La vie est un roman de Guillaume Musso – 26 mai 2020

Ainsi débute le récit de Flora Conway, romancière renommée à la discrétion légendaire. La disparition de Carrie n’a aucune explication. La porte et les fenêtres de l’appartement étaient closes, les caméras de ce vieil immeuble new-yorkais ne montrent pas d’intrusion. L’enquête de police n’a rien donné.

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Chronique : Le pouvoir de l’imagination est infini, pour les auteurs qui le détiennent. Un talent qu’il n’est pas toujours facile de dompter. Parce qu’il ne suffit pas à raconter un bonne histoire.
La vie est un roman, le bien nommé, est une belle démonstration de ce que l’imagination peut éclairer quand on a une vraie habileté de conteur. Et Guillaume Musso en est indéniablement pourvu.
Cette histoire est bien plus étonnante qu’elle n’y paraît de prime abord. Déroutante, même. Ce qui débute comme une version moderne du mystère de la chambre jaune, se révèle bien plus surprenant au fil des pages. Croyez-moi sur parole, puisqu’il serait criminel de révéler quoi que ce soit sur cette intrigue.
Encore une histoire d’écrivains, allez-vous dire. Mais ne parle t-on pas le mieux de ce qu’on connaît ? Prenez l’exemple de Stephen King, que Musso cite à plusieurs reprises dans ce roman concernant sa manière d’écrire, il a souvent mis en scène des congénères. D’ailleurs, il est amusant de constater que plusieurs petits clins d’oeils renvoient à l’auteur américain.
Il est loin d’être le seul auteur nommé. le roman égraine des citations tout du long, et ce ne sont pas de simples mots lancés au hasard. Elles sont minutieusement choisies et servent à ouvrir des portes au lecteur.
La vie secrète des écrivains mettait en avant l’amour des livres. Ce nouveau roman dépeint leur pouvoir et la puissance de leur emprise. Sur celui qui lit, mais surtout sur celui qui écrit.
Alors que son précédent livre était construit très minutieusement tel un puzzle, Guillaume Musso semble s’être octroyé davantage de liberté dans le cheminement de cette histoire assez inclassable. Entre thriller et récit plus intimiste qui pousse au questionnement, il jongle allègrement entre fiction et réalité. Un vrai jeu à travers deux mondes, le réel et l’imaginaire, les États-Unis et la France.
Il fallait oser une telle intrigue, renversante. A la construction fantasque. Plus d’une fois, je me suis demandé comment il allait se sortir d’une telle affaire. Mais comme tout bon auteur puisant dans son imaginaire, il est un peu magicien.
Mon seul regret aura été que cette parenthèse entre les pages des romans fut un peu courte, je m’y serais bien abandonné davantage.
La vie est un roman est un livre joliment divertissant et qui pousse à certaines vraies réflexions. Comme à se dire que la vie est pleine de surprises et que rien n’est écrit à l’avance.
Le pouvoir de l’imagination est infini quand il est mis au service d’une bonne histoire et d’émotions, Guillaume Musso le prouve avec brio.

NOTE : 8,5/10

CHRONIQUE DE GRUZ

 

  • Broché : 304 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy; Édition : 01 (26 mai 2020)
  • Collection : Littérature Française
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2702165540

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Vetâla saison 1 sur Netflix des zombies sauce curry

Synopsis: Alors qu’il est en mission pour déplacer les indigènes de la forêt de Campa afin de construire une route, Sirohi et son équipe déchaînent sans le vouloir la malédiction de la montagne Betaal qui fait des ravages sur le peuple et menace de mettre fin à la civilisation telle que nous la connaissons.

Après Ghoul, un huis-clos horrifique efficace sortie en 2018, le studio blumhouse et Netflix livrent leur nouvelle collaboration hindoue, en partenariat avec la boîte de production indienne red chillies production.

Au casting on retrouve des acteurs habitués aux productions Netflix tel que Viinet Kumar Singh présent dans la série Bard of blood et Jitendra Joshi à l’affiche du seigneur de Bombay.

Je garde un bon souvenir de leur précédente série Ghoul, qui offrait en quatre épisodes un spectacle angoissant et tendu. C’est pourquoi je me suis lancé dans cette nouvelle production en toute confiance malgré l’absence de doublage en français.

GOULE FATIGUÉE

Pourtant cette V. O. S. T. F. imposé n’est pas le plus gros souci pour les spectateurs. L’action étant privilégiée, les dialogues n’ont pas une importance capitale. Le co-réalisateur des épisodes, Patrick Graham, multiplie à outrance les montages rapides et nerveux tentant en vain d’instaurer un climat d’urgence alors que dans le même temps chacun des quatre épisodes souffrent de longueurs. La technique de la caméra à l’épaule est souvent utilisée, donnant l’impression que l’on est dans un jeu vidéo mais cache par ailleurs une pauvreté de réalisation. Les scènes de batailles contre les zombies sont plates et celles de carnages cannibales sont souvent filmées hors-champ, sans doute par manque de budget. Le design assez moyen des zombies et les jump-scares inutiles enfoncent encore plus le clou dans le cercueil du show.

UNE ÉCRITURE BÉANTE

Ajoutons à cela des écueils évidents dans l’écriture des personnages. Ce genre de série n’exige pas un développement approfondi de chaque personnage, ceux-ci sont d’ailleurs suffisamment présentés dans le premier épisode pour permettre de lancer l’aventure, mise à part le personnage de l’industriel véreux, trop caricatural. Mais à mesure que les épisodes s’accumulent les incohérences s’enchaînent, les personnages agissent de manière parfois complètement stupide et les facilités scénaristiques finissent d’enlever toute crédibilité à cette nuit en enfer. C’est d’autant plus dommage que la plupart des acteurs se révèlent convaincants malgré les failles dans l’écriture.

Des acteurs charismatiques mal servis par une écriture pauvre

Si les producteurs étaient partis sur l’idée de réaliser un film, ils auraient pu livrer un métrage sans génie mais efficace et dont les défauts auraient pu être noyés dans une effervescence horrifique d’une heure et demie, malheureusement le format série dessert fortement le programme qui perd en saveur à mesure que les zombies se repaissent de chair humaine.

Saw : le film Spiral avec Samuel L. Jackson et Chris Rock décalé à 2021

Spirale, l’héritage de Saw, le spin-off de la saga horrifique Saw censé sortir en salles le 13 mai 2020 vient d’être décalé d’un an par Metropolitan.

Annoncé dans nos salles obscures pour le 13 mai dernier, le spin-off de la saga d’épouvante Saw porté par Samuel L. Jackson et Chris Rock avait été repoussé à cause de la pandémie de Coronavirus. Spirale : L’Héritage de Saw sortira donc au cinéma le 19 mai 2021.

Mis en scène par Darren Lynn Bousman (déjà aux commandes des épisodes 2 à 4) et écrit et produit par Chris Rock, ce revival suit le lieutenant Ezekiel « Zeke » Banks (Rocks) et son nouveau partenaire (Max Minghella). Ces derniers enquêtent sur une série de meurtres macabres dont le mode opératoire rappelle étrangement celui d’un tueur en série qui sévissait jadis dans la ville. Pris au piège sans le savoir, Zeke se retrouve au centre d’un stratagème terrifiant dont le tueur tire les ficelles.

Le distributeur a également décalé d’un an le film d’action Hitman & Bodyguard 2 porté par Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. Annoncé pour août 2020 la suite des aventures du garde du corps (Reynolds) et du redoutable tueur à gages (Jackson) sortira finalement dans nos salles le 18 août 2021.

Justice League 2 : le projet est abandonné

Si la director’s cut de « Justice League » sortira bien aux Etats-Unis l’an prochain, de nouveaux détails révèlent toutefois qu’aucun tournage de scènes supplémentaires ne sera accordé par la plate-forme HBO Max à Zack Snyder.

La director’s cut de Justice League sortira bel et bien l’an prochain, pourtant l’annonce de ce nouveau montage supervisé par Zack Snyder n’amorcera pas la continuité de l’univers connecté DC Comics initié par Man of Steel, mais bien au contraire la fin d’une ère super-héroïque au cinéma…

Le site américain The Wrap révèle en effet que si le réalisateur disposera de moyens estimés à 30 millions de dollars pour retravailler le montage, les effets spéciaux et même la bande-originale du long métrage, il lui sera en revanche impossible de tourner la moindre séquence supplémentaire, bien que les acteurs aient donné leur accord pour enregistrer de nouveaux dialogues pour certaines scènes (on l’imagine pour gommer l’humour ajouté par les reshoot supervisés par Joss Whedon).

Dans l’incapacité d’ajouter de nouvelles séquences à son film donc, Zack Snyder a néanmoins annoncé que son Justice League serait totalement différent de celui sorti dans nos salles en novembre 2017, avec comme changement d’ores et déjà confirmé la présence de Darkseid, conçu pour devenir le méchant ultime  du DCEU – comme l’a été Thanos pour l’univers Marvel – mais finalement coupé du montage cinéma par Joss Whedon. Le comédien Ray Porter qui prête sa voix au villain a ainsi confirmé que Darkseid serait bien réintégré au Snyder Cut, mais que la voix de ce dernier lui était impossible à reproduire malgré les demandes insistantes des fans car « elle n’est pas de cette planète ».

La diffusion courant 2021 sur la plate-forme HBO du Snyder Cut va-t-elle permettre en cas de succès d’annoncer la mise en chantier d’une suite ? Toujours selon The Wrap, il ne faut surtout pas voir ce Justice League comme une tentative de faire revivre la franchise DC Comics au cinéma, mais bien au contraire comme une façon de clôre sur une note positive le multivers imaginé par Zack Snyder : nos confrères sont catégoriques, « aucun spin-off ne verra le jour » alors que le rôle du Chevalier Noir sera repris par Robert Pattinson dans le film The Batman (en cours de tournage) et que le triomphe international de Joker semble avoir convaincu les studios DC Comics / Warner Bros. de miser désormais sur des productions plus modestes et plus sombres

Le management très libéral des dirigeants nazis

Historien spécialiste du nazisme, Johann Chapoutot signe avec Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui un essai déroutant sur les techniques de management des cadres nazis. Contre toute attente, une idéologie funeste communément associée à un sens de la planification rigoureux aura su s’accomoder des réalités de terrain et accepter une grande marge de liberté dans la gestion des hommes pour arriver à ses fins. Une adaptation dont l’héritage se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans les entreprises.

Votre essai suit le parcours professionnel et intellectuel de Reinhard Höhn d’abord figure intellectuelle du IIIe Reich, puis directeur de la principale école de formation de cadres allemands de l’après-guerre. Comment s’opère la filiation entre les théories de l’organisation du travail de cet ancien juriste nazi et les méthodes de management actuelles ?

Reinhard Höhn a réfléchi au management essentiellement après 1945, dans le cadre des missions que lui confiait son employeur, un think tank industriel qui voulait doter l’Allemagne d’une académie de formation des cadres propre à faire advenir en Allemagne la figure du manager, du spécialiste de l’organisation elle-même, alors que l’Allemagne avait une tradition de cadres spécialistes de leur matière ou de leur technique – généralement, des ingénieurs, des titulaires de doctorat (droit, économie, chimie…) ou des docteurs-ingénieurs, statut créé par les réformes universitaires du début du XXe siècle. Le spécialiste non-spécialiste, le manager, était une nouveauté, et une nécessité urgente dans la mesure où, dans le cadre de la guerre froide et du Plan Marshall, l’Allemagne de l’Ouest s’intégrait à un bloc Atlantique où dominaient les archétypes formés par la Harvard Business School ou la MIT School of Management. Pour adapter les cadres aux nouvelles conditions d’une économie performante et de haute croissance, il valait mieux leur donner une formation continue que réformer en profondeur le système universitaire et attendre une nouvelle génération d’étudiants. Le principe d’une école de cadres fut donc retenu, et Reinhard Höhn a ouvert son Akademie für Führungskräfte en 1956, de même que la France a inauguré l’INSEAD en 1957 – dont le principe est le même : accueillir des cadres déjà en fonction, et les doter d’une formation professionnelle.

Avant 1945, Reinhard Höhn, jeune professeur de droit et général SS, s’intéressait, sur le plan intellectuel, à deux choses principales : la transformation des administrations du Reich dans un contexte d’extension territoriale et de diminution des personnels (comment faire plus avec moins ?), le remplacement de l’Etat par des agences, et l’histoire militaire, sa passion de toute une vie.

Je montre dans le livre que c’est en s’inspirant de tout cela, comme de la conception nazie du travail (volontaire, libre) et de la Menschenführung (la direction des hommes – que ce soit à l’armée, à l’usine ou au bureau, ou dans la société en général), que Reinhard Höhn a pu élaborer un modèle de « management par délégation de responsabilité » qui, par son aspect participatif et libéral, a su correspondre aux exigences d’une société nouvelle, libérale et démocratique. De fait, son modèle a été le catéchisme du monde économique allemand des années 1950 aux années 1980 au moins. Lorsqu’il meurt en 2000, Höhn est célébré comme le « Peter Drucker allemand », comme un pape du management.

Vous montrez de façon surprenante que les théoriciens du nazisme préfèrent un foisonnement d’initiatives individuelles désorganisées à la rigidité de l’Etat. On passe d’une gestion absolutiste du pouvoir à un management par objectif où la prérogative des chefs n’est plus d’imposer les méthodes mais d’ordonner, contrôler, évaluer. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’image de l’organisation quadrillée du pouvoir nazi ?

Oui, et c’est, comme vous le dites, une image, une de celles qui subsistent par persistance rétinienne. Nous sommes nourris d’images produites par les nazis sur eux-mêmes : pas un documentaire ne nous épargne les défilés ou les alignements au cordeau des films de Leni Riefenstahl, qui étaient des mises en scène dictées par les impératifs de la propagande nazie. Comme, de surcroît, ces images correspondent aux stéréotypes que nous cultivons au sujet de l’Allemagne et des allemands (organisés, rigides, disciplinés…), nous ne voyons pas la réalité derrière l’écran. Cette réalité nazie est toute d’improvisation, de contrordres, de contradictions et de chaos. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les nazis s’estiment en retard sur tout, sur la biologie et sur l’histoire. Pour adapter l’Allemagne à la réalité d’un monde en guerre biologique, il faut lancer des myriades de chantiers dans tous les domaines, des autoroutes à la réforme du droit, de la création d’une armée à la refonte administrative du Reich… et cela s’accentue avec la conquête de l’Europe ! D’un point de vue militaire, administratif, économique, policier, génocidaire, ce qui domine, c’est la vitesse : rapidité des initiatives, brutalité des mises en œuvre. Tout cela produit du chaos.

Mais c’est un chaos créatif, et voulu comme tel. Les nazis sont des darwinistes sociaux, qui considèrent la concurrence, la lutte et le combat comme positifs et salvateurs. Que l’initiative individuelle fleurisse, et que le meilleur gagne ! A la fin, c’est la solution la plus radicale, car la plus violente et la plus rapide, qui est retenue par une hiérarchie qui se contente, au fond, de fixer des objectifs généraux et d’arbitrer in fine en faveur du « meilleur ».

Cette pratique du darwinisme institutionnel, qu’Albert Speer, ministre de l’armement à partir de 1942 appelle « l’improvisation organisée », est théorisée par des juristes, hauts fonctionnaires du régime fortement empreints de darwinisme social et de racisme, inconditionnels de la « lutte pour la vie », de la « survie du meilleur » et de la « sélection naturelle ». Reinhard Höhn, officier supérieur de la SS, membre de son élite (le SD) et protégé d’Heinrich Himmler, en fat partie.

Pourtant vous montrez par ailleurs que ces théories du management sous le nazisme sont elles-mêmes inspirées d’un nouvel art de la guerre venu de la Révolution française où la motivation individuelle prend le pas sur l’organisation totalitaire. Comment la souplesse d’exécution de l’armée française inspire-t-elle les dirigeants nazis ?

Bien en amont des nazis, la défaite terrible que les Prussiens concèdent à Napoléon en 1806 à Iéna a conduit à repenser en profondeur l’organisation militaire, l’art du commandement et les rapports entre donneur d’ordres et subordonnés. Clausewitz, un général prussien traumatisé par la défaite, a constaté que la victoire des Français était en grande partie celle de l’adaptation au terrain, de l’initiative individuelle et du mouvement face à la rigidité mécanique de la ligne d’infanterie prussienne hérités de Frédéric II. Des tirailleurs mobiles faisaient face à des automates mus par des ordres mathématiques qui ne laissaient aucune place à l’improvisation, au brouillard de la guerre et à l’imprévu. Par ailleurs, remarquait le général Scharnhorst, les soldats français étaient des soldats-citoyens qui se battaient pour eux-mêmes, pour leur liberté. Autrement dit, ils étaient passablement plus motivés au combat que les soldats de plomb prussiens, manipulés sur le champ de bataille comme des pions sur une carte de Kriegsspiel…

Les réformes de l’armée prussienne, entre 1806 et 1813, ainsi que les écrits théoriques de Scharnhorst, ont donné naissance à un nouvel art du commandement, la « tactique par la mission », en allemand Auftragtstaktik : le chef donne un objectif, sans spécifier les voies et les moyens. A charge au subordonné, qui doit remplir l’objectif, de calculer et de mettre en œuvre les moyens adéquats pour le succès de sa mission. Dans cette configuration, un seul critère d’évaluation : la réussite – tempéré par la proportion, donc l’économie, des moyens (ne pas perdre trop d’hommes et de matériel, par exemple).

C’est cette conception du commandement qui permet à la Wehrmacht d’obtenir ses plus beaux succès, notamment lors de la campagne de 1940 en France : les officiers de terrain, comme le général Rommel, sont libres de faire ce qu’ils veulent pour atteindre leurs fins. Ils prennent tellement cette liberté à cœur que leur marge d’appréciation va jusqu’à l’insubordination caractérisée, comme lorsque Rommel coupe sa radio pour ne pas entendre les ordres d’arrêt ou de repli de son état-major, une surdité sélective que reproduit son camarade Guderian quand, au lieu de s’arrêter à Pontailler-sur-Saône, il se retrouve à Pontarlier, à la frontière suisse…

Dans l’armée prussienne, puis allemande, on est donc libres d’obéir : il faut obéir (atteindre un objectif, réussir une mission – Auftrag), mais on est libre de choisir les moyens de sa réussite.

C’est cet art du commandement que le SS Reinhard Höhn, historien militaire reconnu et spécialiste, du reste, de Scharnhorst, décide de transposer à l’organisation productive dans le cadre d’une économie libérale, de marché et de haute croissance.
Pour les nazis « la force productive est soutenue par la joie », on pourrait presque retrouver cette formule dans la novlangue du monde des startups ?
Oui, et cela n’a rien de bien surprenant. Le management est, essentiellement, un art d’aménager la contrainte – en rendant la subordination, qui définit le contrat de travail, acceptable par l’agent producteur.

On constate que, après 1945, dans le « monde libre », il fallait être libre politiquement (dans le cadre de la démocratie libérale, en tant que citoyen) mais aussi économiquement (dans le cadre de l’entreprise, en tant que producteur, voire en tant que consommateur, dans une société de consommation définie par l’abondance, la diversité et le marketing).

Face à cela, il y avait le « bloc de l’Est », caractérisé par la tyrannie (politique) et la pénurie (économique), ainsi que par l’esclavage (productif).

Le management libéral de Höhn était parfaitement adéquat aux temps nouveaux, ceux de la démocratie capitaliste, tout en venant des temps anciens (ceux de la lutte contre le communisme, dont les nazis étaient les plus fervents acteurs).

Et en ce moment que lisez-vous (essais ou fictions) ?

Pour le loisir et la réflexion hors travail universitaire, des polars nordiques, de la littérature française contemporaine, des essais de politique et d’économie, ainsi que de l’histoire grecque et romaine.

Découvrez Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui  de Johann Chapoutot publié aux éditions Gallimard dans la collection NRF Essais. 

CRITIQUE SÉRIE : SNOWPIERCER (ÉPISODES 01 & 02) SUR NETFLIX

Salut à tous ! Nouvelle critique où je donne mon avis sur les deux premiers épisodes de snowpiercer avec Jennifer Connelly (Melanie Cavill), Daveed Diggs (Andre Layton) sur Netflix J’espère que la vidéo vous plaira ! Si c’est le cas, LIKEZ, COMMENTEZ et PARTAGEZ svp !! ❤️ Et bien sûr… ABONNEZ-VOUS ! 😁🔥🔥

La prisonnière du ciel (D.E.S.T.R.O.Y t. 2) de Serge Brussolo |

Une femme, tombée des nuages, s’écrase en plein Tokyo après avoir traversé la verrière d’un centre commercial. A-t-elle sauté d’un immeuble de grande hauteur ? Est-on en présence d’un suicide spectaculaire ?

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Chronique :  L’auteur décrit une chute hallucinante d’un corps humain, un corps qui traverse les différentes couches de l’atmosphère pour s’écraser dans une piscine sur le toit d’un hôtel. L’énergie cinétique est telle que le fond se crevasse et provoque une catastrophe. Ce qui reste du corps est emmené par les hommes de la médecine légale qui constatent que la femme est toujours …vivante !

Ainsi commence le second tome de la série « DESTROY ». DESTROY est un organisme secret, spécialisé dans les missions les plus inhumaines. Il est dirigé par le colonel Evgueni, un ancien des services secrets russes. Celui-ci, alerté, veut comprendre ce qu’il y a derrière. Il charge donc Peggy qui, à l’issue de sa mission précédente, a retrouvé son handicap, (elle est paraplégique suite à une chute en montagne) d’enquêter sur cette femme. Pourquoi et comment cette serveuse, se mettant en scène sur un site sexy d’Internet, a-t-elle pu acquérir l’immortalité ?

Débute pour Peggy une quête hallucinatoire qui va la mener à s’infiltrer dans un réseau qui mène une expérience étonnante. Son organisme a été préparé pour cette enquête. Il est truffé de nanotechnologies qui devraient lui permettent de faire face, avec succès, à toutes les situations.

Mais le danger le plus réel et le plus redoutable ne vient-il pas de Yumiko Yoshitzune, un ancien agent qui a été évincé du service au profit de Peggy et dont les nano particules sont devenues incontrôlables et surtout …imprévisibles.

Serge Brussolo nous a habitués à des intrigues peu communes, à des mises en scène dramatiques et angoissantes, à des mutations, des transformations d’organismes peu ordinaires. Mais, avec l’aide des nano particules, il fait un pas de plus dans la démesure, dans l’explosion organique. Il a conçu de nouveaux types d’immortels, des agents mutagènes, des transformations encore inédites comme l’homme « trou noir » qui aspire toute matière organique qui passe à sa portée. On a le sentiment qu’il a fait passer une imagination déjà surdimensionnée à la vitesse supérieure. L’auteur irait presque trop loin, trop fort et le récit perdrait vite de sa « véracité » si quelqu’un d’autre était aux commandes de l’histoire. Mais Serge Brussolo, avec son art diabolique de conteur, rend presque crédible toutes ses inventions.

« La prisonnière du ciel » est un volet qui ne dépare pas une œuvre foisonnante où l’angoisse le dispute à la démesure. « DESTROY » devient une série d’exception !

Note : 9,5/10

 

  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 2076 KB
  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 217 pages
  • Editeur : H&O (18 mai 2020)
  • Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.
  • Langue : Français

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La vie mensongère des adultes de Elena Ferrante

Giovanna connaît une enfance privilégiée dans les hauteurs de Naples. Alors qu’elle surprend une conversation de ses parents, dans laquelle son père la compare à une tante à la réputation maléfique, la jeune adolescente, bouleversée par ce rapprochement inattendu, fouille dans le passé de sa famille et part à la rencontre de cette tante Vittoria qui habite dans les quartiers pauvres de la ville.

Chronique : Elena Ferrante a la capacité de capter l’attention du lecteur avec sa façon typique de raconter, faite de dialogues serrés, dans lesquels les phrases dialectales ne s’entrechoquent pas, en effet, elles semblent presque adaptées au cadre qu’elle choisit pour ses romans.
Au centre de l’histoire se trouve Giovanna, Giannina, une adolescente qui découvre peu à peu que la vie des adultes avec lesquels elle a grandi est pleine de mensonges et de fictions.
Et tout dans ce roman semble extrême, comme l’est pour un adolescent (encore plus si l’adolescent est une fille) l’effort pour grandir et entrer dans le monde des adultes.

« Tout – les espaces de Naples, la lumière bleue d’un février glacial, ces mots – s’est arrêté. Moi, par contre, je me suis éclipsé et je continue de me glisser, même maintenant, dans ces lignes qui veulent me donner une histoire alors qu’en fait elles ne sont rien, rien de moi, rien qui ait vraiment commencé ou qui se soit vraiment réalisé : juste une broutille dont personne, pas même ceux qui écrivent en ce moment, ne sait si elle contient le fil conducteur d’une histoire ou si elle n’est qu’une douleur ébouriffée, sans rédemption ».

Et parmi les pages émerge cette « douleur froissée » de se sentir aimée par ses parents, d’avoir les attentions de sa tante Vittoria et de se sentir belle, alors que dans le miroir elle ne voit que des défauts physiques : « Et j’en ai vite conclu que les soucis ne passaient pas du tout, peut-être même qu’il ne s’agissait pas de soucis mais de mauvais sentiments qui couraient dans mes veines ».

Un démêlage des trahisons et des torts, comme autant de pièces qui tôt ou tard trouvent leur place.
Mais comme il est difficile pour Giannina de trouver sa dimension, sa place.
Au centre de toute l’histoire, il y a un acteur impersonnel : un bracelet qui passe de bras en bras et qui, d’une certaine manière, est un peu un objet de malheur : « Le bracelet, quel que soit le côté où vous l’examinez, quel que soit le type d’histoire dans laquelle vous l’insérez – un conte de fées, une histoire intéressante ou banale – ne fait que mettre en évidence que notre corps, agité par la vie qui se tord en lui en le consommant, fait des choses stupides qu’il ne devrait pas faire.
Les grandes questions de Giovanna, en observant le monde des adultes fait d’innombrables distorsions, deviennent les nôtres : « Que se passait-il, en somme, dans le monde des adultes, dans la tête de personnes très raisonnables, dans leur corps plein de connaissances ? Qu’est-ce qui les a réduits aux animaux les plus peu fiables, pires que les reptiles » ? Et la conclusion amère est la suivante : « Les mensonges, les mensonges, les adultes les interdisent et entre-temps ils en disent beaucoup ».

Nombreux sont les thèmes abordés, de l’amour de la connaissance à la difficulté des relations familiales, en passant par les trahisons, l’amitié, les premiers engouements, jusqu’à la religion touchante : « Dieu est ceci : une secousse dans une pièce sombre dont je ne retrouve plus le sol, les murs et le plafond. Il n’est pas nécessaire de raisonner, il n’est pas nécessaire d’en discuter. C’est une question de foi. Si vous y croyez, ça marche. Si vous ne le faites pas, il ne le fait pas ».
Un peu comme la poésie : « La poésie est faite de mots, tout comme les discussions que nous avons. Si le poète prend nos mots banals et les libère du bavardage, ils manifestent une énergie inattendue de l’intérieur de leur banalité. Dieu se manifeste de la même manière ».

Quelle lutte pour grandir pour les personnes intelligentes et sensibles. Mais surtout, combien il est difficile de se libérer de certains conditionnements familiaux qui peuvent être contenus, mais jamais, jamais complètement effacés. Et la seule façon de s’épanouir, c’est de s’ouvrir au monde, de s’ouvrir à la vie, sans toutes les angoisses comme celle que Giuliana vous met « Qu’il est beau de voyager, qu’il est beau de connaître une personne qui sait tout, et qui est extraordinaire d’intelligence, de beauté et de bonté, et qui vous explique la valeur de ce que, seule, vous ne sauriez jamais apprécier ».

Ce livre se veut également un avertissement pour les adultes qui s’occupent d’adolescents (dont le monde est merveilleusement enchanteur) : « Attention à ce que vous dites, mon visage a déjà changé à cause de mon père et je suis devenue laide ; ne jouez pas à le changer pour moi aussi en me rendant belle. Je suis fatigué d’être exposé aux paroles des autres. J’ai besoin de savoir ce que je suis vraiment et qui je peux devenir, aidez-moi ».

Note : 8,5/10

  • Broché : 416 pages
  • Editeur : Gallimard (9 juin 2020)
  • Collection : Du monde entier
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2072899214

 

Le cafard de Ian McEwan

Laurence Barraqué est née en 1959 dans une famille de la petite bourgeoisie de Rouen. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Très tôt elle comprend, à travers le langage et l’éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celles des garçons.

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Chronique : Un groupe de cafards conspire pour s’emparer des corps des membres dirigeants de l’actuel gouvernement conservateur britannique afin de faire passer le « Reversalisme » – une théorie économique folle qui est destinée à symboliser Brexit et aussi, dans une moindre mesure, le socialisme marxiste. Ils le font afin de provoquer l’effondrement de la société britannique au profit de la communauté des cafards, à laquelle ils retournent à la fin, ayant réussi leur mission.

En tant que courte satire contemporaine (100 pages dans l’édition de poche, et non 112 comme on le prétend ci-dessus), c’est étonnamment faible et unidimensionnel. Les personnages ne sont guère plus que des marionnettes, dont les identités sont facilement décodées. Jim Sams, le principal cafard, doit quelque chose à Theresa May, mais il s’agit essentiellement de Boris Johnson. Le conseiller spécial de Jim, Simon, est évidemment Dominic Cummings. Benoît, le seul humain dans le cabinet, est clairement Philip Hammond. Le chef de l’opposition, Horace Crabbe, est Jeremy Corbyn. Jane Fish semble devoir quelque chose au député Jess Phillips. Et ainsi de suite. Mais aucun de ces personnages, à part Jim, n’a de vie intérieure. Ce sont des découpages en carton. La plupart sont propulsés par le nihilisme. En tant que satire, le livre est beaucoup moins drôle que n’importe quelle édition du magazine Private Eye.

C’est un livre pour le plus zélé des restants. Le chancelier allemand demande à savoir « Pourquoi faites-vous cela ? Pourquoi, dans quel but, déchirez-vous votre nation ? La cafetière n’a pas de véritable réponse à sa sagesse pénétrante : « Parce que. C’était, en fin de compte, la seule réponse : « parce que ». En arrière-plan, on entend dire que les citoyens ont changé d’avis sur le résultat du référendum et qu’ils expriment « leur inquiétude quant à ce pour quoi ils ont voté, ce qu’ils ont déclenché ». Mais au final, ce sont les cafards qui l’emportent, aidés par Horace Crabbe, chef de l’opposition.

Le sens de l’ironie de McEwan est étonnamment lourd. Le Premier ministre Jim Sams, nous dit-on, « savait différemment ». Sa compréhension, tout comme sa vision, était limitée ». Sams est un menteur en série : « Il était important de garder la face ». Il n’est pas nécessaire d’aimer Boris Johnson pour trouver ce genre de satire grossière et unidimensionnelle. McEwan ne résiste pas à une blague sur Nigel Farage qui se fait verser un milkshake. C’est de l’humour paresseux, conçu pour un certain type de lecteur.

Au final, le livre ressemble à un hurlement de désespoir de la part de McEwan. Sa vision est sombre, le Parlement étant infesté par une masse bouillonnante de vrais cafards derrière ses murs et sous ses planchers. Mais sa colère contre Brexit semble avoir obscurci sa conscience d’artiste. Pour aimer la politique de ce livre (anti-Johnson mais aussi anti-Corbyn), il faut la partager. Il y a aussi le problème que McEwan réduit le grand débat sur Brexit à une seule question, l’économie. En tant que satire, il est centré sur Londres et se déroule presque entièrement à Westminster. L’humour plaira sans doute à certains lecteurs mais il y a quelque chose de grossier et d’inhumain au cœur de cette histoire et elle est peut-être aussi réactionnaire au final que les politiciens de droite dont elle se moque. Il est troublant de constater que vers la fin du livre, McEwan dépeint « un récit de harcèlement, d’intimidation, de railleries obscènes et d’attouchements inappropriés » comme une concoction cyniquement inventée pour les médias afin de détruire un homme décent. C’est une perspective étrange à représenter dans une fiction à un moment où, dans le monde réel, de plus en plus de femmes s’avancent pour faire de telles affirmations contre des hommes importants.

Note : 5/10

  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 1037 KB
  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 140 pages
  • Pagination – ISBN de l’édition imprimée de référence : 2072891922
  • Editeur : Editions Gallimard (28 mai 2020)
  • Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.
  • Langue : Français
  • ASIN : B0844W53LP

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