L’Arnaqueuse De Wilfried Meance | Par Jean-Pascal Zadi, Michaël Souhaité Avec Fadily Camara, Josiane Balasko, Jean-Pascal Zadi

Fanny, 30 ans, enceinte, n’en peut plus de vivre chez son père avec Virgil, son compagnon, champion de la procrastination. Alors quand elle tombe sur une offre en or : un appartement « parquet, moulures, cheminées » en viager dans Paris, elle fonce tête baissée. Mais Masséna, la vendeuse, est tout sauf mourante…

Critique presse – L’Arnaqueuse

Avec L’Arnaqueuse, Wilfried Meance transforme une préoccupation très contemporaine — l’impossibilité de se loger correctement à Paris — en point de départ d’une comédie de confrontation. Écrit par Jean-Pascal Zadi et Michaël Souhaité, le film oppose une trentenaire enceinte rêvant simplement de prendre son indépendance à une propriétaire qui maîtrise manifestement beaucoup mieux qu’elle les règles du jeu. Une guerre de générations et de nerfs où l’immobilier devient un formidable terrain de comédie.

À 30 ans, Fanny vit toujours chez son père avec Virgil, son compagnon, dont la procrastination semble être devenue un véritable mode de vie. Avec un enfant en route, cette situation devient difficilement tenable. Lorsqu’elle découvre un appartement parisien réunissant le fantasme immobilier absolu — parquet, moulures et cheminées — une solution apparaît enfin. Seule particularité : le logement est vendu en viager.

Fanny accepte le marché en imaginant pouvoir préparer tranquillement son avenir. Mais Masséna, la propriétaire, est loin d’être la vieille dame fragile qu’elle espérait secrètement rencontrer. Plus résistante et surtout beaucoup plus rusée que prévu, elle transforme rapidement le rêve immobilier de Fanny en cauchemar.

Le scénario trouve son meilleur ressort dans cette situation moralement inconfortable. Pour obtenir l’appartement dont elle rêve, Fanny doit attendre la disparition de celle qui l’occupe encore. L’Arnaqueuse s’amuse de cette contradiction et pousse progressivement son héroïne vers des comportements qu’elle n’aurait probablement jamais imaginé adopter.

Derrière la mécanique de comédie apparaît surtout une réalité sociale immédiatement identifiable. Fanny ne cherche pas un hôtel particulier ou une vie luxueuse. Elle veut simplement un logement pour construire sa famille. La difficulté d’accéder à la propriété, les prix parisiens et la dépendance prolongée envers les parents constituent ainsi l’arrière-plan d’un récit qui grossit volontairement les situations sans perdre totalement leur ancrage dans le réel.

Fadily Camara apporte beaucoup d’énergie au personnage. Fanny possède suffisamment de mauvaise foi et d’impatience pour ne jamais devenir une héroïne trop parfaite. Ses réactions parfois excessives alimentent efficacement une escalade où chaque tentative pour reprendre l’avantage finit par provoquer une nouvelle catastrophe.

Face à elle, Josiane Balasko est évidemment dans son élément. Masséna devient rapidement bien davantage qu’un obstacle entre Fanny et son futur appartement. Derrière son âge et son apparente vulnérabilité se cache une adversaire redoutable, capable d’anticiper les coups et surtout d’en rendre quelques-uns. Le duel entre les deux femmes constitue sans surprise le véritable moteur du film.

Jean-Pascal Zadi apporte de son côté son sens du décalage à Virgil, compagnon sympathique mais désespérément peu pressé de devenir adulte. Le personnage permet au scénario d’ajouter une autre source de frustration pour Fanny : tandis qu’elle tente désespérément de construire leur avenir, l’homme qui partage sa vie semble beaucoup moins inquiet par l’urgence de la situation.

Wilfried Meance privilégie une mise en scène efficace et laisse surtout les acteurs porter la mécanique comique. Le film fonctionne particulièrement bien lorsque la confrontation entre Fanny et Masséna se transforme en concours de coups bas. L’humour devient alors volontiers cruel et la sympathie du spectateur peut passer d’un camp à l’autre.

Toutes les situations ne possèdent cependant pas la même efficacité. Le scénario force parfois l’escalade et certains rebondissements deviennent prévisibles à mesure que la guerre entre les deux femmes s’intensifie. La dimension sociale, intéressante dans la première partie, aurait également mérité d’être davantage approfondie plutôt que de céder régulièrement la place à la seule mécanique du gag.

Mais L’Arnaqueuse possède deux atouts suffisamment solides : son duo principal et une situation de départ aussi simple qu’efficace. Le viager devient finalement le révélateur d’une société où deux générations se retrouvent à défendre leur place, leur logement et leur avenir.

Sans révolutionner la comédie française, L’Arnaqueuse exploite avec efficacité les angoisses immobilières contemporaines pour construire un savoureux duel générationnel. Fadily Camara apporte son énergie à une Fanny prête à presque tout pour prendre enfin son indépendance, tandis que Josiane Balasko s’amuse visiblement dans le rôle d’une adversaire beaucoup plus coriace que prévu. Une comédie populaire parfois prévisible, mais rythmée, méchante juste ce qu’il faut et portée par un face-à-face qui fonctionne.

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