Le Sanctuaire d’Emona – 20 janvier 2022 de Alexandra Koszelyk

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Le premier tome d’une saga fantastique à la beauté envoûtante, une ode à la Nature et à la puissance de la douceur contre la barbarie.

Chronique : Séléné n’est pas la première héroïne à faire des cauchemars très réalistes ou à dessiner d’étranges créatures (elle m’a immédiatement rappelé Clary de The mortal instruments en cela), mais pendant la majeure parte du roman le paranormal n’apparaît que par petite touches discrètes.

J’ai adoré la façon dont Alexandra Koszelyk fait monter le suspense et la tension tout du long du récit, pour ne nous révéler la vérité qu’à la toute fin. Les indices sont font de plus en plus nombreux, surtout qu’il y a un grand nombre d’incohérences et de petits détails qui nous mettent la puce à l’oreille mais on ne parvient pas pour autant à distinguer le tableau d’ensemble. Tous les ingrédients sont réunis pour faite de Le sanctuaire d’Emona un véritable page turner qui nous intrigue et nous captive.

Malgré un décor plutôt sombre, le message du roman est, lui, doux et plein de bienveillance. Un astucieux contraste que l’on ne peut que saluer ! A travers de jolies métaphores, Le sanctuaire d’Emona parle de confiance, respect de la nature et d’harmonie. Vous ne pourrez qu’aimer le lien qui se crée peu à peu entre Séléné et Irina alors qu’elles vont de découverte en découverte, cette belle amitié qui est au centre de l’hitsoire.

Même si j’ai apprécié ma lecture, il y a un truc, un tout petit truc, qui m’a gênée avec cette histoire. C’est sûrement du détail mais je serai curieuse d’avoir d’autres avis sur le sujet donc si jamais vous avez aussi lu le roman, n’hésitez pas à me donner le vôtre en commentaire.

Au début de l’histoire, Séléné part en voyage avec son frère et deux autres personnes, dont Irina (j’essaie de rester vague pour ne pas spoiler ceux qui n’ont pas encore lu le roman). A un moment donné, le frère de Séléné et la quatrième personne disparaissent pour une raison qui est bien explicitée dans le roman. Seulement, Séléné et Irina n’ont plus de nouvelles des deux autres et tout cela semble être considéré comme normal. Pire : alors que l’excuse donnée à l’origine pour le départ des deux personnes ne semble plus plausible (le temps pris pour l’action en question est plus courte que le temps écoulé), personne ne s’inquiète. Tout le monde semble avoir oublié ces deux personnages, dont on ne se souvient qu’à la toute fin ! Donc pas vraiment problématique, mais un peu déstabilisant.

Chronique de Lisly : https://lislysworld.fr/

Éditeur ‏ : ‎ Robert Laffont (20 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 400 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2221258568 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2221258569

Le Défi – 20 janvier 2022 de Lesley Kara

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Elle pensait qu’elle avait réussi à enfouir son douloureux passé. Mais même les secrets les mieux gardés refont surface…

Chronique : Lizzie et Alice étaient les meilleures amies du monde, et faisaient absolument tout ensemble – elles étaient inséparables. Lizzie était épileptique et n’avait pas vraiment d’autres amis qu’Alice, qui était sa protectrice. Lorsque Lizzie avait des crises, Alice était là pour empêcher les autres enfants de la brutaliser et de l’ostraciser.

Un jour, alors que les filles avaient environ 13 ans, elles ont décidé de faire l’une de leurs  » promenades  » qui passait près d’une voie ferrée. Ce jour-là, elles s’étaient disputées au sujet d’un garçon. Quelques heures plus tard, Lizzie s’est réveillée au bord de la voie ferrée, et Alice avait disparu. Elle était morte. Lizzie ne se souvient pas d’avoir eu une crise, ni comment (ou pourquoi) Alice a été tuée par un train qui arrivait. Après ce jour fatidique, Lizzie a toujours été tenue responsable de la mort de son amie – par les autres enfants de l’école, par les parents d’Alice et par Catherine, la grande sœur d’Alice. Finalement, la famille a déménagé.

Douze ans plus tard, Lizzie a 25 ans. Elle est toujours épileptique, mais elle la gère avec des médicaments. Elle n’a toujours pas vraiment d’amis, mais ce n’est pas grave car elle a Ross et ils sont fiancés et bientôt elle découvrira qu’elle est enceinte et aura enfin une famille à elle. Bien que cela fasse 12 ans, Lizzie n’a jamais oublié sa meilleure amie, et bien qu’elle ait passé des années à essayer de se souvenir, elle n’a toujours aucune idée de ce qui s’est passé le jour où Alice est morte.

Lizzie commence enfin à penser qu’elle peut avancer dans sa vie – jusqu’à ce que la nouvelle de la mort d’une fillette de 11 ans tuée par un train fasse resurgir toute l’angoisse du passé. Elle trouve alors un petit train miniature devant sa porte d’entrée. Quelqu’un l’a-t-il laissé là exprès ou Lizzie se sent-elle simplement coupable d’avoir peut-être causé la mort d’Alice il y a des années ?

Lorsque Catherine, la sœur d’Alice, réapparaît soudainement dans sa vie, Lizzie devient paranoïaque et en colère. En colère parce que, après la mort d’Alice, Catherine, croyant que Lizzie était responsable, a commencé à faire de sa vie une véritable misère. Elle a malmené et tourmenté Lizzie, et c’est alors que les cauchemars ont commencé, des cauchemars qui ont commencé à revenir. Dans ces cauchemars, Lizzie se voit se battre avec Alice, et peut-être même se voit-elle pousser son amie devant le train qui arrive.

Lizzie est convaincue que Catherine ne peut pas avoir changé et que sa présence n’est pas la coïncidence que tout le monde semble croire, y compris Ross et ses parents. Bien que ses parents semblent avoir leurs propres secrets de cette époque. Ils n’ont jamais voulu que Lizzie et Alice soient amies dès le début, et ont refusé de dire à leur fille pourquoi elle ne pouvait pas jouer avec la seule personne qui voulait être son amie.

The Dare est raconté de trois points de vue : Lizzie au présent – heureuse fiancée à un homme charmant et sur le point de devenir mère, malgré sa crainte que son épilepsie ne l’empêche d’être une bonne mère. Puis il y a la Lizzie du passé – la petite fille avec laquelle personne ne voulait jouer à cause de ses crises, et qui, avouons-le, était un peu bizarre de toute façon. La troisième perspective est une voix inconnue. La voix de quelqu’un qui n’est ni Lizzie ni Alice, et qui sait exactement ce qui s’est passé ce jour-là sur la voie ferrée.

Le roman de Lesley Kara est tellement addictif. Son écriture est d’une lecture compulsive, et plus on se plonge dans la vie de Lizzie, plus on remet en question sa position de narrateur fiable. Cela dit, il est difficile de ne pas éprouver de la sympathie pour sa situation précaire. D’une petite fille qui a subi un traumatisme incroyable, et une enfance passée à être ridiculisée pour son épilepsie, à une femme adulte trouvant enfin une forme de paix avec son passé et le voyant détruit de la manière la plus sinistre, les cauchemars de Lizzie deviennent les cauchemars du lecteur aussi.

Ce thriller à suspense à combustion lente est une expérience d’une intensité comparable à celle de l’attente dans une pièce sombre, d’entendre un bruit, et de n’avoir aucun moyen d’allumer une lumière, aucun moyen de savoir quand exactement le bruit dans l’obscurité va vous atteindre. Vous n’avez d’autre choix que d’attendre que des mains invisibles vous saisissent par les chevilles et vous entraînent vers l’inconnu ou vous ramassent pour vous ramener à la lumière du jour.

Éditeur ‏ : ‎ Les escales éditions (20 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 372 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2365696716 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2365696715

L’Atlas Molière – 13 janvier 2022 de Clara Dealberto (Auteur), Jules Grandin (Auteur), Christophe Schuwey (Auteur)

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Une incroyable somme d’informations présentée de manière ludique et accessible à tous.
Avec 150 cartes et infographies, cet atlas est une encyclopédie visuelle sur la vie, l’oeuvre et l’époque de Molière. Les auteurs sont allés au-delà de la figure du saltimbanque mélancolique.

Chronique : Un ouvrage incroyable qui met à la portée de tous les dernières avancées universitaires sur ce grand homme de notre patrimoine littéraire : un bel hommage pour son 400e anniversaire ! Tout cela est précis et rondement mené avec une plume extrêmement agréable à lire et qui ne manque pas d’humour. L’infographie permet une visualisation (et une compréhension) rapide des différentes informations. Petit plus et non des moindres, ces graphiques représentent de beaux documents pédagogiques, à jour et loin d’être rébarbatifs ! A mettre entre toutes les mains afin de ne pas hésiter à remettre à jour nos connaissances (souvent en partie erronées) sur Molière !

ASIN ‏ : ‎ B09J1S8TBD Éditeur ‏ : ‎ Les Arènes (13 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 268 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1037505910

Mamba point blues de Christophe Naigeon, il faut que ça swing baby !

Livre destin au thème foisonnant, récit porté par un rythme endiablé, Mamba point blues est une ritournelle qui vous embarque pour un voyage historique au coeur de l’Afrique, au cœur de ses personnages, un voyage qui vous marquera à jamais.

Dès les premières pages on entend résonner une note enjouée qui ne quittera jamais le récit. Quelles que soient les épreuves que les personnages devront endurer, toujours le ton restera dynamique et positif. L’auteur a décidé de tourner son récit vers l’espoir, vers l’avenir sans pour autant ignorer la malveillance humaine, ombre bruyante qui tente inlassablement de faire taire les âmes enjouées.

Ainsi les personnages se heurteront au racisme, à la cupidité, à l’arrogance des puissants mais sans jamais se départir de leur bonne humeur, de leur joie de vivre. Le récit, aussi historique soit-il, est avant tout une odyssée personnelle de personnages qui tente de trouver leur place à travers les remous de l’histoire.

La formidable partition qu’est l’ouvrage est composée par des personnages lumineux, attachants et qui se retrouvent confrontés à des questions qui secouent encore notre société actuelle. La question de la race, du racisme, de la soif de liberté et des conséquences qu’elle entraîne. Cependant, aussi passionnant soit l’auteur lorsqu’il évoque l’aspect historique de son œuvre, il m’a beaucoup plus convaincu lorsqu’il développe le destin personnel de ses personnages.

Le ton se fait parfois trop magistral et informatif lorsqu’on évoque l’histoire du Libéria par exemple ou bien lorsque l’espionnage se mêle à l’intrigue. Ce qui ternit quelque peu la folle sarambade entamée en début d’ouvrage mais pas d’inquiétude à avoir, on revient très vite aux personnages et à leurs destins hors normes.

Des plaines désolées d’Alsace au côté du Libéria en passant par le sud profond des États-Unis, l’auteur déploie une histoire fantastique et remarquablement documenté. Le tout porté par une plume qui résonne comme le meilleur des jazz band de la grande époque.

Résumé : Des tranchées d’Argonne à Monrovia en passant par Dakar, New York et Paris, une fresque romanesque puissante qui court d’une guerre mondiale à l’autre, rythmée par les accents vibrants du jazz.

1918. Percussionniste virtuose à l’école des djembés de Gorée, Jules, interprète du régiment de Noirs américains sur le front de cette France ravagée qu’il ne connaît qu’à travers Maupassant, vit à l’aube de l’armistice un amour éphémère avec l’épouse d’une  » gueule cassée « . Ce souvenir indélébile l’accompagnera après la guerre dans son long périple à travers l’Amérique bouillonnante des Années folles, quand il rejoint le jazz-band de ses anciens compagnons de guerre, en tournée dans le Sud raciste, puis triomphe au célèbre Cotton Club de New York.

Sa vie croise celle de Joséphine Baker qui l’emmène, avec sa Revue nègre, à Paris où l’amitié qu’il scelle avec l’écrivain-espion Graham Greene les entraîne dans une périlleuse expédition en Afrique. Ils iront jusqu’à Monrovia, capitale du Liberia, sur les traces de Julius Washington, l’arrière-grand-père de Jules, premier grand reporter photographe noir américain. Alors que de nouveau une guerre s’annonce, Jules s’installe à Mamba Point, dans la maison de Julius, l’homme qui a tenté de révéler la véritable histoire de ce pays : celle de ces esclaves affranchis envoyés en Afrique pour bâtir une nation libre. Un rêve devenu cauchemar.

Éditeur ‎Presses de la Cité (26 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎544 pages
ISBN-10 ‎2258195454
ISBN-13 ‎978-2258195455

La comète de Claire Holroyde, raconte moi la chute

Une planète sur laquelle s’agite sept milliards d’êtres humains et une « petite » comète de huit kilomètres de diamètre. Devinez laquelle de ces boules dérivantes dans l’espace va remporter la partie ?

La comète est un roman surprenant à bien des égards. Introspectif mais assez en retrait dans l’émotion, la plume de l’autrice dégage une certaine froideur qui demande à être apprivoisé. La psychologie des personnages est finement reproduite au cours du récit mais toujours de manière clinique. On a parfois l’impression d’assister à une dissection psychologique à laquelle se livrerait l’auteur sur ces personnages. C’est précis mais ça manque d’empathie.

Il faut accepter aussi le parti pris de l’autrice de nous présenter certains personnages puis de les faire disparaitre aussitôt ou après quelques chapitres. Des personnages « météores » en quelque sorte, introduit pour mettre en avant une certaine situation, parfois insoutenable, avant de disparaitre. Il faut comprendre la volonté de l’autrice de raconter une destinée commune et non pas des destins en particulier.

Reste ces passages sur l’écroulement d’une société, sans doute les chapitres où on appréciera le plus le style clinique et en retrait de l’autrice. L’imagination suffit amplement à susciter l’effroi et à glacer le sang.

Sans doute l’un des seuls roman lus en 2021 que je serais incapable de classer dans mes bonnes ou mauvaises lectures. Typiquement le genre de lecture dans laquelle il faut se lancer pour savoir si elle va vous plaire.

Résumé : Jaillie de l’ombre du Soleil, la comète noire UD3 se dirige droit vers la Terre. Une collision semble inévitable, ce qui provoquerait l’apocalypse. Un jeune spécialiste de l’aéronautique, Ben Schwartz, est nommé à la tête d’une équipe internationale censée trouver le moyen de faire dévier la trajectoire de l’énorme bolide céleste. Réunis sur la base de Kourou en Guyane, coupés de leurs proches, des hommes et des femmes de tous horizons rivalisent d’ingéniosité pour affronter ce défi sans précédent. Mais contre toute attente, ce n’est pas l’exploit technologique qui se révèle le plus difficile ; en temps de crise, les passions humaines s’exacerbent, comme sur ce bateau brise-glace en route vers l’Arctique où un photographe baroudeur se rapproche d’une biologiste solitaire. Alors que le temps vient à manquer, chacun se montre sous son vrai jour.

Éditeur ‎GALLMEISTER (6 mai 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎512 pages
ISBN-10 ‎2351782313
ISBN-13 ‎978-2351782316

Black sunday de Tola Rotimi Abraham, Les agneaux deviennent des lions

Double découverte avec ce primo roman, découverte d’une tranchante et des éditions autrement, que je ne connaissais pas jusqu’à présent. La découverte fût-elle à la hauteur des espérances ?

Le point fort du roman de cette jeune autrice est de nous immerger dans une société nigérienne bouillonnante, au cœur d’une famille qui va connaître de grand bouleversement. On parcourt les rues de Lagos avec Bibike et Ariyike, on respire les odeurs du marché, les oreilles bourdonnantes du furieux tintamarre d’une mégalopole, Lagos, qui se développe plus vite que ne grandit ses enfants.

Cependant cette immersion est entachée par des choix narratifs qui ne m’ont pas entièrement convaincu. Les ellipses temporelles sont trop nombreuses et empêchent de s’attacher aux enfants de cette famille ballottés par les évènements. On les quitte aux portes de l’adolescence pour les retrouver jeunes adultes. Difficile dans ces conditions de se prendre d’affection pour eux même si l’on compatit à leur sort.

La plume de l’autrice a aussi de quoi laisser perplexe. Acérée comme une lame de rasoir, elle ne laisse que peu de place à l’introspection et au développement psychologique de ces personnages. Et cela s’explique car, au-delà d’un récit familial, l’ouvrage est avant tout un pamphlet contre la société nigérienne.

Une société patriarcal, créée par les hommes, pour les hommes. L’hypocrisie masculine et ses conséquences dramatiques y sont décrites sans fard. Une société qui ne laisse que peu de choix aux femmes, devenir des agneux tondus toute leur vie par l’avidité et la concupiscence de leurs compères masculins ou bien des lionnes aux crocs impitoyables.

Alors que je m’attendais à lire une saga familiale dans un milieu qui me demeure inconnu l’ouvrage se révèle être un pamphlet enflammé contre les méfaits de la domination machiste, d’où mon ressenti mitigé. Cependant cela reste un ouvrage à découvrir pour la découverte d’un pays d’Afrique dont on parle peu.

Résumé : Bibike, Ariyike, et leurs frères Peter et Andrew tombent dans la pauvreté du jour au lendemain. Pour ces quatre enfants de la classe moyenne aisée nigériane, ce qui hier semblait acquis devient l’enjeu d’une lutte constante. Abandonnés par leurs parents, ils se réfugient chez leur grand-mère et survivent comme ils le peuvent à Lagos, ville âpre et convulsive. Si la vie est difficile pour tous, elle est particulièrement cruelle pour les deux soeurs : être une femme au Nigeria, c’est avant tout être considérée comme une proie. Proie pour les hommes, la religion, la religion des hommes. Black Sunday fait une peinture sans fard d’une société nigériane gangrénée par la corruption et met en lumière son rapport brutal aux femmes. Une lueur d’espoir vacillante, mais bien présente, sourd pourtant au milieu des pages. Avec ce premier roman, Tola Rotimi Abraham entre de plain-pied en littérature d’une écriture tranchante, sans compromis.

Éditeur ‎AUTREMENT (25 août 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎336 pages
ISBN-10 ‎2746759837
ISBN-13 ‎978-2746759831

Concrete Rose – Quand une rose pousse dans le béton – 6 janvier 2022 de Angie Thomas

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En 1998, dans le quartier noir de Garden Heights. Maverick sèche le lycée, et il a déjà un pied dans les gangs. Malgré la poigne de sa mère qui l’élève seule, il s’apprête à marcher sur les traces de son père, un baron de la drogue en prison.

Chronique : Angie Thomas l’a encore fait. Elle a écrit le livre parfait. Dix sur toute la ligne.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je tiens à préciser qu’il s’agit d’une préquelle de THUG, donc si vous n’avez pas lu le livre ou vu le film, vous y trouverez des spoilers importants.

Je n’étais pas très enthousiaste à l’idée que Maverick soit le personnage principal, surtout parce qu’il est un homme viril et hétéro et que je ne le suis pas. Mais j’ai vite compris qu’il était tout aussi attachant que Starr et Bri, et que ce livre est tout aussi valorisant et important que THUG et OTCU. Il est écrit spécialement pour les garçons noirs qui se retrouvent dans des situations désespérées, à qui l’on dit qu’ils ne valent rien, qu’ils sont des voyous, qu’ils n’ont pas le droit de rêver. Mais à travers Maverick, Angie montre que, même si leur vie est organisée de manière injuste, les garçons noirs des quartiers pauvres ont le droit d’avoir un avenir brillant comme tout le monde. Et parfois, tout ce dont vous avez besoin, c’est que quelqu’un vous fasse asseoir et vous dise que vous en valez la peine et que vous le méritez. Il y a aussi l’idée néfaste selon laquelle les garçons noirs ne lisent pas, ce qui, nous le savons, est faux, mais lorsque vous n’avez jamais l’occasion de vous voir représenté, vous ne réalisez peut-être pas que votre histoire vaut la peine d’être racontée. C’est exactement pourquoi ce livre est si nécessaire. Voici une citation du livre qui résume tout :

L’un des plus gros mensonges jamais racontés est que les hommes noirs ne ressentent pas d’émotions. Je suppose qu’il est plus facile de ne pas nous voir comme des humains quand on pense que nous sommes sans cœur. Le fait est que nous ressentons des choses. La douleur, la souffrance, la tristesse, tout ça. On a le droit de montrer nos sentiments autant que n’importe qui d’autre.

Il m’a fallu quelques chapitres pour vraiment entrer dans ce livre, mais j’ai eu exactement la même expérience avec le THUG et l’OTCU, alors je n’étais pas inquiète. Je savais que j’arriverais à m’y retrouver tôt ou tard. Il y a beaucoup de personnages et de détails à assimiler, et je pense qu’il me faut aussi une minute ou deux pour m’habituer au style d’écriture AAVE, que je ne rencontre pas souvent dans les livres. Je sais que des lecteurs et des critiques ont critiqué le style dans le passé, et je pense qu’il est normal de critiquer les styles d’écriture en général, mais se plaindre simplement parce que vous n’aimez pas un certain dialecte ou une certaine langue en dit plus sur vous que sur la qualité du livre. Honnêtement, je pense que l’écriture est belle et poignante. Angie parvient à trouver un équilibre entre les sentiments sans jamais être cucul ou cliché. J’aime aussi sa façon d’écrire les dialogues ; les plaisanteries sont pleines d’esprit et d’insolence, mais jamais blessantes. J’ai craqué plusieurs fois parce qu’Angie est vraiment drôle. Enfin, le livre contient des citations étonnantes, de véritables leçons de vie. Je me suis surprise à les relire encore et encore car elles saisissent le sens du moment avec une telle sagesse.

Il faut aimer suffisamment les gens pour les laisser partir, surtout quand on est la raison de leur départ.

En ce qui concerne les personnages et l’intrigue, je n’ai absolument rien à redire. Ils me semblent tous plus vrais que nature. Leur caractérisation a un sens total pour moi, leurs actions étaient en accord avec leurs motivations et ils avaient la profondeur nécessaire pour former un lien avec eux. J’ai adoré (adoré adoré) la représentation des parents homosexuels parce que c’est quelque chose de si joyeux et de si beau que l’on ne voit pas beaucoup, même s’ils ont toujours été là ; les arts et les médias n’ont tout simplement pas réussi à les représenter correctement. Et j’aime vraiment Angie pour avoir inclus cela.
Sur le plan de l’intrigue, tout a fonctionné pour moi aussi. C’est cool de voir tous ces petits détails que l’on retrouve ensuite dans THUG, comme le magasin, la relation entre les parents de Starr ainsi que Iesha et King et Carlos (qui était un vrai con, mon Dieu). Cela m’a donné envie de relire THUG, et c’est exactement ce que j’ai fait. En tant que lecteur, on sait aussi que l’intrigue va prendre un tournant pour le pire et que Maverick va devoir prendre des décisions douloureuses qui auront ou non des conséquences terribles. Mais cela ne semble pas forcé ou exagéré. Il s’est également terminé plus tôt que je ne le pensais et maintenant j’ai vraiment envie d’une suite, quelque chose qui se déroule entre Concrete Rose et THUG, peut-être du point de vue de Lisa ? Mais j’ai le sentiment que c’est peut-être le dernier livre de la série THUG, et je crois vraiment aux trilogies.

J’ai aussi adoré tous les oeufs de Pâques cachés entre les lignes. Il y a des clins d’œil à Nic Stone et à sa série Dear Martin, et Kobe Bryant est mentionné à plusieurs reprises. Je suis sûr qu’il y en a d’autres que j’ai manqués, mais ce qui m’a vraiment frappé, c’est de voir tous ces personnages qui ne parviennent pas ou ne survivent pas à THUG. Nous les voyons comme des bébés mignons et vulnérables, et cela montre que toutes les victimes de la brutalité policière et de la violence armée sont plus qu’un hasthag. D’autres, nous les voyons comme des adolescents et nous réalisons que ce qui les attend va leur causer une réelle douleur et un véritable chagrin d’amour.

Le chagrin vous frappe par vagues. Parfois, il me tire vers le large et me fait sombrer. Pas étonnant que j’aie du mal à me battre en pleurant.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Nathan (6 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 400 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2092490710 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2092490716

De la même veine – 12 janvier 2022 de Agathe Portail

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La maison Opras, tonnellerie familiale réputée dans tout le Bordelais, est dirigée en tandem par Philippe et sa soeur Myriam. L’affection qu’ils se vouent prend toujours le dessus sur leurs différends au point de laisser leurs conjoints sur la touche. Pol, leur presque frère, complète le trio d’inséparables et a installé son cabinet de dentiste à proximité. Or voici que, la quarantaine bien tassée, celui-ci annonce son intention de se marier et de partir s’installer au Canada. Un séisme pour les Opras.

Chronique : Avec ce nouveau livre qui n’est autre que la suite des aventures du Major Dambérailh gagne en profondeur et en force dans ce récit qui est déjà un gros coup de cœur de cette année dans le genre du thriller. Si vous n’avez pas lu le tome 1 & 2 ce n’est vraiment pas grave. Agathe Portail immerge son récit dans une histoire à la où elle repart dans les terroirs. Les idées qu’elle emploie sont proches de la folie, souvent totalement absurdes, mais on se plonge dans le monde qu’elle nous décrit car ce livre enchaîne les lieux comme  des plus étranges et des décors qui sont de plus en plus étranges.. Les descriptions sont nombreuses et précises . Il faut réussir à suivre l’auteur dans cet univers où l’absurde qu’il nous est dépeint : mais c’est aussi au lecteur de rester terre à terre et de ne pas croire chacune des théories de ses personnages . À chaque page, le lecteur peut rencontrer une nouvelle trouvaille qui repousse encore plus loin des limites qu’on pensait atteintes depuis longtemps. Les idées partent vraiment dans tous les sens historiquement ou non. L’auteur joue avec les superstitions et le Major Dambérailh côtoie ce monde où les cultures ce croise . Agathe Portail à également de l’humour et arrive a bien doser le roman avec des trouvailles totalement hilarante !Tantôt incertain, tantôt sûr de son Major on se demande s’il est vraiment le personnage central de l’histoire ou s’il suit simplement le mouvement. Ce roman est agréable et la lecture et dés la dernière page refermer on veux continuer l’aventure.

Note : 9,5/10

Éditeur ‏ : ‎ Calmann-Lévy (12 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 448 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 270218412X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2702184127

Austral – 5 janvier 2022 de Paul McAuley

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Fin du XXIe siècle. Suite aux ravages causés par le réchauffement climatique, la péninsule Antarctique héberge désormais les populations survivantes. Un groupe d’activistes a génétiquement modifié l’écosystème afin de survivre, avant de faire de même pour ses propres enfants.

Chronique :Après avoir apprécié récemment un livre documentaire sur le rewilding (Wilding), j’ai été ravi de constater qu’il s’agissait essentiellement d’un roman de science-fiction sur le même sujet. Si l’intrigue centrale est une course-poursuite dans la neige semblable à La main gauche des ténèbres, elle est loin d’être un simple thriller comme le roman de Le Guin. L’histoire est racontée par la protagoniste Austral, qui contemple son passé et justifie ses choix. Sa famille était des écopoètes, un groupe qui cherchait à introduire des écosystèmes dynamiques et biodiversifiés en Antarctique à mesure que le changement climatique faisait fondre la glace. L’économie politique du monde futur est décrite avec une clarté remarquable dans un récit à la première personne. La progression des événements est déprimante et convaincante : les tentatives de création de nouveaux écosystèmes et de nouveaux modes de vie en Antarctique finissent par être contrôlées et exploitées par le capitalisme ; les grands projets de géo-ingénierie sont voués à l’échec à cause du court terme.

Austral, la protagoniste se retrouve piégée dans la pauvreté et la criminalité après la mort de sa mère, qui la place dans un orphelinat d’État. Son statut de Husky, génétiquement modifié pour supporter le froid extrême, est une allégorie à peine voilée des populations indigènes et des réfugiés. Austral est donc d’une actualité brûlante, car il aborde les questions des frontières, du changement climatique, de la géoingénierie, de la biodiversité, du racisme et de la xénophobie. La voix narrative centrale est suffisamment forte et convaincante pour rassembler tout cela. Trouver un équilibre entre des thèmes lourds et une intrigue d’aventure palpitante n’est pas une mince affaire et j’ai été très impressionnée par la façon dont McAuley a réussi à le faire. J’ai également été suffisamment investie dans Austral pour trouver le rebondissement final très émouvant.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B09HJY4DL6 Éditeur ‏ : ‎ Bragelonne (5 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 384 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1028120214

L’Âge de la folie, T1 : Un soupçon de haine Poche – 5 janvier 2022 de Joe Abercrombie

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Dans le ciel d’Adua, les cheminées industrielles crachent leur fumée et le monde nouveau regorge de possibilités. Mais les temps anciens ont la peau dure.

Chronique : Tout d’abord, ce n’est pas de la fantasy telle que nous la connaissons. En fait, il ne s’agit pas du tout de fantasy. Sans aucun doute épique, avec plus qu’un soupçon de magie, c’est un monde de haute fantaisie avec une sensation de basse fantaisie. C’est un signe des temps – même les gros bonnets recherchent l’influence par la finance et la banque plutôt que par la sorcellerie… Le monde de la Première Loi est, à toutes fins utiles, notre monde. Par conséquent, le livre se lit un peu plus comme une fiction historique. Beaucoup plus comme de l’histoire. L’auteur a dû faire de sérieuses recherches sur les révolutions industrielle et française pour dépeindre de manière aussi évocatrice et efficace ce genre de terreur, cette époque turbulente. Ce n’est rien de moins qu’une déconstruction de l’humanité. Et à cause de cela, c’est la meilleure façon de raconter une histoire. C’est l’histoire en action, sanglante et indifférente. C’est un regard lucide sur qui sont vraiment les gens et ce qu’ils font vraiment, dans la richesse ou la pauvreté, dans la révolution, dans la guerre. On y découvre les dangers d’un progrès idéalisé, surtout quand il ne s’agit que de profit, et de l’action pour et par le peuple, surtout quand il ne s’agit que de pouvoir. Regardez autour de vous, chers lecteurs, le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ; ce n’est pas seulement un livre sur le passé. Mais n’ayez crainte, si tout cela vous semble un peu sérieux, c’est du pur Abercrombie. Des intrigues au sein d’autres intrigues, une violence brutale, la mort et la destruction, des surprises et un fil d’or d’humour pour équilibrer le tout.

L’auteur n’est pas le seul à s’être inspiré du passé, le récit est imprégné des supposés jours de gloire de ce qui a précédé. Les événements détaillés dans la trilogie de la Première Loi constituent plus qu’une simple toile de fond pour ce livre, ils influencent les actions et les attitudes de tous les acteurs. Vous pourriez peut-être commencer votre voyage de lecture ici, mais je vous recommande vivement de ne pas le faire. Non seulement des personnages des livres précédents jouent des rôles importants (non, je ne dirai pas qui), mais de nombreux problèmes en jeu proviennent directement des autres livres de la série. Ou du moins, de leur mémoire ou de leur légende. Le psychopathe préféré de tous, Logen Ninefingers, joue un rôle important dans le culte des héros de cette nouvelle génération de jeunes guerriers, exerçant le genre d’influence qui change le cours de l’avenir. S’il s’agit d’un livre sur ce que le passé a à nous enseigner, il est clair pour moi que beaucoup de personnages ont appris les mauvaises leçons.

Et quels personnages ils sont. Comme le texte de présentation ne contient que peu d’informations, je ne vais pas gâcher de surprises, mais au moins une des nouvelles introductions se dirige déjà vers ma liste de favoris. Peut-être même deux. Tous les défauts, toutes les illusions, toutes les tentatives ratées de vertu sont exposés, le bon côté des gens est constamment mis de côté par les circonstances ou l’intérêt personnel. C’est le genre de réalité qui vous fait glousser sombrement en signe de reconnaissance. Et si ce n’est pas le cas ? Eh bien, vous devriez peut-être regarder à nouveau… Il n’y a pas que de l’inhumanité. La plupart du temps, mais pas tous. Même Abercrombie laisse une place à l’espoir. Sauf que maintenant, je me souviens du schéma général de la première trilogie et je me demande s’il ne joue pas sur mon optimisme inné ? Ça ne m’étonnerait pas de lui.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B09HJXT4RL Éditeur ‏ : ‎ Bragelonne (5 janvier 2022) Langue ‏ : ‎ Français Poche ‏ : ‎ 720 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1028120375