Janua Vera de Jean-Philippe Jaworski, fresque royale

Toujours sera récompensé l’auteur qui patiemment tisse la tapisserie que constitue son oeuvre. En fantasy la précipitation est rarement récompensée. Une méticulosité que Jean-Philippe Jaworski a faite sienne pour notre plus grand plaisir.

Ce recueil de nouvelles complète à merveille le fantastique roman qu’est gagner la guerre. Il donne à voir une géographie précise du vieux royaume tout en consolidant les bases historiques de cette terre morcelée où les passions humaines ne cessent de causer leurs ravages. Un patchwork saisissant, cohérent et passionnant. Le tout servi par une plume riche, vive et surprenante

Les différents récits regroupés ici forment une toile, une fresque dantesques où les fils se croisent et s’entrecroisent pour mieux incarner cet univers si diversifié que l’auteur a créé. Évidemment certaines nouvelles vous parleront plus que d’autres. Si celle mettant en scène le téméraire Benvenuto est évidemment un plaisir de lecture immédiat c’est surtout le récit tout simple mais touchant mettant en scène Suzelle, une simple paysanne rêveuse, qui me reste un tête, allez savoir pourquoi.

Tantôt mystiques, tantôt légers et humoristiques ces dix récits donnent un aperçu de l’ampleur du talent de l’auteur. La politique impitoyable laisse place à l’onirisme merveilleux alors même que les personnages se débattent inlassablement contre leur destin imparable.

Un ouvrage en forme de fresque royale qui joue à merveille le rôle de point d’entrée dans un univers dense et fabuleux.

Résumé : Chaque nuit, Leodegar le Resplendissant se réveille en hurlant dans son palais. Quelle est donc l’angoisse qui étreint le conquérant dans son sommeil ? S’agit-il d’un drame intime, ou bien de l’écho multiple des émotions qui animent le peuple du vieux royaume ?

Désenchantement de Suzelle, la petite paysanne, devant la cruauté de la vie ? Panique de maître Calame, le copiste, face aux maléfices qui somnolent dans ses archives ? Scrupule d’Ædam, le chevalier, à manquer aux lois de l’honneur ? Hantise de Cecht, le housekarl, confronté aux fantômes de la forêt ? Appréhension de Benvenuto, le maître assassin, d’être un jour l’objet d’un contrat ? Ou peurs primales, peurs fondamentales, telles qu’on les chuchote au Confident, qui gît au plus noir des ténèbres…

À travers dix destins se dessine une géographie du vieux royaume, de ses intrigues, de ses cultes, de ses guerres. Et de ses mystères, dont les clefs se nichent, pour beaucoup, dans les méandres du cœur humain.

Éditeur ‎MOUTONS ELECTR (7 septembre 2017)
Langue ‎Français
Broché ‎412 pages
ISBN-10 ‎2361833956
ISBN-13 ‎978-2361833954

Le jour où Kennedy n’est pas mort de R.J. Ellory, God blesse america

Ellory fait partie de mes auteurs favoris. Sa plume dense et mélancolique donne corps à des personnages profonds, abîmés par la vie et des récits noirs où l’âme humaine se confronte à ses propres ténèbres.

La perspective de le voir se tourner vers la dystopie avec ce thriller journalistique qui imagine que l’attentat de 1963 à Dallas n’a pas coûté sa vie à JFK avait de quoi me réjouir. Finalement l’aspect dystopique reste très secondaire dans le récit et permet surtout à l’auteur de teinter son récit d’un cynisme mordant sur les coulisses de la politique américaine.

L’intrigue connaît des débuts laborieux. En effet, en une soixantaine de pages et une dizaine de chapitres, l’auteur introduit un nombre conséquent de personnages, dont certains que nous ne reverrons pas par la suite. Puis l’enquête de Mitch commence enfin et le récit trouve son rythme de croisière.

Le personnage de Mitch Newman est, encore une fois, une grande réussite. Un homme torturé par ses actions, hanté par l’image d’un amour maudit, pétri de regrets et de remords. Le suivre tout au long de son enquête est un réel plaisir et offre les meilleurs chapitres du livre. Une enquête qui se passe d’action mais reste palpitante si l’on aime lever, petit à petit, le voile de mystère qui entoure la mort de son ex-fiancée.

À côté les passages qui s’immiscent dans les rouages pervers de la politique américaine apportent un éclairage intéressant sur le personnage de JFK pour peu que l’on ne se soit jamais penché sur l’histoire de ce monument de l’histoire américaine.

La conclusion du récit s’est révélée trop classique aux vues des promesses initiales. Une déception qui ne doit pas entacher le fait que l’auteur a, encore une fois, livré un thriller de bonne facture mais à qui il manque peut-être un soupçon d’originalité pour un faire une référence dans le domaine du thriller politique.

Résumé : C’est l’une des histoires les plus connues au monde – et l’une des plus obscures. Le 22 novembre 1963, le cortège présidentiel de John F. Kennedy traverse Dealey Plaza. Lui et son épouse Jackie saluent la foule, quand soudain…
Quand soudain, rien : le président ne mourra pas ce jour-là. En revanche, peu après, le photojournaliste Mitch Newman apprend le suicide de son ex-fiancée, Jean Boyd, dans des circonstances inexpliquées. Le souvenir de cet amour chevillé au corps, Mitch tente de comprendre ce qui s’est passé. Découvrant que Jean enquêtait sur la famille Kennedy, il s’aventure peu à peu dans un monde aussi dangereux que complexe : le cœur sombre de la politique américaine.

Éditeur ‎Sonatine (4 juin 2020)
Langue ‎Français
Broché ‎432 pages
ISBN-10 ‎2355847959
ISBN-13 ‎978-2355847950

L’énigmatique madame Dixon – 7 octobre 2021 de Alexandra ANDREWS

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Florence Darrow veut être écrivaine. Ou plutôt : Florence Darrow sera écrivaine, elle en est persuadée. Chose plus simple à dire qu’à faire, et Florence peine à trouver sa place dans le monde de l’édition new-yorkaise. Quand on lui propose de devenir la nouvelle assistante de madame Dixon, l’autrice de Mississipi Foxtrot, le best-seller de l’année, elle saute sur l’occasion.

Chronique : L’énigmatique madame Dixon . Telle est bien la question. C’est une romancière qui a remporté les faveurs de la critique et un succès commercial, mais personne ne connaît l’identité de la personne qui se cache derrière le pseudonyme. C’est alors qu’entre en scène Florence Darrow, assistante dans une maison d’édition. Elle n’est pas satisfaite de son travail servile, mais pense que c’est un tremplin pour devenir l’écrivain célèbre et vénéré qu’elle est censée être. Malheureusement, elle ne se rapproche pas de son but, jusqu’à ce qu’une série de choix bouleverse sa vie et la mette sur une trajectoire de collision avec le destin… et Maud Dixon.

Et c’est tout ce que je vais dire concernant l’intrigue, car en dire plus serait gâcher les bonnes choses.

L’histoire se déroule lentement, et une bonne partie du plaisir est de ne pas vraiment savoir où elle va. Il y a ce sentiment de pressentiment inquiétant qui imprègne tout le livre. Le sentiment de dissonance, que quelque chose ne va pas, plane sur Florence, et il s’amplifie au fil du temps, petit à petit. Cette atmosphère me rappelle le meilleur du roman noir classique, dans la veine d’Hitchcock.

Même s’il faut du temps pour arriver au dénouement, l’histoire me tient en haleine dès la première page. L’écriture est si vive et si sournoise. Et Florence est un personnage principal rusé. Elle est égocentrique, sans complexe et prête à tout pour réaliser ses ambitions. Elle fait la parfaite femme fatale… ou est-elle simplement une victime dans tout ça ?

Le fait qu’il s’agisse du premier livre d’Alexandra Andrews est étonnant, car il se lit comme un thriller vraiment magistral. J’ai hâte de voir ce qu’elle va encore nous proposer.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Les escales éditions (7 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 416 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2365695612 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2365695619

Inestimable – 14 octobre 2021 de Zygmunt MILOSZEWSKI

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À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Chronique : Oh, comme j’aime de telles aventures. Et même si j’ai commencé par le deuxième tome de la série, cela ne m’a pas empêché d’apprécier la lecture du tout.
Et je vais certainement rattraper le premier tome prochainement.

Tout commence au début du XXe siècle avec Benedykt Czerski, un scientifique et ethnographe, qui revient après des années d’exil en emportant avec lui un artefact inestimable qui cache le secret de la longévité. Malheureusement, l’artefact disparaît avec le suicide de Czerski.
Après de nombreuses années, Bogdan Smuga, un scientifique déterminé qui a sa propre vision du sauvetage du monde, tente de retrouver l’artefact et l’héritage de Czerski.
Il implique le professeur Zofia Lorentz, une historienne de l’art qui vient d’être renvoyée de son poste de conservatrice du Musée national, tandis que son mari se bat contre une mystérieuse maladie qui lui vole ses souvenirs.
Dans son désespoir, Zofia se lie avec Smuga, bien qu’il lui cache certainement quelque chose.
Mais dans la lutte pour le sort de la Terre et la survie de l’humanité, il est parfois possible de se perdre.

Il y a de l’aventure, des sensations, de l’action rapide et quelque chose qui vous fait réfléchir sur l’ordre du monde moderne. Ça arrive, ça arrive.

Il est intéressant de noter que le personnage de Benedykt Czerski a été inspiré par Bronisław Piłsudski, un exilé et ethnographe polonais qui a étudié les peuples et les cultures d’Extrême-Orient, principalement les Aynesians vivant à Sakhaline. Bronisław était également le frère de Józef Piłsudski.

Une excellente lecture pour ceux qui aiment l’aventure, les voyages, l’action constante et les théories du complot. Un roman parfait pour l’époque dans laquelle nous vivons actuellement.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (14 octobre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 496 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2265155209 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265155206

Mirrorland – 26 août 2021 – de Carole JOHNSTONE

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Cat est partie s’installer à Los Angeles, loin de sa ville natale d’Edimbourg, et de sa sœur jumelle, El, dont elle est sans nouvelles depuis de longues années. La première partie de sa vie semble effacée de sa mémoire. Mais le jour où elle apprend la disparition inquiétante de sa sœur, elle décide de rentrer en Ecosse.

Chronique : Mon cerveau est en feu ! Mes chères cellules grises trop cuites réduites en cendres ! Un autre thriller stimulant et stimulant est prêt à vous surprendre avec des rebondissements compliqués !

Nous avons un narrateur peu fiable pour nous raconter une histoire complexe, effrayante, délirante, qui glace le sang, avec un thème de maison gothique, sombre, claustrophobe, qui danse avec un mélange de réalisme magique, de thriller psychologique et de mystère !

Les jumelles El et Cat ont créé un monde appelé Mirrorland jusqu’à ce que ce monde commence à les menacer et à les engloutir entièrement. Il était une fois, elles marchaient main dans la main, effrayées, transies de froid et pleurant dans un port écossais d’Édimbourg pour attraper le dernier bateau pirate. Au cours de la même nuit, leurs vies ont complètement changé.

Nous avançons dans le temps : 12 ans plus tard, Cat, qui a déjà refait sa vie en Californie, est obligée de retourner dans la maison de son enfance. La maison a été achetée par El et son mari Ross car El obtient toujours ce qu’elle veut, y compris enlever Ross à Cat avec ses actes théâtraux comme des menaces de suicide.

Les sœurs ont cessé de se parler pendant 10 ans et maintenant El a disparu, présumée morte, ce que Cat ne croit pas depuis le début. Elle connaît sa sœur plus que quiconque et doit découvrir où elle se cache et ce qu’elle essaie de faire en la ramenant dans la maison des horreurs.

Dès que Cat retourne dans la maison de son enfance, ses souvenirs torturés commencent à réapparaître dans son esprit. Mais les choses qu’elle raconte semblent déformées, délirantes. Elle reçoit des messages de menace de la part de quelqu’un et, au fur et à mesure qu’elle creuse, elle croit que sa sœur est peut-être vivante !
Nous ne pouvons pas décider si ses paroles sont exactes ou si elle ment car son esprit flou a du mal à faire la différence entre la réalité et le rêve. Elle réalise finalement que revenir à l’endroit où tous les cauchemars de sa vie ont commencé est le choix le plus dangereux qu’elle ait fait et qu’elle risque maintenant de le payer de sa vie.

Une histoire définitivement complexe, qui fait griller les neurones, qui engourdit l’esprit, qui se superpose, qui est sombre, intelligente et épuisante, qui vous donne l’impression de vous perdre dans les labyrinthes de vos peurs les plus sombres sans pouvoir en sortir !

Ce n’était pas une lecture facile : des nuages de fumée s’élèvent encore au-dessus de ma tête ! Il faut faire attention aux détails et aux significations profondes derrière les histoires magiques des jumeaux. J’ai coupé certains points car certaines parties et représentations du livre m’ont fatigué. Mon esprit a fait des heures supplémentaires pour mettre les pièces du puzzle aux bons endroits.

Wow ! Mes cellules grises me font encore mal mais je suis sûr qu’après avoir lu ce livre, elles ne seront pas rouillées comme l’a conseillé M. Poirot.

Note : 9/10

Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (26 août 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 448 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 226515475X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265154759

Le livre du roi d’Arnaldur Indridason, EN ROUTE VERS L’AVENTURE !! mais pas trop vite…

Cet ouvrage du célèbre auteur de polar islandais était la promesse d’une aventure épique avec les légendes antiques en toile de fond. Malheureusement il s’agit d’une promesse non tenue.

L’adjectif classique serait un terme idéal pour parler de cette lecture. Classique dans sa narration, sous forme de journal intime qui déroule son récit au passé simple. Un choix qui m’a paru désuet et peu judicieux pour impliquer le lecteur dans cette chasse au trésor pour tenter de remettre la main sur l’édition originale du livre du roi.

Classique dans la caractérisation des personnages aussi. Le narrateur principal, qui forme avec son professeur un duo atypique à la Holmes-Watson, l’étudiant tenant le rôle de Watson. Un personnage terne et sans aspérités qui échoue à insuffler le moindre souffle lyrique dans le récit. À contrario le professeur apparaît comme un personnage haut en couleur, doté d’un tempérament orageux, sans pour autant que cela suffise à vivifier l’ensemble.

Tout aussi classique dans le déroulement de son intrigue qui se révèle pauvre en surprises et maigre en élément propre à la mythologie scandinave. À la lecture de l’ouvrage j’ai eu l’impression de lire le scénario d’un téléfilm d’aventures au budget serré. Le genre de téléfilm dispensable sur lequel on tombe un dimanche après-midi en errant de chaîne en chaîne.

Je voue une passion sans bornes pour les récits policiers d’Indridason mais son incursion dans le récit d’aventures ne m’a absolument pas convaincu.

Résumé : Le Livre du roi est un trésor pour lequel certains sont prêts à voler, et même à tuer. En 1955 à Copenhague, un étudiant se lie d’amitié avec un étrange professeur, passionné de sagas islandaises… ancien propriétaire du fameux manuscrit. Désireux de récupérer ce bien inestimable, ils se lancent dans une quête effrénée à travers l’Europe. Ils vont vivre une aventure qui marquera leur vie à jamais.

Jonna – 9 septembre 2021 de CRANK ! (Auteur), Chris SAMNEE (Auteur), Laura SAMNEE (Auteur), Matthew WILSON (Auteur)

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Deux sœurs face à des monstres géants dans le premier projet personnel du génial Chris Samnee.

Rainbow est à la recherche de sa sœur Jonna depuis un an. La dernière fois qu’elle l’a vue, c’était aussi la première fois qu’elle voyait l’un des monstres qui parcourent maintenant la planète.

Chronique : L’ensemble de l’intrigue se lit comme une mise en place parfaite pour une saga à grande échelle des âges, qui n’est pas sans rappeler les premières entrées du chef-d’œuvre de Jeff Smith, Bone, un parallèle que je n’ai pas pu m’empêcher de faire puisque Smith a également fait l’éloge de ce livre sur la couverture. Nous sommes introduits dans un décor coloré qui semble s’inspirer fortement de l’architecture asiatique et des paysages tropicaux au cours d’une série de panneaux essentiellement pantomimiques. Ces pages font un excellent travail en mettant en avant les qualités d’immersion alors que des parties du monde sont révélées tout au long de l’histoire, tout en laissant suffisamment de mystère derrière cet univers pour que nous puissions le découvrir jusqu’à l’arrivée du prochain épisode.
Malgré le titre, je dirais que Rainbow occupe le devant de la scène en termes de présence à l’écran et de caractérisation. Elle est présentée comme une aventurière brillante et ambitieuse, vêtue d’une salopette et d’un chapeau rose, avec de petites oreilles d’animaux qui rappellent vaguement celles de Finn the Human (Adventure Time). Pendant ce temps, Jonna, qui est devenue une vagabonde sauvage, sert surtout de cynisme à la quête périlleuse de Rainbow. Cela n’enlève rien au caractère de Jonna, car plusieurs planches la montrent seule, décrivant son ingéniosité et son agilité qui lui permettent de survivre dans la nature. Il y a même des allusions à sa force extraordinaire qui pourrait jouer un rôle important dans les volumes suivants. Le travail du trait, les dessins des personnages et les arrière-plans m’ont tous étonné. Les couleurs fortement bleues à violacées, en particulier dans les scènes de jungle, se distinguent par leur style unique et constituent une toile de fond idéale pour toutes les scènes d’action exaltantes.

Dans l’ensemble, Jonna est une lecture rapide, courte mais agréable, qui semble répondre à des attentes colossales sur le plan théorique. Il s’agit d’une lecture idéale pour son public cible de niveau intermédiaire, mais qui comporte suffisamment d’enjeux pour enthousiasmer même les lecteurs plus âgés.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B0948LKYCT Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions; Illustrated – Unnumbered copies édition (9 septembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Relié ‏ : ‎ 120 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032404263

Neuf Morts par Quelques Nuits d’Hiver – 18 septembre 2021 de Jean-Pierre Andrevon

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Dans un immense hôtel à l´abandon, perdu au cœur d´une vallée hostile de haute montagne balayée par des vents glacés, neufs ami(e)s de jeunesse \- neuf complices \- se retrouvent pour le partage longtemps remis d´un énorme butin. Mais, à peine arrivés, la mort frappe une première fois. Une tempête de neige et l´écroulement d´un pont bloquent désormais toute fuite. Une série de face\-à\-face tendus se met en place. L´heure des règlements de compte \- y compris intimes \- a sonné. Les vieilles rancœurs, les jalousies ressurgissent. Des dissensions quant au partage du magot se font jour. Rien ne va plus entre les vieux amis de toujours. Et la mort frappe à nouveau… Sur une trame bien connue \- celle des Dix petits nègres \- d´Agatha Christie, Jean\-Pierre Andrevon tisse un thriller bien sûr glaçant et totalement visuel : chaque chapitre \- court, rythmé \- est comme la séquence d´un film, la réalisation crue d´un cauchemar au ralenti!

Chronique : Condensé de cette œuvre de génie : Traité avec justesse, l’ouvrage est d’une qualité littéraire remarquable. Andrevon nous livre ici un superbe suspens digne d’Agatha Christie.

Plus on tourne les pages, et plus on se rend compte que l’on est dans une autre dimension.Immédiatement happé par les premières pages, le lecteur est plongé aux côtés des protagonistes. On se demande, tout comme eux : pourquoi ?  Et tant d’autres questions… Le lecteur est toujours sous pression et ne peut s’empêcher de tourner les pages, se perdant de chapitre en chapitre, afin de savoir qui est le coupable…

La construction du roman est parfaite,, il s’agit d’une prouesse remarquable.Ainsi, les points positifs sont nombreux, c’est un sans faute concernant le scénario. Pour ce qui est de l’écriture, il n’y a aucune lourdeur, le style de Andrevon reste simple, rythmé et efficace. Aucun de ses personnages n’est stéréotypé, chacun a ses ambiguïtés, là aussi le travail est époustouflant.Quant aux décors et aux descriptions, on n’est pas déçu, malgré les beaux horizons qui nous sont offerts on visualise les scènes et on voyage. Mais ce n’est pas tout, impossible de révéler un des gros rebondissements de l’histoire, mais il nous fait basculer dans une autre dimension, tel un triller paranoïaque, il nous fait vibrer et nous questionner encore plus

Le livre est un vrai turn-over, on le dévore d’une traite, pour assécher cette soif de savoir qui nous conduit vers la fin.La mise en place de l’intrigue est tellement parfaite et bien ficelée qu’à la fin, même si vous veniez à deviner (chose qui m’étonnerait) il y a toujours les explications des différents indices semés tout au long du roman, et que l’on avait manqué.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ H et O Editions; H et O Editions (18 septembre 2021) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2845473923 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2845473928

Traverser la nuit de Hervé Le Corre, la nuit je mens

Une rencontre, cette lecture fût une rencontre. La rencontre d’un style qui vous assaille comme une averse hivernale. Chaque mot est une goute glacée qui va glisser le long de votre nuque, trempé votre cuir chevelu et inondez vos chaussures de sa sombre poésie glacée.

Une averse glauque et sordide. On ne peut pas dire que la ville de Bordeaux sorte resplendissante de ce récit sans concessions, pourtant l’auteur évite l’écueil du polar glauque vide de sens et juste gore grâce à une atmosphère morose, des dialogues ciselés et une narration à la troisième personne qui permet de s’imprégner des personnages et de leur vision délétère du monde qui les entoure.

L’auteur a invoqué en sa plume tout ce qu’il contient d’amertume, de désespoir résigné et de colère contenue pour les rassembler en trois personnages qui chacun à leur manière vont ébranler le lecteur dans ses illusions. Louise, de sa détresse de femme battue, et l’incarnation d’une précarité sociale qui hurle en silence. Le commandant Jourdan est le témoin impuissant d’une société qui se délite sous ses yeux comme une falaise érodée par les flots dont il se tiendrait trop près du bord. Enfin Christian est la rage inaudible, la fureur enchaînée qui frappe mortellement au cœur de la nuit. Des portraits fulgurants qui imprègnent le lecteur comme l’éclair imprègnent la rétine.

Ne commettez pas l’affront de croire, qu’une fois l’ouvrage refermé, vous allez pouvoir passez à autre chose. Ce polar fait partie de ceux qui vous hante, dont le destin des personnages résonne dans votre esprit comme une complainte meurtrie, dont le style vous empoigne le temps d’un brusque instant, juste le temps d’apercevoir toute la détresse du monde.

Résumé : Louise a une trentaine d’années. Après la mort accidentelle de ses parents, elle a dérivé dans la drogue et l’alcool. Aujourd’hui elle vit seule avec son fils Sam, âgé de 8 ans, sa seule lumière. Elle est harcelée par son ancien compagnon qui, un jour, la brutalise au point de la laisser dans un état grave. Il blesse aussi grièvement la meilleure amie de Louise. L’enquête est confiée au groupe dirigé par le commandant Jourdan, qui ne reste pas insensible à Louise. Parallèlement un tueur de femmes sévit, pulsionnel et imprévisible, profondément perturbé.

Au cœur de ces ténèbres et de ces deux histoires, Jourdan, un flic, un homme triste et taiseux, qui tente de retrouver goût à la vie…

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (20 janvier 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎320 pages
ISBN-10 ‎2743651733
ISBN-13 ‎978-2743651732

Les suicidés du bout du monde de Leila Guerriero, Les laissés-pour-compte du rêve argentin

Les laissés-pour-compte du rêve argentin

Une fenêtre sur une région du monde méconnue s’ouvre grâce à ce récit et ce qu’elle livre à notre vision d’occidentaux biens au chaud et protégés est à la fois une histoire vieille comme le monde et un constat amer sur la politique argentine.

Une histoire ancienne où ceux qui peuvent tout prendre prennent tout et ne laissent que les miettes aux masses laborieuses. Les condamnant à une vie misérable à l’horizon barré par les derricks des champs pétrolifères.

L’auteure a fait le choix d’épurer son récit de tout romanesque, asséchant ainsi sa plume pour ne garder que l’essentiel, l’effroi, la sidération et la consternation devant ces témoignages douloureux à lire. Des témoignages empreints d’une humanité poignante et qui nous livrent sans fard la l’échec d’une nation, Indifférente au renoncement ultime de ses enfants.

Les raisons de tous ces drames successifs sont rapidement cernés par l’auteure. Une gestion calamiteuse des ressources naturelles, l’absence de lien social (la bourgade ne propose aucun lieu de rencontre, de vie tout y fonctionnel), le manque d’infrastructures ( jusqu’en 2004 il n’y avait pas internet) et les conditions climatiques difficiles. Mais la raison primordiale est le sentiment qu’ont les habitants de ne compter pour rien, de n’être que des grains de poussière tout juste bon à être balayé par les vents mordants de la Patagonie.

Alors que la fenêtre se referme. Les questions se bousculent alors que la peine ou la colère se disputent la primauté des réactions. Un récit âpre, dur à lire et encore plus dure à oublié.

Résumé : Dans cette chronique saisissante d’une ville fantôme de Patagonie frappée par une épidémie de suicides de jeunes gens, Leila Guerriero, figure majeure du journalisme narratif en Amérique latine, mène l’enquête avec une empathie profonde pour trouver une explication à ce geste ultime et toujours incompréhensible. Est-ce une secte, l’ennui, l’alcool, la violence, la solitude, la religion, le climat ? Parcourant les rues désertes de ce bout du monde arasé par le vent et le froid, sorte de far west moderne où viennent échouer les pionniers misérables du pétrole, elle pose en réalité la question de ce qui nous tient en vie. Sa réponse se situe du côté de la solidarité, du lien aux autres, à la communauté.

Éditeur ‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (6 octobre 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎224 pages
ISBN-10 ‎2743654643
ISBN-13 ‎978-2743654641