A Paimpont, l’harmonie règne : parmi les habitants, il y a Joëlle – l’institutrice donneuse de leçons, Anne – la propriétaire de la supérette portée sur l’apéro, Hervé – le plombier alsacien plus breton que les Bretons, ou encore Johnny – le garde-champêtre fan de… Johnny. Dans un grand élan de solidarité, ils acceptent avec enthousiasme de voter l’accueil de réfugiés ukrainiens. Sauf que les réfugiés qui débarquent ne sont pas ukrainiens… mais syriens ! Et certains, dans ce charmant petit village breton, ne voient pas l’arrivée de leurs nouveaux voisins d’un très bon œil. Alors, au bout du compte, c’est qui les barbares ?
Angelo, 10 ans, se rêve aventurier et explorateur.
Vincent Paronnaud revient à la réalisation avec Dans la Forêt Sombre et Mystérieuse, une adaptation audacieuse de la bande dessinée de Winshluss. Ce film, porté par une touche onirique et un humour décalé, nous plonge dans le monde de l’enfance, de ses peurs et de ses rêves.
Un récit d’aventure teinté de fantastique
L’histoire suit Angelo, un garçon de 10 ans rêvant d’aventures et de mystères, qui se retrouve accidentellement abandonné sur une aire d’autoroute. Pour rejoindre sa grand-mère malade, il choisit de traverser une forêt mystérieuse, peuplée de créatures étranges et de dangers bien plus réels qu’il ne l’imaginait. La forêt devient alors une métaphore du passage à l’âge adulte, un territoire inconnu où l’innocence se heurte aux terreurs du monde réel.
Le film se distingue par sa capacité à capturer l’essence du point de vue d’un enfant, où l’imaginaire et le réel se confondent sans cesse. Angelo, qui croit encore aux contes et aux légendes, est confronté à une réalité bien plus complexe et menaçante, ce qui ajoute une dimension émotionnelle forte à son périple.
Un univers visuel riche et saisissant
L’adaptation de Paronnaud, fidèle à la bande dessinée, propose un univers visuel frappant et singulier. Les décors, aussi oniriques qu’inquiétants, sont magnifiquement réalisés. La forêt, à la fois majestueuse et menaçante, est filmée avec une grande sensibilité, créant une atmosphère unique où l’on perçoit les deux faces du monde : celle de l’enfance, pleine de magie et de curiosité, et celle de la peur, souvent irrationnelle et accablante.
La direction artistique, colorée et contrastée, fait écho à l’univers graphique de Winshluss, tout en apportant une nouvelle dimension cinématographique qui capture la beauté du fantastique. Le film oscille entre un style visuel presque naïf et des scènes de plus en plus tendues et angoissantes, créant un équilibre subtil entre l’aventure enfantine et l’horreur qui plane sur le récit.
Des personnages attachants et décalés
L’un des atouts majeurs du film réside dans la richesse de ses personnages. Angelo, interprété par un jeune acteur talentueux, est le cœur du film. Sa naïveté et sa détermination à affronter les épreuves qui se dressent devant lui créent une empathie immédiate. À ses côtés, les personnages secondaires, incarnés par Yolande Moreau, Philippe Katerine et José Garcia, ajoutent de la profondeur et de l’humour au film. Les adultes jouent un rôle étrange dans cette histoire, à la fois protecteurs et incohérents, symbolisant les différentes facettes de l’univers adulte qui échappent à l’enfant.
José Garcia, en particulier, brille dans un rôle de créature étrange qui, tout en étant un antagoniste menaçant, conserve une touche d’absurde et d’humour noir. Ce mélange de comédie et de fantastique est l’une des marques de fabrique du film.
Un voyage entre le réel et l’imaginaire
Dans la Forêt Sombre et Mystérieuse est avant tout un film sur l’imaginaire et la capacité des enfants à créer des mondes parallèles pour affronter leurs peurs. La forêt devient le lieu où les limites entre le réel et l’imaginaire sont floues, un lieu où l’enfant se confronte à des dangers réels (les créatures qui peuplent la forêt) et à des peurs intérieures (l’ogre, la solitude, la responsabilité).
C’est aussi un film sur l’initiation, sur le passage de l’enfance à l’adolescence. À travers cette aventure, Angelo apprend à faire face à ses propres angoisses et à comprendre les véritables enjeux du monde adulte, souvent plus cruels et plus complexes qu’il ne l’avait imaginé.
Megalopolis est une épopée romaine dans une Amérique moderne imaginaire en pleine décadence.
Après des décennies d’attente et de mystère, Francis Ford Coppola livre enfin Megalopolis, une fresque monumentale qui embrasse la démesure et l’ambition avec une audace rare dans le cinéma contemporain. Projet personnel du cinéaste depuis plus de 40 ans, ce film se présente comme une œuvre hybride, à la croisée de la science-fiction, de la tragédie romaine et du commentaire social.
Une épopée romaine au cœur d’une Amérique en déclin
Megalopolis transpose la grandeur et la chute de Rome dans une version dystopique des États-Unis, où New Rome, ville tentaculaire en pleine crise, devient le théâtre d’un affrontement idéologique titanesque. D’un côté, César Catilina (Adam Driver), visionnaire utopiste capable d’arrêter le temps, incarne un avenir où l’art et la science transcendent les limites humaines. De l’autre, Franklyn Cicero (Giancarlo Esposito), maire réactionnaire, lutte pour préserver un système corrompu et répressif, s’accrochant aux vestiges d’un monde en décomposition. Entre eux, Julia Cicero (Nathalie Emmanuel), fille du maire et icône mondaine, oscille entre ces deux visions du futur, tiraillée entre ses sentiments et sa quête de sens.
Coppola, en fin stratège, s’inspire librement de la conspiration de Catilina dans la Rome antique pour bâtir une métaphore de l’Amérique contemporaine. À travers ce duel idéologique, Megalopolis interroge le pouvoir, la décadence et la possibilité d’un renouveau dans une société gangrenée par les inégalités et la cupidité.
Une mise en scène grandiose et expérimentale
Visuellement, Megalopolis est un choc. Coppola, loin de s’en tenir aux codes classiques du blockbuster, opte pour une esthétique baroque et futuriste, où les décors monumentaux évoquent autant la Rome antique que l’architecture brutaliste et cyberpunk. La photographie, oscillant entre clair-obscur expressionniste et explosions de couleurs saturées, donne au film une identité visuelle unique, à mi-chemin entre le théâtre antique et le délire numérique.
Le montage audacieux, fait d’ellipses temporelles et de ruptures de ton, rappelle le Coppola expérimental d’Apocalypse Now ou de Rumble Fish. Certains passages, quasi oniriques, plongent le spectateur dans une transe sensorielle, où le temps semble suspendu, en écho aux pouvoirs de Catilina. La musique, mêlant compositions orchestrales grandioses et sonorités électroniques, renforce cette impression d’être face à une œuvre hors du temps.
Un film radical qui divisera
Il est certain que Megalopolis ne plaira pas à tout le monde. Par son ambition démesurée et sa narration éclatée, il risque de perdre les spectateurs en quête d’un récit plus linéaire. Mais c’est précisément cette audace qui en fait une œuvre fascinante. Coppola ne cherche pas à rassurer, il provoque, il interroge, il bouscule. Certains dialogues prennent des allures de manifeste philosophique, et le film, à l’image de ses personnages, hésite entre le chaos et l’utopie.
Si Adam Driver livre une performance habitée, incarnant un Catilina aussi charismatique que tourmenté, c’est Giancarlo Esposito qui surprend le plus. En maire tyrannique, il campe un antagoniste glaçant, à l’opposé des rôles plus nuancés auxquels il nous avait habitués. Nathalie Emmanuel, quant à elle, apporte une touche d’émotion brute, incarnant le dilemme moral du film avec justesse.
Une œuvre-somme pour un cinéaste légendaire
Avec Megalopolis, Coppola ne cherche pas à réitérer ses succès passés, mais à réinventer son art. À 85 ans, il signe une œuvre-somme, synthèse de ses obsessions sur le pouvoir, la corruption et la grandeur déchue. Ce film, qu’il a financé lui-même, n’est pas seulement un projet personnel, c’est une déclaration d’indépendance artistique face à une industrie frileuse.
Alors, chef-d’œuvre visionnaire ou délire mégalomaniaque ? Peut-être un peu des deux. Mais une chose est sûre : Megalopolis est une œuvre qui marque, qui questionne, qui reste en tête bien après le générique.
Mathieu jeune acteur ambitieux galère pour boucler sa bande démo. Son pote Ousmane lui propose de tourner dans son clip de rap, mais le tournage ne va pas se passer comme prévu.
Thomas et Dimitri Lemoine livrent avec La Gardav une comédie décalée qui jongle entre satire du milieu artistique et chronique de la débrouille. Avec son ton à mi-chemin entre le burlesque et le réalisme urbain, le film s’inscrit dans la lignée de ces œuvres qui racontent les galères d’un quotidien où chaque opportunité peut virer au fiasco.
Un récit porté par l’énergie du duo
Mathieu (interprété par Thomas Lemoine), jeune acteur en quête de reconnaissance, tente tant bien que mal de boucler sa bande démo. Face aux refus et aux plans foireux, il accepte l’offre de son pote Ousmane (Gaël Tavares) pour tourner dans un clip de rap. Une proposition en apparence anodine, qui va rapidement dégénérer en une suite d’événements absurdes et imprévus.
L’alchimie entre les personnages fonctionne parfaitement, avec des dialogues spontanés qui ajoutent à l’authenticité du film. Pierre Lottin, habitué aux rôles de bras cassés attachants (Les Tuche, Patients), complète le casting avec une énergie brute et décalée.
Une mise en scène nerveuse et immersive
Visuellement, La Gardav adopte un style proche du documentaire, avec une caméra nerveuse qui suit les protagonistes dans leur errance urbaine. La réalisation, dynamique et sans artifices, renforce l’impression d’immersion dans un univers où la frontière entre fiction et réalité semble parfois floue. L’utilisation de plans serrés et de mouvements fluides donne un côté quasi-clandestin au tournage du clip, accentuant le sentiment d’urgence et de désorganisation qui rythme le film.
Une critique amusée du milieu artistique
Derrière son aspect comique, La Gardav offre une critique mordante des illusions et désillusions du milieu artistique. Entre les rêves de grandeur de Mathieu, les ambitions floues d’Ousmane et les contraintes absurdes des tournages amateurs, le film dresse un portrait sans concession d’une jeunesse qui cherche à percer coûte que coûte. Le ton, jamais moralisateur, joue plutôt sur l’ironie des situations, rappelant que la frontière entre le succès et la galère est parfois très mince.
Un humour qui fait mouche, mais un scénario parfois prévisible
Si l’humour fonctionne grâce à des dialogues percutants et des situations absurdes, on peut regretter une intrigue parfois convenue, où certaines péripéties sont prévisibles. L’effet de surprise s’émousse quelque peu au fil du récit, même si le rythme et l’énergie du film maintiennent l’intérêt jusqu’au bout.
Une nuit, Émilie, une jeune étudiante, remarque qu’un drone silencieux l’observe à la fenêtre de son appartement.
Simon Bouisson, connu pour ses explorations du numérique et de ses dérives, signe avec Drone un thriller psychologique ancré dans notre époque ultra-connectée. À travers le regard d’Émilie (Marion Barbeau), une étudiante qui voit sa vie envahie par une présence invisible mais omniprésente, le film joue sur une tension progressive qui transforme la fascination en terreur.
Une angoisse subtile et contemporaine
L’idée de départ est aussi simple qu’efficace : un drone anonyme qui observe une jeune femme. D’abord perçu comme un élément anodin, presque bienveillant, il devient peu à peu un outil de harcèlement, une menace sourde qui grandit dans l’ombre. Bouisson tisse une atmosphère oppressante où la frontière entre sécurité et intrusion s’efface lentement. Le spectateur, comme Émilie, oscille entre paranoïa et réalité, se demandant si la menace est véritable ou si elle découle d’une angoisse intérieure.
Une mise en scène immersive
La réalisation joue sur une mise en scène minimaliste mais redoutablement efficace. Plans serrés, angles de vue subjectifs, bruits mécaniques feutrés : tout contribue à instaurer une tension latente. La présence du drone, souvent filmé à hauteur d’œil ou en plongée, évoque un regard omniscient qui ne quitte jamais sa cible. Cette sensation d’être traqué sans pouvoir identifier son bourreau confère au film une atmosphère proche du cauchemar éveillé.
Un propos fort sur notre rapport à la surveillance
Au-delà du thriller, Drone pose des questions troublantes sur notre époque. Dans un monde où caméras de surveillance, objets connectés et IA infiltrent chaque recoin de notre quotidien, jusqu’où s’étend réellement notre vie privée ? Le film interroge le consentement, la traçabilité de nos mouvements et la manière dont la technologie, censée nous protéger, peut devenir une arme contre nous.
Une performance habitée
Marion Barbeau, révélée dans En corps de Cédric Klapisch, livre ici une interprétation captivante. Son jeu, tout en retenue et en fragilité, donne corps à cette spirale anxiogène. Face à elle, Cédric Kahn incarne un rôle mystérieux, ajoutant une couche supplémentaire de tension à l’intrigue.
Un film efficace, mais qui aurait pu aller plus loin
Si Drone réussit à installer un climat inquiétant, il lui manque peut-être une montée en puissance plus marquée dans son dernier acte. Certains spectateurs pourraient rester sur leur faim, espérant un final plus percutant ou une révélation plus audacieuse. Cependant, la force du film réside dans son réalisme : l’horreur n’a pas besoin d’effusion de sang pour être terrifiante.
Joan n’est plus amoureuse de Victor et souffre de se sentir malhonnête avec lui.
Avec Trois amies, Emmanuel Mouret délaisse partiellement son style léger et badin pour explorer des territoires plus mélancoliques. Cette ronde amoureuse, où mensonges et non-dits rythment la vie de trois femmes, oscille entre comédie de mœurs et drame existentiel. Si l’on retrouve son art du dialogue et des situations cocasses, le film surprend par sa tonalité plus grave, voire funèbre.
Un trio d’actrices au sommet
Camille Cottin, Sara Forestier et India Hair incarnent avec justesse ces amies liées par une affection sincère mais rattrapées par leurs propres contradictions. Joan (Cottin) incarne la culpabilité d’un amour éteint, Alice (Forestier) la résignation heureuse, tandis que Rebecca (Hair) semble plus libre mais non moins empêtrée dans ses dilemmes. Leurs interactions, pleines de spontanéité, confèrent au film une humanité touchante.
La disparition de Victor (Vincent Macaigne), élément déclencheur du bouleversement émotionnel du trio, est traitée avec une pudeur qui renforce l’impact dramatique. Emmanuel Mouret, en maître du récit fragmenté, parvient à nous faire ressentir l’absence tout en explorant les réactions intimes de ses personnages.
Une mise en scène subtile et épurée
Mouret opte pour une réalisation élégante, évitant tout excès mélodramatique. Les plans fixes, les jeux de regards et les silences traduisent plus que de longs discours. Lyon, où se déroule l’intrigue, est filmée avec douceur, ses ruelles et ses cafés devenant le théâtre des élans et des désillusions sentimentales.
Le choix d’une narration en voix-off, assurée par Victor lui-même, peut sembler audacieux, voire risqué, mais il apporte une profondeur singulière au récit, offrant un regard posthume et ironique sur les relations humaines.
L’incroyable vie de LEE MILLER, ex-modèle pour Vogue et muse de Man Ray devenue l’une des premières femmes photographes de guerre.
Avec Lee, Ellen Kuras signe un biopic ambitieux sur une figure fascinante et trop peu connue : Lee Miller. D’abord mannequin et muse de Man Ray, puis correspondante de guerre pour Vogue, Miller fut l’une des premières femmes à documenter les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Kate Winslet, qui incarne ce personnage complexe, livre une performance habitée, portée par un regard intense et une détermination farouche. Mais le film parvient-il à capturer toute la richesse de son sujet ?
Une héroïne de guerre sublimée, mais édulcorée
Là où Lee excelle, c’est dans sa représentation du front. La caméra d’Ellen Kuras ne cherche pas à esthétiser la guerre : les scènes de chaos, de destruction et d’horreur sont filmées avec une sobriété qui évite tout sensationnalisme. L’une des séquences les plus marquantes demeure la découverte des camps de Dachau et Buchenwald, où Miller, derrière son objectif, bascule d’observatrice à témoin hantée.
Kate Winslet porte le film avec une intensité qui rappelle ses meilleurs rôles. Son interprétation oscille entre force brute et vulnérabilité, faisant de Miller une figure insaisissable, parfois même déroutante. Face à elle, Andy Samberg surprend dans un registre plus dramatique, bien qu’il reste en retrait.
Pourtant, le film peine à explorer les zones d’ombre de son héroïne. La complexité psychologique de Lee Miller – son alcoolisme, ses traumatismes, son rapport ambigu avec la célébrité – est effleurée sans être pleinement assumée. On sent une volonté de glorification qui, à force de retenue, lisse certaines aspérités de son parcours.
Une mise en scène élégante mais académique
Visuellement, Lee impressionne par son travail sur la lumière et la reconstitution historique. La photographie, baignée de tons sépia et gris, évoque l’ambiance des clichés d’époque. Mais si le film est esthétiquement maîtrisé, il souffre d’une mise en scène parfois trop sage, qui manque de fulgurances.
Là où un réalisateur comme Pablo Larraín (Spencer, Jackie) aurait osé une plongée sensorielle dans la psyché de son personnage, Ellen Kuras choisit une approche plus linéaire et classique. Ce choix, bien que pertinent pour rendre hommage à la photographe, prive le film d’un souffle véritablement cinématographique.
Un biopic nécessaire mais frustrant
Au final, Lee est un film important, ne serait-ce que pour remettre en lumière une femme hors du commun. Il offre une performance magistrale de Kate Winslet et un témoignage poignant sur le rôle des correspondantes de guerre. Mais il laisse aussi un goût d’inachevé, comme s’il n’osait pas aller au bout de la complexité de son sujet.
Michelle, une grand-mère bien sous tous rapports, vit sa retraite paisible dans un petit village de Bourgogne, pas loin de sa meilleure amie Marie-Claude.
Avec Quand vient l’automne, François Ozon délaisse l’ironie mordante qui a souvent marqué son cinéma pour signer un drame intime et mélancolique. Porté par l’interprétation magistrale d’Hélène Vincent et de Josiane Balasko, le film s’inscrit dans une veine sobre, presque crépusculaire, où le poids des souvenirs et des regrets pèse sur chaque plan.
Un thriller intime sous les couleurs de l’automne
Ozon s’attaque ici au temps qui passe et aux silences de l’existence, en suivant Michelle (Hélène Vincent), une femme âgée vivant paisiblement dans un village bourguignon. Son quotidien bien réglé est bouleversé par l’irruption d’un élément perturbateur, réveillant des blessures enfouies. Là où d’autres cinéastes auraient opté pour un pur drame psychologique, Ozon instille une tension diffuse, jouant sur les non-dits et l’ambiguïté des relations.
Si la mise en scène est d’une élégance indéniable, on peut toutefois reprocher au film une certaine froideur. Ozon, en choisissant une approche minimaliste, sacrifie parfois l’émotion brute au profit d’une rigueur presque clinique. Pourtant, la prestation d’Hélène Vincent transcende ce parti pris : son regard hanté et ses gestes mesurés disent bien plus que les dialogues parfois trop écrits. Face à elle, Josiane Balasko impose une présence plus terrienne, offrant une dynamique intéressante entre ces deux figures féminines.
Une réalisation épurée mais parfois distanciée
Le travail sur l’image est d’une grande subtilité. La photographie automnale, signée Manuel Dacosse, baigne le film dans une lumière tamisée, où les tons ocres et dorés contrastent avec la solitude pesante de l’héroïne. La caméra d’Ozon capte avec délicatesse les moindres frémissements, mais cette retenue peut parfois frustrer : on aimerait que le film ose davantage dans ses élans tragiques.
Si Quand vient l’automne impressionne par son atmosphère et la justesse de ses interprètes, il lui manque peut-être ce supplément de fièvre qui faisait la force d’un Sous le sable ou d’un Jeune et Jolie. Le film séduira les amateurs de drames contemplatifs mais pourrait laisser sur le bord du chemin ceux qui attendent une montée en puissance plus affirmée.
Concernant la sortie DVD, les éditions annoncées proposent un making-of intéressant où Ozon explique son approche de la vieillesse et du passé refoulé. Quelques scènes coupées viennent enrichir l’expérience, bien que leur absence dans le montage final semble justifiée. Une interview croisée entre Hélène Vincent et Josiane Balasko constitue également un bel ajout, où les deux actrices reviennent avec complicité sur leur collaboration.
Comment connaître la date de naissance d’un monstre fabriqué à partir des bouts cousus de tas de gens différents ? On ne peut pas ! Alors, quand Marguerite est trop triste de ne pas avoir sa fête d’anniversaire, on lui en organise une. Cette fois, on lui a offert une guitare. Marguerite a commencé à gratter les cordes, et on s’est tous aperçus qu’il ne savait pas en jouer…
Les Nouvelles aventures de Petit Vampire reprennent avec un éclat renouvelé grâce à l’adaptation de Laurent Rivelaygue et aux illustrations vivantes de Sess. Cette série à la fois tendre et décalée invite une nouvelle génération de lecteurs à plonger dans l’univers de Petit Vampire, une créature qui, tout comme les autres monstres de ce monde étrange, possède sa propre personnalité, ses mystères et ses petites faiblesses.
Les tomes 1 et 2, qui s’enchaînent harmonieusement, explorent des thèmes qui allient magie, amitié et quête identitaire, tout en conservant l’esprit espiègle et fantaisiste qui a fait le succès de Joann Sfar. Le premier tome introduit Marguerite, un personnage intrigant qui, bien que n’ayant pas une date de naissance précise – étant fabriquée à partir de morceaux de créatures différentes –, rêve d’une fête d’anniversaire. Et c’est là que tout commence. Les monstres, au lieu de se contenter de leurs propres préoccupations effrayantes, se retrouvent à organiser quelque chose de très humain pour Marguerite : une fête d’anniversaire. Mais comme le montre la scène de la guitare, où Marguerite essaie de jouer sans savoir comment, ce qui semble être une simple fête se transforme en une série de quiproquos et de moments tendres, tout en restant fidèle à la fantaisie.
Rivelaygue, tout en restant fidèle à l’univers originel de Sfar, injecte un vent de fraîcheur à l’histoire avec des dialogues pleins d’humour et des situations parfois absurdes mais toujours attachantes. Ce sont les petites imperfections de Marguerite et des autres créatures qui rendent l’histoire encore plus charmante. La guitare, objet symbolique d’une passion qui n’est pas partagée, devient une métaphore de cette quête de soi et de l’envie de trouver sa place, même lorsqu’on est une créature hors norme.
Les illustrations de Sess sont un véritable régal visuel. Elles respirent l’énergie, la fantaisie et l’humour. Ses dessins, dynamiques et expressifs, apportent une texture supplémentaire à cette histoire. La palette de couleurs vibrantes et les personnages aux traits reconnaissables créent un univers visuel en parfaite adéquation avec l’esprit du texte, renforçant l’atmosphère à la fois joyeuse et légèrement décalée qui anime la série.
Les Nouvelles aventures de Petit Vampire se distinguent également par la capacité à aborder des thèmes profonds, comme la différence, la quête d’identité, et l’acceptation de soi, tout en restant accessible et divertissant pour les jeunes lecteurs. Marguerite, avec ses particularités et son incapacité à jouer de la guitare malgré ses efforts, devient un symbole de l’acceptation des imperfections, un message important pour les enfants.
Les tomes 1 et 2 de Les Nouvelles aventures de Petit Vampire réussissent ainsi à capturer l’esprit unique de l’univers créé par Joann Sfar tout en apportant une nouvelle dynamique. Ces albums, magnifiquement illustrés, feront sans aucun doute le bonheur des lecteurs qui cherchent des histoires pleines d’imagination, d’humour et de tendresse. Un incontournable pour les fans de l’univers du Petit Vampire, tout en étant une porte d’entrée idéale pour ceux qui ne le connaissent pas encore.
Kix rencontre un splendide chien d’une blancheur éclatante qu’il choisit de nommer Sam.
Le choix de Sam est une œuvre poignante et pleine de tendresse qui explore l’amitié et les dilemmes moraux à travers l’histoire de Kix, un jeune garçon qui rencontre un chien d’une beauté stupéfiante, d’une blancheur éclatante, qu’il nomme Sam. Ce chien mystérieux devient rapidement son compagnon fidèle, un ami auquel il s’attache profondément, mais cette relation naissante n’est pas sans complications.
L’histoire commence sur une note d’émerveillement, avec la rencontre magique entre Kix et Sam. Le chien semble être un cadeau du destin, un être presque surnaturel, dont la beauté et la présence apportent à Kix une forme de réconfort dans son quotidien. Leur amitié naissante est sincère, et l’alchimie entre eux se fait ressentir dès les premières pages. Le garçon et l’animal, unis par une complicité muette, vivent ensemble des moments de bonheur simple, en parfaite harmonie. Mais très vite, le doute s’installe dans l’esprit de Kix : et si Sam appartenait à quelqu’un d’autre ? Et s’il devait le rendre à son propriétaire légitime ?
L’intrigue prend un tour plus sombre au fur et à mesure que la tension monte, notamment lorsqu’une nuit décisive se profile. Le récit nous plonge alors dans une série de rebondissements et de décisions difficiles, et c’est au cœur de cette nuit pleine d’incertitudes et de peurs que Kix doit faire face à son propre amour pour Sam et à la complexité de la situation. Dans ce moment de crise, Kix devra prouver combien il aime Sam, en prenant des décisions qui pourraient changer leur destin à tous les deux.
Le thème de l’amour inconditionnel, de l’attachement et du sacrifice résonne avec force tout au long du livre. L’auteur, Edward van de Vendel, accompagne magnifiquement Kix dans cette épreuve de manière simple, mais bouleversante. Le texte, par son ton direct et ses émotions brutes, nous touche profondément, notamment lorsqu’il aborde la question de l’acceptation de l’autre, mais aussi celle du devoir de faire ce qui est juste, même si cela implique des sacrifices personnels.
Les illustrations de Nicolas Pitz apportent une dimension supplémentaire au récit. Son style, à la fois expressif et délicat, capte parfaitement l’émotion des personnages, en particulier lors des moments forts où la tension est à son comble. Les dessins, pleins de détails et de nuances, rendent l’histoire encore plus vivante, donnant au lecteur l’impression de suivre les pas de Kix et de Sam à chaque page.
Le choix de Sam est plus qu’une simple histoire d’enfant et de chien ; c’est un récit sur la loyauté, l’amitié et la capacité à faire face à ses propres dilemmes. C’est une réflexion poignante sur l’amour et la responsabilité, qui ne manquera pas de captiver les jeunes lecteurs, tout en offrant aux adultes une histoire émouvante sur le courage de choisir ce qui est juste, même lorsque cela implique de renoncer à ce qu’on aime le plus.
Éditeur : RUE DE SEVRES; Illustrated édition (26 février 2025) Langue : Français Relié : 96 pages ISBN-10 : 2810207941 ISBN-13 : 978-2810207947