L’Affaire Zanetti De Leonardo Di Costanzo | Par Leonardo Di Costanzo, Bruno Oliviero Avec Roschdy Zem, Barbara Ronchi, Hippolyte Girardot

Elisa Zanetti a été condamnée pour un crime dont elle dit ne presque rien se rappeler. Dix ans plus tard, le professeur Alaoui, criminologue de renom, rouvre son dossier. Un face-à-face tendu s’engage entre les deux. Peu à peu, les souvenirs enfouis refont surface, et avec eux, une vérité bien plus complexe qu’il n’y paraît. Jusqu’où peut-on aller pour entrer dans l’esprit d’une criminelle ?

L’Affaire Zanetti s’installe dans cette zone particulièrement trouble où mémoire, culpabilité et vérité judiciaire cessent de parfaitement coïncider. Leonardo Di Costanzo transforme la réouverture d’un dossier criminel en face-à-face psychologique entre une femme condamnée depuis dix ans et un criminologue persuadé qu’il reste quelque chose à découvrir derrière ses souvenirs fragmentaires.

Elisa Zanetti a été reconnue coupable d’un crime dont elle affirme ne conserver que peu de souvenirs. Une décennie plus tard, le professeur Alaoui, criminologue réputé, décide de reprendre son dossier. Commence alors une série d’entretiens dont l’objectif paraît simple : comprendre ce qui s’est réellement passé.

Mais entrer dans la mémoire d’Elisa revient à pénétrer dans un territoire où rien n’est totalement fiable.

Leonardo Di Costanzo et Bruno Oliviero construisent intelligemment leur scénario autour de cette incertitude. Elisa ne sait-elle réellement plus ? Refuse-t-elle de se souvenir ? A-t-elle reconstruit les événements pour pouvoir continuer à vivre ? Et jusqu’à quel point Alaoui peut-il orienter les réponses en cherchant précisément la vérité qu’il pense enfouie ?

Le film trouve son principal intérêt dans ce duel.

Roschdy Zem apporte au professeur Alaoui une autorité calme qui convient parfaitement au personnage. Il écoute, analyse, reformule et revient sur un détail apparemment insignifiant. Mais derrière cette maîtrise apparaît progressivement une forme d’obsession. Plus il cherche à pénétrer l’esprit d’Elisa, plus la frontière entre investigation scientifique et intrusion psychologique devient fragile.

Barbara Ronchi lui oppose un jeu beaucoup plus difficile à saisir. Elisa peut sembler vulnérable dans une scène et presque impénétrable dans la suivante. L’actrice évite intelligemment de fournir au spectateur une clé immédiate permettant de décider s’il doit croire son personnage.

Cette ambiguïté nourrit toute la tension de L’Affaire Zanetti. La question n’est bientôt plus uniquement de savoir ce qu’Elisa a fait, mais de déterminer ce qu’un souvenir peut encore valoir dix ans après les faits.

La mémoire devient ainsi un personnage à part entière. Elle sélectionne, transforme, protège parfois. Lorsqu’un fragment réapparaît, rien ne garantit qu’il corresponde exactement à la réalité. Le film exploite cette fragilité sans multiplier artificiellement les retournements de situation.

Hippolyte Girardot complète efficacement le dispositif en ramenant régulièrement cette exploration psychologique vers les réalités extérieures de l’affaire. Car aussi fascinante soit-elle pour le criminologue, Elisa n’est pas uniquement un esprit à analyser : son histoire implique un crime, une condamnation et des conséquences humaines.

La mise en scène de Leonardo Di Costanzo privilégie logiquement les espaces fermés et les visages. Une grande partie de la tension naît de conversations où chaque silence devient suspect. La caméra observe les réactions plutôt que de chercher constamment à les expliquer, laissant au spectateur une place active dans l’enquête.

Le film interroge également la position d’Alaoui. Jusqu’où un criminologue peut-il pousser quelqu’un pour obtenir une vérité ? Faire ressurgir un souvenir constitue-t-il nécessairement un progrès lorsque celui-ci a peut-être été enfoui pour permettre au sujet de survivre psychologiquement ?

Cette dimension permet au récit de dépasser la mécanique du cold case. L’Affaire Zanetti devient progressivement une réflexion sur le pouvoir de celui qui pose les questions. Un entretien n’est jamais totalement neutre : la manière d’interroger peut modifier la manière de raconter.

Inspiré d’une histoire vraie, le film aurait facilement pu céder au sensationnalisme du true crime. Di Costanzo choisit au contraire la retenue. Cette sobriété peut donner à certains passages un rythme volontairement austère, mais elle permet également de maintenir l’attention sur ce qui compte réellement : la confrontation entre deux intelligences et une vérité qui semble changer chaque fois que l’on croit pouvoir la saisir.

Dense, ambigu et remarquablement interprété, L’Affaire Zanetti préfère la tension psychologique aux artifices du thriller judiciaire. Roschdy Zem et Barbara Ronchi se livrent un face-à-face fascinant où chaque question peut devenir une forme de manipulation et chaque souvenir une nouvelle source de doute. Leonardo Di Costanzo signe surtout une réflexion troublante sur la mémoire et sur notre besoin de transformer des événements complexes en vérité définitive. Un thriller cérébral qui pose finalement une question vertigineuse : lorsqu’un souvenir revient, comment savoir s’il révèle enfin la vérité ou s’il en invente une nouvelle ?

Unabomber De Janus Metz Pedersen | Par Sam Chalsen, Nelson Greaves Avec Shailene Woodley, Russell Crowe, Jacob Tremblay

La transformation de Kaczynski, prodige de Harvard, en célèbre Unabomber, qui a mené une campagne nationale d’attentats à la bombe aux États-Unis de 1978 à 1995, tuant trois personnes et en blessant 23.Unabomber s’attaque à l’une des trajectoires criminelles les plus marquantes de l’histoire américaine contemporaine en choisissant de remonter aux origines de la radicalisation de Ted Kaczynski. Janus Metz Pedersen ne cherche pas seulement à reconstituer une longue traque policière : il observe comment un jeune homme aux capacités intellectuelles exceptionnelles s’isole progressivement jusqu’à justifier la violence au nom de ses convictions.

Le film suit ainsi la transformation de Kaczynski, passé par Harvard avant de devenir celui que l’Amérique connaîtra sous le surnom d’Unabomber. Pendant près de deux décennies, ses colis piégés vont installer une menace difficilement identifiable et provoquer une gigantesque enquête fédérale.

L’intérêt du scénario de Sam Chalsen et Nelson Greaves réside dans cette volonté de raconter un processus plutôt qu’un monstre déjà constitué. Comment une pensée se referme-t-elle sur elle-même ? À quel moment une conviction devient-elle obsession ? Et surtout, comment un individu finit-il par considérer des inconnus comme des cibles légitimes au service d’une cause qu’il s’est lui-même construite ?

Le danger d’un tel projet serait évidemment de confondre explication et justification. Unabomber prend soin de maintenir cette distinction. Les capacités intellectuelles de Kaczynski et la cohérence qu’il attribue à son propre raisonnement ne diminuent jamais la réalité de ses actes ni leurs conséquences humaines.

Russell Crowe trouve dans cette matière un rôle particulièrement sombre. Son interprétation privilégie moins la démonstration spectaculaire que l’enfermement progressif. L’isolement physique devient le prolongement d’un isolement intellectuel : le personnage construit un monde dans lequel chaque événement semble confirmer ce qu’il pense déjà.

Shailene Woodley apporte un nécessaire contrechamp à cette trajectoire. Son personnage permet au récit de sortir régulièrement de la seule perspective de Kaczynski et d’éviter que le film ne devienne le portrait complaisant d’un criminel transformé en génie incompris. Jacob Tremblay participe quant à lui à l’exploration des années qui précèdent cette radicalisation.

Janus Metz Pedersen privilégie une atmosphère froide et méthodique. Le contraste entre l’immensité des paysages, la solitude de Kaczynski et la peur provoquée à travers tout le pays donne au film une tension particulière. Un homme presque invisible parvient à installer une menace nationale.

Le récit trouve également sa force dans l’opposition entre intelligence et rationalité. Être capable de développer un raisonnement complexe ne signifie pas que ses conclusions soient moralement ou factuellement légitimes. Le film montre précisément comment une pensée peut devenir un système fermé dans lequel la contradiction n’existe plus.

La dimension true crime demeure cependant délicate. Le cinéma possède une tendance naturelle à rendre fascinants les criminels qu’il place au centre de ses récits. Unabomber fonctionne mieux lorsqu’il résiste à cette tentation et rappelle les conséquences concrètes derrière la construction médiatique du personnage.

Certaines étapes biographiques peuvent donner au récit une structure plus conventionnelle, et la volonté d’expliquer la trajectoire de Kaczynski risque parfois de prendre le pas sur ceux qui ont subi ses actes. Mais le film retrouve son équilibre lorsqu’il confronte constamment l’idéologie revendiquée à la violence qu’elle sert à légitimer.

Sombre, méthodique et volontairement inconfortable, Unabomber aborde Ted Kaczynski par le processus de radicalisation plutôt que par la fascination criminelle. Janus Metz Pedersen observe comment l’isolement, l’obsession et une idéologie devenue imperméable à toute contradiction peuvent conduire à la violence. Russell Crowe livre une interprétation inquiétante précisément parce qu’elle évite d’en faire une figure spectaculaire. Un true crime solide qui trouve sa pertinence lorsqu’il cherche à comprendre une mécanique sans jamais transformer cette compréhension en excuse.

Hungry De James Nunn | Par James Nunn Avec Madison Davenport, Joaquim de Almeida, Tracey Bonner

Un groupe de vacanciers se retrouve au milieu des marécages de Louisiane poursuivi par un hippopotame.

Hungry ne cherche pas midi à quatorze heures : quelques vacanciers, les marécages de Louisiane et un hippopotame qui a manifestement décidé de transformer leur séjour en cauchemar. James Nunn assume pleinement le principe du survival animalier et mise sur une menace rarement exploitée au cinéma pour renouveler, au moins dans son prédateur, une formule parfaitement connue.

Le scénario tient presque entièrement dans son concept. Un groupe s’aventure dans les marécages avant de comprendre qu’il partage désormais le territoire d’un hippopotame particulièrement agressif. À partir de là, l’objectif devient élémentaire : sortir vivant de cet environnement.

Le choix de l’animal constitue évidemment la principale curiosité de Hungry. Là où le cinéma de survie a largement épuisé requins, crocodiles et autres prédateurs, l’hippopotame possède quelque chose d’à la fois inattendu et presque incongru. Le film joue intelligemment sur cette perception : difficile, au premier abord, d’imaginer l’animal comme une créature de cinéma horrifique, ce qui rend ses premières apparitions d’autant plus efficaces.

James Nunn comprend surtout qu’il ne faut pas chercher à transformer son histoire en drame existentiel. Hungry appartient ouvertement à la série B et s’en porte très bien. On attend des attaques, des personnages coincés au mauvais endroit, quelques décisions catastrophiques et cette traditionnelle question : qui sera encore là au générique de fin ?

Les marécages de Louisiane offrent un excellent terrain de jeu. L’eau trouble empêche de savoir exactement ce qui se trouve à quelques mètres, la végétation réduit la visibilité et chaque déplacement devient potentiellement dangereux. Le décor permet ainsi de retarder l’apparition du prédateur et de construire la tension autour de sa présence plutôt que de constamment le montrer.

Madison Davenport porte efficacement cette lutte pour la survie et apporte suffisamment de crédibilité aux moments les plus physiques. Joaquim de Almeida possède naturellement une présence qui donne un peu d’épaisseur à l’ensemble, tandis que Tracey Bonner participe à une dynamique de groupe indispensable dans ce type de récit.

Car le véritable plaisir du genre vient aussi des réactions humaines face au danger. La peur révèle rapidement les tempéraments, les solidarités deviennent fragiles et les décisions les plus rationnelles ne sont pas nécessairement celles qui sont prises lorsqu’un hippopotame surgit à proximité.

Le film n’échappe évidemment pas aux conventions. Certains comportements sont là pour provoquer l’attaque suivante, plusieurs situations peuvent être anticipées et les personnages restent parfois définis davantage par leur fonction dans le survival que par leur profondeur psychologique.

Mais reprocher à Hungry sa simplicité reviendrait presque à lui reprocher son principe même. James Nunn veut avant tout construire une attraction horrifique efficace, généreuse et légèrement improbable. Lorsque le film accepte pleinement cette dimension, il devient beaucoup plus réjouissant.

Tout repose alors sur le rythme, l’utilisation du décor et la capacité à faire de cet animal massif une présence réellement menaçante. L’hippopotame n’a pas besoin d’être transformé en monstre surnaturel : sa puissance suffit largement à justifier la panique des personnages.

Direct, tendu et délicieusement improbable, Hungry assume sans complexe son statut de série B animalière. James Nunn remplace les traditionnels requins et crocodiles par un hippopotame et transforme les marécages de Louisiane en terrain de chasse particulièrement efficace. Le scénario ne révolutionne absolument rien et certains personnages semblent parfois prendre les mauvaises décisions uniquement pour alimenter le carnage, mais l’essentiel est ailleurs : du suspense, des attaques et un prédateur suffisamment original pour donner envie de participer à cette petite folie. À regarder pour ce qu’il est : un survival animalier généreusement régressif.

Christmas is not dead de Adèle Ninay

Deux cœurs cabossés. Une tempête. Un Noël pour tout changer.

Adèle Ninay revisite la romance de Noël en lui apportant une énergie résolument rock. Avec Christmas is not dead, pas de rencontre parfaite sous les guirlandes ni de coup de foudre immédiat : Suzanne et Alex sont deux jeunes adultes cabossés qui ont surtout appris à se méfier de l’amour.

Suzanne est chanteuse dans un groupe punk. Flamboyante, indépendante et toujours en mouvement, elle enchaîne les concerts tout en évitant soigneusement de s’attacher. Derrière cette liberté revendiquée se cache surtout une peur beaucoup plus intime : aimer signifie prendre le risque de souffrir, et Suzanne préfère ne laisser à personne la possibilité de lui briser le cœur.

Alex semble être son exact opposé. Britannique flegmatique, marqué par une rupture, il s’est installé sur une île bretonne où il mène une existence tranquille en tenant un bar-magasin de vinyles. Là où Suzanne vit dans le bruit, la scène et le mouvement, Alex s’est construit un quotidien fait de calme et de retrait.

Il suffit alors d’une tempête de neige, à quelques jours de Noël, pour bouleverser leurs certitudes. Bloqués sur la même île, les deux jeunes gens sont contraints de se côtoyer. Tout les oppose, mais cet isolement leur donne précisément le temps qu’ils n’auraient probablement jamais accepté de s’accorder ailleurs.

Adèle Ninay choisit le slow burn et laisse donc la relation se construire progressivement. Les différences provoquent des étincelles, les défenses ne tombent pas immédiatement et l’attirance ne suffit pas à effacer les blessures. Suzanne comme Alex doivent d’abord accepter de regarder ce qui les empêche encore de faire confiance.

Le décor breton participe beaucoup au charme de cette histoire. L’île coupée du monde par la neige devient une parenthèse presque hors du temps. Les concerts et la vie mouvementée de Suzanne semblent soudain très loin, tout comme les habitudes derrière lesquelles Alex s’était réfugié. Cet enfermement involontaire devient paradoxalement un espace où chacun peut commencer à se libérer de ses propres peurs.

La musique constitue également un joli trait d’union entre eux. D’un côté, une chanteuse punk ; de l’autre, un homme qui vend des vinyles. Leurs personnalités sont différentes, mais cette passion commune crée un langage capable de rapprocher deux univers qui semblaient incompatibles.

La construction en vingt-cinq chapitres renforce enfin l’esprit de feuilleton de Noël. On peut dévorer le roman d’une traite ou choisir d’en découvrir progressivement les étapes, en accompagnant Suzanne et Alex jusqu’aux fêtes. Cette structure convient particulièrement bien à une romance qui préfère faire grandir les sentiments plutôt que les précipiter.

Derrière son ambiance hivernale et ses références musicales, Christmas is not dead parle surtout de la difficulté de recommencer à aimer lorsqu’on s’est convaincu que la solitude était plus sûre. Suzanne fuit l’attachement avant qu’il puisse la blesser ; Alex s’est isolé après avoir déjà souffert. Leur rencontre vient forcément déranger cet équilibre.

Une romance de Noël chaleureuse et résolument rock, portée par deux personnages imparfaits que l’on prend plaisir à voir progressivement baisser la garde. Entre punk, vinyles, tempête bretonne et sentiments qui prennent leur temps, Adèle Ninay rappelle que certains cœurs ne sont pas morts : ils avaient simplement besoin de rencontrer quelqu’un capable de leur donner envie de battre à nouveau

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 24 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 360 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095060202 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095060206

Avec Le Horla, Jean-Michel Wollrabe s’empare du célèbre texte de Guy de Maupassant et nous entraîne dans une lente descente vers l’angoisse et la folie.

Seul en scène, le comédien porte presque entièrement le spectacle sur ses épaules et parvient à installer, progressivement, un véritable climat d’inquiétude. Tout commence par le doute, presque imperceptible. Une sensation étrange, une présence que l’on devine sans jamais pouvoir réellement la saisir. Puis la peur s’installe, l’obsession grandit et la frontière entre réalité et hallucination devient de plus en plus fragile.

Jean-Michel Wollrabe livre une interprétation particulièrement habitée. Son jeu évolue au fil du récit : d’abord posé et presque rationnel, il devient progressivement plus fébrile, plus inquiet, jusqu’à traduire toute la détresse d’un homme qui ne sait plus s’il doit faire confiance à ce qu’il voit, à ce qu’il ressent, ni même à son propre esprit.

C’est justement là que réside toute la force du texte de Maupassant. Plus d’un siècle après sa publication, Le Horla conserve une étonnante modernité. Derrière le récit fantastique et cette mystérieuse créature invisible se dessine aussi le portrait d’un homme confronté à ses propres peurs, à la solitude et à la perte progressive de ses repères.

La mise en scène choisit la sobriété et laisse une place essentielle au texte et à l’interprétation. Plutôt que de chercher à montrer l’invisible, le spectacle laisse travailler notre imagination. Le Horla existe alors autant dans l’esprit du personnage que dans celui du spectateur. Un choix efficace, car ce que l’on ne voit pas devient finalement bien plus inquiétant que ce que l’on pourrait nous montrer.

Au fil de la représentation, la tension monte sans avoir besoin d’effets excessifs. Le spectateur se retrouve peu à peu enfermé avec le personnage dans ses interrogations. Cette présence est-elle réelle ? Est-il réellement poursuivi par une créature inconnue ? Ou assistons-nous simplement à la lente désagrégation d’un esprit qui bascule dans la folie ?

Jean-Michel Wollrabe réussit ainsi à restituer toute l’ambiguïté du récit sans chercher à nous imposer une réponse. Son interprétation constitue le véritable moteur de cette adaptation, avec une énergie qui accompagne la transformation progressive du personnage.

Cette version du Horla rappelle surtout à quel point Maupassant savait explorer les zones les plus obscures de l’esprit humain. Sous les apparences d’un récit fantastique se cache une œuvre profondément psychologique sur la peur de perdre le contrôle de soi et sur cette sensation terrifiante de ne plus pouvoir distinguer le réel de l’imaginaire.

Une adaptation sobre, accessible et prenante, portée par un Jean-Michel Wollrabe convaincant. Un seul-en-scène qui fait confiance à la puissance des mots de Maupassant et à l’imagination du public pour faire naître l’angoisse.

Une proposition théâtrale troublante et captivante, qui donne surtout envie de redécouvrir toute la force et la modernité du Horla.

Oversleeping Takahashi – Tome 2 de Koki Aguro

Takahashi est toujours en retard au lycée. Son excuse : sauver le monde !

Koki Aguro poursuit les mésaventures de Takahashi avec un deuxième tome qui développe efficacement le mélange entre vie lycéenne, humour et combats surnaturels. Si le jeune garçon continue d’arriver régulièrement en retard en cours, son excuse reste difficile à contester : pendant que ses camarades dorment ou prennent tranquillement leur petit-déjeuner, lui doit sauver le monde.

Sa chasse aux démons prend cette fois une ampleur supplémentaire. Les adversaires se multiplient et permettent au manga d’explorer différentes facettes du folklore fantastique. Takahashi doit notamment affronter un fantôme datant de l’époque Heian qui hante un mystérieux tunnel sans nom, tandis qu’une autre menace se dessine avec le Roi Poison, endormi au cœur de terres interdites.

Cette succession d’épreuves permet à Koki Aguro d’enrichir progressivement son univers sans perdre ce qui faisait le charme du premier volume. Le décalage entre l’importance presque apocalyptique des missions de Takahashi et la banalité de ses problèmes scolaires reste particulièrement amusant. Combattre les forces du mal n’empêche visiblement ni les retards ni les préoccupations sentimentales.

L’apparition de Hajime apporte également une nouvelle dose de mystère. Ce garçon accompagné d’un corbeau blanc semble destiné à jouer un rôle important, mais ses intentions restent difficiles à cerner. Allié, rival ou futur adversaire ? Sa présence introduit une incertitude bienvenue et laisse entrevoir un univers plus vaste que ce que Takahashi connaissait jusque-là.

Parallèlement, la relation avec Megumi continue d’évoluer. Entre deux affrontements surnaturels, Takahashi reste un adolescent confronté aux hésitations et aux maladresses propres aux premiers sentiments. Le contraste entre le héros chargé de combattre les ténèbres et le lycéen beaucoup moins assuré face à une fille fonctionne toujours aussi bien.

Ce deuxième tome trouve ainsi son équilibre entre action et comédie. Les nouveaux ennemis permettent d’augmenter progressivement les enjeux tandis que la vie quotidienne ramène constamment Takahashi à des préoccupations beaucoup plus ordinaires. Cette double existence constitue véritablement l’identité de la série.

Les différentes créatures donnent également au récit l’occasion de jouer avec un imaginaire inspiré du folklore japonais. L’époque Heian, les terres interdites, les démons et le mystérieux corbeau blanc participent à créer une atmosphère fantastique qui contraste agréablement avec le cadre contemporain du lycée.

Takahashi prend surtout progressivement la mesure de son rôle. Sauver le monde pourrait sembler glorieux, mais le manga préfère montrer les conséquences beaucoup plus concrètes de cette responsabilité : fatigue, retards, dangers permanents et impossibilité de mener une existence totalement normale.

Un deuxième tome dynamique qui enrichit l’univers de la série tout en conservant son mélange efficace d’action, de fantastique et d’humour scolaire. Entre fantômes, Roi Poison, mystérieux garçon au corbeau blanc et sentiments naissants pour Megumi, Takahashi n’a décidément aucune chance d’arriver à l’heure au lycée. Et c’est précisément ce qui rend ses aventures aussi réjouissantes.

ASIN ‏ : ‎ B0GXDNRT8V Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042022136

Call of the night – Tome 18 de Kotoyama

En une rencontre, la vie peut reprendre du mordant !

Kotoyama fait franchir une étape essentielle à la relation entre Nazuna et Kô dans un dix-huitième tome où les sentiments longtemps difficiles à définir commencent enfin à trouver leur nom. Après les événements vécus à Hokkaidô et les adieux à Mahiru et Kiku, la série ralentit légèrement pour revenir à ce qui constitue depuis le début son véritable cœur : la relation singulière entre ses deux personnages principaux.

Nazuna et Kô ne se sont plus vus depuis leur retour. Cette séparation, même temporaire, suffit à modifier quelque chose entre eux. Lorsqu’ils se retrouvent enfin, Nazuna ressent avec une intensité nouvelle ce qu’elle avait jusque-là du mal à comprendre.

La question finit par être posée clairement : « Yamori… Tu l’aimes ? » Quelques mots qui pourraient sembler évidents après tout ce que les personnages ont traversé, mais qui prennent ici une importance considérable. Depuis leur première rencontre, l’amour occupe en effet une place paradoxale dans leur relation.

Kô voulait initialement tomber amoureux de Nazuna pour pouvoir devenir vampire. Ce qui ressemblait presque à une expérience s’est progressivement transformé en quelque chose de beaucoup plus complexe. Les nuits partagées, les discussions, les rencontres et les dangers ont créé une proximité qui ne peut plus être réduite à ce projet initial.

Cette fois, c’est Nazuna qui doit regarder ses propres sentiments en face. La vampire qui semblait si libre lorsqu’il s’agissait de parler de désir se découvre beaucoup moins assurée lorsqu’elle doit reconnaître qu’elle pourrait véritablement aimer quelqu’un. Ce renversement apporte une belle évolution au personnage.

Kotoyama continue ainsi de jouer avec les codes de la romance. Dans Call of the Night, tomber amoureux n’est jamais présenté comme une évidence. Les personnages cherchent à comprendre ce qu’ils ressentent, confondent parfois attirance, affection, désir et attachement, puis découvrent que les sentiments évoluent sans nécessairement demander leur permission.

Les événements de Hokkaidô donnent également davantage de poids à ces retrouvailles. Après avoir été confrontés à l’histoire de Mahiru et Kiku, Kô et Nazuna ne peuvent plus regarder leur propre relation exactement de la même manière. Ce qu’ils ont vécu les oblige à réfléchir à ce qu’ils souhaitent réellement construire ensemble.

Le fantastique reste évidemment présent, mais il sert surtout ici à amplifier une interrogation profondément humaine : que se passe-t-il lorsque l’on comprend soudain que la personne qui occupait déjà une place immense dans notre vie est devenue quelqu’un que l’on aime ?

Visuellement, Kotoyama conserve cette atmosphère nocturne si particulière qui donne à la série son identité. Les silences, les regards et les moments suspendus prennent autant d’importance que les dialogues. La nuit demeure cet espace où les personnages semblent pouvoir être plus sincères qu’en plein jour.

Ce tome 18 apparaît ainsi comme une étape importante dans une relation construite lentement depuis le début de la série. Il ne s’agit plus seulement de savoir si Kô peut tomber amoureux d’une vampire, mais de découvrir ce que Nazuna est prête à faire lorsqu’elle réalise que son propre cœur est désormais impliqué.

Un volume plus intime et particulièrement important pour Nazuna et Kô. Après avoir longtemps tourné autour de leurs émotions, Kotoyama rapproche enfin ses personnages d’une vérité qu’ils ne peuvent plus facilement esquiver. Dans Call of the Night, l’amour était au départ une condition pour devenir vampire ; il devient désormais quelque chose de beaucoup plus dangereux et passionnant : un sentiment véritable.

ASIN ‏ : ‎ B0GXCF1GMQ Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 20 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 181 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042021214

Demon Slave – Tome 20 de Yohei Takemura

Quand le scénariste de Red Eyes Sword donne le pouvoir aux femmes et enchaîne son héros !

Yohei Takemura poursuit l’escalade de Demon Slave avec un vingtième tome placé sous le signe de la captivité, de l’évasion et d’une menace qui prend une dimension de plus en plus inquiétante. Après leur capture, Shushu et Yûki se retrouvent prisonniers dans le repaire secret des Yaraijin, dissimulé sur le mont Yomotsu.

Cette nouvelle situation bouleverse les rapports de force. Habitué à combattre aux côtés de Kyôka, Yûki se retrouve isolé de celle avec laquelle il entretient un lien si particulier. Prisonnier et soumis quotidiennement aux faveurs divines, il cherche malgré tout une faille qui pourrait lui permettre de s’échapper.

C’est alors qu’il découvre une immense porte dont la présence ne peut évidemment rien annoncer de rassurant. Le mystère qui l’entoure devient rapidement l’un des moteurs du volume, alors que le réveil d’Izanami, mère des Yaraijin, se rapproche dangereusement.

Au-delà de l’action, ce tome met particulièrement en avant les sentiments de Yûki pour Kyôka. Leur relation, essentielle depuis le début de la série, devient ici une véritable force. La distance qui les sépare oblige Yûki à mesurer l’importance qu’elle a prise dans sa vie et renforce sa détermination à la retrouver.

Shushu conserve également une place importante dans cette séquence de captivité. Sa présence évite que l’intrigue ne repose uniquement sur Yûki et permet de maintenir la dynamique entre les personnages tout en explorant davantage le territoire ennemi.

Ce vingtième volume développe surtout les Yaraijin et la menace qu’ils représentent. Leur repaire permet de découvrir un nouvel aspect de cet univers et entretient un sentiment constant de danger. Plus Yûki cherche une issue, plus il semble s’enfoncer dans un endroit dont il ne maîtrise ni les règles ni les secrets.

Le réveil annoncé d’Izanami donne parallèlement au récit une véritable urgence. Il ne s’agit plus seulement de réussir à s’évader : il faut agir avant qu’un événement susceptible de bouleverser l’équilibre des forces ne se produise. La série continue ainsi d’élargir progressivement ses enjeux tout en conservant les affrontements et les relations entre personnages au cœur de son identité.

Le dessin dynamique de Yohei Takemura accompagne efficacement cette montée en tension. Les manifestations de puissance, les environnements inquiétants et les séquences d’action conservent l’énergie spectaculaire attendue, tandis que les moments consacrés à Yûki et Kyôka apportent une dimension plus émotionnelle.

Arrivé à son vingtième tome, Demon Slave continue donc de faire évoluer son univers sans abandonner ce qui constitue sa singularité : des combattantes puissantes, un héros dont les capacités reposent sur ses liens avec elles et un mélange assumé d’action, de fantastique et de sensualité.

Un tome 20 tendu et rythmé qui transforme la captivité de Shushu et Yûki en nouvelle étape décisive. Entre tentative d’évasion, sentiments pour Kyôka et réveil imminent d’Izanami, la menace monte encore d’un cran et prépare une confrontation qui pourrait profondément modifier l’équilibre de la série.

ASIN ‏ : ‎ B0GXDTT3FQ Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 20 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 208 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042021382

Remède Impérial – L’étrange médecin de la cour – tome 9 de Tohru Himuka

Dans une société qui ne jure que par la superstition, Koyô révolutionne la médecine.

Tohru Himuka poursuit l’évolution de Koyô avec un neuvième tome qui confronte directement la jeune médecin à celui dont elle cherche encore à obtenir la reconnaissance : son propre père. Après son retour triomphant de Rocheclaire, elle pourrait penser avoir suffisamment prouvé ses compétences. Mais Noa Kaku ne voit pas les choses de la même manière.

À peine rentrée, Koyô découvre en effet que son père a investi son cabinet. Lorsqu’il apprend qu’elle a examiné et même opéré seule des patients malgré la promesse qu’elle lui avait faite, sa réaction est immédiate : il veut la ramener à Orchisol.

Le conflit dépasse cependant la simple désobéissance familiale. Depuis le début de la série, Koyô tente d’imposer une médecine fondée sur l’observation, les connaissances et l’expérience dans une société encore profondément attachée aux superstitions. Ses réussites lui permettent progressivement de gagner la confiance de ceux qu’elle soigne, mais elles ne suffisent pas encore à lui assurer une véritable indépendance.

La confrontation avec son père prend alors une dimension particulièrement intéressante. Noa ne représente pas seulement l’autorité parentale : son jugement compte énormément pour Koyô. Celle-ci doit donc parvenir à défendre ses choix sans simplement rejeter celui qui a participé à sa formation.

Une urgence médicale va heureusement lui donner l’occasion de démontrer ce dont elle est désormais capable. Face à un pneumothorax, il ne s’agit plus de débattre de son droit à exercer seule : un patient doit être sauvé et chaque décision compte. La médecine redevient alors le meilleur argument de Koyô.

Cette situation permet à Tohru Himuka de retrouver l’un des éléments les plus plaisants de la série : la résolution d’un problème médical devient à la fois une source de suspense et une étape dans l’évolution de l’héroïne. Les connaissances de Koyô ne sont jamais de simples accessoires scénaristiques. Elles déterminent sa place dans un monde qui peine encore à accepter sa manière de soigner.

Ce tome met particulièrement bien en évidence le chemin parcouru. Koyô n’est plus seulement une jeune femme possédant des connaissances inhabituelles. Elle prend des responsabilités, accepte les conséquences de ses décisions et souhaite désormais être considérée comme une médecin capable d’agir par elle-même.

La question centrale devient donc celle de la confiance. Son père peut-il reconnaître que sa fille est désormais suffisamment compétente pour poursuivre son chemin loin de lui ? Et Koyô peut-elle lui prouver qu’être autonome ne signifie pas oublier tout ce qu’il lui a transmis ?

L’équilibre entre médecine, relations familiales et évolution personnelle fonctionne particulièrement bien. L’urgence du pneumothorax apporte la tension nécessaire tandis que le face-à-face entre Koyô et Noa donne au volume une dimension plus intime.

Un neuvième tome important dans l’émancipation de Koyô, qui doit désormais convaincre son propre père qu’elle est capable de voler de ses propres ailes. Entre désaccord familial et urgence médicale, Tohru Himuka rappelle que la plus grande révolution menée par son héroïne n’est peut-être pas seulement de faire progresser la médecine, mais de conquérir le droit de l’exercer selon ses propres choix.

ASIN ‏ : ‎ B0GXCFTKS4 Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 20 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 196 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042021764

L’Enfance des ruines de Pascal Rabaté

Berlin, 1932. Folker Kuntz travaille dans une agence publicitaire. Entouré de sa voisine, danseuse de cabaret dont il est fou amoureux et de sa soeur, artiste dont l’amant a fui la ségrégation raciale américaine, il mène une vie de légèretés.

Pascal Rabaté nous plonge dans le Berlin de 1932, à cet instant particulièrement fragile où une société continue de vivre, d’aimer et de faire la fête alors que quelque chose de terrible est déjà en train de s’installer. Plutôt que de raconter frontalement la montée du nazisme, L’Enfance des ruines choisit d’observer comment celle-ci s’insinue progressivement dans le quotidien.

Folker Kuntz travaille dans une agence publicitaire et profite encore de l’effervescence berlinoise. Il est amoureux de sa voisine, danseuse de cabaret, fréquente sa sœur artiste et évolue dans un milieu où la création, les rencontres et les soirées donnent l’impression que tout reste possible. Autour d’eux gravite également l’amant de sa sœur, qui a fui la ségrégation raciale américaine.

Puis apparaît Rudy Ganz, jeune homme auquel Folker a sauvé la vie. Une rencontre qui élargit encore cette galerie de personnages et permet à Rabaté de multiplier les regards sur une époque qui bascule. Car derrière les conversations et les plaisirs nocturnes, les signes du changement deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.

L’un des grands intérêts de l’album tient précisément à ce contraste. Les personnages continuent de danser, de tomber amoureux, de travailler et de créer alors que les fondations de leur monde commencent à trembler. Le lecteur, lui, connaît la suite de l’Histoire. Cette connaissance transforme chaque moment de légèreté en instant fragile.

Pascal Rabaté fait circuler ses personnages entre cabarets, ateliers d’artistes, exposition coloniale et soirées privées du NSDAP. Ces différents espaces dessinent le portrait d’une société traversée par de profondes contradictions. La liberté artistique et la modernité côtoient déjà le racisme, le nationalisme et l’exclusion.

Le récit montre surtout comment l’inacceptable peut commencer par s’installer dans les détails. Il ne surgit pas nécessairement d’un seul coup. Il apparaît dans les conversations, les comportements, les lieux que l’on fréquente et les idées auxquelles certains commencent à s’habituer. Pendant ce temps, la vie quotidienne continue.

Cette tension donne à l’album une atmosphère singulière. Les personnages ne connaissent évidemment pas leur avenir avec la précision du lecteur. Ils perçoivent les transformations, parfois les minimisent ou tentent simplement de continuer à vivre. Rabaté évite ainsi de les réduire à des témoins chargés d’annoncer rétrospectivement la catastrophe.

Le dessin participe pleinement à cette impression de monde encore vivant mais déjà menacé. Les scènes de cabaret, les moments d’intimité et les déambulations berlinoises donnent corps à cette époque et rendent d’autant plus inquiétante la progression de ce qui se prépare en arrière-plan.

Le titre prend alors une résonance particulièrement forte. L’Enfance des ruines raconte ce moment où les ruines n’existent pas encore, mais où leurs fondations sont déjà en train d’être posées. Nous assistons moins à la catastrophe qu’aux instants durant lesquels elle devient progressivement possible.

Pascal Rabaté signe ainsi une bande dessinée historique où l’intime et le collectif avancent constamment ensemble. Les amours, les amitiés et les rêves de ses personnages se heurtent peu à peu à une réalité politique qui menace de tout engloutir.

Un album sensible et inquiétant sur un monde qui danse encore au bord du précipice. En choisissant Berlin en 1932, Pascal Rabaté raconte avec finesse cette période où le quotidien semble pouvoir continuer alors que les signes du désastre sont déjà présents. Une histoire d’amour, d’amitié et de liberté traversée par une question particulièrement troublante : à quel moment comprend-on réellement que le monde autour de nous est en train de basculer ?

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 23 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 176 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2810206058 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810206056