Temps noirs de Thomas Mullen, noirs de peaux et gris de cœur.

Entre ombre et lumière

Les éditions rivages m’ont fait le plaisir immense de m’envoyer les deux volumes suivants de la saga policière de Thomas Mullen entamée avec Darktown. Le premier volume était une excellente découverte, une plongée sidérante dans une époque douloureuse dont les stigmates se font encore sentir aujourd’hui.

Le premier volume avait posé les personnages et l’atmosphère tout en tension de cette ville d’Atlanta, qui au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, doit gérer l’afflux massif de nouveaux habitants noirs. Ceux-ci se retrouvent entassés dans des quartiers insalubres alors même que les premiers officiers noirs ont été engagés depuis deux ans. On retrouve donc le tandem Boogs et Smith, en 1950, toujours aussi différents dans leur mentalité mais obligés de se serrer les coudes face aux multiples obstacles qui se dressent face à eux, leur chef, McInnis, tente toujours de les soutenir face à l’hostilité des autres policiers et enfin l’officier Rake tente de faire la part des choses dans une ville chauffée à blanc par les tensions raciales.

Préparez-vous car ce second volume est particulièrement ambitieux. L’auteur ouvre une lucarne sur une époque complexe sur une ville et en pays en pleine mutation. Si vous vous attendez à suivre une enquête classique vous risquez d’être surpris. L’auteur signe une fresque dense qui aborde de manière frontale la question du melting-pot américain, mais aussi de l’ascension sociale, le fameux rêve américain. La question du racisme et de la ségrégation est centrale. L’auteur parvient à rendre compte d’un sujet complexe sans manichéisme, chacun des nombreux personnages a ses raisons d’agir comme il le fait, motivé par des émotions aussi puissantes que la colère, la peur, la haine ou la rancœur.

Plusieurs intrigues s’entremêlent sans que jamais l’on se sente perdu. Entre le trafic d’alcool qui fait rage, la guerre de territoire entre gangs, la corruption de la police, les machinations des organisations racistes et même le parcours tragique de ce pauvre Jeremiah, il y a largement de quoi faire durant la lecture. Difficile de considérer un personnage comme étant principal. À moins de considérer l’année choisie par l’auteur comme étant un personnage à part entière. Pourtant malgré le nombre conséquent d’acteurs de cette époque, chaque personnages possède sa personnalité avec ses qualités, ses défauts, sa part d’ombre et de lumière. Chacun d’entre eux devra faire des choix cornéliens qu’il pourrait être amené à regretter, teintant ainsi de gris un récit bien sombre au départ.

Le style journalistique de l’auteur pourra en rebuter certains. Il est vrai que l’on ne retrouve aucune trace de lyrisme ni aucune touche de poésie noire qu’affectionnent certains lecteurs de polar. Pourtant le style posé et précis de Mullen était exactement ce qui convenait pour narrer cette fresque dense et terriblement réaliste. Un style plus recherché aurait risqué de perdre le lecteur dans les méandres de Darktown.

Avec une grande maîtrise narrative l’auteur dresse le portrait d’une époque trouble et nous offre la possibilité d’être témoin d’une page importante de l’histoire des U.S.A. une page souillé par la haine, la peur mais aussi parcouru d’une colère digne et d’une fierté qui ne dit pas encore son nom. Et le tout sans manichéisme, en exposant toute la complexité de l’époque et le tourbillon d’émotions radicales que cela déclenche. Du beau travail.

Résumé: L’officier Denny Rakestraw et les « officiers nègres » Lucius Boggs et Tommy Smith ont du pain sur la planche dans un Atlanta surpeuplé et en pleine mutation. Nous sommes en 1950 et les tensions raciales sont légion alors que des familles noires, y compris la sœur de Smith, commencent à s’installer dans des quartiers autrefois entièrement blancs. Lorsque le beau-frère de Rake lance un projet visant à rallier le Ku Klux Klan à la « sauvegarde » de son quartier, les conséquences deviennent incontrôlables, forçant Rake à choisir entre la loyauté envers sa famille et la loi. Parallèlement, Boggs et Smith tentent d’arrêter l’approvisionnement en drogues sur leur territoire, se retrouvant face à des ennemis plus puissants que prévu : flics et ex-détenus corrompus, chemises noires nazies et voyou

  • Éditeur : EDITIONS PAYOT & RIVAGES (5 mai 2021)
  • Langue : Français
  • Poche : 528 pages
  • ISBN-10 : 274365323X
  • ISBN-13 : 978-2743653231
  • Poids de l’article : 410 g
  • Dimensions : 11 x 2.4 x 16.9 cm

Terminus de Tom Sweterlitsch, boucle infernal

Ce roman je l’aurais attendu longtemps mais quand j’ai enfin eu l’occasion de me plonger dedans le voyage ne m’a plus qu’à moitié. Est-ce moi qui en ai trop attendu ou bien l’ouvrage souffre-t-il de défauts qui me l’ont rendu indigeste ?

Commençons avec les points positifs du roman. La narration de l’auteur est maligne. Il va enchaîner les paragraphes introspectifs, sans réel développement de l’intrigue avant de brusquement enchaîné surnune scène d’action digne des meilleurs films thrillers hollywoodien. Il y a d’ailleurs une manière très américaine de traiter l’action, les fusillades, les combats. Ces scènes sont très cinématographiques et agissent comme des décharges électriques qui relancent l’intérêt pour la lecture. L’on va vivre tous ces scènes par le point de vue de Shannon Moss, le personnage principal, dont le développement m’a laissé débutatif.

Ce personnage est lancé dans une course contre le temps. Une course qu’elle ne peut évidemment pas gagner. Ce qui explique peut-être son caractère impulsif et tête brûlée. Le problème ce que ce genre de personnage à tendance a très vite m’irriter. Que Shannon fonce droit vers une probable planque de terroriste une fois d’accord mais elle répète ce genre d’imprudence plusieurs fois au cours du récit. Et sur un récit qui s’étale sur 400 pages c’est pénible. Il y a même un passage que je considère comme une incohérence, où Shannon aurait dû se méfier d’un personnage ou lieu de lui faire bêtement confiance mais le récit étant dense et les personnages sujets à de grands changements de par la narration c’est peut-être moi qui n’ai pas saisi un détail. En tout cas ce passage étant une scène charnière du récit cela m’a sorti du récit.

La bonne idée de Sweterlitsch est d’avoir incorporé son récit de science-fiction dans une narration de thriller. Ainsi les éléments se rattachant au domaine de la science-fiction, comme les voyages temporels, les vaisseaux spatiaux prennent ancrage dans un univers où l’homme a dompté la science. Aucun personnage n’est jamais vraiment surpris d’apprendre que Shannon voyage dans le temps ni qu’il existe un département d’État consacré à l’étude des voyages temporels. Cela permet à l’auteur de donner un cadre précis à son récit. Malheureusement cela l’enferme aussi dans une sorte de vase clos qui empêche à ses même éléments de prendre de l’ampleur.

Comme je l’ai dit plus haut tous les personnages sont au courant de l’existence des voyages temporels, que ce soit les alliés ou les adversaires de Shannon. Tout le récit baigne dans une atmosphère d’agents secrets, d’agents gouvernementaux et je crois que c’est de là que vient mon ressenti mitigé. Le récit manque d’un personnage étranger à ce milieu, qui le découvrirait avec des yeux ébahis et permettrait ainsi à cette avancée scientifique fantastique de prendre de l’ampleur. Un personnage par les yeux duquel on découvrirait les voyages temporels, ses effets secondaires, ses dangers et ses risques. Là l’auteur a choisi de tout nous livrer par les yeux d’un personnage aguerri qui balance ses informations comme si elle écrivait un rapport. Cela manque d’une approche plus innocente, plus humaine.

Un autre point d’achoppement entre cet ouvrage et moi concerne les antagonistes que Shannon traque. Autant l’auteur est parvenu à livrer aux lecteurs un univers dense de manière concise, au final 400 pages c’est peu au vu de la richesse du thème, autant le groupe de terroristes souffre d’un manque d’écriture. Je reproche à Shannon d’être impulsive mais c’est un personnage à part entière, elle a une voix, une épaisseur dont manquent les adversaires qu’elle affronte. Leurs motivations paraissent prévisibles et leur caractérisation trop grossière pour être crédible. Cela aurait mérité un peu plus de développement.

C’est étrange comment un ouvrage peut vous plaire et vous décevoir en même temps. Le personnage de Shannon est attachant, c’est une femme meurtrie dans sa chair et qui a le sens du sacrifice ce qui la dote d’une grandeur d’âme indéniable mais son impulsivité la dessert trop souvent pour en faire un personnage dont je me souviendrais. L’univers mis en place par l’auteur est passionnant mais son approche militarisée pour l’introduire m’a déconcerté. Pas une mauvaise lecture en soie mais pas une lecture mémorable.

Résumé: Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle.
En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss ? Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

  • diteur : Albin Michel (24 avril 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 448 pages
  • ISBN-10 : 2226439935
  • ISBN-13 : 978-2226439932
  • Poids de l’article : 500 g
  • Dimensions : 14 x 3 x 20.5 cm

Tuer le fils de Benoît Severac, qu’est-ce que l’on ne ferait pas pour être aimé

Ce roman noir fut une excellente lecture même si l’auteur a pris une direction plus convenue dans la seconde partie.

Toute la partie centrée sur Matthieu, sa relation désastreuse avec son père, sa détresse émotionnelle est un drame intime d’une rare puissance évocatrice. Ce cri du cœur d’un homme écrasé par l’image du père et l’absence d’amour est une complainte déchirante. Toute cette partie du récit est magistrale.

La seconde partie m’a plu également mais le fait est que Matthieu, le personnage le plus complexe et donc le plus intéressant, est mis de côté et j’ai trouvé cela dommage. J’aurais voulu en savoir plus sur son parcours, sa résilience par rapport à la relation avec son père, la manière dont il a géré son deuil. Mais l’auteur a préféré s’attacher à l’équipe d’enquêteurs. Non pas que ces personnages soient inintéressants, bien au contraire, la plume de Séverin colle au plus près de ces personnages pour livrer des portraits saisissants de réalisme et psychologiquement très fin. Ainsi ce pauvre Nicodemo frise le burn-out tandis que Cérisol tate un peu trop de la bouteille même si ce n’est pas ce cela qui finira par lui causer des soucis. Enfin Grospierre, la nouvelle recrue, le jeune padawan surdiplômé qui sera le seul ayant encore le courage pour écouter son instinct. Ces portraits de flics humains et plus positifs que ceux que j’ai l’habitude de lire dans mes lectures m’ont énormément plu, ça s’engueule, ça se pardonne, ça se confie sur les petits problèmes et sur les gros aussi, mais il n’empêche que j’aurais tellement voulu que l’histoire de Matthieu soit approfondie.

Si vous voulez découvrir une plume à fleur de peau qui dissèque les émotions humaines avec grande finesse alors plongez-vous dans ce roman de Benoît Séverac qui, de plus, est récemment sorti en poche.

Résumé: Matthieu Fabas a tué parce qu’il voulait prouver qu’il était un homme. Un meurtre inutile, juste pour que son père arrête de le traiter comme un moins que rien. Verdict, quinze ans de prison. Le lendemain de sa libération, c’est le père de Matthieu qui est assassiné et le coupable semble tout désigné. Mais pourquoi Matthieu sacrifierait-il une nouvelle fois sa vie ? Pour l’inspecteur Cérisol chargé de l’enquête et pour ses hommes, cela ne colle pas. Reste à plonger dans l’histoire de ces deux hommes, père et fils, pour comprendre leur terrible relation. Derrière cette intrigue policière qu’on ne lâche pas, ce nouveau roman de Benoît Séverac nous parle des sommes de courage et de défis, de renoncements et de non-dits qui unissent un père et un fils cherchant tous deux à savoir ce que c’est qu’être un homme.

  • Éditeur : MANUFACTURE de LIVRES(6 février 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 288 pages
  • ISBN-10 : 2358876070
  • ISBN-13 : 978-2358876070
  • Poids de l’article : 320 g
  • Dimensions : 14 x 2.2 x 20 cm

L’École mythique – La Guerre du trois rue Homère – 6 mai 2021 de Charles MAZARGUIL (Auteur), Diego FUNCK (Illustrations)

Lorsqu’il propose un concours de vente de tartes aux pommes pour récolter les fonds nécessaires au voyage de fin d’année des CE2, Jules Pitère, directeur de l’école Homère, ne s’attend pas à déclencher une guerre.

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Chronique : Poulpe Fictions nous offre un nouveau bijou d’humour écrit avec brio par Charles MAZARGUIL avec les illustration de Diego FUNCK.

Les enfants et si vous aimez les romans drôles et avec de la mythologie  ce livre sont faits pour vous. On y découvre des enfants qui réinvente la guerre de troie. De l’humour à fond et très bien maitriser avec d’autres thèmes qui sont présents comme la différence au autres  et le poids de la transmission familiale, les difficultés d’intégration et une critique sociale sur notre vie .
Les petites illustrations sont tantôt cyniques, tantôt tendres ou même émouvantes.
Avec des traits relativement simples pour ses personnages, Charles MAZARGUIL réussit à faire passer tout un panel d’émotion à ses personnages. Une lecture à la fois facile, drôle, et étonnante. Un très bon voyage dans la mythologie.

Note : 9,5/10

Éditeur : Poulpe Fictions (6 mai 2021) Langue : Français Broché : 120 pages ISBN-10 : 2377421245 ISBN-13 : 978-2377421244 Âge de lecture : 8 – 12 années

L’île interdite – 8 avril 2021 de James ROLLINS

Au large des côtes du Brésil, une équipe de scientifiques découvre une île où toute vie a été éradiquée par une espèce inconnue et extrêmement dangereuse. Avant d’avoir pu rapporter leur découverte, ils sont tous éliminés par une force mystérieuse.

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Chronique : Prendre un roman de James Rollins, c’est comme s’asseoir avec un vieil ami. Le déroulement de l’histoire et les personnages sympathiques sont réconfortants et familiers. Bien qu’il réintègre le monde de Sigma Force, L’île interdite ne fait pas grand-chose pour ébranler James Rollins du sommet du genre action-aventure.

L’île interdite mêle l’action à l’histoire et à la science. Nous avons droit à une brève histoire du peuple gitan ou rom et de ses liens anciens. Nous avons également droit à une exploration de la plasticité du cerveau humain, de l’autisme et des liens scientifiques avec des choses que nous pouvons considérer comme « mystiques ». Comme toujours, Rollins a fait ses recherches et les a intégrées de manière transparente, un peu comme l’a fait Michael Crichton.

Personnellement, mes romans préférés de Rollins sont ses romans autonomes. Je n’ai jamais aimé la force Sigma autant que ses lectures en solo. D’un côté, ce roman suit une formule similaire à celle des autres romans de la série. En général, cela me dérange et conduit à l’abandon des séries. Dans le cas de ce roman et des autres de la série, Rollins fait un travail magistral en élaborant une histoire intéressante avec un personnel de soutien engageant.

Si vous n’avez lu aucun des autres romans de la série Sigma Force, ne vous inquiétez pas si c’est le seul que vous devez lire. Il peut être lu comme un roman autonome. Bien que la lecture du roman précédent fournisse un contexte pour un fil de l’histoire, un novice de Sigma Force pourrait lire ce roman et l’apprécier pleinement.

Note :9/10

Éditeur : Fleuve éditions (8 avril 2021) Langue : Français Broché : 480 pages ISBN-10 : 2265143952 ISBN-13 : 978-2265143951

Les cinq règles du mensonge – 4 mars 2021 de Ruth WARE

Quand quelqu’un meurt, ce n’est plus un jeu…

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Chronique : Il n’y a pas d’amitié plus intense que lorsqu’on a quinze ans. Isa, Thea, Fatima et Kate étaient inséparables au pensionnat, une unité fermée, invincible en compagnie les unes des autres. Au début, leur jeu semblait être un amusement innocent – le jeu du mensonge, inventé par Kate et Thea pour prouver qu’elles pouvaient s’en sortir avec n’importe quoi, faire croire aux gens ce qu’elles voulaient. Jusqu’à ce que cela aille trop loin et que ce ne soit plus un jeu. Dix-sept ans plus tard, un mensonge les hante toujours, menaçant de détruire leurs vies. ….

Après avoir vraiment apprécié « La disparue de la cabine 10 » dès les deux premières pages, l’auteur a créé une scène si vivante et si fascinante que j’ai été accrochée instantanément. J’adore les mystères qui vous font voyager en fauteuil dans des lieux mystérieux, et bien que le petit village de pêcheurs de Salten ne figure sur aucune carte « réelle », je l’ai imaginé si clairement que j’ai l’impression d’y avoir été : un vieux moulin à marée sur une langue de sable déserte, s’effondrant dans une mer affamée. Délicieux !

Outre le lieu, le principe de l’histoire exerce une attraction unique. Quatre femmes, qui étaient des amies inséparables lorsqu’elles avaient quinze ans, se retrouvent après dix-sept ans. Qu’est-ce qui les a séparées si longtemps ? Et quel est le terrible secret qui a encore un tel pouvoir sur elles après tout ce temps qu’elles sont prêtes à tout laisser tomber et à se précipiter au secours d’une amie lorsqu’elle le leur demande ? J’ai été dûment intriguée et j’ai adoré les flashbacks de la protagoniste Isa sur l’époque où les quatre filles fréquentaient le même pensionnat. Et si vous n’avez pas encore eu votre dose de paysages britanniques classiques, sachez que le pensionnat, Salten House, est un mélange de Poudlard et de Malory Towers. L’enfant qui sommeille en moi était ravi – qui peut résister à une bonne histoire de pensionnat, même à l’âge adulte ? J’ai ressenti une certaine nostalgie en lisant l’histoire d’amitié des adolescents – on ne ressent jamais tout à fait la même intensité de loyauté qu’à quinze ans, quand nos amis étaient tout notre univers.

Pour faire court, ce livre avait tous les éléments pour faire un mystère fascinant, irrésistible. Et Ruth Ware le fait si bien ! Grâce à sa capacité à créer un cadre atmosphérique tendu et des personnages très tendus, quelque peu névrosés, qui mènent l’histoire avec une urgence qui fait défaut à d’autres protagonistes, ce livre m’a captivé du début à la fin. Chaque femme apporte avec elle un élément unique et diversifié qui rend cette bande d’amis très intéressante – et même si ce livre n’avait pas besoin d’un « rebondissement que vous ne verrez jamais venir » pour le rendre mémorable, il a réservé quelques surprises. Bien qu’il s’agisse d’une histoire à combustion lente, fortement axée sur les personnages, un courant sous-jacent constant de tension et de nostalgie mélancolique traverse l’intrigue, ce qui en fait une lecture extrêmement captivante. J’aurais aimé en savoir plus sur cet été heureux et sans fin que les quatre filles ont passé à Salten, et sur leurs vies individuelles. J’étais triste quand ça s’est terminé !

« Les cinq règles du mensonge » est un mystère lent, axé sur les personnages, dans un cadre atmosphérique, qui m’a accrochée du début à la fin. J’ai adoré ! Grâce à sa capacité à présenter des personnages intéressants dans un cadre tendu et atmosphérique, Ruth Ware est en train de se faire une place dans ma liste d’auteurs préférés et je guetterai avec impatience les futurs mystères de cette écrivaine talentueuse.

Note : 9,5/0

Éditeur : Fleuve éditions (4 mars 2021) Langue : Français Broché : 432 pages ISBN-10 : 2265143995 ISBN-13 : 978-2265143999

Rendez-vous au paradis – 12 mai 2021 de Heine Bakkeid

Après avoir quitté la police, survécu à plusieurs tentatives de suicide et à une tentative de meurtre, Thorkild Aske se voit présenter une alternative par son psy : un atelier de fabrication de chandelles financé par l’agence pour l’emploi ou une mission de documentation pour une autrice de polars.

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Chronique : Lorsque j’ai lu le premier livre de Heine Bakkeid sur Thorkild Aske, « Tu me manqueras demain », j’ai été impressionné. Il y avait des éléments qui ne fonctionnaient pas vraiment, mais dans l’ensemble, j’ai été impressionné. J’ai maintenant lu le livre suivant sur Aske, « Rendez-vous au paradis », et il est encore meilleur. Les éléments surnaturels qui ont un peu gâché le premier livre ne sont pas présents cette fois-ci, ce qui le rend vraiment bon.

Milla Lind est un auteur de romans policiers populaire qui persuade Aske de l’aider pour son prochain livre. Il est basé sur une affaire réelle et non résolue où deux filles disparaissent de leur orphelinat. Son ancien consultant a été assassiné alors qu’il enquêtait sur cette affaire, et Aske se rend vite compte que cette affaire mystérieuse recèle des secrets encore plus sombres.

Bakkeid fait monter d’un cran le genre policier. « Rendez-vous au paradis » n’est pas seulement un roman policier. Il s’agit d’une œuvre littéraire vraiment bien écrite, avec une intrigue policière. Ce n’est pas un de ces livres où l’on a tout compris au bout de 50 pages. Je ne l’avais certainement pas compris. À aucun moment je n’ai été près de comprendre, et la fin a été une aussi grande surprise pour moi que pour Thorkild Aske.

Normalement, j’ai une relation tendue (pour le dire gentiment) avec les officiers de police qui ont une consommation excessive de diverses substances intoxicantes. Mais pour une raison quelconque, je peux vivre avec Aske étant l’un d’eux. Peut-être parce qu’il ne fait plus partie des forces de police. Sa propre histoire, racontée au compte-gouttes dans ce livre et dans le précédent, suggère qu’il y a quelque chose de vraiment méchant derrière le fait qu’il se retrouve là où il est. Je ne peux pas encore voir l’ensemble du tableau, mais peut-être Bakkeid en révélera-t-il davantage dans les prochains volumes de la série.

Si vous aimez les bons romans policiers qui exigent quelque chose de leur lecteur, et pas n’importe quel mystère ordinaire, je vous recommande vivement les livres de Bakkeid. Il écrit bien, a un excès de langage, tout en plongeant vraiment profondément dans ses personnages principaux. Ça les fait sortir du lot et ça leur donne de la vie, alors je crois en eux.

Note : 9/10

ASIN : B08SK9ZJ1L Éditeur : Les Arènes (12 mai 2021) Langue : Français Broché : 544 pages ISBN-13 : 979-1037502957

Les Oiseaux du temps – 13 mai 2021 de Amal EL MOHTAR et Max GLADSTONE

Bleu et Rouge, deux combattants ennemis d’une étrange guerre temporelle, s’engagent dans une correspondance interdite, à travers les époques et les champs de bataille. Ces lettres, ne pouvant être lues qu’une seule fois, deviennent peu à peu le refuge de leurs doutes et de leurs rêves. De
leurs échanges naitra un amour fragile et dangereux qu’il leur faudra préserver envers et contre tous.

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Chronique : « Les Oiseaux du temps » est le genre de roman qui plonge dans les esprits, attrape le soleil vif de la mémoire et brille, laisse son odeur sur ses lecteurs, comme un parfum transféré entre amants. Mais dès que vous commencez à mettre des mots, vous titubez et vous êtes désorienté, comme si vous vouliez attraper quelque chose et que vous vous trompiez sur la distance, et que vous sentiez vos doigts se refermer sur rien d’autre que de l’air. J’ai dû lire ce roman à petites doses, en avalant ses coups petit à petit, et je pense qu’il me faudra plusieurs relectures pour comprendre tout ce que je ne peux pas dire avec des mots maintenant.

Même aujourd’hui, j’ai du mal à décrire l’action du roman, mais sans rien gâcher, je peux vous dire que le premier fil conducteur de ce récit mal ficelé se présente sous la forme d’une lettre. La première de ce genre n’était qu’un faux-semblant, un instant de complaisance, quelque chose comme un rire sur l’obscurité, mais elle a commencé à faire tourner le temps pour Rouge, le passé coupant le présent comme une lame aiguisée. La deuxième lettre était un abîme dans lequel elle osait tomber, et Rouge avait le sentiment qu’elle et Bleu s’enfonçaient plus profondément que jamais. A la troisième lettre, Rouge avait l’impression qu’ils se coupaient eux-mêmes la gorge : Deux espionnes voyageant dans le temps et appartenant à des factions rivales, divisées entre l’attaque et la diplomatie, qui, en trouvant leur chemin à travers les mondes dévastés par les guerres du temps, sont entrées en contact et ont trouvé l’amour – et quelque chose qui les effrayait aussi – à travers un vide trop profond pour être comblé par autre chose que des mots.

Les deux femmes étaient plus réelles l’une pour l’autre que des reflets dans un miroir, et leurs cicatrices et leurs bords déchiquetés avaient témoigné de trop de batailles menées contre le temps (et contre l’autre). Elles étaient comme des poissons regardant l’hameçon, avec trop de forces prêtes à faire des armes de siège de leurs lettres. Dans l’improbabilité pure et simple du moment, cependant, ils pouvaient presque prétendre que cette histoire d’amour n’était pas une course folle.

C’est ainsi que l’on perd la guerre du temps n’est pas une lecture légère, loin de là. C’est un livre d’une beauté et d’un lyrisme soutenus qui fonctionne également comme la mosaïque fracturée d’un roman – raconté par touches rapides et brutales, le tout enroulé dans de vertigineuses boucles de prose.

Il est difficile, au début, d’avoir une prise ferme sur le cadre glissant de « Les Oiseaux du temps ». J’avais l’impression d’être jeté sans précaution dans un récit qu’il ne comprenait pas, avec des gens tout autour qui attendaient qu’il joue un rôle qu’il ne connaissait pas. L’expérience avait un côté onirique, comme si ces moments étaient séparés du monde éveillé par l’étrangeté de tout cela. Mais même avec la confusion peinte sur mon visage, l’histoire a pris un sens pour moi d’une manière sans mots qui ne pouvait être décrite que comme magique. Chaque mot valait la peine d’être savouré, et mon propre souffle semblait s’harmoniser.

C’est pourquoi je pense que ce roman serait irréductible à toute catégorisation facile : « les Oiseaux du temps » est une aventure de voyage dans le temps, une aventure de science-fiction, de la poésie déguisée en prose et une histoire d’amour. C’est une danse complexe, que les auteurs exécutent avec agilité, grâce et facilité. Le fait qu’ils aient réussi à la mener à bien – et encore plus à la perfection – est en soi une merveille, et j’ai été sincèrement impressionné.

Bien que « les Oiseaux du temps » ne soit pas écrit en vers, la poésie vit dans ses pages. Les auteurs maîtrisent parfaitement leur talent narratif et leur langue s’élève lorsqu’ils parlent de désir, de nostalgie, de survie et de liberté.

Cela dit, ces dons peuvent se transformer en obstacles. Aussi vertigineux et immersif que soient le cadre et les prémisses, « les Oiseaux du temps » est un roman à la fois exaltant et épuisant, parfois simultanément. Même si je me jetais avidement sur la page suivante, il y a eu des moments où le lyrisme m’a semblé laborieux – les phrases sont tellement chargées de métaphores et d’analogies que lire revient à faire du sur-place dans des vêtements trempés, en gardant à peine le nez et la bouche à la surface – et j’ai parfois eu envie d’un peu de retenue. Dans le cadre de la longue économie d’un roman, trop de prose – aussi exquise soit-elle – peut parfois entraver le flux autrement fascinant, et je pense que les lecteurs qui ne peuvent pas faire preuve de patience pour s’attaquer à quelques pages supplémentaires de langage mélodieux pourraient ne pas trouver autant de résonance.

Je suis cependant convaincue que ceux qui sont capables de se détendre dans le chaos seront aussi richement récompensés que moi lorsque les fils finiront par s’entrelacer magnifiquement.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 160 pages ISBN-10 : 2354088450 ISBN-13 : 978-2354088453

Meurtres rituels à Imbaba de Parker Bilal, étoiles trompeuses

Le Caire, version noire

Ce polar de l’écrivain Jamal Mahjoub, qui s’est créé un pseudonyme pour l’occasion, est la preuve qu’il ne faut pas juger un titre à son titre. L’éditeur français a en effet choisi un titre racoleur, ancré géographiquement et générique. Le titre original, Dogstar rising, pourrait se traduire par le réveil du Sirius. Un titre évocateur qui promet une intrigue pleine de fougue et de poésie.

Le rapport aux constellations et au ciel inaccessible sera la métaphore que l’auteur a choisie de filé tout au long du récit. Pas toujours de manière très subtile mais reconnaissons que, pour le personnage de Makana, ce rapport aux autres stellaires qui ne cessent d’inspirer les hommes fonctionne plutôt bien. Ce personnage d’ancien policier soudanais est extrêmement attachant, désabusé mais empreint dun idéal de justice inébranlable, solitaire mais qui sait s’entourer d’alliés fiables. Un parfait héritier des détectives dur à cuire.

On retrouve donc le détective Makana dans sa seconde enquête, après les écailles d’or. Une ambiance de roman noir poisseuse semble suinter des pages du roman dès les premiers chapitres. L’ambiance est lourde, étouffante, embrumé par la fumée de cigarette. Pas d’image de carte postale pour ma ville du Caire. Celle-ci est décrite comme un dépotoir à ciel ouvert, irrespirable et rongé par la vermine. Un coupe-gorge où la vie humaine n’a de valeur qu’au regard du poids du portefeuille. Le portrait n’est guère flatteur mais l’hommage rendu au roman noir de Raymond Chandler ou Dashiell Hammet est fantastique. Un hommage d’autant plus réussi grâce à son personnage. Ce brave Makana.

La figure du détective dur à cuire, ou hard-boiled pour les anglophones, se doit d’être un solitaire prêt à déchaîner les foudres du ciel pour résoudre son enquête. Solitaire, Makana l’est assurément, son cœur est lourd du souvenir d’êtres chers qui ont disparu et lorsque ses yeux se lèvent au ciel ce n’est pas pour trouver l’inspiration dans l’amas stellaire mais pour mieux se rappeler ce qu’il a perdu. Pour autant nombreux sont les compagnons qui vont l’épauler dans sa quête désespérée, de Sami, le journaliste martyr, jusqu’à l’intrépide Aziza tous forme une bande hétéroclite mais attachante. Et vu le nid de serpents auquel ils doivent faire face il vaut mieux pour eux qu’ils soient soudés.

Car l’auteur n’a pas choisi de situer l’action en Égypte par hasard. On y évoque pêle-mêle les tensions religieuses entre musulman et copte, la corruption qui gangrène toutes les strates de l’infrastructure gouvernementale ainsi que les petites bandes mafieuses qui font régner la terreur dans mes quartiers de la ville. L’auteur parvient à conserver une cohésion dans son récit malgré les multiples sous intrigues qu’il développe. Il fait le choix de taire les conclusions de son héros jusqu’à la confrontation avec les antagonistes qui le menacent, un parti pris qui oblige le lecteur à échafauder ses propres hypothèses, on est loin du polar prémâché et prédigéré que l’on voit partout. La conclusion de toutes ses intrigues est satisfaisante même si, encore une fois, le titre français peut amener une certaine confusion, car les meurtres évoqués dans le titre sont au final assez secondaire dans l’intrigue générale.

Deux volumes des enquêtes de Makana ont suffi pour que je tombe amoureux de ce personnage meurtri, de l’ambiance sombre qui s’échappe des récits qui le mettent en scène. L’absence de nouvelles technologies est un plus non négligeable et qui accentue cette ambiance roman noir qui devrait régaler tous les amateurs de ce genre d’histoire. La fin de ce tome laisse présager une suite encore plus marquée par la géopolitique.

Résumé: 2001. Les foules d’Imbaba sont en émoi : des adolescents de ce quartier populaire du Caire ont été tués dans des circonstances troublantes. Le pouvoir tente de faire accuser les coptes. Meera, employée copte d’une agence de voyages, est assassinée en pleine rue. Makana, ex-policier soudanais reconverti en détective privé, découvre en enquêtant une nouvelle facette de la corruption en Égypte.

  • Éditeur : Le Seuil (18 février 2016)
  • Langue : Français
  • Broché : 416 pages
  • ISBN-10 : 2021141942
  • ISBN-13 : 978-2021141948
  • Poids de l’article : 440 g
  • Dimensions : 14.2 x 2.8 x 22.6 cm

Notre-Dame des loups – 13 mai 2021 de Adrien TOMAS

1868, aux confins de l’Amérique, sept Veneurs, hommes et femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage à la recherche de Notre-Dame des loups, une créature qui serait à l’origine de la prolifération des lycanthropes sur le territoire américain.

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Chronique : Notre-Dame des Loups a été un gros, gros coup de cœur. Je l’ai dévoré si vite que je n’ai presque pas eu le temps de le savourer, je n’ai tout simplement pas réussi à le lâcher.
Nous sommes en 1868, en Amérique, et nous suivons une bande de sept Veneurs en mission. Ce sont des chasseurs d’exception qui traquent sans relâche les lycanthropes avec le fol espoir de parvenir à éliminer Notre-Dame des loups, l’Alpha, la mère, celle par qui tout aurait commencé.

En si peu de pages, l’auteur nous offre un background fouillé, riche et non seulement bien développé mais aussi bien utilisé, qui sert vraiment son intrigue. Quelques années seulement après la guerre de sécession, on découvre un pays divisé, affaibli, où les comportements n’ont pas encore tous évolués dans le bon sens. C’est dans cette ambiance un peu dark et très western vraiment crédible et réussie que nous suivons les Veneurs, chacun ayant une raison bien particulière de participer à la chasse.

Les Veneurs donc, sont au nombre de sept. Chaque chapitre du roman vous offrira le point de vue d’un nouveau membre de la Vénerie, et ce à la première personne. Qu’il est doux d’être propulsé dans la tête d’un beau salaud ou d’un esprit dérangé, c’est toujours une expérience des plus singulières ! En tout cas, c’est un sans-faute de la part d’Adrien Tomas. Chaque personnage est hyper travaillé, nuancé, avec une histoire précise et toujours intéressante. Mais surtout, ils ont tous leurs secrets, et ils cachent tous très bien leur jeu… Cette construction est juste génialissime, elle renverse nos certitudes toutes les deux pages et joue avec nous jusqu’à la dernière ligne. Et je reste plus qu’admirative de la précision avec laquelle Adrien Tomas arrive à raconter les histoires de chacun en si peu de pages. Du génie, je vous dis !

Les personnages sont donc extrêmement bien travaillés, crédibles et leurs dialogues sont savoureux, en totale adéquation avec la personnalité de chacun et l’ambiance du roman. L’auteur respecte aussi le mythe du loup-garou, sans rien édulcorer, en apportant un coté mystique très appréciable qui n’a fait que rendre encore plus palpable l’atmosphère angoissante de la chasse. Quant aux paysage et à l’ambiance… Un sans-faute absolu, je vous dis. Je n’ai trouvé aucun défaut à ce roman !

La principale qualité de Notre-Dame des loups, c’est cette capacité à surprendre le lecteur absolument tout le temps, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle ou de se remettre de ses émotions. Oubliez l’idée d’avoir un marque-page, vous finirez le livre avant même d’en avoir eu besoin ! Finalement, je regrette presque un peu de l’avoir lu si vite, de ne pas l’avoir savouré comme il l’aurait mérité. Il est si court, croyez moi, vous l’aurez fini avant même de vous en rendre compte. C’est surement le page-turner le plus prenant que j’ai lu à ce jour, impossible à lâcher, chaque fin de chapitre étant insoutenable.

J’ai donc eu un très gros coup de cœur pour ce court roman, que j’aurais égoïstement voulu plus long pour pouvoir en profiter plus longtemps, alors qu’il est tout simplement parfait tel qu’il est.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 192 pages ISBN-10 : 2354089058 ISBN-13 : 978-2354089054