Après la guerre d’Hervé Le corre, Bordeaux dans tout ses états

Bien plus qu’un récit sur l’après-guerre, ce roman noir est aussi un pamphlet sur la guerre et sur les âmes qui s’y trouvent mêlées. À travers le portrait de trois personnages, l’auteur évoque trois parcours et trois manières de vivre durant la guerre, y participer, en profiter ou en être victime.

Commençons par le parcours de Daniel, celui qui m’a le plus posé problème. Non pas que la qualité ne soit pas présente mais je ne m’attendais pas à ce que la guerre d’Algérie soit aussi présente dans le récit. J’ai eu du mal à m’intéresser à l’enfer vécu par ce jeune homme, si jeune mais déjà si vieux mentalement. Il m’a fallu saisir le propos de l’auteur sur la guerre pour finalement appréhender cette partie du récit.

Ensuite il y a André, le survivant, celui qui a tout perdu et qui revient la rage au ventre, hanté par les souvenirs d’un autre enfer. L’auteur soigne le portrait de ce personnage complexe tout en nuances, un fantôme déshumanisé qui ne retrouve qu’une pâle lueur de clémence que trop tard pour lui-même.

Enfin vient le portrait le plus consistant. L’un des personnages les plus sombres, les plus abjects qu’il m’a été donné de lire. Une âme souillée par sa haine instinctive de son prochain, sa jalousie médiocre et sa rage meurtrière, j’ai nommé le commissaire Darlac. Un personnage qui, sous une plume moins travaillée et minutieuse, aurait pu être simplement détestable mais dont l’aura nauséabonde suinte des pages de l’ouvrage et constitue le pilier du récit. Un bloc de noirceur ciselé que l’on ne peut haïr tellement il est stupéfiant de cruauté.

Ces trois portraits sans concessions se trouvent encadrés par une description lugubre et souillée de la ville de Bordeaux, qui ressemble plus à un égout à ciel ouvert qu’à une capitale régionale. Un sombre écrin pour un récit qui ne l’est pas moins.

Résumé :

Bordeaux dans les années cinquante. Une ville qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et où rôde l’inquiétante silhouette du commissaire Darlac, un flic pourri qui a fait son beurre pendant l’Occupation et n’a pas hésité à collaborer avec les nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a commencé : de jeunes appelés partent pour l’Algérie.

Daniel sait que c’est le sort qui l’attend. Il a perdu ses parents dans les camps et est devenu apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où il travaille. L’homme ne se trouve pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va déclencher une onde de choc mortelle dans toute la ville. Pendant ce temps, d’autres crimes sont commis en Algérie…

Éditeur ‎Editions Payot & Rivages (12 mars 2014)
Langue ‎Français
Broché ‎523 pages
ISBN-10 ‎2743627263
ISBN-13 ‎978-2743627263

Le scandale Ivermectine: Comment et pourquoi ils ont bloqué l’anti-covid-19 – 21 octobre 2021 de Jean-Loup Izambert (Auteur)

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Or, contre toute attente, les dirigeants des multinationales pharmaceutiques, les autorités politiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Union européenne ont tout fait pour bloquer ce traitement, laissant ainsi mourir des centaines de milliers de personnes qui pouvaient être soignées et sauvées.

Chronique : Tous ceux qui s’intéressent un peu à la pandémie covid en cours, ont entendu parler de l’Ivermectine, un médicament ancien qui a supplanté l’Hydroxychloroquine pour le traitement, précoce principalement, de la maladie.
L’intérêt de ce livre est de rassembler un ensemble de données, d’informations et ainsi de présenter un panorama complet de cette situation proprement ahurissante, révoltante, dépassant même l’entendement : interdire des médicaments déjà prescrits durant des décénies sans effets secondaires notables (1), en les taxant soudain de poisons.

Certains ont affirmé que le mal révélait les valeurs.
Pour les organisations combattantes, seule l’issue de l’affrontement révèle la valeur. Ainsi, l’armée française en 1939 pouvait paraître, à de nombreux observateurs, être de premier plan. Ce n’est qu’après la débâcle de 1940 face à l’armée allemande véloce que sa piètre valeur est apparue aux yeux de tous. De même, les systèmes de santé sont des organisations combattantes, et là aussi, la médecine française, vantée souvent pour être la meilleure au monde a été mise en déroute par un virus inattendu et très rapide.
Le covid-19 a révélé les failles des systèmes sanitaires du monde occidental.
Certaines de ces failles sont largement décrites dans les différents chapitres de ce livre.
– Une bureaucratie obèse à tous niveaux
– Une technocratie et des procédures inadaptées et incapacitantes. En particulier, les essais randomisés complétement inadaptés face à un virus protéiforme, mutant rapidement. De plus, ces essais posent un problème moral pour le médecin car ils imposent de ne pas traiter certains patients pour permettre la comparaison. (Voir la vidéo de l’IHU Méditerranée du Pr. Philippe Brouqui : Pourquoi nous n’avons pas fait d’essais randomisés ? (10 Juin 2020).
– Une omniprésence de l’industrie pharmaceutique induisant des conflits d’intérêts voir de la corruption pour mettre en avant des médicaments récents beaucoup plus rémunérateurs.
On peut aussi avancer des facteurs mentaux :
1. Le Wokisme. Le refus et la diabolisation de traitements anciens peut s’inscrire dans l’air du temps, chercher à faire table rase du passé.
2. Le statut. L’utilisation de médicaments dédiés principalement à des pays pauvres, ex-colonies, peut être vu comme indigne des sociétés avancées occidentales. Inversement promouvoir des vaccins innovants made in USA, c’est réaffirmer la suprématie occidentale face à des pays de seconde zône, mais qui pour certains ont considérablement mieux réussi face à la pandémie.

Éditeur ‏ : ‎ IS Edition (21 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 174 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2368452915

Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même – 17 janvier 2013 de Lise Bourbeau (Auteur)

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Apprendre à être soi-même.

Chronique : Lise Bourbeau, l’auteur de ces Cinq blessures qui empêchent d’être soi-même, a des convictions polémiques, notamment celles sur la réincarnation des âmes ou les maladies causées par les blessures mentales.
En outre, son écriture m’a semblé par moments pesante et poussive…
Pourtant, son livre m’a appris et apporté beaucoup de choses, et même aidé à mieux comprendre certains de mes fonctionnements.
Le propos en est très simple; il existe cinq blessures fondamentales dont nous souffrons : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice.
Ce n’est pas la réalité des faits qui définit la blessure ressentie, mais plus notre construction mentale : ainsi, une personne souffrant d’humiliation se sentira humiliée si son partenaire l’abandonne ou si son patron lui fait subir une injustice…
Pour éviter de souffrir, nous nous construisons des masques, un pour chacune des blessures : le fuyant, le dépendant, le masochiste, le contrôlant, le rigide.
Nous les portons plus ou moins souvent, en fonction de la gravité de nos blessures, mais dans tous les cas notre corps et notre comportement en sont marqués.
Schématiquement, la personne souffrant d’humiliation, qui porte le masque de masochiste, aura tendance à s’habiller de vêtements qui ne l’avantagent pas et à se tacher en mangeant…
La solution selon Lise Bourbeau, c’est de comprendre quels sont nos blessures, de pardonner à ceux qui nous ont blessés, mais aussi à nous-mêmes de leur en avoir voulu… et d’apprendre à s’aimer, à retirer ses masques pour devenir soi-même. Pas sûr que ce livre y suffise, mais il peut peut-être y contribuer.

Chronique de ☀️🐻 GP 🐱☀️

Éditeur ‏ : ‎ Pocket (17 janvier 2013) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 256 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266229486

Dieu – La science Les preuves – 13 octobre 2021 de Michel-Yves Bolloré (Auteur), Olivier Bonnassies (Auteur)

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Pendant près de quatre siècles, de Copernic à Freud en passant par Galilée et Darwin, les découvertes scientifiques se sont accumulées de façon spectaculaire, donnant l’impression qu’il était possible d’expliquer l’Univers sans avoir besoin de recourir à un dieu créateur. Et c’est ainsi qu’au début du XXe siècle, le matérialisme triomphait intellectuellement.

Chronique : Je ne connais pas de religion qui croit au Père Noël. La religion est souvent ridiculisée. Elle est néanmoins loin d’être irrationnelle ou absurde.

S’il y a des arguments qui semblent en défaveur de l’existence de Dieu et qui semblent cohérents de prime abord, les arguments en faveur de Dieu sont beaucoup plus solides. Pour reprendre le titre d’un livre, il faut beaucoup de foi pour être athée. J’aimerais connaître vos preuves de l’inexistence de Dieu.

J’invite toute personne ouverte d’esprit à lire ce livre ou Les fondements du christianisme (Mere Christianity) de C.S. Lewis, De la génétique à Dieu de Francis Collins, La foi et la raison de Henri Blocher, les livres de Lydia Jaeger, de Timothy Keller, Croire en Dieu, est-ce rationnel ? de Amy Orr-Ewing, la Somme théologique 1 à 4 de Thomas d’Aquin ou plus important encore, la Bible d’étude Semeur, en commençant par les Proverbes ou les Évangiles.

Si la science répond au comment des choses, la philosophie répond au pourquoi des choses.

La foi chrétienne répond à beaucoup de questions auxquelles la science ne répond pas : d’où venons-nous ? Quel est le sens de la vie ? Pourquoi sommes-nous sur Terre ? Où allons-nous après la mort physique ? Est-ce qu’une « juste justice » sera faite pour toutes les personnes victimes de divers abus ou maux ?

L’histoire chrétienne connaît beaucoup de scandales qui décrédibilisent le christianisme. Cependant, jeter le bébé avec l’eau du bain est une erreur que l’on commet si facilement.

Aussi, les généralisations, les soupçons ou les accusations inutiles sont dommageables pour nous tous. Les guerres ou les croisades en paroles vis-à-vis de ceux que l’on considère comme adversaires est une manière de reproduire ce que l’on reproche au passé.

Une ouverture d’esprit, une tolérance, un respect et une bienveillance à écouter ou lire ce que l’autre camp pense ne peut que nous enrichir.

Un monde où l’on accepte la différence (pas le mal) et où le respect de l’autre a sa place, qu’il soit étranger dans sa pensée, ne peut qu’être meilleur. La religion peut être un mal, comme d’autres domaines, mais ne généralisons pas, quel que soit le sujet !

La théologie, la science (connaissance) de Dieu est essentielle. L’un dira, je ne crois pas en Dieu parce que…, un autre dira je ne sais pas ou je ne veux pas savoir, et un autre encore dira, je crois en Dieu parce que… C’est ici qu’il est essentiel de connaître clairement les diverses positions (pas les caricatures) des divers points de vue. (voir par exemple le débat entre John Lennox et Richard Dawkins ou encore Unbelievable? avec Justin Brierley sur Youtube).

Car, finalement, notre avenir à tous dépend de notre science ou connaissance de Dieu !

Chronique de GospelMag.fr

Éditeur ‏ : ‎ Les éditions Trédaniel; Illustrated édition (13 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 577 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2813225851

Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique – 29 octobre 2021 de Blain Christophe (Auteur, Illustrations), Jancovici Jean-Marc (Auteur)

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La rencontre entre un auteur majeur de la bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques et de l’impact sur le climat a abouti à ce projet, comme une évidence, une nécessité de témoigner sur des sujets qui nous concernent tous. Intelligent, limpide, non dénué d’humour, cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient.

Chronique : Jean-Marc Jancovici abandonne donc les graphiques pour le graphique. Le scientifique Jean-Marc Jancovici simplifie. Il nous éclaire donc par ses élans de simplification, bien orchestrés et qui semblent être proches du réel [veritas est adæquatio rei et intellectus], validés en cela par suffisamment de membres de la communauté scientifique, bien qu’il y aura toujours des débateurs, des récalcitrants, des opposants, des rivaux. Moi, j’opine sans savoir, enfin sans savoir autant que l’auteur, mais rien ne peut s’opposer aux lois de la physique. Si la simplification peut gagner les béotiens, dont je fais toutefois partie, elle initie aussi un doute que je vais rejeter, car l’homme Jean-Marc Jancovici me parait autant compétant que sincère, sans recherche de gloires, de conquêtes, de prestiges. Il est un prophète peu ou pas entendu dans son pays. Si cela est patent, nous espérons que l’apocalypse décrite dans le même ouvrage que le constat du rejet des prophètes ne se réalise pas. Je crains le pire ! Jean-Marc Jancovici est souvent apocalyptique dans ses conférences, nous donnant à prendre en compte l’histoire, tragique sans interruptions, avec quelques rares pauses pour nous faire oublier Locke et la guerre de tous contre tous ou Girard pour qui chacun se croit seul en enfer définissant en cela l’enfer. Dans « Réflexions sur la liberté et l’oppression sociale », Simone Weil, en 1934 annonçait la façon dont la production mondiale occasionnera, en quelques décennies ou quelques siècles, une sape inévitable de ses propres ressources matérielles et elle se prononçait en faveur d’une forme de « décroissantisme » avant l’heure, qui enjoignait son lecteur à requestionner la notion de progrès afin d’examiner dans quelle mesure l’essor de l’innovation technique et de la production profite ou nuit au bien-être humain. Donc, rien de nouveau sous le soleil, (de Satan ?)

Éditeur ‏ : ‎ DARGAUD; Illustrated édition (29 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 196 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2205088165 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2205088168

Les exfiltrés de Berlin d’Harald Gilbers, L’horreur ne disparaît jamais, elle change juste de nom.

La précédente enquête de l’inflexible commissaire Oppenheimer m’avait séduite par son réalisme historique mais déçu par son intrigue prévisible au possible. Il est rare qu’une saga policière se bonifie avec le temps mais cela semble être le cas ici avec un nouveau récit moins attendu.

Autant être clair d’entrée de jeu, les twists renversant ne seront jamais l’apanage de l’auteur. Ce dernier préfère tisser une atmosphère oppressante, une ambiance paranoïaque dans une ville de Berlin qui a du mal à se remettre de la Seconde Guerre mondiale.

À défaut d’une enquête qui enchaîne les révélations, le récit propose une intrigue solide, rythmée avec une dose d’espionnage et de politique anxiogène qui laisse se profiler la guerre froide. Il n’y a guère qu’une décision invraisemblable prise par les personnages vers la fin qui m’a fait lever les yeux au ciel.

Mais, encore une fois, c’est surtout par sa retranscription du quotidien du peuple berlinois que l’ouvrage fait merveille. L’auteur nous fait partager la misère, l’amertume et la fierté d’un peuple qui n’a pas encore pu tourner la page de sa sombre histoire. Le quotidien des Berlinois nous est conté avec un réalisme clinique, les privations, le désarroi mais aussi la peur de ne pas voir le bout de ce sombre tunnel. Le tout par le regard acéré du commissaire Oppenheimer qui nage constamment en eaux troubles, témoin privilégié du théâtre sanglant qu’est devenu sa ville.

Harald Gilbers signe une honnête saga policière, habitée par un souci du réalisme historique et des personnages ambigus crédibles. La période complexe de l’après-guerre est une mine d’histoires idéales pour de sombres récits policiers.

Résumé : Berlin, 1947. Dans une capitale allemande divisée et affamée, le commissaire Oppenheimer est appelé sur le lieu d’un crime banal : un cambrioleur tué par le locataire de l’appartement dans lequel il est entré par effraction. Un cas d’autodéfense classique ? Oppenheimer en doute et découvre des zones troubles. Pendant ce temps, son collègue Billhardt disparaît en pleine enquête sur la mort d’un pickpocket retrouvé avec d’étranges documents sur lui. Oppenheimer comprend que les deux crimes sont liés et se retrouve bientôt confronté à un réseau secret d’exfiltration d’anciens nazis vers l’Argentine. Encerclé par les traîtres jusque dans les rangs de la police, il aura fort à faire pour ne pas sombrer.

Éditeur ‎Calmann-Lévy (26 mai 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎448 pages
ISBN-10 ‎2702182321
ISBN-13 ‎978-2702182321

Des diables et des saints de Jean-Baptiste Andrea, Envole-moi

Certains auteurs n’ont pas besoin de s’emparer d’un sujet original pour nous ravir. Prenez Jean-Baptiste Andrea, des orphelins, un piano, un orphelinat lugubre et une rose inaccessible il ne lui en fallait pas plus pour engendrer un récit à l’émotion palpable.

La musique est tout ce qui reste au jeune Joseph qu’un tragique coup du sort va priver de sa famille. Dans la France des années 70 peu de place et laisser aux orphelins et Joseph va faire l’expérience de la solitude et de la cruauté du monde. Pourtant la musique, les sublimes mélodies que l’on peut enfanter à l’aide d’un piano, vont devenir la pierre angulaire de son univers. La seule chose qui ne le fera pas sombrer.

La musique comme moyen d’évasion, la musique comme relique d’un passé défunt mais dont les souvenirs s’avère salvateur mais aussi la musique comme passerelle entre les êtres, la musique qui rassemble et fait s’unir les âmes. Ce récit parle de ces notes qui embellissent la vie, aussi rude soit-elle.

C’est aussi un formidable ouvrage sur l’amitié, sur ces épaules desquelles on peut se reposer, sur ces mains qui se tendent, sur ces regards qui en disent long, sur ces rires intemporels qui marquent la mémoire, sur ces rivalités qui bâtissent un homme.

Ce roman est une ode à la liberté, à l’évasion le tout servi par une plume légère, nostalgique et empreint de mélancolie. Un magnifique roman.

Résumé : Qui prête attention à Joe ? Ses doigts agiles courent sur le clavier des pianos publics dans les gares. Il joue divinement Beethoven. Les voyageurs passent. Lui reste.
Il attend quelqu’un, qui descendra d’un train, un jour peut-être.
C’est une longue histoire. Elle a commencé il y a cinquante ans dans un orphelinat lugubre.
On y croise des diables et des saints.
Et une rose.

Éditeur ‎Iconoclaste (14 janvier 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎361 pages
ISBN-10 ‎2378801742
ISBN-13 ‎978-2378801748

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, l’espoir gravé dans l’écorce

Cet ouvrage est bien plus qu’un énième récit post-apo brodant sur le thème éculé du déclin de l’humanité. C’est un ouvrage sur la notion de famille, sur la transmission de valeurs et aussi un formidable message d’espoir pour l’avenir.

Ce roman restera sans doute comme l’une de mes plus belles lectures de cette année. Tout simplement parce que l’auteur est parvenu à me faire changer d’avis sur ses choix de narration et sur mon ressenti concernant ses personnages, ce qui n’arrive que rarement.

En commençant l’ouvrage je me faisais la réflexion que le sujet était intéressant, la narration claire, le propos passionnant mais j’avais l’impression de regarder les personnages à travers une vitre, ce que je trouvais dommage pour une saga familiale où l’attachement aux personnages est primordial. Comme si l’intrigue se déroulait à travers un filtre et que l’auteur nous maintenait à distance de ses personnages. C’était pour mieux nous emmener à la seconde partie.

La première partie du récit, celle où la narration rebrousse le temps, sert à enraciner les thématiques de chaque personnage, à nouer le contexte dans lequel ils évoluent et à planter leurs personnalités. Puis la seconde partie déploie ses trésors d’émotions, la distance s’efface et laisse place à une intensité émotionnelle que j’ai rarement eu l’occasion de lire. Le tout avec pudeur et sobriété.

Une fois le livre refermé on ne peut s’empêcher de saluer l’ingéniosité de l’auteur qui parvient à mêler l’émotion tout en mettant en parallèle les situations vécues par les personnages à des décennies d’écarts. Il parvient à nous faire adopter le point de vue de chaque membre de cette famille atypique, on réussit à adopter leurs choix, même les plus extrêmes. Une famille où chaque branche s’ignore mais se complète, une famille qui ne sait pas communiquer mais qui se transmet pourtant des valeurs fondamentales.

Plus j’y réfléchis, plus je suis persuadé que ce livre est la meilleure lecture que j’ai pu faire cette année, non seulement pour l’émotion qu’il dégage mais aussi pour la résilience dont il fait preuve, un message d’espoir pour notre avenir. Aussi fragile et incertain soit-il.

Résumé : « Le temps ne va pas dans une direction donnée. Il s’accumule, c’est tout – dans le corps, dans le monde -, comme le bois. Couche après couche. Claire, puis sombre. Chacune reposant sur la précédente, impossible sans celle d’avant. Chaque triomphe, chaque désastre inscrit pour toujours dans sa structure. »

D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.
2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire. Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse. Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Éditeur ‎Albin Michel (18 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎608 pages
ISBN-10 ‎222644100X
ISBN-13 ‎978-2226441003

Notre part de nuit de Mariana Enriquez, en cette demeure gisent l’amour et les ténèbres

Imaginez une grande demeure percée de multiples couloirs, aux portes en bois massif dissimulant de sombres pièces mystérieuses. Un manoir ancien où il serait facile de se perdre. Ce livre est cette demeure.

Lire cet ouvrage c’est comme déambuler dans les couloirs plongés dans la pénombre et s’arrêter devant les veilles photographies jaunies qui parsèment les murs. On plisse les yeux pour tenter d’en saisir les moindres détails mais ceux-ci s’entêtent à rester dans l’ombre, vérités insaisissables.

Puis vous parvenez dans un salon vivement éclairé par la lumière du soleil argentin, de jeunes adolescents sont assis en cercle, riant, dansant, parlant de tout et de rien. Leur présence salvatrice allège l’atmosphère et fait espérer des lendemains meilleurs. Mais les ténèbres ont déjà jeté leur dévolu sur eux. Cruelles destinés.

Une large bibliothèque vous assaille au fond d’une pièce solitaire, trésors insoupçonnés de témoignages précieux sur l’Argentine et ses troubles incessants, sur des articles évoquant des charniers cachés dans la jungle, sur l’histoire d’une société secrète dont il vaut mieux taire le nom, sur des récits oubliés de voyage dans un lieu emplis de ténèbres dévorantes et de pendus décharnés. Vous n’avez pas envie d’en savoir plus mais une fièvre inconnue vous pousse à vous immerger dans cet océan de noirceur. Dangereux savoir.

Vous présentez que cette demeure est le réceptacle de la folie humaine, de sa cruauté implacable mais aussi de l’amour d’un père pour son fils, un amour qui s’exprime au-delà du bien et du mal, un amour qui ne s’embarrasse pas des conventions du tout venant.

Vous ressortez de la demeure d’un pas fébrile, le cœur battant, les yeux hagards, tentant désespérément de saisir ce que vous venez de vivre. Touché du doigt par une plume dantesque qui grave à jamais des images saisissantes dans votre esprit mais aussi bercé par la fougue de la jeunesse. Une visite dont on ne ressort pas indemne.

Résumé : Un père et son fils traversent l’Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ? Le petit garçon s’appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d’un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d’une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.

Alternant les points de vue, les lieux et les époques, leur périple nous conduit de la dictature militaire argentine des années 1980 au Londres psychédélique des années 1970, d’une évocation du sida à David Bowie, de monstres effrayants en sacrifices humains. Authentique épopée à travers le temps et le monde, où l’Histoire et le fantastique se conjuguent dans une même poésie de l’horreur et du gothique, Notre part de nuit est un grand livre, d’une puissance, d’un souffle et d’une originalité renversants. Mariana Enriquez repousse les limites du roman et impose sa voix magistrale, quelque part entre Silvina Ocampo, Cormac McCarthy et Stephen King.

Éditeur ‎Sous-Sol (19 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎768 pages
ISBN-10 ‎2364684668
ISBN-13 ‎978-2364684669

Dragons et mécanismes d’Adrien Tomas, l’inventivité de la plume, la puissance du conte

Adrien Tomas est pour un auteur aussi talentueux que J.K. Rowling. Entendez par là qu’il est capable d’immerger les lecteurs dans son univers riche en quelques pages à peine. Une capacité envoûtante qui se vérifie avec ce nouvel ouvrage.

Plutôt que de mettre en scène une saga à suivre tome après tome, l’auteur a opté pour des opus interdépendants se déroulant dans le même univers. Au lecteur de piocher ce qu’il désire dans cet univers vaste et passionnant. Clins d’œil et références sont légion mais sans jamais gêner la lecture pour ceux qui n’auraient pas lu les ouvrages précédents.

C’est une aventure épique qui attend le lecteur, digne des meilleurs récits d’exploration. Le départ de cette quête intense résonne comme les plus grands classiques du genre, un duo de personnages antinomiques mais complémentaires, un monde sauvage et exotique, et des péripéties vitaminés. L’auteur insuffle suffisamment de dynamisme et d’humour pour que le récit se dévore tout seul.

Le fait qu’il s’intègre dans un schéma d’aventure classique n’empêche pas le récit de se montrer original dans le développement de ses personnages, notamment dans leurs sentiments amoureux, l’occasion pour l’auteur d’évoquer des orientations sexuelles encore trop peu abordé dans la littérature jeunesse. Les autres thèmes centraux du récit sont modernes et terriblement actuels, l’épuisement des ressources naturelles, l’aveuglement des gouvernements, des sujets qui parleront à la jeune génération.

Aussi riche et foisonnant soit le récit, il reste maîtrisé du début jusqu’à la fin. Le dénouement aurait peut-être mérité plus de développement ainsi que certaines intrigues secondaires mais force est de reconnaître que l’auteur est parvenu à livrer un récit épique et consistant. Un festin pour les amateurs de fantasy.

Résumé : Dague est voleur et espion. Il vit de cambriolages et de petits larcins. Alors qu’il est en mission de surveillance, il assiste à l’agression de Mira, une étrangère qui a fui son pays suite à un coup d’Etat. L’adolescente est archiduchesse, poursuivie par un tyran qui veut l’épouser et s’accaparer ses talents. Car elle fait partie des mécanomages, des sorciers capables de combiner leurs pouvoirs à de savants montages d’ingéniérie mécanique. En sauvant Mira, Dague est blessé, et les deux jeunes gens sont d’abord contraints de se cacher. Mais l’aristocrate est déterminée. Pour échapper à son ennemi et – accessoirement – tenter de récupérer le trône d’Asthénocle auquel elle peut prétendre, elle est résolue à s’enfoncer au cœur de la jungle. Un territoire hostile, quasi inexploré, et peuplé de dragons sanguinaires.

Éditeur ‎Rageot Editeur; Illustrated édition (24 février 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎640 pages
ISBN-10 ‎2700275470
ISBN-13 ‎978-2700275476
Âge de lecture ‎12 années et plus