout pour avoir sa version de l’affaire DSK, homme politique auquel elle était mariée à l’époque. Elle revient brièvement sur ce fait divers qui a ébranlé les médias et ravagé son existence. Un seul chapitre lui est consacré et qu’elle a nommé « Chapitre impossible ». Elle n(y fait aucune révélation fracassante. Elle parle juste du coup de tonnerre que cela a produit dans son couple. Avec le recul, elle se rend compte avoir vécu dans le déni, ne sachant rien des incartades du beau Domi, et se positionne en tant que femme dominée. pas dominée comme une épouse contrainte à obéir, mais comme prête à combler de tout son être celui qu’elle a épousé, heureuse dans cette situation et peu soucieuse de la modifier.

Éditeur : Grasset (2 juin 2021) Langue : Français Broché : 384 pages ISBN-10 : 2246828171 ISBN-13 : 978-2246828174

Les Bras de Morphée – 20 mai 2021 de Yann BECU

Voici un futur proche où l’on veille en moyenne quatre heures par jour à cause d’un étrange virus. En amour, à l’école, au travail, la routine a forcément l’allure d’un sprint : faire vite, faire court, ne pas trop ramener sa fraise…

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Chronique : On parle d’une pure pépite qui se permet toutes les impertinences. Calembours à tout va, 4e mur brisé à coups de burin, fourmillement d’idées avec l’originalité d’un gamin de 7 ans sous speed, course contre le montre sur toile de récit sf novateur et hybride rédigé avec la classe stylistique des plus grands auteurs classiques…
Une intrigue de base très intéressante, qui ne m’a pas parue exploitée jusqu’au bout. Tant pis, on se contentera de l’humour omniprésent, d’un personnage principal aussi détestable que loufoque et d’un scénario particulièrement original qui apporte beaucoup plus de questions que de réponses. Tout cela donne une lecture très agréable qui provoque le rire autant que la réflexion.

Note : 8/10

Éditeur : Pocket (20 mai 2021) Langue : Français Poche : 368 pages ISBN-10 : 2266314238 ISBN-13 : 978-2266314237

La nuit des requins – 28 avril 2021 de Jean-Christophe Tixier

Une maison de famille isolée sur une île. Un soir, deux braqueurs font irruption et exigent un million d’euros du beau-père de Léo. S’il refuse, ils emmèneront Camille. Léo est le seul espoir de la famille : il doit s’enfuir et prévenir les secours pour sauver sa petite sœur. 

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Chronique : Un livre de course-poursuite qui fonctionne et ce lit d’une traite avec son atmosphère si particulière. L’écriture s’adapte bien au récit et il se passe des aventures dans chaque chapitre ce qui nous fait face au destin du héros: Léo, auquel on s’attache rapidement et de nous représente un thriller en huis clos et sans temps mort tel un film d’action. Bien dosée et joliment écrit un très livre à lire.

Note : 9,5/10

Éditeur : Rageot Editeur; Illustrated édition (28 avril 2021) Langue : Français Poche : 128 pages ISBN-10 : 2700255291 ISBN-13 : 978-2700255294

Tempête d’une nuit d’été Broché – 26 mai 2021 de Meg Rosoff

Une famille dans une maison à quelques mètres de la plage. Des vacances joyeuses et insouciantes… jusqu’à l’arrivée de Kit Godden. Ce garçon, c’est le parfait amour d’été : il est beau, drôle, magnétique. Mais ceux qui s’approchent du lumineux Kit Godden sont condamnés à s’y brûler les ailes. Et tous ou presque, dans cette famille, seront irrésistiblement charmés. 

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Chronique : La nouvelle de Meg Rosoff, magnifiquement écrite, irrésistible, lyrique et qui marque le passage à l’âge adulte, fait écho à certains classiques de la littérature. Le rituel annuel joyeux d’une famille qui passe les vacances d’été dans sa maison sur la plage, un paradis dans lequel un serpent est lâché. C’est là qu’interviennent deux frères adolescents américains de Los Angeles, Kit et Hugo, fils d’une petite actrice dont la vie n’a pas de place pour sa progéniture. Les frères sont opposés, Kit est le frère beau, doré, beau, autour duquel les autres grouillent, comme les abeilles autour du miel, tandis que Hugo est renfrogné, silencieux, résistant à toutes les ouvertures avec son talent pour l’invisibilité sélective. Ostensiblement la lumière et l’obscurité, les frères vont avoir un impact inoubliable sur la famille alors que quelque chose de fragile se brise au cours d’un été d’amusement, d’angoisse adolescente, d’intrigue, de trahison, de tromperie et de sexe, marqué par la planification du mariage de Hope et de l’acteur Malcolm, la préparation d’Hamlet, et les traditions de la voile et du tournoi de tennis.

Le narrateur n’est jamais identifié en termes de nom ou de sexe, une dynamique qui ajoute du mystère et de l’ambiguïté, bien que j’aie choisi de le voir comme un homme, qui malgré ses meilleurs instincts, ne peut s’empêcher de désirer et de se languir de Kit. Le frère de la fratrie, Alex, est le personnage le plus simple, à l’écoute du monde naturel, guidé par son obsession pour les chauves-souris. La sœur Tamsin est obsédée par elle-même, sa vie tournant autour des chevaux, et l’autre sœur, la belle Mattie, qui cherche à attirer l’attention, flirte avec les chaussures, les garçons et le sexe, et, tel un missile en quête de chaleur, s’enroule étroitement autour de Kit. Au milieu du ciel bleu et de la chaleur estivale, chargés de courants d’anxiété et de claustrophobie rampante, Hugo commence à se révéler lentement, tandis que presque tout le monde se trouve attiré dans la toile que Kit tisse.

Cette lecture scintillante et captivante de Rosoff attire le lecteur avec facilité dans ses études de caractères des frères Godden, du narrateur et de la famille. L’examen des dommages émotionnels est fascinant, la façon dont ils se traduisent par un comportement masculin toxique, le gaslighting, les machinations qui ne tiennent pas compte des sentiments des autres, et un besoin impérieux d’être aimé par tout le monde, sans personne, la création d’un monde de fumée et de miroirs, une araignée qui commande et tire les ficelles des autres. Une lecture brillamment divertissante, perspicace et mémorable que j’ai totalement adorée.

Note : 9,5/10

Éditeur : Rageot Editeur (26 mai 2021) Langue : Français Broché : 256 pages ISBN-10 : 2700276469 ISBN-13 : 978-2700276466

Minuit à Atlanta de Thomas Mullen,

Les enjeux pour les droits civiques prennent de l’ampleur

Aussitôt la lecture de Temps noirs achevé je me suis précipité sur l’opus suivant de cette saga passionnante qui raconte la vie des premiers officiers de police noirs de la ville d’Atlanta dans les années 50. Au travers de leurs quotidiens précaires, de leurs rapports tendus avec le reste des forces de police et de leurs combats contre les préjugés Thomas Mullen nous raconte la longue lutte de la population noire américaine pour la reconnaissance de leurs droits civiques.

L’action de ce troisième volume de la saga se situe en 1956 six ans après le second volume. Tommy Smith, l’ancien coéquipier de Boogs, est devenu journaliste à l’Atlanta daily news, un quotidien réputé auprès de la population afro américaine. Son patron, le très respecté Arthur Bishop, est assassiné une nuit dans les locaux du journal alors qu’il travaillait tard. Smith ne le sait pas encore mais une sombre machination s’est mise en place et il risque bien d’être la prochaine victime.

Vous l’aurez constaté à la lecture de ce résumé on quitte le domaine de la fresque sociale pour se recentrer sur une véritable intrigue policière. La lutte pour l’égalité des droits civiques et l’abolition de la ségrégation sont ded sujets si vastes, cela englobe tellement de sujets de société, tellement d’enjeux financiers, politiques et même mondiaux que l’on ne peut reprocher à l’auteur d’avoir choisi un autre d’attaque pour en parler. Ainsi Minuit à Atlanta est sans doute le volet le plus politisé de la saga. Un thriller politique qui brasse peut-être trop de sujets pour son propre bien.

Il faut dire qu’il y a de quoi faire dans cette intrigue. Entre les opérations du FBI, les malversations d’un groupe de détectives privés, les différentes associations, telles que la NAACP, qui poursuivent un objectif commun mais avec des méthodes différentes le tout sur fond de guerre froide et de protestations contre la ségrégation dans les transports en commun. Sans oublier l’acharnement sur la famille de Martin Luther King et le procès d’un jeune noir accusé de viol sur une jeune fille blanche on peut dire que l’auteur a travaillé dur pour témoigner de cette époque trouble de la manière la plus complète possible. Le résultat est là on baigne dans une atmosphère de révolte larvée, de tensions raciales constantes et de suspicion face à la menace communiste.

Aussi passionnant soit cette projection de cette période il faut reconnaître que l’intrigue en elle-même pâtit quelque peu de cette surabondance de thèmes. Le milieu de l’ouvrage souffre d’un léger piétinement au niveau de l’enquête. Rien de bien grave mais étant donné que ma lecture des deux volumes est consécutive je ne peux m’empêcher de les comparer. Là où, dans Temps noirs, la densité de personnages et l’aspect social de l’intrigue maintenaient une tension constante, dans ce tome les différents aspects politiques de la lutte des droits civiques ont tendance à se superposer sans qu’il y en ait un qui se détache réellement des autres. Certains manquent également de pertinence.

À titre personnel certains personnages m’ont beaucoup manqué dans ce troisième récit. Lorsque j’ai compris que Boogs n’aurait qu’un rôle secondaire et que l’officier Rake serait complètement écarté du récit j’avoue avoir fait une petite moue de mécontentement. C’est dommage de voir ses personnages, que l’on a appris à apprécier aux cours des volumes précédents être plus au moins effacés. Cependant on peut espérer les revoir dans un éventuel quatrième volume.

Cette petite déception passée il faut reconnaître que le récit met en scène d’autres personnages de la saga que nous l’on connaît et apprécie déjà. L’ancien agent Smith se dévoile un peu plus. Lui qui avait tendance à être un peu en retrait dans les deux volumes précédents, dans l’ombre du charismatique Lucius Boogs, peut enfin laisser parler sa personnalité. Son changement de carrière est une bonne idée, la carte de presse lui va mieux que la matraque, on sent que ce personnage bouillonnant et rebelle a enfin trouvé sa place. Son ancien chef Joe McInnis occupe le second rôle principal, l’occasion de voir le portrait de ce flic intègre s’affiner et se développer. On savait déjà qu’il était attaché à son poste et aux agents de couleurs qu’il a sous ses ordres, on le découvre père de famille, ostracisé par ses pairs, qui doit se débattre face à la pression sociale. L’auteur lui offre un beau dialogue à cœur ouvert entre un père et son fils.

En trois ouvrages Thomas Mullen sera parvenue à plonger les lecteurs dans une époque trouble tout en exposant les enjeux de la lutte des droits civiques avec une maîtrise idéale. Ces portraits de personnages sont d’une grande finesse psychologique et rendent bien compte des affres que génèrent les troubles d’une société en pleine mutation. La capacité de l’auteur a décrire des personnages teintés de gris est l’une de ses plus grandes réussites

Intégrale – L’Ange du Chaos, tomes 4 et 5 – 15 avril 2021 de Michel ROBERT

Le seigneur des Conquêtes Troghöl a tendu un piège mortel à l’Ange du Chaos. Envoyés en mission par Morion, Cellendhyll et les membres de son escadron sont projetés dans le plan du peuple des Sang-Pitié.

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Chronique : Ce livre prend comme suite la fin très immédiate de Sang-pitié puisqu’il commence au moment précis où Cellendhyll et sa petite bande prennent pied sur le plan des sang-pitié, féroces guerriers des ténèbres.
Et quand je dis féroces, je pèse mes mots.
En effet, ce roman nous montre ces individus peu appréciables dans ce qu’ils ont de pire : nonchalants et pourtant mortellement dangereux, rigolards et amateurs de torture pour le plaisir, ce ne sont vraiment pas des marrants.
Cellendhyll va donc passer un moment à se faire poursuivre, en compagnie de ses spectres.
Et je vais m’arrêter là de parler de l’histoire.
J’ai été un peu déçu par cette aventure.
En effet, voir des tonnes de mecs courir dans un environnement pas forcément accueillant ne m’intéresse plus tant que ça, et c’est pourtant la partie la plus intéressante de ce roman. Parce qu’une fois cellendhyllde retour sur son plan du chaos (à la suite de mésaventures aussi désagréables que fastidieuses) il va tomber dans des complots dont je pense de plus en plus que Michel Robert devrait se passer. Parce qu’on ne peut pas essayer de jouer en même temps dans la cour de Howard et Moorcock – des auteurs on ne peut plus respectables – et vouloir aller du côté des comploteurs fous comme Herbert. les personnages crédibles et attachant et une intrigue un peu moins recherchée qu’ultérieurement certes mais toujours aussi efficace

Dans la seconde partie beaucoup des mystères liés à Celhendyll se trouvent résolus : sa Belle de mort révèle sa vraie nature, on comprend qui est Aràsul, ce que veut le Père de la Douleur à notre ombre du chaos préférée. Bref, comme le dit l’auteur dans une espèce de très court avant-propos, ce roman marque la fin d’un premier cycle d’aventures de l’homme aux cheveux d’argent.
La première chose qui marque, ce sont les défauts. En effet, les deux cent premières pages, assez molles, ne permettent au lecteur que de se concentrer sur les défauts de l’auteur, et je les trouve assez nombreux.
D’abord, une légère complaisance vis-à-vis des scènes de sexe, qui fait de chaque acte une scène du roman à part entière (même quand elle ne concerne pas les personnages principaux). La première fois, c’est émoustillant. Mais quand les deux personnages principaux découvrent le plaisir délicat de la sodomie, je trouve qu’on sort un peu du propos.
Le propos dont on ne sort pas, en revanche, c’est l’épicurianisme de l’auteur : on n’échappe, comme pour les scènes de sexe, aux bons repas, dont le menu est détaillé avec un souci du détail qui m’a presque fait penser aux pires heures de la littérature descriptive du XIXème siècle (vous savez, ces descriptions sans fin). Et tout ça, malheureusement, colle assez mal, je trouve, avec le caractère du personnage principal, que l’auteur se complaît volontiers à décrire comme une espèce d’ascète, uniquement vivant dans le combat.
C’est d’ailleurs ce qui rend cette première partie si médiocre : le fait qu’on n’y vive que peu d’action, un peu d’enquête et beaucoup de réflexion. Malheureusement, je dois l’avouer, je ne lis pas ces aventures pour la profondeur de leurs réflexions philosophiques – ni d’ailleurs pour les indications très détaillées sur les préliminaires dans les cours imaginaires du Chaos. Non, je lis ces romans pour les explosions de violence qui balayent parfois ces pages.
Et pour ça, heureusement, elle remplit toutes les promesses faites par les autres romans y découvre un guerrier d’exception qui – dans une scène que j’ai trouvé totalement jouissive – se bat contre soixante guerriers à la fois, « juste » armé de son talent … et d’une hache à deux mains.. Le pire, c’est que cette scène n’est en fait qu’une transition entre un combat contre un démon, et d’autres combats, encore plus impressionants..

Note : 9/10

Éditeur : Pocket (15 avril 2021) Langue : Français Poche : 780 pages ISBN-10 : 2266307991 ISBN-13 : 978-2266307994