Le débutant: Quand Steven n’était pas Spielberg de Antoine Schiffers (Dessins), Damien Maric (Rédacteur)

En 1974, Steven Spielberg, 27 ans, entame le tournage de Jaws (Les Dents de la mer). Si au départ il souhaite réaliser un film d’aventures dans la lignée des classiques hollywoodiens, une pression croissante due à des problèmes de production (absence du requin, accidents, hostilité des insulaires, tensions au sein de l’équipe, sabotage, dépassement budgétaire…) le pousse à revoir son approche. Malgré le soutien psychologique et créatif de la monteuse Verna Fields et de l’actrice Lorraine Gary, le jeune réalisateur craque et cède à la panique. Et pourtant, contre toute attente… ce film inaugure l’ère des blockbusters et fait évoluer durablement l’industrie cinématographique par sa manière de produire, de commercialiser mais aussi de distribuer les films.

Damien Maric et Antoine Schiffers choisissent de raconter Steven Spielberg avant qu’il ne devienne véritablement « Spielberg », en revenant sur le tournage chaotique des Dents de la mer, celui qui aurait pu briser la carrière du jeune cinéaste mais qui va finalement contribuer à construire sa légende.

En 1974, Spielberg n’a que 27 ans lorsqu’il se lance dans l’adaptation de Jaws. Son ambition est alors de réaliser un grand film d’aventures dans la tradition hollywoodienne. Mais le tournage va rapidement se transformer en cauchemar. Le requin mécanique refuse de fonctionner correctement, les accidents se multiplient, les relations avec les habitants se compliquent, des tensions apparaissent au sein de l’équipe et le budget ne cesse de déraper.

Le Débutant trouve justement son intérêt dans cette fragilité. Il ne raconte pas le Spielberg devenu l’un des réalisateurs les plus célèbres au monde, mais un jeune cinéaste confronté au doute, à la pression et à la peur de voir son film lui échapper. Derrière le futur succès historique apparaît un réalisateur qui cherche encore ses méthodes et doit improviser pour sauver son projet.

L’absence du requin devient évidemment l’un des éléments essentiels de cette histoire. Ce qui constitue alors un problème majeur de production oblige Spielberg à repenser sa mise en scène. Plutôt que de montrer constamment la créature, il doit suggérer sa présence et construire la peur autrement. Une contrainte technique finit ainsi par nourrir la créativité du film, rappelant que certaines des meilleures idées de cinéma naissent précisément lorsqu’un réalisateur ne peut pas tourner ce qu’il avait initialement imaginé.

Damien Maric s’intéresse également à celles et ceux qui entourent Spielberg pendant cette période particulièrement difficile. La monteuse Verna Fields et l’actrice Lorraine Gary occupent notamment une place importante dans cet accompagnement humain et créatif. Le récit rappelle ainsi qu’un film, même lorsqu’il est ensuite associé au nom d’un grand réalisateur, reste toujours une aventure collective.

La bande dessinée ne cherche pas à transformer rétrospectivement chaque difficulté en signe annonciateur du génie. Elle montre au contraire la panique, les erreurs, les hésitations et l’épuisement d’un jeune homme qui ignore encore si son projet aboutira. Cette approche rend le personnage beaucoup plus accessible et donne au récit une dimension presque initiatique.

Le dessin d’Antoine Schiffers restitue efficacement l’agitation du plateau, les moments de tension et les coulisses d’un tournage qui semble constamment au bord de l’effondrement. La bande dessinée constitue d’ailleurs un format particulièrement adapté pour raconter cette fabrication du cinéma, en passant du plateau aux discussions d’équipe et aux difficultés techniques.

Le paradoxe est évidemment savoureux : tout ce qui semble annoncer une catastrophe va contribuer à donner naissance à un phénomène. Les Dents de la mer ne deviendra pas seulement un immense succès populaire. Sa production, sa promotion et surtout son mode de distribution vont participer à transformer durablement l’industrie hollywoodienne et à installer le modèle du blockbuster moderne.

Le Débutant raconte donc moins la naissance d’un film culte que celle d’un cinéaste. Spielberg n’y apparaît pas encore comme le réalisateur assuré que l’histoire du cinéma retiendra, mais comme un jeune homme dépassé par une production devenue incontrôlable et obligé d’inventer des solutions pour continuer.

Une bande dessinée passionnante sur les coulisses des Dents de la mer, qui rappelle qu’avant les succès et les chefs-d’œuvre, il y eut les doutes, les accidents et la peur de l’échec. Damien Maric et Antoine Schiffers racontent avec beaucoup d’intérêt ce moment où un « débutant » de 27 ans, presque malgré lui, était en train de changer Hollywood

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 16 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 144 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203303689 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203303683

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