Le Piratosaure et la Chèvre aux œufs d’or de Alex Sanders – 27 août 2020

Catastrophe ! Le Piratosaure n’a plus une once d’or dans ses coffres. C’est la misère ! Heureusement, son ami Jack le Pirate peut le tirer de ce mauvais pas. Il suffit de s’emparer d’une chèvre qui pond… des oeufs en or massif. Hélas, elle est la propriété d’un ogre monstrueux, le bien nommé Pantacruel…

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Chronique : Le Piratosaure est unes série très sympa, pleine d’humour et bien écrite. Alex Sanders a recours à un vocabulaire plus riche que celui employé dans la majorité des albums, qui permet d’enrichir de nouveaux mots le lexique des enfants. Des traits rugueux, des couleurs contrastées, un humour décalé : la patte d’Alex Sanders est reconnaissable entre toutes. Les plus jeunes enfants s’arrêteront d’ailleurs aux images et aux truculents personnages avec Le Piratosaure et son ami le pirate . Cette petite réflexion sur les contes et l’importance du gains plaira néanmoins aux parents.

Note : 9,5/10

Interview : Anthony Combrexelle Auteur de «Ordo»

Anthony « Yno » Combrexelle est auteur de nouvelles, game designer et scénariste, graphiste et illustrateur. Il conçoit, écrit et illustre de nombreux jeux de rôle (Patient 13, Rushmore, Outer Space, Americana, Notre Tombeau, Adventure Party : Les Terres Perdues) sous le pseudonyme de Yno depuis plus de quinze ans. « Presque minuit » (2018), son premier roman, est lauréat du Prix 404 Factory.

Lien de l’article de Ordo : https://culturevsnews.com/2020/09/10/ordo-10-septembre-2020-de-anthony-combrexelle/

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INTERVIEW

Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis graphiste le jour et auteur la nuit. J’ai commencé à écrire mes premiers scénarios et jeux de rôle de manière autodidacte. Me débrouillant en illustration, étudiant le graphisme et écrivant, je me suis mis à concevoir mes jeux et mes univers dès l’adolescence. J’ai écrit mon premier roman, Presque Minuit, et je l’ai soumis à de nombreuses maisons d’édition, en vain. Il est resté dormir dans un tiroir durant de nombreuses années. À la faveur du concours de 404 éditions, le « Grand Prix » de 404 Factory, j’ai fait participer le roman et il a été retenu par le jury et publié. Au Crépuscule, puis Ordo, ont alors suivi.

Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Plus que l’envie d’écrire, c’est l’envie de raconter et de partager des histoires qui m’a toujours séduit. Et ça depuis tout petit. Ça ne prenait pas forcément une forme littéraire, ça pouvait se faire via de l’illustration ou l’invention de jeux mais ça a toujours été le cas. De même, Ordo est mon quatrième roman publié (mon troisième aux éditions 404) mais j’ai conçu plusieurs dizaines de jeux de rôle et de scénarios durant presque deux décennies. Le jeu de rôle est un excellent medium pour apprendre à structurer des intrigues et concevoir des mondes, et d’un point de vue créatif, il est très riche, demande des illustrations, d’avoir des textes évocateurs utilisables en jeu, d’inventer des règles et des systèmes de jeu.

L’envie d’écrire des romans, je l’ai toujours eu mais je ne me suis pas senti capable avant très longtemps et c’est à l’approche de la trentaine, après avoir écrit de nombreux scénarios de jeux de rôle, que je me suis lancé pour trouver un nouveau terrain de jeu amusant. Ce premier roman écrit, c’était donc Presque Minuit.

Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Quand j’avais 10-14 ans, je lisais essentiellement du fantastique, entre Lovecraft et Stephen King. Vers mes 16-18, j’ai basculé vers les écrits de Clive Barker et Neil Gaiman et je peux dire qu’ils restent mes principales influences encore aujourd’hui.

Quel est votre rythme de travail ?

Je prends des notes dès que je peux, dès que j’ai une idée, sur mon téléphone ou en brouillon de mail. Et dès que j’ai le temps pour, j’injecte ces notes dans les fichiers qui correspondent à l’idée. Parfois sur ma pause déjeuner, plus souvent une fois rentré chez moi. Et je travaille durant la soirée. Et ce, le plus souvent possible (tous les jours ou presque) même si c’est pour 10 ou 20 minutes, et ce autant que possible afin d’être le plus efficace : se remettre dans le bain d’une histoire ou d’un projet me prend du temps… sauf si j’ai la tête dans le projet au quotidien.

Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages au fil de l’écriture ? Le final explosif est très cinématographique comment vous vous est il venue ? était-ce une envie dès le début de l’écriture ou est cette venue plus tard ?

Je fais partie de la secte des « architectes » : je sais tout dans les moindres détails avant de rédiger et je suis assez radical dans ma construction, dans ma structure. C’est quelque chose que je valorise beaucoup : j’apprécie les « belles mécaniques » dans les histoires que je lis, et je tente d’offrir la même chose quand j’écris. Je ne rédige donc jamais « au propre » avant que toutes les pièces de mon puzzle s’enchâssent parfaitement, du moins à mon goût. Je pars donc souvent de scènes fortes que je visualise et je tente de les relier pour en faire une bonne histoire. Ça me permet d’avoir un final et des conclusions spectaculaires qui semblent logiques parce qu’amenées par le récit jusque-là.

D’où vous venez cette vision futuriste sur cette magie omniprésente ? et cette envie d’écrire dessus ?

J’adore la magie dans le quotidien, l’irruption enthousiasmante et colorée d’une surprise dans la vie de tous les jours. Dans mes récits, pour que ce soit intéressant « dramatiquement », c’est généralement de mauvaises surprises pour les personnages. Mais, de manière générale, j’adore tenter de coller à notre réalité, ou du moins à une certaine forme et vision de notre réalité, et faire des pas de côté, pour jouer à « et si on disait que… » et inventer la suite.

On sent une certaine empathie envers ces cinq jeunes héros dont vous dresser le portrait dans votre livre, en quelques lignes ces personnages prennent vie, vous êtes-vous inspirés de vos rencontres ?

Je crois qu’on s’inspire tous de notre vécu, de qui on côtoie, de qui on voit dans les œuvres et de nos expériences personnelles. Évidemment que je ne suis pas magicien (bon, si c’était le cas, je ne vous le dirais pas). Par contre, je sais ce que c’est de vouloir réussir quelque chose, de rater parfois, de ne pas être compris, de ne pas se sentir les épaules pour prétendre à, et tout ça, c’est finalement assez simple de les injecter dans des personnages pour les rendre crédibles, intéressants. D’ailleurs, comme avec Ordo, je souhaitai proposer un roman fun, très enlevé et énergique, divertissant au possible, avec beaucoup de personnages ayant du style, du charme, ajouter quelques éléments plus humains, liés aux désirs de chacun, des faiblesses, permettait de les rendre plus réels, de jouer justement sur cette frontière entre réalité et magie.

Avez-vous eu de l’aide dans l’écriture de ce roman ?

Mes éditrices m’ont aidé à trier l’ensemble des mes idées et mon éditrice en chef, Ludivine Irolla, m’a questionné régulièrement, à ma demande ou à la sienne, afin qu’on soit sur la même longueur d’onde sur ce que j’allais proposer, sur la façon dont je voyais l’univers et le roman et sur les fameux « petits détails » qui font tout l’intérêt de cette histoire.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Long, non. Difficile, oui. Le roman a été écrit dans des conditions assez particulières : on m’a demandé si j’avais un roman à proposer pour une publication. J’en avais deux… mais ils ne correspondaient pas à la ligne éditoriale de l’éditeur et j’ai donc dû écrire ce roman en moins de cinq mois. C’était une opportunité folle et je l’ai saisie mais ça a rendu mes journées particulièrement chaotiques et mes nuits éprouvantes. Je suis très content d’Ordo mais je n’étais pas mécontent d’en avoir terminé pour me reposer.

  1. Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Le roman venant de sortir il y a quelques jours à peine, c’est encore trop frais pour avoir des anecdotes notables, mais je suis ravi que les retours soient si enthousiastes. Je redécouvre le roman à travers leurs retours.

Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

J’aime énormément de choses. Je lis énormément… de comics, de mangas, de jeux de rôle. Je joue beaucoup à toutes sortes de jeu, et mon principal plaisir en dehors de l’écriture de romans, c’est la conception de jeux de rôle où je peux tout créer et publier par moi-même. C’est très satisfaisant créativement d’être en capacité de le faire.

Quels sont vos projets ?

Ça fait partie de mes questions actuelles, au moment où je réponds à cette question (rires). J’aimerai pouvoir écrire un nouveau roman dans l’univers de Presque Minuit et Au Crépuscule, j’aimerai aussi pouvoir écrire une suite à Ordo. J’ai des dizaines et dizaines de pages de notes pour ces deux projets. Mais ça dépendra avant tout des retours du public. J’aimerai écrire un thriller fantastique ainsi que de la fantasy, quelque chose de plus médiéval, sombre et épique. J’aimerai pouvoir aussi écrire une trilogie afin d’avoir la place pour des intrigues plus amples, qui puissent rebondir sur la durée. De manière générale, j’ai à peu près 80 projets plus ou moins développés (de romans, de jeux de rôle, de jeux de société) qui dorment dans mon disque dur, attendant l’envie, le temps ou la demande d’un éditeur pour les développer.

Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Mes coups de cœur des derniers mois sont souvent différents de l’année précédente. Si je devais donner quelques titres qui m’ont beaucoup marqué à leur époque, du moins quand je les ai lus, à mon échelle, ce serait « Imagica » de Clive Barker et « Neverwhere » de Neil Gaiman en fantastique/urban fantasy. « Annihilation » de Jeff Vandermeer en… fantastique à la frontière de la SF, « La Horde du Contrevent » de Alain Damasio en fantasy à la frontière avec la SF, « Une Assemblée de Chacals » de S. Craig Zahler en western bien énervé et « Les Monarchies Divines » de Paul Kearney, « Légende » de David Gemmell, « Servir Froid » de Joe Abercrombie, « Chien du Heaume » de Justine Niogret en médiéval fantastique, plus ou moins épique, plus moins sombre, plus ou moins âpre.

Au vu de la track liste de la fin du livre utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Je n’écris jamais ou rarement sans musique. J’écoute de tout, voire n’importe quoi, même si pour concevoir mes intrigues, j’aime me plonger dans les playlists qui vont accentuer mon ressentir, intensifier mon imaginaire, renforcer l’ambiance que je souhaite. C’est la même chose lorsque je rédige mon plan détaillé : avoir de la musique dans les oreilles me coupe du monde réel et accroit le ressenti que j’ai pour les personnages et les situations et, il me semble, me permet d’être plus intense dans mon écriture.

Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

J’ai un site www.misterfrankenstein.com où je publie tous les éléments en rapport avec mes écrits, un Instagram où je partage mes nombreuses lectures et bêtises du quotidien www.instagram.com/anthony_combrexelle/ , un compte Twitter où je relais davantage de choses qui me tiennent à cœur ou me semblent importantes twitter.com/yno et une page Facebook dédiée à toutes mes activités créatives www.facebook.com/AnthonyYnoCombrexelle

Community de Luna Joice, tous connectés, tous heureux

Le roman ayant remporté le prix Bernard Weber de cette troublante année 2020 est une nouvelle variation sur le meilleur des mondes vu, cette fois-ci, sous le prisme de la communication et des réseaux sociaux.

Il faut bien reconnaître que les moyens de communication sont les technologies qui ont connu une démocratisation fulgurante ces deux dernières décennies, alors que l’ingénierie génétique reste encore de l’ordre de l’imaginaire réservéàun élite financière. Les smartphones et leurs corollaires les applications de messagerie instantanées. Jamais on ne s’est autant écri, des millions de messages sont envoyés, des conversations qui s’étalent sur des heures voire des jours, des groupes de conversations sont créés autour d’un thème que les participants partagent en commun, mais pourtant jamais l’humanité n’a paru aussi divisée, séparé en groupes qui se hurlent sans s’écouter. Il n’est donc guère étonnant que la science-fiction s’empare de ce thème pour nous en dire un peu plus sur l’humanité et ses travers.

Sous le regard de notre héroïne Lyah, on découvre un monde utopique en apparence. L’auteur a fait le choix de nous décrire un personnage classique mais à la psychologie subtile et emphatique. Comme tous les personnages qui remettent en cause le monde dans lequel ils vivent, elle possède un esprit curieux, rêveur et se heurte rapidement aux parois vitrées de ce monde qui paraît vite limité. Son besoin d’évasion va la pousser en remettre en question les fondements de ce monde trop parfait.

Car certes le monde de Lyah est idyllique, la paix mondiale règne, la barrière des langues a été abolie, toutes les données qu’elles soient culturelles, scientifiques ou autres sont téléchargeables quasi instantanément mais comme pour tout ce que l’on obtient dans la vie il y a un prix à payer et c’est ce que Lyah va découvrir. On suit son évolution psychologique à mesure que son désenchantement sur son monde prend forme. Pour être vraiment convaincant il aurait fallu que la fin soit plus détaillée, moins expéditive. Le système des chercheurs aurait mérité d’être plus étayé, ses failles bien humaines encore plus mis en avant. L’épilogue notamment passe trop rapidement sur une conséquence des actions de Lyah qui, potentiellement, pourrait signifier le retour des conflits mais le but de l’auteur est de pousser la réflexion.

Le récit prend rapidement un tournant young adult loin d’être désagréable, la romance entre Lyah et Caleb est plaisante et touchante, surtout que la mentalité des citoyens de ce monde connecté l’empêche de prendre une place prépondérante dans le récit. Les interrogations de lyah trouveront facilement un écho dans l’esprit de tous les adolescents utilisateurs des réseaux sociaux et qui ont parfois l’impression d’étouffer dans notre monde qui offre tant de libertés virtuelles mais si peu souvent l’occasion de les mettre en pratique dans le monde réel.

Résumé: 3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.
Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?
Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit.
Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

  • Broché : 298 pages
  • ISBN-13 : 978-2755647365
  • ISBN-10 : 2755647361
  • Éditeur : Hugo Roman (3 septembre 2020)

Tout un été sans Facebook de Romain Puertolas, Saint réseau social délivre nous du mal

Il y a des choses plus difficiles que d’écrire un roman policier humoristique mais elles sont peu nombreuses. Écouter un album de Jul en entier ou retenir les noms de toutes les stations de métro par exemple. Romain Puertolas manie cet art délicat de nous faire rire de manière intelligente tout en nous contant une histoire qui, sans être renversante, se révèle solide et efficace.

Tenir en haleine le lecteur sur plus de trois cents pages avec un propos humoristique n’est pas chose aisée. Il faut savoir équilibrer entre la narration, l’humour et les personnages. Dans cet été sans Facebook l’auteur a opté pour un humour frontal frôlant parfois avec l’absurde mais toujours amené finement et au service d’une histoire qui fait passer un agréable moment tel un bon gros dont dont on savourerait chaque bouchée. On y retrouve tous les ingrédients d’une comédie, une galerie de personnages alliant stupidité et effronterie, des gags de répétitions, des situations rocambolesques, des références culturelles intelligemment placées et du name-dropping littéraires ce qui n’est pas si courant. Un humour omniprésent dans les dialogues, où les personnages se font passer pour plus bêtes qu’ils ne le sont car derrière ces mines affables et ces répliques absurdes se dissimule une certaine malice.

Si l’on pourrait craindre que l’humour prenne le pas sur la narration il n’en ait heureusement rien, l’auteur sait où il veut mener le lecteur et son récit s’apparente parfois à un énorme jeu de piste parcouru par des écureuils radioactifs qui divertissent le regard du lecteur pour mieux l’empêcher de voir l’évidence. À grand coups de références littéraires l’auteur parvient à draper son été sans Facebook d’une profondeur insoupçonnée grâce à la présence du personnage Agatha Crispies.

Ce personnage principal est un véritable bol d’air frais. À contre-courant de tous les modèles que l’on a l’habitude de lire ou de voir. Bien en chair, pour ne pas dire obèse, toujours avec un donut à la main, ou plutôt dans la bouche, ce petit bout de femme qui semble avoir oublié toutes les bonnes manières et qui possède ses propres techniques d’enquêtes nous entraîne avec elle dans un périple qui ne connaîtra aucun temps mort tout en tentant de distiller autour d’elle sa passion pour les grands classiques.

S’il n’y a rien à relever en ce qui concerne la plume de l’auteur, fonctionnelle et au service du récit, il faut quand même souligner la volonté de l’auteur de nous faire comprendre avec malice, en conjuguant culture populaire et littéraire, que rien n’est jamais ce qu’il semble être. Une évidence que malheureusement, à l’heure des réseaux sociaux, des polémiques éclairs et des jugements à l’emporte-pièce, beaucoup ont encore tendance à oublier.

Résumé: Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. Puértolas signe un drôle de thriller loufoque, un poilar !

  • Broché : 380 pages
  • ISBN-13 : 978-2842639075
  • ISBN-10 : 2842639073
  • Dimensions du produit : 14.1 x 3 x 20.4 cm
  • Éditeur : Le Dilettante (29 avril 2017)

GIMS – Documentaire Netflix | Critique & ANALYSE

Netflix dévoile un documentaire introspectif sur Gims, l’artiste le plus diffusé en radio en France. Si son succès brille autant que ses vestes, le rappeur a trimé pour en arriver là. Qu’apprend-on sur lui ? Ma critique en vidéo.

De prime abord, ce n’est pas le genre de contenu qui attire notre attention. Une heure trente de Gims : merci, mais non merci ! Faiseur de hits, on lui doit « Bella », « J’me tire », « Sapés comme jamais », « Tout donner » ou encore « Reste » (« Mais tu iras où, où, où si jamais je m’en vais »), en duo avec Sting. Rien qu’à l’évocation de ces titres, leurs mélodies efficaces et multidiffusées en radio résonnent déjà dans le ciboulot (à ceux qui prétendent le contraire : on ne vous croit pas !). Pourtant, vous auriez bien tort de ne pas saisir l’occasion d’en apprendre davantage sur ce mystérieux personnage, avec qui on ne peut échanger les yeux dans les yeux.

Par le biais d’images d’archives, de vidéos personnelles en famille et, surtout, de témoignages forts face caméra (de lui, de son manager, de ses proches et collaborateurs…), « GIMS », réalisé par le journaliste Florent Bodin, dresse le portrait méconnu du premier rappeur à avoir rempli le Stade de France, en 2019. C’est en coulisses, au cours des mois qui ont précédé ce show phénoménal, qu’on retrouve l’homme, la « bête de scène » qui n’en rate jamais une pour exhiber son fastueux quotidien sur les réseaux sociaux

Après le concert de PNL, « les Etoiles vagabondes » de Nekfeu, voici un troisième projet de Netflix destiné aux fans de rap français. « Gims », un documentaire d’une heure trente à l’image léchée, proche des clips, suit le rappeur

Les premières images font craindre le pire : un exercice d’autopromotion de l’artiste qui revendique sans vergogne sa place dominante. La séquence, au ralenti, le filme de dos, entrecoupée d’images de fans en délire et de sa carrière, des vues aériennes de Kinshasa où il est né. « Je serai le premier Africain et premier rappeur, chanteur urbain à avoir fait le stade. Il y avait une chance sur combien ? Il y avait une chance sur combien ? », lâche-t-il de sa voix grave avec des battements de cœur en fond sonore. Pour la sobriété, on repassera.

L’auto-congratulation de Gims (qui, ironie du sort, ne veut plus que l’on l’appelle « Maître ») est le fil conducteur de ce film. Tous ses proches, son épouse Demdem, son frère Dadju ou ses amis comme H Magnum, Orelsan et Omar Sy rappellent à quel point, ses disques s’arrachent (plus de 5 millions depuis le début de sa carrière), à quel point il est un génie de la musique, lui qui est l’artiste le plus diffusé à la radio en France. Un boss à la tête d’un empire exposé dans ces moindres détails dans ce film, à grands coups d’effets grandiloquents.

Les fans étaient impatients de découvrir une nouvelle facette de leur artiste préféré, celle qui n’est pas montrée à l’écran. Les équipes de production l’ont suivi deux ans avant la symbolique date qui allait marquer un tournant dans sa vie : le 28 septembre 2019. Ce jour-là, Gims devenait le premier artiste urbain à donner un concert au mythique Stade de France (Saint-Denis). Si toutes les étapes de sa préparation avant le show ont été montrées à l’écran, le documentaire Netflix s’intéresse également au côté sombre de sa vie, celui que les fans ne connaissent pas, ou très peu. On se rappelle de ses débuts dans la Sexion d’assaut, mais avant ça, celui qui se faisait appeler Maitre Gims jusqu’en 2019, a dû trimer et se battre de toutes ses forces pour se faire un nom.

« La musique ou rien », c’est un peu l’adage qu’a dû adopter Gims depuis son enfance. Fils d’un musicien congolais très populaire au pays, Gandhi Djuna – de son vrai nom – est arrivé en France à l’âge de 2 ans. Il a grandi dans un foyer d’accueil pour enfants, aux côtés de deux de ses frères, avant de passer le reste de son enfance dans des squats délabrés à Paris, sans argent ni nourriture. Si Gims savait qu’un talent sommeillait en lui, il n’a pas eu d’autre choix que de l’exploiter pour espérer s’en sortir. C’est alors qu’il a commencé à kicker avec Barack Adama, Lefa et les autres, assis sur les bancs de parcs parisiens, pour oublier son quotidien. « Le soir, quand je disais aux autres que je rentrais, en vérité je ne rentrais nulle part. Je n’avais pas de chez moi, alors j’allais me balader en me demandant bien où j’allais dormir ce soir », explique-t-il, forcément ému par ces douloureux souvenirs.

Le documentaire Netflix nous offre une réelle introspection sur sa vie. Pour l’une des premières fois, Gims se confie face caméra, même s’il peine toujours à retirer ses lunettes pour montrer ses yeux. Si cela peut vous rassurer, plusieurs plans de profil nous permettent de les observer enfin ! Pour la petite anecdote, il raconte au sein du commentaire comment lui est venue l’idée de toujours porter des lunettes noires afin de créer son personnage. La vie de Gims en ferait rêver plus d’un : quotidien de strass et de paillettes, voyages en jet privé, luxe à gogo… Mais pourtant, on sent qu’il reste très terre à terre, conscient de la chance qu’il s’est créée. En 2005, tout aurait d’ailleurs pu basculer pour lui. Un an après s’être converti à l’Islam (2004), Gims raconte avoir intégré une secte islamiste, qu’il a par la suite quitté.

« Quand je suis rentré dans cette religion, j’étais à la portée de n’importe quel gourou, j’étais un cœur pur et quelqu’un de mal intentionné peut te prendre sous son aile et faire de toi une arme. Il y avait des personnes qui finissaient mortes, suicidées en Irak. Des gens qui étaient à côté de moi. Et cela m’a fait flipper, je ne sais pas où j’aurais pu terminer », confie-t-il. Une nouvelle facette de son histoire que l’artiste révèle au monde entier. La vie de Gims est racontée durant 1h30 dans le documentaire Netflix, tantôt selon ses témoignages, tantôt à travers les yeux de ses proches. Coulisses de ses shows, enregistrements en studio, moments familiaux, retour au Congo, adoration des fans… tout est montré. Les séquences sur sa vie d’aujourd’hui tranchent avec celles de son histoire, le tout monté de façon dynamique et percutante. À la fin du documentaire, on a l’impression de le connaître. S’il a dû trimer pour en arriver jusqu’ici, avoir fait le Stade de France n’est pas une fin en soi mais seulement le début de quelque chose de grand : Gims ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, la preuve il a récemment dévoilé Dernier Métro, en collaboration avec Kendji Girac.

Vraiment, « Gims » est une jolie découverte. Profonde, sincère, inspirante. Rien n’y est occulté, pas même sa conversion à l’islam ni comment il a failli se retrouver en Irak. Et puis, le film n’est pas si musical qu’il en a l’air (vous ne devriez pas bloquer sur l’un des tubes de Gims pendant trois jours).

Les petites filles de Julie Ewa, restez en France il n’y a rien à voir

De bon retour sur les blogs et les réseaux sociaux, une quatrième de couverture qui promet un voyage dans un pays dont on entend souvent parler, surtout en ce moment, une enquête bien glauque sur fond de trafic d’enfants. Il n’en fallait pas plus pour que je me lance dans la lecture des petites filles de Julie Ewa .mal m’en a pris, j’aurais mieux fait de rater l’avion.

Commençons par le personnage principal, une jeune femme Lina, elle est belle mais elle ne le sait pas, elle est célibataire mais par choix, elle a une blessure profonde qui remonte à son enfance et qui explique son caractère renfermé et solitaire, elle se méfie des hommes qui sont tous des pervers en goguette évidemment. En une trentaine de pages l’auteure a fait cocher toutes les cases de l’héroïne moderne à qui on ne la fait pas à son personnage mais en oubliant d’y ajouter un soupçon d’originalité, ce qui la rend proprement insupportable. Ah et son meilleur ami est gay forcément.

Ensuite le voyage. Les descriptions sont peu nombreuses et pas assez étayées, qu’est-ce donc que les roches karstique dont on parle deux fois dans l’ouvrage ? Il ne faudra pas attendre de réponse de la part de l’auteure. Le village, où se situe la majeure partie de l’action, est assez bien décrit cependant et rend une ambiance carte postale credible mais le reste du voyage est plat, tout comme la plume de l’auteure mais les envolées lyriques ce n’est pas non plus ce que l’on attend de ce genre d’ouvrage me direz-vous. Le récit aborde frontalement les divers problèmes liés à l’enfance en Chine, la loi sur l’enfant unique, les abandons, les avortements forcés, le travail des enfants et la place de la femme dans une société qui se développe plus vite que sa population ne peut l’assimilé. L’auteure nous offre un panorama sordide mais malheureusement réaliste de la situationdes filles au pays du soleil levant. Rien de transcendant dans le propos mais les faits permettent de remettre les pendules à l’heure dans nos esprits d’Occidentaux.

La double temporalité. Oui ça aussi il va falloir en parler. C’est un procédé éminemment dangereux car il peut casser le rythme du récit, diluer la tension et provoquer une redondance dans la narration. L’auteure s’en tire plutôt bien sur la question du rythme, aidé en cela par des chapitres très courts. Le récit se lit facilement et les deux intrigues contiennent suffisamment d’éléments pour ne pas se parasiter. Mais la présence d’éléments connue dès le début dans l’un des récits entraîne forcément des révélations dans le second qui tombent à plat, sans parler de celles que l’on avait vues venir de trop loin. Malgré de gros efforts l’auteure n’est pas parvenu à me surprendre une seule fois.

Reste le gros problème que représente le final, complètement raté. C’est quand même formidable d’introduire une héroïne sur plus de 300 pages, de nous expliquer comment elle est courageuse téméraire et qu’elle sait aussi distribuer quelques droites lorsque la situation l’impose pour l’écarter complètement lors du dernier acte. Elle n’est même pas spectatrice, non elle est juste absente, écartée d’un final inutilement glauque et cruel, alors que l’intrigue est exempt de gore jusque là. L’auteure a sans doute voulu se raccrocher à la tendance gore assez présente dans le polar féminin au début des années 2010 en enchaînant les scènes gores et cruelles mais oublie du coup de mettre en scène son héroïne et qu’un bon polar n’est pas forcément des passages glauques sans fondements.

Le voyage terminé, et après que l’auteure est enfoncée toutes les portes ouvertes du polar bien rythmés, bien glauque et bien bourrin mais sans rien apporter de neuf au genre il ne me tarde qu’une chose c’est que l’avion quitte le tarmac pour ne plus jamais pénétrer dans cet espace aérien bien triste.

Résumé: Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions d’enfants (principalement des petites filles) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place où elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle comprend que le piège est en train de se refermer sur elle…

Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant, remarquablement documenté, qui nous conduit au coeur d’une Chine cynique et corrompue où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter.

  • Broché : 416 pages
  • ISBN-10 : 2226322728
  • ISBN-13 : 978-2226322722
  • Dimensions du produit : 14.8 x 3 x 22.5 cm
  • Éditeur : Albin Michel (4 janvier 2016)
  • Poids de l’article : 358 g
  • Langue : : Français

L’horizon qui nous manque de Pascal Dessaint, chroniques social tirant vers le brun

Une courte chronique pour un court roman 220 pages à peine, un roman vendu comme un roman noir mais qui se rapproche plus de la chronique social teintée de folie et de violence.

S’il faut ranger chaque roman dans la catégorie assez brumeuse de roman noir dès qu’un crime est commis ou que des policiers ou gendarmes interviennent dans l’intrigue cela me paraît un critère un peu facile. Ce récit, plaisant au demeurant, n’a que de fragile attache avec le roman noir.

L’auteur nous brosse le portrait de trois êtres échoués sur le rivage de la société moderne française. Pour diverses raisons, ces deux hommes et cette femme vont se créer un refuge où ils pourront échapper aux furies du monde moderne. Lucille sera le pivot autour duquel va s’articuler ce récit, trentenaire désabusée, trahie, en perte de repères. Ces chapitres seront l’occasion d’une contemplation mélancolique au milieu des dunes délaissées. Malgré l’inertie de l’intrigue durant ces passages, on prend plaisir à écouter la complainte de cette jeune femme paumée comme on réconforterait une amie autour d’un chocolat chaud.

Les deux autres personnages sont tout aussi finement décrits, Anatole, dont l’esprit fantasque n’est pas formaté pour vivre selon les codes de la société de consommation, endosse le rôle de vieil ermite bourru au cœur pas si dur, quoique ça dépend des saisons. Loïk est une boule de nerf constamment sur le fil du rasoir qui mène à la violence déchaînée, un guerrier qui n’a pas su trouver sa bataille et qui du coup se retourne vers tous ceux qu’il pense être ses ennemis.

L’aspect noir mis en avant par l’éditeur survient tard dans le récit et reste relativement subjectif, il manque peut-être un événement suffisamment puissant pour transcender le récit, souder véritablement le trio et transformer l’intrigue en roman noir proprement dit. En l’état l’auteur propose une élégante balade sur les rives de la Manche en compagnie d’un trio attachant mais dont les membres vivent leurs galères chacun de leurs côtés àpartàdeux ou trois événementsprès, teinté d’une poésie désenchantée et d’un humour à froid pour nous rappeler que la vie laisse peu de place aux esprits hors normes ou qui pensent à contre-courant.

 » quand je nous voyais, être sans vraiment l’être à nos petites affaires, je me disais que c’était aussi un drôle de hasard de nous retrouver ensemble sur terre, à cet endroit-là, pas à un autre, et pour espérer quoi ?

Peu à peu, je me suis aperçue – il s’agissait d’un sentiment irrationnel, comme une gêne prémonitoire – que nous vivions dans l’attente du pire.  »

Résumé: la jungle de Calais vient d’être démantelée et Lucille, qui avait plaqué son métier d’enseignante pour venir en aide aux migrants, se retrouve désemparée. Cherchant un « point de chute », elle arrive chez un vieux loup solitaire nommé Anatole. Ce dernier lui loue une caravane sur son terrain. Anatole est chasseur. Il passe des heures à bricoler des oiseaux en bois destinés à servir de leurre. Il n’attrape jamais grand chose, mais rêver lui suffit. Une étrange relation se noue entre la jeune femme et le chasseur solitaire. Leur modus vivendi est bientôt bouleversé par l’arrivée de Loïk. Un gars qui a fait de la prison. Un impulsif. Imprévisible.

  • Broché : 219 pages
  • ISBN-10 : 2743648449
  • ISBN-13 : 978-2743648442
  • Dimensions du produit : 15.5 x 2 x 22.5 cm
  • Éditeur : EDITIONS PAYOT & RIVAGES (18 septembre 2019)
  • Langue : : Français

CRITIQUE : DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE (THE SOCIAL DILEMMA) SUR NETFLIX

Voici la critique du nouveau documentaire original de Netflix « DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE » (THE SOCIAL DILEMMA) qui porte un discours important sur les dérives provoquées par certains mécanismes des plateformes numériques et l’utilisation à outrance de leurs outils.

Ce documentaire de Jeff Orlowski illustre le grand propos du programme : les outils d’internet vont causer notre perte.

Le fait que les médias sociaux puissent créer une dépendance et donner la chair de poule n’est pas une révélation pour quiconque utilise Facebook, Twitter, Instagram et autres. Mais dans le documentaire  » Derrière nos écrans de fumée  » de Jeff Orlowski, des transfuges consciencieux de ces entreprises expliquent que la pernicieuse présence des plateformes de réseaux sociaux est un trait, pas un bogue.

Ils affirment que la manipulation du comportement humain à des fins de profit est codée dans ces entreprises avec une précision machiavélique : Le défilement infini et les notifications push maintiennent les utilisateurs constamment engagés ; les recommandations personnalisées utilisent les données non seulement pour prévoir mais aussi pour influencer nos actions, faisant des utilisateurs des proies faciles pour les publicitaires et les propagandistes.

Dans des interviews au montage rapide, Orlowski s’entretient avec des hommes et (quelques) femmes qui ont contribué à la construction des médias sociaux et qui craignent aujourd’hui les effets de leurs créations sur la santé mentale des utilisateurs et les fondements de la démocratie

La plupart de ces faits sont familiers, mais  » Derrière nos écrans de fumée  » va plus loin en intercalant les interviews avec des scènes fictives d’une famille de banlieue souffrant des conséquences d’une dépendance aux médias sociaux. Il y a des dîners silencieux, une fille pubère qui a des problèmes d’image de soi et un fils adolescent qui est radicalisé par les recommandations de YouTube qui promeuvent une vague idéologie.

Ce récit fictif illustre les limites de l’accent parfois hyperbolique mis par le documentaire sur le support au détriment du message. Par exemple, les interlocuteurs du film mettent l’augmentation des maladies mentales sur le compte de l’utilisation des médias sociaux, mais ne reconnaissent pas des facteurs tels que l’augmentation de l’insécurité économique. La polarisation, les émeutes et les protestations sont présentées comme des symptômes particuliers de l’ère des médias sociaux sans contexte historique.

Malgré leurs critiques véhémentes, les personnes interrogées dans  » Derrière nos écrans de fumée  » ne sont pas toutes des prophètes de malheur ; beaucoup suggèrent qu’avec les bons changements, nous pouvons sauver le bien des médias sociaux sans le mal. Mais les solutions personnelles et politiques qu’ils présentent dans le film confondent deux cibles de critique distinctes : la technologie qui provoque des comportements destructeurs et la culture du capitalisme sauvage qui la produit.

Néanmoins,  » Derrière nos écrans de fumée  » est remarquablement efficace pour tirer la sonnette d’alarme sur l’incursion de la technologie d’exploration et de manipulation des données dans notre vie sociale et au-delà. Le film d’Orlowski n’est pas lui-même épargné par le phénomène qu’il examine. Le film est diffusé en streaming sur Netflix, où il deviendra un autre nœud de l’algorithme basé sur les données du service.

 Il met en garde contre les dérives de ces algorithmes qui cherchent, avec chaque jour un peu plus d’efficacité, à nous maintenir « engagés » sur Facebook, YouTube, Instagram ou Twitter. Polarisation des débats, bulles de filtres qui nous mettent uniquement en relation avec des gens qui pensent comme nous, addiction, prime à la désinformation, dépression, le documentaire balaye largement les problèmes causés, plus ou moins directement, par « l’algorithmisation » croissante de nos vies.

A l’appui de leur démonstration, les réalisateurs ont convoqué un nombre impressionnant de militants, d’experts de haut vol et de « repentis » de la Silicon Valley, emmenés par Tristan Harris, ancien ingénieur chez YouTube et qui préside aujourd’hui le Center for Humane Technology. Devant la caméra se succèdent ainsi Renée DiResta, spécialiste mondialement reconnue de la désinformation ; Shoshana Zuboff, théoricienne du « capitalisme de surveillance » ; ou encore Jaron Lanier, dont le look de gourou new-age fascine presque autant que ses réflexions sur l’impact des nouvelles technologies.

Comment expliquer concrètement le fonctionnement de ces algorithmes, quand du propre aveu des « repentis » qui s’expriment, seule une poignée de personnes, chez Google ou Facebook, comprennent réellement ces logiciels ? Pour y parvenir, le documentaire a recours à un petit artifice, en prenant pour exemple une famille fictive dont on mesure, entre deux entretiens, le rapport difficile à la technologie : celle-ci conduit le fils à s’isoler, tandis que la fille développe une mauvaise image d’elle-même. Face à eux, trois acteurs jouent le rôle des algorithmes, qui ont pour but de les maintenir accrochés à leur téléphone et leur vendre des publicités ciblées.

Ce dispositif, un peu kitsch mais finalement très efficace, permet de visualiser les grands principes qui régissent les réseaux sociaux, et les conséquences désastreuses qu’ils peuvent avoir – sur la radicalisation du débat politique ou des événements précis comme le génocide des Rohingyas en Birmanie. La démonstration est convaincante, mais souffre parfois de quelques raccourcis et exagérations. Un graphique montrant l’évolution de la puissance de calcul sur un siècle est ainsi présenté comme la preuve de la défaite de nos cerveaux face à la machine, quand le documentaire montre bien que ce sont les paramètres choisis à la conception, plus que l’efficacité des machines, qui sont au cœur du problème.

Anticipons tout de suite les critiques : une grande partie de ce que montre The Social Dilemma est vrai. Rien de nouveau, mais le constat est réaliste. Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Instagram et plateformes comme Gmail ont été créés et améliorés pour maximiser le temps que les internautes y passent. On parle des petites bulles de notifications omniprésentes inventées pour générer un sentiment de manque et d’envie. On parle de la manière dont une plateforme sait exactement quel contenu vous lisez sur votre mobile, à quelle vitesse vous scrollez, combien de secondes votre attention sera retenue par une vidéo. Vous vous êtes laissé happer par une vidéo d’un paresseux à trois pattes qu’un capybara aide à traverser la route ? Votre fil d’actualité Facebook va se remplir de vidéos d’animaux du même acabit.

ces anciens de la tech qui se construisent une morale après avoir enchaîné les jobs dans les PinterestYouTubeTwitterGoogleFacebookInstagram, et se présentent depuis quelques années comme les lanceurs d’alerte prétendument légitimes d’un système qu’ils ont largement contribué à bâtir. Il y a aussi la politique, évidemment, les fausses informations qui engendrent les fausses informations, les manœuvres de déstabilisations géopolitiques qui n’ont même pas eu besoin de piratage pour arriver à leurs fins, juste de détourner des outils qui sont déjà présents. « Nous n’avions pas anticipé tout ça lorsque nous avons créé Twitter il y a 12 ans », entend-on le CEO Jack Dorsey balbutier.

Derrière nos écrans de fumée s’achève malgré tout sur un optimisme prudent. Il n’y a pas de « bad guys » dans la Silicon Valley : nous avons le pouvoir de dire non aux manipulations en nous déconnectant ou en votant avec nos clics. Il n’est pas trop tard, mais un changement n’est possible que si ces entreprises cessent d’être pilotées en fonction de leur cours de Bourse.

Source : Damien Leloup « Le monde » & Marie Turcan  « numerama ».

Balèze – 17 septembre 2020 de Kiese LAYMON

L’un des meilleurs récits de 2018 selon le New York Times

Partant de son enfance dans le Mississippi, passée aux côtés d’une mère brillante mais compliquée, Kiese Laymon retrace les événements et les relations qui l’ont façonné. De ses premières expériences de violence et de racisme jusqu’à son arrivée à New York en tant que jeune universitaire, il évoque avec une sincérité poignante et désarmante son rapport au poids, au sexe et au jeu, mais aussi à l’écriture. En explorant son histoire personnelle, Kiese Laymon questionne en écho la société américaine ; les conséquences d’une enfance passée dans un pays obsédé par le progrès mais incapable de se remettre en question.
Récit intime qui met en lumière les échecs d’un pays, Balèze est un formidable acte de défi et de courage.

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Chronique : Au tout début de « Balèze », Laymon écrit : « Je ne voulais pas vous écrire. Je voulais écrire un mensonge. » Le « vous » est la mère de Laymon, et le livre parle avant tout d’eux deux, écrit avec un amour et une peur si ouvertement dénudés qu’on a l’impression de les déranger pour le lire. Même les personnes que vous connaissez le mieux ne se révèlent pas de cette façon, et c’est peut-être là une partie de ce que Laymon essaie de corriger pour au moins un lecteur.

La lourdeur du titre se manifeste tout au long du livre. C’est le poids des traumatismes gardés secrets, le poids des générations d’oppression noire, le poids des vérités non dites, le poids de la honte, le poids des attentes et le poids réel d’un corps réel. En le lisant, je pouvais sentir le souvenir du mensonge original que Laymon a écrit et qu’il ne pouvait pas laisser reposer, et j’ai alors recommencé à écrire ce livre. Le contraste de la vérité, la façon dont il s’oblige à exposer les faits, mais aussi la puissance du mensonge et des mensonges qu’il se raconte dans les choix qu’il fait. Tout cela en fait un de ces mémoires qui se sentent singulières, qui se taillent une nouvelle voie pour se montrer au monde.

Structurellement, c’est un mémoire traditionnel. Il avance dans un temps linéaire, il se concentre sur certaines périodes de formation, il trace le développement de la personne que l’auteur est maintenant. C’est aussi, semble-t-il, sa propre tentative d’appel à l’action tout en reconnaissant tout au long du parcours qu’une chose qu’il a apprise jusqu’à présent est que ces appels vont rarement comme on le souhaite. La vie ne nous donne généralement pas ces simples structures d’obstacle suivies de croissance, si bien que souvent, c’est l’obstacle suivi de l’échec qui conduit à plus d’échec et à une spirale de honte toujours plus grande. Le laïc a le don de la connaissance, de la perspicacité, des mots, de l’éducation, mais parfois tout ce que cela lui donne est la capacité de savoir jusqu’où il s’est trompé.

Laymon a grandi à Jackson, dans le Mississippi, élevé par une mère célibataire qui est également professeur. Elle l’entoure de livres, lui assigne des essais, elle est à bien des égards ce parent noir stéréotypé qui exige de son enfant noir qu’il travaille deux fois plus. Elle le frappe aussi, lui ment, le vole et tombe dans des schémas d’abus et de dépendance qui lui ont été transmis et qu’elle transmettra à son tour à Laymon. En racontant leur histoire, le livre tient également compte de l’héritage d’être noir dans le Sud profond, de ce que cela signifie d’être là et de ce que cela signifie de partir. Ce n’est pas que la façon dont Laymon écrit à son sujet soit inflexible, c’est qu’il vous laisse le voir tressaillir, voir combien il l’aime et combien cela lui fait mal d’être blessé par elle et maintenant de la blesser en retour en mettant tout cela à nu.

Balèze est écrit de main de maître, il passe sans effort de la confession personnelle à la critique sociétale, il voit les subtilités de l’auteur ainsi que sa place dans un monde plus vaste. J’étais tenté de souligner quelque chose à presque chaque page. En fait, je me sens un peu coupable d’écrire une bonne critique parce que Laymon est tellement honnête sur lui-même, sur les dépendances, les abus et les troubles alimentaires, sur sa famille et ses relations, que cela ressemble à une trahison de le partager publiquement. C’est vraiment un don d’écrire de cette façon et j’espère que nous ne le gaspillerons pas.

Note : 10/10

Les oubliées du printemps – 16 septembre 2020 de Nele NEUHAUS

Lorsque la policière Pia Sander est missionnée pour enquêter sur la mort du vieux Theodor Reifenrath, elle est loin de s’imaginer l’ampleur que va prendre l’affaire. En effet, de nombreux ossements humains sont retrouvés sur la propriété du vieil homme.

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Chronique : Le propriétaire Theo Reifenrath est retrouvé mort sur son vaste domaine. Au début, il n’est pas clair si Theo est mort par accident ou par une influence extérieure. Cependant, lorsque des os humains sont trouvés par hasard dans la zone extérieure de sa maison, l’affaire prend une tournure inquiétante. Reifenrath était-il un tueur en série longtemps recherché ? Les traces conduisent à de nombreux cas de disparition, dont certains remontent à de nombreuses années.

Les oubliées du printemps est le neuvième volume de la série . Bien que les personnages eux-mêmes continuent à se développer dans les livres, les cas sont chacun achevés, de sorte qu’il serait possible de lire les livres sans ordre chronologique.

Comme ce n’était pas mon premier Neuhaus, je savais déjà à quoi m’attendre. Neuhaus a une façon très calme de construire l’histoire. Tout commence très lentement et nous accompagnons beaucoup de travail d’investigation. Cela m’a parfois coûté une certaine tension dans les volumes précédents, mais dans « Les oubliées du printemps », j’ai été captivé du début à la fin. Je ne sais pas si c’est à cause de l’affaire elle-même ou si je me suis juste échauffé très lentement avec les personnages. Mais surtout, Pia s’est maintenant,, ouverte à moi bien mieux qu’auparavant.

En dehors de nos deux enquêteurs, nous avons à nouveau beaucoup de personnages secondaires à gérer. J’avais déjà le sentiment qu’il y aurait à nouveau beaucoup de personnages, quand au début du livre 3 pages résumaient les personnages. En soi, c’est assez utile. Comme Nele Neuhaus a rempli tout un village de vie ici à nouveau, certains personnages sont juste moins importants que d’autres, mais il faut rester sur la balle pour se souvenir de tous à mi-chemin. Certains chiffres étaient plus faciles à mémoriser que d’autres, qui restaient plutôt pâles. Les enchevêtrements dans le village, qui est lié à qui, qui est lié à qui, etc. étaient également très complexes, surtout à cause des gardiens.

Le thème des familles d’accueil a été traité de manière très intéressante. On souhaiterait que tout cela ne soit que de la fiction, mais malheureusement, le portrait n’est probablement pas si éloigné de la réalité. Dans l’ensemble, j’ai vraiment beaucoup aimé « Les oubliées du printemps » et c’est le moment fort de la série jusqu’à présent. Tout était parfait pour moi ici – le développement de nos enquêteurs, la représentation de tous les personnages importants et l’affaire elle-même.

Note : 9,5/10