Avec Ce cri que personne n’entend, Jan-Erik Fjell et Jørn Lier Horst signent un polar nordique d’une intensité remarquable, à la fois profondément humain et implacablement sombre, fidèle à la grande tradition scandinave du genre.
Ancien militaire devenu enquêteur indépendant, Markus sillonne les routes désertes de Norvège à bord de son van. Il vit en marge, dort près des fjords, traverse les villages oubliés et consacre son existence à un podcast consacré aux affaires criminelles non résolues. Parmi elles, une l’obsède depuis quinze ans : la disparition de Leah, une fillette volatilisée sans laisser de traces. Aucun corps, aucun suspect, seulement le silence — et ce cri que personne n’a jamais entendu.
Dès les premières pages, le roman impose une atmosphère lourde et hypnotique. Les paysages norvégiens deviennent un véritable personnage : rivières glacées, montagnes abruptes, fermes isolées battues par le vent. Une nature magnifique mais hostile, miroir des blessures enfouies et des secrets que chacun préfère taire. Fjell et Horst exploitent cette géographie avec une précision quasi cinématographique, donnant au récit une puissance sensorielle rare.
Le personnage de Markus s’inscrit dans la lignée des grands enquêteurs nordiques : solitaire, hanté par le passé, guidé moins par la gloire que par un besoin presque vital de vérité. Sa voix de podcasteur, moderne et intime, apporte une dimension contemporaine au polar, tout en interrogeant notre rapport à la mémoire, à la médiatisation du crime et au besoin collectif de comprendre l’incompréhensible.
L’enquête progresse lentement, méthodiquement, sans artifices. Les auteurs privilégient la tension psychologique à l’action spectaculaire. Chaque témoignage, chaque retour sur le passé révèle les failles d’une communauté rurale refermée sur elle-même, où la culpabilité se transmet parfois de génération en génération. Rien n’est jamais totalement noir ou blanc, et la vérité, quand elle se rapproche, s’avère souvent plus douloureuse que le mystère lui-même.
La force du roman réside aussi dans son regard profondément empathique sur les victimes. Ce cri que personne n’entend n’est pas seulement un roman policier : c’est une réflexion poignante sur l’oubli, la persistance du deuil et la violence du silence. Que devient une famille quand aucune réponse ne vient ? Comment vivre quand le passé refuse de se taire ?
Comparé à juste titre à Henning Mankell pour son ton mélancolique et sa gravité morale, Jørn Lier Horst trouve ici, avec Jan-Erik Fjell, un partenaire idéal. Leur écriture conjointe allie rigueur policière — héritée de l’expérience d’enquêteur de Horst — et profondeur psychologique, donnant naissance à un thriller aussi glaçant qu’émouvant.
ASIN : B0G4VJJX7L Éditeur : MARTINIERE BL Date de publication : 3 avril 2026 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 384 pages ISBN-13 : 979-1040124061
Avec L’Homme que j’ai épousé, Alison James livre un thriller psychologique redoutablement efficace, fondé sur une angoisse universelle : et si la personne avec qui vous partagez votre vie n’était pas celle que vous croyez ?
Tout commence par un contraste brutal. Alice Gill découvre qu’elle est enceinte — un instant de bonheur absolu — aussitôt brisé par l’irruption de la police à sa porte. Son mari, Dominic, vient de mourir. Accident ? Meurtre ? Le choc est total. À la morgue, Alice identifie formellement le corps. C’est bien son époux. Du moins, elle en est certaine… jusqu’à ce que le frère de Dominic, avec qui celui-ci était en conflit depuis des années, affirme l’impensable : l’homme dans le cercueil n’est pas Dominic Gill.
Dès lors, le roman bascule dans une mécanique de doute et de paranoïa savamment orchestrée. Qui ment ? Le frère, animé par la rancœur ? La police, trop pressée de classer l’affaire ? Ou Alice elle-même, aveuglée par l’amour et le choc du deuil ? Peu à peu, les certitudes s’effritent, et chaque détail du passé conjugal prend une teinte inquiétante.
Alison James excelle dans l’art du thriller domestique, où le danger se cache dans l’intime. Son écriture fluide et tendue installe un climat de malaise constant : regards qui changent, souvenirs contradictoires, zones d’ombre jamais éclaircies. Le lecteur avance aux côtés d’Alice, partagé entre empathie et suspicion, pris dans un engrenage où la vérité semble toujours se dérober.
Au-delà du suspense, le roman interroge la confiance absolue que l’on accorde à celui que l’on aime, la fragilité de l’identité et la violence des secrets enfouis. La maternité imminente d’Alice ajoute une tension supplémentaire : comment se reconstruire quand tout ce que l’on croyait solide menace de s’écrouler ?
L’Homme que j’ai épousé se dévore d’une traite. Rythmé, haletant et habilement construit, le récit multiplie les retournements jusqu’à un final aussi glaçant qu’imprévisible.
Éditeur : Bookouture Accessibilité : En savoir plus Date de publication : 29 janvier 2026 Langue : Français Taille du fichier : 1.6 MB Lecteur d’écran : Pris en charge Confort de lecture : Activé Word Wise : Non activé Nombre de pages de l’édition imprimée : 363 pages ISBN-13 : 978-1805507055
L’espace n’a jamais été aussi envoutant qu’en expédition à travers les étoiles aux côtés de 303, le nonchalant et énigmatique employé de la compagnie Planetarium Ghost Travel.
Avec Planetarium Ghost Travel T0, Sakana Sakatsuki ouvre les portes d’un univers d’une poésie rare, à la frontière du rêve, de la science-fiction et de la méditation existentielle. Ce volume zéro, composé d’illustrations et d’histoires courtes réalisées avant la sérialisation de la série, agit comme un carnet de voyage cosmique, intime et profondément mélancolique.
Nous suivons 303, employé nonchalant et énigmatique de la compagnie Planetarium Ghost Travel, chargé d’explorer des planètes endormies, figées dans un silence absolu. Leurs habitants, plongés dans un sommeil sans retour, forment les vestiges d’une humanité suspendue dans le temps. À chaque escale, le voyage devient moins une mission professionnelle qu’une errance contemplative, où l’espace n’est plus hostile mais délicatement habité par la mémoire et l’absence.
Le trait de Sakana Sakatsuki, d’une finesse saisissante, donne naissance à des décors stellaires baignés de nuit et de lumière douce. Les planches respirent le vide, la lenteur et la solitude, transformant chaque planète en tableau. Loin du spectaculaire, l’autrice privilégie les silences, les regards, les instants suspendus — une approche qui évoque autant la science-fiction contemplative que la poésie graphique.
Ces récits courts dévoilent les fondations émotionnelles et thématiques de la série : la disparition, la trace laissée par les civilisations, la douceur du dernier contact, mais aussi la fragile persistance du lien humain. 303, figure presque fantomatique lui-même, devient le passeur entre les vivants et les absents, entre le mouvement et l’immobilité.
À travers ce tome introductif, Planetarium Ghost Travel T0 se révèle être bien plus qu’un préquel : c’est une porte d’entrée sensorielle, une invitation à voyager sans bruit parmi les étoiles, là où chaque planète raconte une histoire qu’il faut apprendre à écouter.
Un ouvrage d’une beauté singulière, empreint de calme et de nostalgie, qui séduira les amateurs de science-fiction intimiste et de récits contemplatifs — une œuvre qui se lit comme on observe le ciel nocturne : lentement, en silence, et le cœur grand ouvert.
Éditeur : RUE DE SEVRES Date de publication : 7 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 258 pages ISBN-10 : 2810209340 ISBN-13 : 978-2810209347
Cet album est le récit d’un voyage imaginaire dans l’espace, à bord de la Station Spatiale Internationale, à travers les émotions ressenties au fil des différentes étapes. Le compositeur et producteur, également multi-instrumentiste et interprète de cet opus, nous invite à fermer les yeux et à partager ce périple avec lui. Décollage immédiat !!!
Avec Space Projekt U.M.O., Éric Serra propose bien plus qu’un album : une véritable expérience sensorielle et cinématographique, fidèle à l’ADN du compositeur mythique du Grand Bleu, de Léon ou de GoldenEye. Ici, aucune image à l’écran, mais un film intérieur que chacun est invité à projeter en soi.
Pensé comme le journal sonore d’un voyage imaginaire dans l’espace, l’album nous embarque à bord de la Station spatiale internationale. Dès les premières notes, la gravité terrestre semble s’effacer. Les nappes électroniques, les pulsations organiques et les textures synthétiques dessinent un environnement flottant, presque tactile, où chaque son évoque une étape du périple : le compte à rebours, le décollage, l’apesanteur, la solitude cosmique, la contemplation silencieuse de la Terre.
Compositeur, producteur, multi-instrumentiste et interprète, Éric Serra signe une œuvre profondément personnelle, presque méditative. Loin de la démonstration technique, Space Projekt U.M.O. privilégie l’émotion pure : celle du vertige face à l’infini, du calme absolu après la poussée des moteurs, de la poésie qui naît dans le vide spatial. L’album avance comme une dérive contrôlée, alternant tensions électroniques, respirations ambient et envolées mélodiques discrètes mais puissantes.
On retrouve la patte Serra : ce mélange singulier de science-fiction, de mélancolie et de spiritualité. La musique ne cherche jamais à illustrer l’espace de manière spectaculaire, mais plutôt à traduire ce que l’on ressent lorsqu’on s’y trouve — l’isolement, la fragilité humaine, la beauté hypnotique du cosmos.
À écouter idéalement au casque, dans l’obscurité, Space Projekt U.M.O. devient une traversée intime, presque contemplative. Un album qui invite à fermer les yeux, ralentir le temps et accepter de se laisser porter, comme en orbite.
Dimensions du produit (L x l x h) : 0,5 x 14 x 12,5 cm; 64 grammes Fabricant : Polydor Label : Polydor ASIN : B0G1ZMYVDX Pays d’origine : France
Brüsel, 21 juillet 784. Constant Abeels répertorie avec patience les pierres qui se matérialisent mystérieusement dans les différentes pièces de son appartement.
Avec La Théorie du grain de sable – Intégrale, Benoît Peeters et François Schuiten livrent l’un des chapitres les plus vertigineux et fascinants de la mythique série Les Cités obscures. Œuvre à part dans ce cycle majeur de la bande dessinée européenne, cet album concentre tout ce qui fait la singularité et la puissance de cet univers : une rigueur quasi scientifique, une poésie métaphysique troublante et une réflexion profonde sur l’équilibre du monde.
À Brüsel, cité rationnelle par excellence, de minuscules anomalies surgissent : des pierres identiques apparaissent dans des appartements, du sable s’accumule inexorablement, des corps perdent du poids sans s’altérer. Des phénomènes infimes, presque absurdes, mais dont la répétition vient fissurer la logique même de la ville. Comme souvent chez Peeters et Schuiten, l’étrangeté s’infiltre par le détail, jusqu’à provoquer un effondrement global des certitudes.
L’enquête menée par Mary Von Rathen, figure emblématique de la saga, agit comme un fil conducteur entre science, politique et mysticisme. La quête rationnelle se heurte à l’inexplicable, tandis que les fondations idéologiques de Brüsel — cité du contrôle, de la norme et de la planification — vacillent face à l’irruption du chaos. À travers le personnage énigmatique de Gholam Mortiza Khan, c’est la confrontation entre cultures, croyances et visions du monde qui se joue.
Graphiquement, François Schuiten atteint ici des sommets. Son dessin monumental, d’une précision architecturale saisissante, transforme Brüsel en un organisme vivant, oppressant et fragile à la fois. Chaque planche est un tableau, chaque façade, chaque intérieur raconte la démesure d’une ville qui croyait maîtriser son destin. La mise en page, le noir et blanc nuancé et les perspectives vertigineuses renforcent la sensation d’un monde sur le point de basculer.
Cette édition intégrale permet d’apprécier toute la cohérence et la profondeur de ce récit majeur, où la science-fiction se mêle à la philosophie, à la politique et à l’onirisme. La Théorie du grain de sable n’est pas seulement une enquête fantastique : c’est une méditation sur la fragilité de nos systèmes, sur l’illusion du contrôle et sur la façon dont une simple anomalie peut révéler la faillite d’un monde entier.
Éditeur : CASTERMAN Date de publication : 21 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 128 pages ISBN-10 : 2203300000 ISBN-13 : 978-2203300002
Un nid de dragons apporte une trêve longtemps espérée, un jeune loup-garou peine à communiquer, un peintre sans-le-sou est bien décidé à faire vivre ses créations, mais dans tout ce remue-ménage, quelle place pour les sirènes ?
Les Sept Rejetons du dragon marque un nouveau retour éclatant de Ryoko Kui, autrice devenue incontournable de la fantasy contemporaine grâce à son imagination foisonnante et à son sens unique du décalage. Après L’École des dragons sur la montagne et Le Terrarium dans mon tiroir, elle poursuit son exploration d’univers parallèles avec ce troisième recueil, composé de sept histoires courtes indépendantes, toutes reliées par un même goût pour la magie du quotidien et l’humanité des créatures fantastiques.
Dragons, loups-garous, sirènes, peintres fauchés ou royaumes en quête de paix : chaque récit installe en quelques pages un monde crédible, drôle et souvent touchant. Ryoko Kui excelle dans l’art de suggérer des univers immenses à partir de situations simples, parfois absurdes, toujours profondément humaines. Derrière les dragons et les sortilèges, ce sont surtout des histoires de communication, de coexistence, de création artistique et de solitude qui se dessinent.
Son écriture se distingue par une fantasy intimiste, loin des grandes batailles épiques. L’autrice préfère les instants suspendus, les malentendus, les détails du quotidien et les relations entre individus — humains ou non. L’humour, omniprésent, n’empêche jamais la mélancolie de s’infiltrer subtilement, donnant à l’ensemble une tonalité douce-amère particulièrement séduisante.
Graphiquement, le trait de Ryoko Kui reste immédiatement reconnaissable : expressif, chaleureux, faussement simple mais d’une précision redoutable. Les créatures sont inventives, les décors vivants, et chaque planche respire la générosité visuelle. On retrouve ce sens rare du rythme et du regard, capable de faire exister une émotion en quelques cases.
Avec Les Sept Rejetons du dragon, Ryoko Kui confirme son talent exceptionnel de conteuse. Un recueil lumineux, drôle et profondément inventif, qui démontre une fois encore que la fantasy peut être à la fois magique, accessible et bouleversante — un véritable bijou pour les amateurs d’imaginaire comme pour les lecteurs curieux de récits hors normes.
Éditeur : CASTERMAN Date de publication : 21 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 272 pages ISBN-10 : 2203293780 ISBN-13 : 978-2203293786 Poids de l’article : 286 g
Jérémie Gasparutto offre avec cet album une pérégrination hallucinée au fil de ses pensées.
Le Chemin derrière la maison de Jérémie Gasparutto est une œuvre singulière, profondément sensorielle, qui se lit comme une traversée intérieure autant que comme un voyage à travers les paysages du monde. L’auteur y déploie une pérégrination hallucinée, portée par le fil libre de la pensée, où chaque page semble surgir d’un souffle, d’un souvenir ou d’une émotion. Des plages ouvertes aux forêts profondes, des tempêtes aux naufrages, des courses effrénées aux silences apaisants, le récit avance sans frontières nettes, suivant le mouvement même de la vie.
L’album se distingue par une narration presque instinctive, qui refuse les cadres classiques pour privilégier l’expérience. Le lecteur est invité à se laisser guider, à accepter de perdre ses repères pour mieux entrer dans l’imaginaire foisonnant de Gasparutto. Les générations se croisent, la nature devient mémoire, et le monde se transforme en terrain de jeu poétique où le réel dialogue constamment avec le rêve.
Graphiquement, l’ouvrage impressionne par sa richesse et son énergie. Les planches débordent de détails, de couleurs et de textures, oscillant entre explosion visuelle et délicatesse contemplative. Chaque image semble animée d’un mouvement propre, comme si le dessin respirait au même rythme que les pensées de l’auteur.
À la fois étonnant, parfois déroutant, mais toujours habité, Le Chemin derrière la maison est un livre qui ne se contente pas de se regarder : il se ressent. Un hommage vibrant à la vie, au temps qui passe et à la puissance de l’imaginaire, qui invite à ralentir, à rêver et à renouer avec ce chemin intime que chacun porte en soi.
Éditeur : RUE DE SEVRES Date de publication : 21 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 152 pages ISBN-10 : 2810205469 ISBN-13 : 978-2810205462
Les Cinq ne sont pas revenus indemnes de leur expédition sur l’île au bord du monde mais ils savent désormais où Jezabel est retenue captive.
Seuls – Tome 16 : La prisonnière d’Antésalem de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti marque un tournant majeur dans la saga. Après l’expédition sur l’île au bord du monde, les héros reviennent profondément transformés et découvrent que Jezabel est toujours vivante, retenue captive dans les ruines d’Antésalem, vestiges d’une guerre ancienne. Tandis que Dodji part à sa recherche aux côtés du Maître-Fou, le monde qu’ils ont laissé derrière eux s’embrase. Saul, désormais Imperator, convaincu d’agir pour le Bien, déploie une force redoutable : les Séraphins, une milice d’enfants-soldats fanatisés, prêts à se sacrifier pour sa cause. Avec une tension dramatique constante, Fabien Vehlmann fait basculer la série vers une réflexion puissante sur le pouvoir, l’embrigadement et la violence idéologique, sans jamais perdre la clarté qui a fait le succès de Seuls. Le décor d’Antésalem, véritable cité fantôme chargée de mémoire, devient le symbole d’un passé qui menace de se répéter. Le dessin précis et expressif de Bruno Gazzotti, renforcé par une colorisation plus sombre, sublime cette montée en intensité et donne aux affrontements une ampleur nouvelle. Ce seizième tome agit comme un volume charnière : la survie n’est plus l’enjeu principal, désormais il faut choisir quel monde mérite d’être sauvé, et à quel prix. Plus mature, plus politique et plus tragique, Seuls confirme ici son statut de grande saga d’aventure contemporaine, capable de grandir avec ses lecteurs et de les confronter à la complexité du monde.
Éditeur : RUE DE SEVRES Date de publication : 21 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 48 pages ISBN-10 : 2810206163 ISBN-13 : 978-2810206162
« Put Your Soul on Your Hand and Walk » est ma réponse en tant que cinéaste, aux massacres en cours des Palestiniens.
Il est des films qui naissent du cinéma. Et d’autres qui naissent de l’urgence. Put Your Soul on Your Hand and Walk appartient à cette seconde catégorie : une œuvre forgée dans la nécessité absolue de témoigner, là où les images manquent, là où les voix sont étouffées, là où la réalité se dérobe sous les bombardements.
Face aux massacres en cours à Gaza, la cinéaste Sepideh Farsi choisit de filmer autrement — à distance, dans la fragmentation, dans l’échange fragile de pixels et de sons. Le film repose sur une rencontre déterminante : celle de Fatem Hassona, jeune femme gazaouie qui documentait la guerre depuis l’intérieur, caméra à la main, au cœur même de ce qu’elle appelait sa « prison de Gaza ».
De cette relation singulière naît un lien vital. Fatem devient les yeux de la réalisatrice sur le terrain ; Sepideh Farsi, depuis l’extérieur, devient un relais, un passage, une respiration vers le monde. Ensemble, elles inventent une forme de cinéma sans précédent : un film tissé de messages vocaux, de vidéos compressées, d’appels instables, de silences contraints. Une correspondance filmée traversée par la peur, l’épuisement, mais aussi par une détermination farouche à continuer de regarder.
Le dispositif, d’une extrême simplicité apparente, se révèle d’une puissance bouleversante. Ici, aucune reconstitution, aucun commentaire surplombant. Seulement la persistance d’un dialogue, maintenu pendant près d’un an malgré les coupures d’électricité, la destruction des infrastructures et la menace constante de la mort. Chaque image devient un acte de résistance.
Le film interroge profondément la nature même du cinéma. Que peut une caméra lorsque tout s’effondre ? Que signifie filmer quand survivre est déjà un combat ? Put Your Soul on Your Hand and Walk ne prétend jamais expliquer le conflit. Il montre ce que les chiffres et les discours ne peuvent saisir : l’attente, la peur diffuse, la fatigue des corps, la banalité tragique du quotidien sous les bombes.
Fatem Hassona n’est pas une simple témoin. Elle est une présence lumineuse, une conscience en éveil, une voix qui refuse de se taire. Sa parole, parfois douce, parfois traversée d’une lucidité implacable, donne au film une humanité rare. Elle parle de sa ville, de sa famille, de sa peur de mourir, mais aussi de son désir obstiné de vivre, de transmettre, de rester digne.
L’assassinat de Fatem, le 16 avril 2025, lors d’une attaque israélienne visant sa maison, bouleverse irréversiblement la nature du film. Ce qui était un journal de guerre devient une œuvre-mémoire. Ce qui était un échange vivant se transforme en testament cinématographique. Chaque image acquiert soudain une dimension tragique et sacrée : celle d’une voix désormais réduite au silence.
Sans pathos ni démonstration, Sepideh Farsi signe un geste de cinéma politique au sens le plus noble du terme. Un cinéma qui ne cherche pas l’effet, mais la présence. Qui ne parle pas à la place de, mais avec. Qui ne transforme jamais la souffrance en spectacle.
Put Your Soul on Your Hand and Walk est un film sur la transmission quand tout s’effondre, sur la responsabilité de regarder, sur la nécessité de porter la parole de ceux à qui l’on refuse le droit d’exister. Il rappelle que filmer peut être un acte vital, et que parfois, tenir une caméra revient à tenir une main à distance.Voici une chronique presse professionnelle – édition DVD, rédigée dans un ton éditorial sobre et culturel, prête à publication (magazine, site cinéma, dossier presse), incluant image / son / bonus avec entretien de la réalisatrice.
Put Your Soul on Your Hand and Walk – Édition DVD
L’édition DVD de Put Your Soul on Your Hand and Walk prolonge l’expérience bouleversante du film de Sepideh Farsi dans un écrin respectueux, pensé avant tout comme un support de transmission et de mémoire.
Œuvre née de l’urgence, du dialogue à distance et de la résistance par l’image, le film trouve ici une édition qui accompagne avec sobriété la puissance de son propos, sans jamais chercher à l’esthétiser artificiellement.
Image
Le transfert respecte pleinement la nature singulière du film. Composé majoritairement de vidéos captées à distance — appels mobiles, images compressées, fichiers envoyés dans l’instabilité des réseaux gazaouis — le long métrage revendique une texture brute, parfois heurtée, souvent fragmentée.
L’édition DVD n’en gomme jamais les aspérités. Les variations de définition, les artefacts numériques, les coupures visuelles font partie intégrante du langage du film. L’image conserve cette matière fragile, presque tremblante, qui devient le reflet direct des conditions de tournage.
Les rares séquences filmées hors champ de guerre, plus stables visuellement, créent un contraste saisissant avec les images venues de Gaza, accentuant encore la tension entre deux mondes séparés par la violence et la distance.
Un respect total de l’intention artistique, sans lissage ni artificialisation.
Son
Le travail sonore constitue l’un des piliers émotionnels du film, et l’édition DVD en restitue toute la complexité.
Voix enregistrées à la volée, respirations, silences, saturations, coupures de communication : chaque élément sonore participe à la dramaturgie. Le mixage conserve volontairement ces imperfections qui traduisent l’urgence et la précarité des échanges.
Les paroles de Fatem Hassona, souvent captées dans des conditions extrêmes, demeurent bouleversantes de proximité. Le spectateur entend parfois le monde s’effondrer autour d’elle — explosions lointaines, bruits sourds, interférences — sans jamais tomber dans l’effet spectaculaire.
Le rendu sonore privilégie l’intime à la démonstration, renforçant la sensation d’un dialogue suspendu au bord du silence.
Bonus – Entretien avec la réalisatrice
Le supplément principal de cette édition est un entretien approfondi avec Sepideh Farsi, d’une grande valeur documentaire et humaine.
La cinéaste y revient sur la genèse du film, née d’un sentiment d’impuissance face aux massacres en cours et de la nécessité de trouver une autre manière de filmer quand l’accès au territoire est impossible.
Elle évoque sa rencontre avec Fatem Hassona, la construction progressive de leur relation, la confiance mutuelle, mais aussi la responsabilité morale de filmer une personne exposée à un danger permanent. Le dialogue éclaire les choix éthiques fondamentaux du film : ne jamais voler une image, ne jamais contraindre la parole, laisser l’autre décider de ce qui peut être montré.
L’entretien prend une dimension particulièrement poignante lorsque la réalisatrice aborde la mort de Fatem, survenue après la finalisation du film. Elle explique comment cet événement transforme irrémédiablement l’œuvre, désormais traversée par une mission mémorielle : préserver une voix que la guerre a tenté d’effacer.
Ce bonus apporte un éclairage essentiel sur le dispositif, la fabrication du film et la place du cinéma face à la destruction.
Avec Le Serment, Mathieu Gabella et Mathieu Mariolle livrent un thriller fantastique d’une redoutable efficacité, où la médecine devient un instrument de pouvoir, et le serment d’Hippocrate un champ de bataille moral. Porté par le dessin âpre et nocturne de Mikaël Bourgouin, l’album plonge le lecteur dans un huis clos aussi clinique qu’angoissant, à la frontière du polar urbain et du récit de science-fiction.
Alexandre, ancien médecin radié de l’Ordre, exerce désormais dans l’ombre. Il soigne ceux que personne ne veut voir : braqueurs blessés, criminels en fuite, trafiquants à l’agonie. Dans ce monde souterrain, il n’est plus un homme, mais une fonction : « le Docteur ». Anonyme, méthodique, protégé par des protocoles stricts, il a compris une vérité dérangeante — celui qui soigne détient un pouvoir absolu sur celui qui souffre.
Ce fragile équilibre vole en éclats lorsqu’un inconnu s’introduit sans difficulté dans son sanctuaire médical. Zacharie affirme être victime d’une morsure vampirique et prévient : à la tombée de la nuit, il se transformera. Alexandre dispose d’une seule journée pour empêcher l’inévitable.
Ce point de départ, volontairement spectaculaire, sert de déclencheur à un récit bien plus profond qu’un simple thriller surnaturel. Très vite, Le Serment délaisse le folklore vampirique pour s’aventurer sur un terrain bien plus troublant : celui de la manipulation du vivant, de la mutation génétique et du vertige scientifique. Les analyses médicales révèlent des anomalies crédibles, inquiétantes, presque plausibles. Le fantastique se teinte alors d’un réalisme glaçant.
L’un des grands succès de l’album réside dans son questionnement éthique. Alexandre n’est pas un héros traditionnel. Cynique, pragmatique, parfois glaçant, il assume pleinement son rapport de domination sur ses patients. Le soin n’est plus altruiste : il devient une monnaie d’échange, un moyen de contrôle, parfois même une arme. En posant une question simple — soigner, est-ce sauver ou posséder ? — le récit ouvre un vertigineux débat moral.
La narration, tendue et parfaitement rythmée, exploite à merveille le huis clos. Les heures s’égrènent, la nuit approche, et chaque décision prise par Alexandre repousse un peu plus la frontière entre médecine et transgression. Les dialogues sont précis, souvent acérés, et la tension ne faiblit jamais.
Graphiquement, Mikaël Bourgouin livre un travail d’une grande cohérence. Son trait réaliste, presque brut, s’appuie sur des jeux d’ombres marqués, une palette sombre et une mise en scène très cinématographique. Les corps, les visages et les lieux transpirent la fatigue, la peur et la violence contenue. Le lecteur est enfermé dans ce laboratoire clandestin comme dans une salle d’opération sans issue.
Mais Le Serment ne se contente pas d’un suspense efficace. À mesure que l’intrigue progresse, les auteurs déploient une dimension historique et politique inattendue, interrogeant l’évolution de la médecine, ses dérives potentielles et la tentation de dépasser l’humain au nom du progrès. Le vampire devient alors moins un monstre qu’un symptôme.
Thriller nerveux, récit fantastique intelligent et réflexion philosophique sur la science et le pouvoir, Le Serment impressionne par son ambition maîtrisée. Rarement la bande dessinée de genre aura su conjuguer aussi efficacement tension narrative, profondeur thématique et impact visuel
Éditeur : Glénat BD Date de publication : 2 janvier 2026 Édition : Illustrated Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 136 pages ISBN-10 : 234404521X ISBN-13 : 978-2344045213