La Nirvana De Hakim Bougheraba | Par Hakim Bougheraba, Ali Bougheraba Avec Ichem Bougheraba, Jean-Baptiste Brucker, Emma Smet

Jean, agriculteur en faillite, s’apprête à commettre l’irréparable quand Foued, jeune de cité en cavale, encastre son 4×4 rempli de cannabis dans sa grange, lui sauvant la vie. Paniqué, Jean brûle la voiture, détruisant la cargaison… Pour rembourser la dette de Foued et sauver la ferme de Jean, ils décident de cultiver du cannabis « bio » au milieu des chèvres et des champs.

La Nirvana assume d’emblée son goût pour la comédie populaire, celle qui provoque la rencontre de personnages que tout oppose avant de les condamner à faire équipe. Hakim Bougheraba part d’une situation volontairement improbable — un agriculteur ruiné et un jeune homme en cavale se lançant dans la culture de cannabis « bio » — pour construire une comédie sociale qui préfère l’énergie et la tendresse au réalisme.

Jean est agriculteur et ne voit plus aucune issue à ses difficultés financières. Au moment où il s’apprête à commettre l’irréparable, Foued surgit littéralement dans son existence en encastrant dans sa grange un 4×4 rempli de cannabis. Jean, pris de panique, détruit accidentellement la cargaison en brûlant le véhicule. Foued se retrouve alors avec une dette considérable tandis que la ferme de Jean reste menacée. Une solution aussi absurde qu’évidente finit par s’imposer : produire eux-mêmes la marchandise perdue.

Le scénario écrit par Hakim et Ali Bougheraba exploite efficacement cette association improbable. D’un côté, un agriculteur dépassé par une société qui semble ne plus avoir besoin de lui ; de l’autre, un jeune homme dont les choix l’ont conduit dans une situation tout aussi précaire. La culture clandestine devient le point de rencontre de deux formes de marginalité.

Le film trouve ses meilleurs moments dans cette confrontation entre deux univers. Les méthodes agricoles traditionnelles rencontrent les codes du trafic, les chèvres côtoient les plantations clandestines et la recherche d’une production prétendument artisanale et biologique fournit naturellement quelques-uns des gags les plus efficaces.

Ichem Bougheraba apporte à Foued une énergie qui correspond parfaitement au rythme recherché par le film. Face à lui, Jean-Baptiste Brucker joue davantage sur le décalage et la lassitude de cet agriculteur qui retrouve paradoxalement une raison d’avancer grâce à une entreprise totalement illégale. Emma Smet complète cette galerie de personnages et apporte une autre dynamique au récit.

Hakim Bougheraba ne cherche jamais à transformer son sujet en véritable chronique du monde agricole. Les difficultés économiques servent de point de départ à une mécanique comique qui assume ses excès, ses raccourcis et plusieurs situations franchement invraisemblables. Il faut donc accepter très rapidement les règles du jeu.

Sous la farce apparaît néanmoins un propos plus sensible sur la précarité, la solitude et la rencontre entre des individus qui n’auraient normalement aucune raison de se côtoyer. C’est cette dimension humaine qui permet à La Nirvana de ne pas reposer uniquement sur son idée de départ.

Sans révolutionner la comédie française, La Nirvana transforme son improbable trafic de cannabis « bio » en une comédie populaire sympathique et décomplexée. Le scénario force parfois le trait, mais le duo fonctionne et l’ensemble possède suffisamment d’énergie et de tendresse pour faire oublier ses invraisemblances. À prendre pour ce qu’il est : un divertissement généreux qui ne se prend jamais trop au sérieux.

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