Avec Monstre : L’histoire de Lizzie Borden, l’anthologie de Ryan Murphy et Ian Brennan consacre sa quatrième saison à l’une des affaires criminelles les plus célèbres des États-Unis. Le dernier épisode tranche sur la culpabilité de Lizzie, tout en prolongeant son histoire jusqu’à Aileen Wuornos. Une conclusion où se mélangent crime, culpabilité, liberté et rédemption.
⚠️ Attention, spoilers sur la fin de la saison 4 de Monstre.
Après avoir consacré ses précédentes histoires à des figures criminelles masculines, Monstre place cette fois Lizzie Borden au centre de son récit. Accusée en 1892 du meurtre de son père Andrew et de sa belle-mère Abby dans leur maison de Fall River, dans le Massachusetts, la jeune femme est devenue une figure incontournable de l’imaginaire criminel américain.
La série ne se contente cependant pas de reconstituer son procès. Elle imagine les zones laissées dans l’ombre par l’affaire et développe notamment la relation entre Lizzie et Bridget « Maggie » Sullivan, la domestique de la famille.
Le final choisit surtout de répondre à une question que l’Histoire n’a jamais définitivement résolue.
Lizzie Borden a-t-elle tué ses parents ?
Dans la version proposée par la série, Lizzie est bien responsable des meurtres avec la complicité de Maggie.
Lizzie assassine Abby à coups de hache. Maggie intervient quant à elle lors de l’attaque contre Andrew Borden.
Les deux femmes comprennent immédiatement qu’elles doivent faire disparaître tout ce qui pourrait les relier aux crimes. Les vêtements tachés de sang sont notamment brûlés et un récit susceptible de détourner les soupçons est progressivement mis en place.
Monstre abandonne donc volontairement l’ambiguïté historique sur ce point : sa Lizzie Borden est coupable.
Mais savoir qui a tué n’est finalement qu’une partie de ce qui intéresse la série. Le véritable enjeu du dernier épisode consiste à montrer ce qui arrive lorsqu’une personne échappe à une condamnation judiciaire sans jamais parvenir à échapper au regard de la société.
Pourquoi Lizzie est-elle acquittée ?
Lors de son procès en 1893, les soupçons sont considérables mais les éléments permettant d’obtenir une condamnation demeurent insuffisants.
Les preuves contre Lizzie sont principalement circonstancielles. L’accusation ne parvient pas à établir suffisamment solidement sa culpabilité et le témoignage d’Emma en faveur de sa sœur contribue à renforcer sa défense.
Le verdict tombe : Lizzie Borden est acquittée.
La série rejoint ici l’issue historique de l’affaire. Dans la réalité, Lizzie Borden a effectivement été déclarée non coupable le 20 juin 1893.
Juridiquement, elle est donc libre. Socialement, son procès ne s’arrêtera pourtant jamais vraiment.
Que deviennent Lizzie et Emma après le procès ?
Après l’acquittement, Lizzie et Emma héritent de la fortune familiale et s’installent dans une nouvelle demeure, Maplecroft.
Lizzie adopte également le prénom de Lizbeth, comme si cette nouvelle identité pouvait lui permettre de laisser derrière elle la jeune femme associée aux meurtres.
Mais Fall River n’oublie rien.
La célèbre comptine consacrée aux meurtres continue d’être chantée, des publications exploitent l’affaire et une partie de la population reste convaincue de sa culpabilité.
La richesse et l’acquittement ne suffisent donc pas à lui offrir une véritable réhabilitation.
Pourquoi Emma abandonne-t-elle Lizzie ?
La relation entre les deux sœurs finit également par se briser.
Emma a soutenu Lizzie au moment où son témoignage pouvait contribuer à déterminer son avenir. Mais le doute, puis la conviction que sa sœur lui cache la vérité, deviennent impossibles à supporter.
Elle décide finalement de partir.
Son dernier souhait adressé à Lizzie est particulièrement cruel : elle espère qu’au moment de mourir, sa sœur finira par reconnaître ce qu’elle a fait.
Cette rupture est essentielle dans le parcours du personnage. Lizzie a échappé à la prison, mais cette liberté possède un prix : elle perd progressivement ceux qui lui étaient les plus proches.
Maggie revient-elle auprès de Lizzie ?
Maggie tente elle aussi de construire une autre existence.
Partie dans le Montana, elle se marie, mais sa nouvelle vie ne lui permet pas réellement d’échapper à son passé ni à la violence qui l’habite. Lorsqu’elle manque à son tour d’attaquer son mari avec une hache, la série crée volontairement un écho direct avec les meurtres des Borden.
Elle revient finalement auprès de Lizzie.
Les deux femmes reconstruisent alors une relation fondée autant sur leurs sentiments que sur le secret qui les unit. Elles s’investissent également dans le mouvement en faveur du droit de vote des femmes et accueillent des réunions militantes.
La série transforme ainsi leur maison en espace de liberté féminine, en contraste avec le foyer Borden du début de saison, présenté comme un lieu d’enfermement et de domination.
Lizzie avoue-t-elle finalement les meurtres ?
Oui, mais pas devant la justice.
Dans l’une des scènes importantes du final, Lizzie se tourne vers Dieu. Elle reconnaît ses actes et demande à être pardonnée.
Cette confession ne modifie donc pas son statut judiciaire et ne répare pas les conséquences de ses crimes. Elle fonctionne plutôt comme l’aboutissement du conflit intérieur construit autour du personnage.
Après avoir obtenu la liberté devant les hommes, Lizzie cherche une autre forme d’absolution.
La question du pardon devient alors centrale dans les dernières minutes.
Pourquoi Aileen Wuornos apparaît-elle dans l’histoire ?
La présence d’Aileen Wuornos permet à Monstre de dépasser la seule reconstitution de l’affaire Borden.
Des décennies plus tard, Aileen se passionne pour Lizzie et visite notamment l’ancienne maison de la famille Borden. La série établit ainsi un parallèle entre deux femmes devenues, à des époques différentes, des figures criminelles aussi célèbres que controversées.
Ce rapprochement ne signifie pas que leurs histoires ou leurs crimes sont identiques. Il permet surtout à la série de poursuivre sa réflexion sur la manière dont certaines femmes violentes deviennent des figures de fascination collective.
C’est précisément ce fil qui conduit à la dernière scène.
Que signifie la dernière scène avec Aileen Wuornos ?
Dans le final, Aileen est exécutée par injection létale.
Alors que son corps est en train de mourir, elle ouvre les yeux et aperçoit Lizzie et Maggie.
Toutes deux semblent être venues la chercher. Elles lui proposent de les suivre vers un autre endroit, présenté comme un espace où les fautes peuvent être comprises et pardonnées.
Aileen les rejoint.
Mais la mise en scène revient ensuite à la réalité physique de son exécution. Les médecins débranchent le matériel et le son continu de l’électrocardiogramme confirme sa mort.
La séquence peut ainsi être comprise comme une vision d’Aileen au moment de mourir plutôt que comme l’affirmation littérale de l’existence d’un au-delà.
Pourquoi relier Lizzie Borden et Aileen Wuornos ?
Ce choix permet surtout à la saison de revenir à l’une des interrogations fondamentales de Monstre : comment une personne en vient-elle à commettre l’irréparable ?
La série rapproche des femmes confrontées à des formes différentes de violence, de domination et de marginalisation. Mais elle ne fait pas disparaître pour autant la responsabilité de leurs propres actes.
C’est toute l’ambiguïté du final.
Comprendre les mécanismes ayant conduit à la violence ne signifie pas nécessairement excuser cette violence.
Lizzie bénéficie d’une seconde vie après son acquittement et finit par chercher le pardon. Aileen, elle, arrive au terme de son parcours dans une chambre d’exécution. La rencontre imaginaire entre les deux personnages efface momentanément les décennies qui les séparent pour les réunir autour d’une même question : peut-on encore espérer être compris après avoir commis l’impardonnable ?
Une fin entre culpabilité et rédemption
La conclusion de Monstre : L’histoire de Lizzie Borden ne repose donc pas réellement sur la révélation de l’identité du meurtrier. La série donne très clairement sa réponse en montrant Lizzie et Maggie participer aux crimes.
Le véritable mystère est ailleurs.
Lizzie obtient l’acquittement mais pas l’oubli. Elle gagne sa liberté mais perd sa sœur. Elle reconstruit une existence avec Maggie tout en restant prisonnière du secret qui les unit. Et lorsqu’elle finit par reconnaître sa culpabilité, ce n’est plus à la justice qu’elle s’adresse, mais à Dieu.
La dernière apparition d’Aileen Wuornos prolonge cette idée jusque dans la mort.
La saison s’achève ainsi moins sur la question de savoir si Lizzie Borden était un « monstre » que sur celle qui traverse toute l’anthologie : qu’est-ce qui fabrique ceux que la société finit par désigner ainsi, et comprendre leur histoire permet-il réellement de leur pardonner ?
