La Voie des dieux de Julie Dachez (Scenario), Mlle Caroline (Dessins, Encreur)

« Le chemin le plus long est celui qu’on fait jusqu’à soi »

Julie Dachez choisit de raconter un voyage particulièrement difficile : celui qui mène jusqu’à soi-même. Avec La Voie des dieux, magnifiquement mis en images par Mlle Caroline, elle livre un récit autobiographique intime autour de la dépression, des traitements qui ne fonctionnent pas toujours et de la recherche d’une autre manière d’avancer.

Depuis longtemps, Julie traverse des épisodes dépressifs. Elle connaît les thérapies, les médicaments, les tentatives successives et surtout cette impression décourageante d’avoir essayé beaucoup de choses sans parvenir à trouver une véritable issue. Le récit part donc d’une réalité profondément humaine : que reste-t-il lorsque les solutions auxquelles on s’est accroché ne semblent plus fonctionner ?

Un soir, une émission consacrée aux recherches sur la psilocybine et ses effets potentiels sur certaines formes de dépression attire son attention. Cette découverte devient le point de départ d’un chemin inattendu. Mais La Voie des dieux ne transforme jamais cette expérience en recette miracle ni en mode d’emploi. Le livre reste avant tout le témoignage personnel d’une femme qui cherche à comprendre ce qu’elle traverse.

Cette nuance est essentielle. Julie Dachez raconte ses interrogations, ses espoirs, ses peurs et les moments plus chaotiques sans présenter son parcours comme universel. La guérison n’apparaît pas comme une ligne droite mais comme un processus fait d’avancées, de doutes et de remises en question.

L’autodérision apporte une respiration bienvenue à un sujet qui aurait facilement pu devenir extrêmement lourd. L’humour n’efface jamais la souffrance ; il permet plutôt de créer une certaine distance avec elle. Cette capacité à regarder parfois ses propres contradictions avec amusement rend le témoignage particulièrement vivant.

Le récit dépasse d’ailleurs progressivement la seule question de la dépression ou des substances psychédéliques. Ce qui intéresse surtout Julie Dachez, c’est la manière dont nous construisons notre rapport à nous-mêmes. Derrière la recherche d’un apaisement se dessine une interrogation beaucoup plus large sur l’identité, les blessures et les mécanismes que l’on accumule au fil des années.

Le travail graphique de Mlle Caroline accompagne parfaitement cette introspection. Son dessin sait traduire ce qui est parfois difficile à expliquer avec des mots : les sensations, les pensées envahissantes, les changements de perception ou encore les moments de fragilité. L’image devient une extension de l’expérience intérieure, sans chercher à la rendre artificiellement spectaculaire.

L’apport scientifique permet parallèlement de replacer cette expérience personnelle dans un contexte plus large. Cette association entre témoignage, vulgarisation et bande dessinée donne au livre son équilibre : l’émotion reste centrale, mais elle dialogue constamment avec le besoin de comprendre.

Le titre prend alors progressivement tout son sens. La véritable destination n’est peut-être pas une expérience extraordinaire, mais cette rencontre avec soi-même que l’on repousse parfois pendant des années. Et ce chemin-là peut effectivement être le plus long.

La Voie des dieux possède enfin une qualité essentielle : celle de ne pas prétendre détenir une vérité applicable à chacun. Julie Dachez raconte son parcours, avec ses singularités et ses zones d’incertitude, tandis que l’ouvrage rappelle clairement qu’il s’agit d’un témoignage et non d’une invitation à consommer des substances psychédéliques.

Intime, accessible et souvent touchant, La Voie des dieux raconte moins la découverte d’une substance qu’une tentative de se retrouver soi-même après des années de lutte. Julie Dachez et Mlle Caroline abordent un sujet complexe sans sensationnalisme ni solution miracle, en laissant toute sa place au doute, à l’humour et à la vulnérabilité. Un récit sur la dépression et la recherche d’un mieux-être, mais surtout sur ce chemin parfois chaotique que l’on parcourt pour parvenir enfin jusqu’à soi.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 23 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344063714 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344063712

Tranches de vie (404 Graphic) de Qu

Une ode délicate aux instants ordinaires, où chaque silence dessiné par Qu révèle la poésie sensible et la beauté profonde du vivant.

Qu choisit de raconter la vie sans avoir besoin de mots. Avec Tranches de vie, l’artiste coréenne rassemble ses strips muets autour d’une conviction aussi simple que précieuse : les moments les plus ordinaires de notre existence peuvent devenir extraordinaires dès lors que l’on prend véritablement le temps de les regarder.

Ici, pas de longues intrigues ni de dialogues pour guider le lecteur. Quelques cases suffisent pour saisir un geste, une rencontre, un regard ou un instant de complicité. Chaque histoire ressemble à une petite fenêtre ouverte sur une existence dont nous ne connaîtrons peut-être ni le passé ni la suite.

Cette absence de texte constitue naturellement l’une des grandes forces du livre. En supprimant les mots, Qu laisse davantage de place aux émotions. Le lecteur observe les attitudes, les expressions et les détails du décor pour reconstruire ce qui se joue entre les personnages.

Les silences deviennent ainsi un véritable langage. Une main tendue, une présence, une attente ou un regard peuvent raconter beaucoup plus qu’une conversation entière. Le dessin ne cherche pas nécessairement à provoquer une émotion spectaculaire : il saisit plutôt ces minuscules mouvements qui accompagnent notre quotidien et auxquels nous ne prêtons plus toujours attention.

La notion de « tranche de vie » prend alors tout son sens. Qu ne cherche pas à raconter des destins exceptionnels. Elle s’intéresse précisément à ce qui pourrait arriver à chacun : croiser quelqu’un, partager un instant, observer le monde autour de soi ou simplement ressentir la présence d’un autre être vivant.

Ce sont ces secondes presque invisibles qui constituent progressivement la matière du livre. Isolées, elles peuvent sembler insignifiantes. Rassemblées, elles composent quelque chose de beaucoup plus vaste : une célébration discrète de l’existence.

L’universalité du dessin muet renforce encore cette sensation. Les personnages peuvent être différents, vivre ailleurs ou posséder une histoire éloignée de la nôtre, mais certaines émotions n’ont pas besoin d’être traduites. Un instant partagé suffit parfois à abolir momentanément les distances.

Cette compilation invite également à modifier notre rythme de lecture. On pourrait tourner rapidement les pages puisque les textes sont absents. Pourtant, c’est exactement l’inverse qui se produit. Il faut ralentir. Observer une expression, revenir sur une case, remarquer un détail qui semblait secondaire et accepter simplement de rester quelques secondes avec les personnages.

Le livre devient alors presque une invitation à appliquer cette attention au monde réel. Combien de moments semblables traversons-nous quotidiennement sans les voir ? Combien de gestes, de rencontres ou de petites attentions disparaissent aussitôt vécus ?

Qu ne cherche pas à embellir artificiellement le quotidien. Elle rappelle plutôt que sa beauté existe déjà, dans les relations, les fragilités et les minuscules coïncidences qui rapprochent parfois deux êtres.

Délicate, contemplative et profondément humaine, cette compilation transforme les petits riens de l’existence en véritables fragments de poésie graphique. Avec presque rien — quelques cases, des regards et beaucoup de silence — Qu parvient à rappeler quelque chose que notre quotidien nous fait facilement oublier : la vie n’est pas uniquement constituée de grands événements. Elle se cache aussi dans ces milliers d’instants minuscules que l’on ne remarque souvent qu’une fois qu’ils sont passés.

ASIN ‏ : ‎ B0H1L85F16 Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions Date de publication ‏ : ‎ 8 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 296 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032410707 Poids de l’article ‏ : ‎ 1,57 Kilograms

Lilo Et Stitch : Disney Stitch – Kit de pâtisserie et moules

Un kit de pâtisserie pour tous les fans de Stitch, le héros de licence Disney préféré des enfants ! DES ACTIVITÉS MANUELLES POUR TOUS : Amusez-vous avec ce kit de pâtisserie dans l’univers de votre extraterrestre préféré ! Créez votre propre version de Stitch avec ce set de moules. Pour réaliser ce petit monstre bleu, versez du chocolat fondu ou des bonbons dans chaque cavité du moule et placez-le au congélateur. Une fois vos chocolats …

’univers de Stitch quitte cette fois l’écran pour s’inviter directement dans la cuisine. Avec ce kit de pâtisserie Disney Stitch, les jeunes fans peuvent retrouver leur extraterrestre préféré à travers une activité à la fois gourmande, créative et facile à partager en famille.

Le principe est particulièrement ludique : utiliser les moules fournis pour créer sa propre version de Stitch. Chocolat fondu, préparations sucrées ou bonbons peuvent être versés dans les différentes cavités avant de laisser le froid faire le reste du travail.

L’intérêt du coffret vient justement de cette rencontre entre pâtisserie et activité manuelle. L’enfant ne se contente pas de préparer quelque chose à manger : il participe à la création d’un personnage qu’il connaît et apprécie. Le démoulage devient alors le moment le plus attendu, lorsque Stitch apparaît enfin sous sa forme gourmande.

Le personnage se prête particulièrement bien à ce type d’activité. Avec sa silhouette immédiatement identifiable, ses grandes oreilles et son côté espiègle, Stitch apporte naturellement une dimension amusante à la préparation.

Le kit peut également devenir une bonne occasion de cuisiner ensemble. Les plus jeunes peuvent participer aux différentes étapes avec l’accompagnement d’un adulte, découvrir quelques gestes simples de pâtisserie et surtout profiter du plaisir de fabriquer quelque chose avant de le déguster.

L’aspect créatif permet aussi de ne pas nécessairement reproduire toujours le même résultat. Couleurs, décorations et choix des préparations peuvent varier selon les envies. Chacun peut ainsi imaginer son propre Stitch et personnaliser ses créations.

Ce type de coffret trouve naturellement sa place lors d’un anniversaire, d’un après-midi créatif ou simplement pour occuper un moment en famille. Le personnage Disney devient ici le prétexte à une activité concrète, loin des écrans, où l’on manipule, expérimente et partage.

L’ensemble constitue également une idée cadeau sympathique pour les amateurs de Lilo & Stitch. Plutôt qu’un simple objet décoratif à l’effigie du personnage, le coffret invite immédiatement à faire quelque chose avec lui.

Un kit de pâtisserie ludique et gourmand qui exploite avec simplicité l’univers de Stitch. Facile à transformer en activité familiale, il associe cuisine, créativité et plaisir de retrouver l’un des personnages les plus attachants de Disney. Une jolie idée pour fabriquer son propre petit monstre bleu avant de relever le défi le plus difficile : oser le manger !

Date de parution08/10/2026
Éditeur404 Editions

Stranger Things : Le livre de recettes officiel de Joshua David Stein

Replongez dans l’univers fascinant de Stranger Things grâce à plus de 50 recettes directement inspirées de la série.

Joshua David Stein propose de retourner à Hawkins par un chemin plutôt inattendu : la cuisine. Avec Stranger Things : Le livre de recettes officiel, l’univers de la série quitte momentanément les laboratoires secrets, les vélos et les créatures de l’Upside Down pour investir nos assiettes à travers plus de cinquante recettes inspirées de ses personnages et de ses lieux emblématiques.

L’idée fonctionne particulièrement bien avec Stranger Things, série dans laquelle la nourriture a toujours participé à l’identité de certains personnages. Impossible évidemment de commencer sans penser aux célèbres gaufres Eggo associées à Eleven. Elles trouvent naturellement leur place dans le livre, aux côtés d’autres références que les spectateurs reconnaîtront immédiatement.

On retrouve notamment le tiramisu de Chez Enzo ou encore une pizza inspirée de Surfer Boy Pizza. Chaque recette devient ainsi un petit clin d’œil permettant de prolonger l’expérience de la série autrement que devant un écran.

L’organisation saison par saison constitue une bonne idée. Elle permet de suivre l’évolution de l’univers tout en retrouvant différentes ambiances et références au fil des épisodes. Le livre fonctionne presque comme une promenade gourmande à travers les souvenirs laissés par la série.

L’intérêt ne repose donc pas uniquement sur les plats proposés. Une partie du plaisir vient évidemment du jeu avec la culture Stranger Things. Préparer une recette devient une excuse pour replonger dans Hawkins, retrouver les personnages et reconnaître les nombreuses références disséminées dans l’ouvrage.

Le contraste entre la cuisine familiale et l’univers inquiétant de la série apporte également beaucoup de charme à l’ensemble. L’Upside Down devient soudain nettement moins terrifiant lorsqu’il s’agit de choisir ce que l’on va préparer pour le dîner.

Joshua David Stein conserve ainsi l’esprit ludique attendu d’un ouvrage dérivé sans oublier sa fonction première : proposer un véritable livre de cuisine. Les références à la série accompagnent les recettes au lieu de simplement servir d’habillage à un produit destiné aux collectionneurs.

C’est précisément ce qui lui permet de toucher plusieurs publics. Les fans pourront l’apprécier comme un nouvel objet consacré à leur série favorite, tandis que ceux qui aiment cuisiner pourront réellement s’amuser à reproduire les recettes et à organiser, pourquoi pas, une soirée entièrement inspirée de Hawkins.

L’ouvrage possède également une dimension conviviale qui correspond finalement très bien à l’esprit de Stranger Things. Malgré les monstres et les catastrophes, la série repose depuis ses débuts sur un groupe d’amis qui se retrouve, partage et affronte les événements ensemble. La cuisine devient ici une autre manière de prolonger cette idée de partage.

Et contrairement aux personnages de la série, aucune traversée d’un portail interdimensionnel ne devrait être nécessaire pour arriver jusqu’au dessert.

Un livre de recettes officiel généreux et ludique qui exploite intelligemment l’univers de Stranger Things. Entre les incontournables gaufres d’Eleven, Chez Enzo et Surfer Boy Pizza, Joshua David Stein transforme les références cultes de la série en expériences culinaires à partager. À la fois livre de cuisine et objet pour les fans, une manière gourmande de retourner à Hawkins sans risquer de tomber nez à nez avec un Démogorgon.

ASIN ‏ : ‎ B0H1L7PY3K Éditeur ‏ : ‎ 404 Editions Date de publication ‏ : ‎ 8 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 232 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032411575

Les Enfants Perdus de Neyef

Casper, Milo, Rufus et les jumeaux Paddy et Dany, livrés à eux-mêmes dans un monde de ruines, trainent, skatent et occupent leurs journées comme bon leur semble. Bientôt rejoint par Wendy, le petit groupe survit en marge de tous et surtout des adultes qui, sur ce bout de terre deshéritée, représentent une menace permanente. Bien décidé à sortir son petit frère Milo de cette vie qui n’en est pas une, Casper va opter pour une voie sans retour qui mettra en péril le frêle équilibre du groupe.

Neyef s’empare du mythe de Peter Pan pour en proposer une relecture sombre, urbaine et profondément humaine. Avec Les Enfants Perdus, il ne raconte plus des enfants refusant simplement de grandir, mais des gamins auxquels le monde des adultes n’a jamais véritablement laissé la possibilité d’être des enfants.

Casper, Milo, Rufus et les jumeaux Paddy et Dany vivent dans un territoire en ruines. Livrés à eux-mêmes, ils skatent, traînent et inventent leurs propres règles pour remplir des journées qui semblent toutes se ressembler. Leur liberté pourrait presque faire rêver si elle n’était pas avant tout le résultat d’un abandon.

Dans cet univers, l’absence d’adultes protecteurs change complètement la signification de l’enfance. Ceux qu’ils rencontrent représentent davantage une menace qu’un refuge. Le groupe devient alors une famille improvisée, construite non par le sang mais par la nécessité de se protéger les uns les autres.

L’arrivée de Wendy fait naturellement résonner davantage encore la référence à Peter Pan. Neyef reprend certains éléments familiers du conte pour les déplacer dans un monde où l’imaginaire ne permet plus vraiment d’échapper au réel. Le Pays imaginaire ressemble ici davantage à une terre oubliée qu’à un paradis où l’enfance pourrait durer éternellement.

Le skateboard participe pleinement à cette sensation de liberté fragile. Rouler, prendre de la vitesse et occuper l’espace devient presque une manière de résister. Pendant quelques instants, ces enfants peuvent oublier les ruines et retrouver quelque chose qui ressemble à l’insouciance.

Mais derrière cette vie en bande, Casper porte une responsabilité particulière. Il veut sortir son petit frère Milo de cette existence sans avenir. Ce désir introduit une contradiction essentielle : comment sauver quelqu’un d’un monde dont on ne sait pas soi-même comment s’échapper ?

Casper finit par choisir une voie sans retour. Dès lors, l’équilibre précaire du groupe menace de s’effondrer. La volonté de protéger peut devenir dangereuse, et une décision prise par amour peut entraîner ceux que l’on voulait justement préserver.

C’est dans cette ambiguïté que Les Enfants Perdus semble trouver sa plus grande force. Neyef ne transforme pas ses personnages en simples victimes. Ils rient, jouent, se disputent, prennent des risques et inventent leurs propres moments de bonheur. Leur existence est dure, mais elle reste traversée par une formidable énergie.

Le dessin permet de faire cohabiter cette brutalité avec une dimension plus onirique. Les ruines deviennent un immense terrain de jeu autant qu’une prison, tandis que les mouvements et les silences donnent au récit une atmosphère où la réalité semble parfois glisser vers le rêve.

La référence à Peter Pan prend alors une dimension particulièrement mélancolique. Dans le conte, ne pas grandir pouvait représenter une forme de liberté. Ici, rester un enfant signifie surtout être prisonnier d’un monde qui ne vous offre aucun avenir. Grandir devient paradoxalement une possibilité d’émancipation.

À travers Casper et Milo, le récit interroge également la responsabilité que certains enfants doivent endosser beaucoup trop tôt. Casper voudrait être un frère, mais les circonstances l’obligent presque à devenir un parent. Cette inversion des rôles donne une véritable profondeur émotionnelle à leur relation.

Les Enfants Perdus parle finalement de fraternité, de survie et de cette frontière fragile entre liberté et abandon. La bande représente le dernier refuge possible : un endroit où chacun existe encore dans le regard des autres lorsque le reste du monde semble les avoir oubliés.

Avec Les Enfants Perdus, Neyef propose une relecture puissante et mélancolique du mythe de Peter Pan. Derrière les skates, les ruines et l’apparente liberté de ces enfants se cache une histoire de survie, de fraternité et de sacrifice. Un récit où l’on comprend progressivement que ces gamins ne refusent pas de grandir : ils cherchent simplement un monde dans lequel grandir serait enfin possible.

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 200 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2810206082 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810206087

Le Bal des Plumés de Aurélie Castex

C’est l’hiver. Une petite musaraigne erre dans une forêt inhospitalière.

Aurélie Castex transforme une froide nuit d’hiver en une aventure pleine d’élégance, d’humour et de malice. Avec Le Bal des Plumés, elle imagine une petite musaraigne qui refuse de rester derrière une porte simplement parce qu’elle ne correspond pas aux critères de ceux qui se trouvent de l’autre côté.

Tout commence dans une forêt peu accueillante. Une petite musaraigne erre dans le froid lorsqu’elle aperçoit soudain un étrange cortège. Des oiseaux magnifiques, vêtus de costumes raffinés, avancent vers un mystérieux manoir. Le contraste est immédiat : face à ces invités flamboyants, notre héroïne paraît bien modeste avec ses poils et son allure dépenaillée.

Intriguée, elle décide pourtant de les suivre.

À l’intérieur du manoir se prépare une fête splendide. Mais lorsqu’elle souhaite entrer, le verdict du portier tombe : le bal est réservé aux animaux à plumes. La musaraigne n’appartient donc pas au bon monde et doit rester dehors.

Aurélie Castex utilise cette situation très simple pour aborder avec légèreté une expérience que les enfants comprennent immédiatement : celle de l’exclusion. Ne pas être accepté parce que l’on ne possède pas la bonne apparence, que l’on ne correspond pas aux règles d’un groupe ou que l’on semble simplement différent des autres.

Mais la petite musaraigne n’a absolument pas l’intention d’accepter cette décision. Puisqu’il faut des plumes pour entrer, elle trouvera des plumes.

Commence alors une réjouissante métamorphose. Plutôt que d’attendre que quelqu’un lui accorde une place, l’héroïne décide de se l’inventer elle-même. Son ingéniosité transforme le refus en moteur de l’aventure et donne au récit toute son énergie.

L’album joue ainsi avec les apparences et les codes sociaux. Derrière leurs costumes somptueux, les oiseaux semblent appartenir naturellement à cet univers prestigieux tandis que la petite musaraigne en serait exclue. Pourtant, quelques accessoires suffisent à brouiller les frontières. Une manière amusante de rappeler combien certains critères d’appartenance peuvent être artificiels.

Le dessin d’Aurélie Castex participe pleinement au plaisir de lecture. Le contraste entre la forêt hivernale, la petite silhouette de la musaraigne et le faste des oiseaux permet d’installer immédiatement une atmosphère de conte. Les costumes et la transformation de l’héroïne offrent également un formidable terrain de jeu graphique.

Derrière l’humour se dessine surtout une jolie réflexion sur la différence et la confiance en soi. La musaraigne pourrait considérer son apparence comme un défaut. Elle choisit au contraire d’en faire le point de départ de son imagination.

Le Bal des Plumés parle ainsi de cette envie très universelle d’être accepté, tout en suggérant que l’essentiel n’est peut-être pas de devenir exactement comme les autres. Se transformer pour franchir une porte peut être amusant ; découvrir que l’on avait déjà de la valeur avant cette transformation l’est encore davantage.

Avec son héroïne minuscule mais déterminée, l’album rappelle enfin que les personnages les plus élégants ne sont pas nécessairement ceux qui possèdent les plus belles plumes.

Un album drôle, pétillant et visuellement séduisant qui transforme une histoire d’exclusion en joyeuse aventure. Aurélie Castex signe un conte plein de malice sur les apparences, l’appartenance et l’audace d’une petite héroïne qui refuse qu’une porte fermée décide de sa place. Une histoire qui donne surtout envie de rappeler aux enfants qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les bonnes plumes pour mériter d’entrer dans la danse.

ASIN ‏ : ‎ B0H64Y3GNW Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 2 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023523904

Toi & Moi: Forever de PACCO

Avec Toi & Moi – Forever, Pacco revient avec un nouveau recueil de gags inédits, cette fois tout en couleurs ! Sous le regard et les dessins de Pacco, la vie à deux reste un espace de tendresse, de complicité et de fun. On s’identifie, on s’amuse et on s’émeut toujours autant !

Pacco retrouve avec Toi & Moi : Forever ce qu’il observe avec beaucoup de justesse depuis plusieurs albums : la vie de couple dans tout ce qu’elle possède de tendre, d’absurde, d’agaçant et surtout de profondément quotidien. Pas besoin de grandes aventures pour provoquer le rire : quelques habitudes, une conversation qui dérape ou une petite incompréhension suffisent largement.

Ce nouveau recueil rassemble des gags inédits et fait cette fois le choix de la couleur. Une évolution qui apporte davantage de dynamisme aux situations tout en conservant ce dessin immédiatement reconnaissable et cette efficacité visuelle indispensable au rythme comique.

Pacco possède surtout un véritable talent pour observer ces petits moments dans lesquels beaucoup de couples pourront se reconnaître. Les habitudes que l’on finit par ne plus remarquer, les petits défauts de l’autre qui peuvent soudain devenir insupportables, les instants de complicité, les désaccords minuscules qui prennent des proportions démesurées ou encore ces conversations dont seul un couple peut réellement comprendre la logique.

Le rire vient précisément de cette proximité avec le réel. On sourit d’une situation avant de réaliser qu’elle ressemble étrangement à quelque chose que l’on a soi-même vécu.

Mais Toi & Moi : Forever ne se moque jamais véritablement de ses personnages. Derrière les petites disputes et les maladresses demeure une vraie tendresse. Pacco raconte un couple qui fonctionne justement parce qu’il n’est pas parfait. L’amour n’efface ni les défauts ni les différences : il apprend à vivre avec eux.

Le format court convient parfaitement à cette observation du quotidien. Chaque gag saisit une situation, une attitude ou une émotion et va directement à l’essentiel. Le dessin accompagne cette simplicité avec des expressions particulièrement efficaces, permettant parfois à un regard ou à une posture de provoquer le rire avant même la chute.

Le passage à la couleur renforce encore cette dimension chaleureuse. L’album gagne en énergie sans perdre la spontanéité qui fait le charme de la série. Cette nouvelle présentation donne également au recueil une identité visuelle particulièrement agréable.

Au fil des pages se dessine finalement une petite chronique de la vie à deux. Être en couple, chez Pacco, c’est aimer quelqu’un suffisamment pour connaître parfaitement ses travers… et continuer malgré tout à trouver certaines de ses manies attachantes.

C’est probablement pour cette raison que l’identification fonctionne aussi facilement. Derrière l’exagération nécessaire au gag se trouvent des émotions très familières : l’affection, l’agacement, la complicité, la mauvaise foi, le désir de partager et cette capacité à rire ensemble des petites absurdités du quotidien.

Forever n’est donc pas seulement une promesse romantique. Le mot devient presque une plaisanterie affectueuse sur cette aventure étrange qui consiste à partager durablement sa vie avec quelqu’un, avec tout ce que cela implique de bonheur et de petites négociations permanentes.

Un recueil drôle, tendre et particulièrement complice dans lequel Pacco continue de croquer la vie de couple avec beaucoup d’affection. La couleur apporte une nouvelle énergie à des gags qui fonctionnent avant tout grâce à leur formidable sens de l’observation. On rit des personnages, mais surtout de nous-mêmes, parce qu’au détour d’une page, il y a de fortes chances de reconnaître un petit morceau de notre propre vie à deux.

Éditeur ‏ : ‎ CASTERMAN Date de publication ‏ : ‎ 7 octobre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 128 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2203299967 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2203299962

Doraemon et le Château sous-marin De Tetsuo Yajima Avec Emmanuel Curtil, Wasabi Mizuta, Brigitte Lecordier

Doraemon est un chat-robot bleu qui vient du futur. Il vit avec Nobita, un petit garçon maladroit, et ses parents. Grâce à ses gadgets secrets, Doraemon aide souvent Nobita à s’amuser ou à résoudre ses problèmes. Un été d’ennui, Doraemon propose à Nobita et leurs amis d’aller faire du camping sous la mer. En explorant les fonds marins, la bande découvre une épave et fait la rencontre des Thalassiens. C’est alors qu’une annonce très inquiétante survient : « Le Château sous-marin s’est réveillé ! ». Nobita et ses amis doivent se lancer dans une bataille qui décidera du sort de la Terre !

Doraemon et le Château sous-marin entraîne le célèbre chat-robot et sa bande dans les profondeurs de l’océan pour une aventure qui commence comme de simples vacances avant de prendre des proportions beaucoup plus spectaculaires. Tetsuo Yajima retrouve ce qui fait depuis longtemps le charme de l’univers de Doraemon : des gadgets impossibles, une formidable capacité d’émerveillement et des enfants qui découvrent qu’une petite aventure peut soudainement décider du destin du monde.

Tout commence pourtant par l’ennui.

Nobita ne sait pas vraiment quoi faire de son été. Heureusement, vivre avec un chat-robot venu du futur possède quelques avantages. Doraemon propose une solution que peu de familles pourraient raisonnablement envisager : partir camper sous la mer.

Grâce à ses fameux gadgets, les contraintes habituelles disparaissent et le fond de l’océan devient un immense terrain de jeu.

La première partie du film profite pleinement de cette idée. Découvrir les profondeurs aux côtés de Nobita permet de retrouver le plaisir enfantin de l’exploration. Poissons, paysages sous-marins et inventions de Doraemon composent un univers coloré où chaque nouvelle découverte semble pouvoir en cacher une autre.

Mais une épave vient rapidement bouleverser les vacances.

Nobita et ses amis découvrent alors l’existence des Thalassiens et d’un monde dont ils ignoraient totalement la présence. Surtout, une annonce vient transformer l’expédition en mission : le Château sous-marin s’est réveillé.

Et ce réveil pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la Terre.

Le scénario change alors progressivement d’échelle. L’aventure légère laisse place à une véritable course contre la montre où les enfants doivent comprendre une civilisation inconnue, affronter de nouveaux dangers et empêcher une catastrophe qui les dépasse largement.

Doraemon reste évidemment le cœur du récit. Ses gadgets offrent régulièrement des solutions aussi ingénieuses qu’absurdes, mais le film évite intelligemment d’en faire une réponse automatique à tous les problèmes. La technologie peut aider les personnages ; elle ne remplace ni leur courage ni leur capacité à prendre des décisions.

Nobita demeure quant à lui cet antihéros particulièrement attachant. Maladroit, parfois peureux et rarement le premier que l’on choisirait pour sauver la planète, il trouve précisément sa force dans cette fragilité. Son courage ne vient jamais d’une absence de peur, mais de sa capacité à avancer malgré elle.

L’amitié reste ainsi l’un des piliers du film.

Face au danger, chacun doit trouver sa place dans le groupe. Les chamailleries et les petits égoïsmes du quotidien disparaissent progressivement lorsque la menace devient réelle. Sans révolutionner les codes du cinéma d’animation familial, le film rappelle efficacement que l’aventure devient beaucoup plus difficile lorsqu’on essaie de la vivre seul.

L’environnement sous-marin permet surtout à Tetsuo Yajima de proposer un spectacle visuel généreux. L’océan possède ici une double fonction : merveilleux lorsqu’il est découvert par les enfants, il devient beaucoup plus mystérieux lorsque la bande s’aventure vers des zones inconnues.

Derrière le divertissement apparaît également une réflexion écologique accessible aux plus jeunes. La découverte des Thalassiens oblige les personnages à comprendre que leur monde ne se limite pas à la surface et que les actions d’une civilisation peuvent avoir des conséquences sur une autre.

Le film ne cherche jamais à transformer ce message en leçon pesante. Il passe avant tout par l’aventure et l’émerveillement.

La mécanique reste néanmoins familière. Ceux qui connaissent bien Doraemon retrouveront la structure classique d’une escapade qui dégénère progressivement en mission pour sauver le monde. Certains rebondissements sont donc faciles à anticiper et la dernière partie privilégie logiquement le spectacle.

Mais cette familiarité participe aussi au plaisir.

Doraemon repose depuis toujours sur cette idée formidable qu’une journée ordinaire peut basculer dans l’extraordinaire dès qu’un gadget sort de la poche du chat-robot.

Coloré, généreux et parfaitement accessible aux plus jeunes, Doraemon et le Château sous-marin réussit son voyage dans les profondeurs grâce à un bel équilibre entre humour, aventure et émerveillement. L’intrigue reste classique dans sa construction, mais l’univers sous-marin, les Thalassiens et les innombrables inventions de Doraemon lui donnent suffisamment de fantaisie pour maintenir le plaisir. Une aventure familiale qui rappelle surtout que Nobita n’a peut-être pas besoin d’être le plus courageux de la bande pour accomplir de grandes choses. Et après avoir vu ce dont Doraemon est capable, le camping traditionnel risque forcément de paraître un peu fade.

L’Espèce explosive De Sarah Arnold | Par Sarah Arnold, Olivier Séror Avec Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne

Dans la campagne du Nord-Est de la France. Les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l’enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors normes. Mais sa récente rupture amoureuse et la vodka dans laquelle flotte son cerveau n’aident pas. Heureusement, il y a Stéphane, la nouvelle psy de la gendarmerie : elle est là pour mettre un peu d’ordre dans son chaos — à moins que ce ne soit l’inverse ?

L’Espèce explosive prend racine dans une campagne française sous tension pour mieux faire dérailler le polar traditionnel. Sarah Arnold transforme une guerre entre agriculteurs, chasseurs et sangliers en comédie noire où tout semble progressivement échapper au contrôle des hommes. Derrière l’enquête policière et ses animaux gigantesques se dessine surtout le portrait d’un territoire à bout de nerfs.

Dans le Nord-Est de la France, les sangliers ravagent les cultures. Les agriculteurs accusent les chasseurs, les chasseurs possèdent leurs propres certitudes et chacun semble considérer l’autre comme responsable d’un équilibre devenu impossible.

Brun, céréalier étranglé financièrement, tente encore de sauver son exploitation. Mais lorsqu’un notable local le pousse un peu plus loin dans ses retranchements, quelque chose casse.

Brun disparaît.

Un an plus tard arrive Fulda.

Gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, il possède à peu près toutes les qualités que l’on ne recherche pas nécessairement chez un enquêteur. Son intuition fonctionne par éclairs, ses méthodes sont discutables et sa consommation de vodka n’améliore pas exactement sa capacité à respecter les procédures.

Alexis Manenti trouve dans Fulda un personnage idéalement bancal. Loin du policier brillant dont les excentricités cacheraient un génie infaillible, celui-ci peut avoir une intuition remarquable avant de commettre une erreur monumentale quelques minutes plus tard.

Cette faillibilité donne au film une grande partie de son humour.

Fulda enquête dans un environnement qu’il comprend mal, auprès de gens qui ne souhaitent pas nécessairement lui expliquer comment il fonctionne. Il avance donc par approximations, rencontres et fausses pistes jusqu’à entendre parler des « Attilas » : des sangliers dont les proportions semblent appartenir davantage à une légende locale qu’à un rapport de gendarmerie.

C’est ici que L’Espèce explosive commence réellement à révéler son étrangeté.

Sarah Arnold et Olivier Séror jouent avec les codes du polar rural avant de les contaminer par le burlesque, l’absurde et presque le fantastique. Plus Fulda cherche une explication rationnelle, plus la campagne semble produire ses propres mythologies.

Ella Rumpf et Vincent Dedienne participent pleinement à cet univers où chaque personnage semble légèrement décalé. Stéphane, nouvelle psychologue de la gendarmerie, devient notamment un contrepoint particulièrement efficace au chaos de Fulda.

Elle est théoriquement là pour remettre un peu d’ordre.

Le problème est que Fulda n’est pas exactement le genre d’homme que l’on remet facilement dans une case.

Leur relation apporte au film une dimension plus intime derrière l’enquête. La rupture récente du gendarme, son alcoolisation et son comportement erratique dessinent progressivement un homme qui cherche peut-être autant à résoudre sa propre débâcle que la disparition sur laquelle il enquête.

La campagne joue évidemment un rôle essentiel. Sarah Arnold refuse d’en faire un décor pittoresque. Elle filme au contraire un territoire traversé par des conflits économiques très concrets : exploitations fragilisées, cultures détruites, rapports de pouvoir locaux et sentiment d’abandon.

Les sangliers deviennent alors bien davantage qu’une menace animale.

Ils sont le révélateur d’un désordre que personne ne maîtrise plus.

Le titre prend d’ailleurs une savoureuse ambiguïté. Quelle est exactement « l’espèce explosive » dont parle le film ? Les sangliers devenus incontrôlables ? Les agriculteurs poussés à bout ? Les chasseurs ? Ou simplement l’être humain lorsqu’il refuse d’admettre que le territoire qu’il exploite ne lui appartient jamais complètement ?

C’est lorsque le film entretient cette ambiguïté qu’il devient le plus intéressant.

Sarah Arnold ne choisit ni le pur film écologique ni la satire sociale démonstrative. Elle préfère le mélange des genres, quitte à accepter une certaine irrégularité. Certaines ruptures de ton peuvent surprendre et l’enquête se montre volontairement moins rigoureuse que dans un polar classique.

Mais ce déséquilibre appartient aussi au projet.

L’Espèce explosive ressemble finalement beaucoup à Fulda : imprévisible, parfois approximatif, souvent drôle et capable, au détour d’une scène, d’une étonnante lucidité.

Étrange mélange de polar rural, de comédie noire et de fable écologique, L’Espèce explosive possède surtout le mérite de ne ressembler à presque rien d’autre. Alexis Manenti compose un gendarme aussi intuitif que catastrophique, tandis que Sarah Arnold transforme la guerre des sangliers en radiographie d’un monde agricole sous pression. Le récit s’égare parfois autant que son enquêteur, mais son humour, son atmosphère et son goût de l’absurde lui donnent une personnalité réjouissante. Et derrière les fameux Attilas se cache peut-être la question la plus amusante du film : dans cette campagne où tout le monde semble prêt à exploser, les animaux sont-ils vraiment les plus sauvages ?

Fausse note De Alexandre Arcady | Par Alexandre Arcady Avec Kad Merad, Benoît Poelvoorde, Caterina Murino

Lors de son ultime concert à Paris, un chef d’orchestre de renom est confronté à un admirateur insistant. Sous ses apparences de « Monsieur tout le monde », le « Fan » s’infiltre dans l’Opéra, perturbe la soirée et force un face à face inattendu avec le chef d’orchestre. Surgit alors un passé commun enfoui, où la musique devient le révélateur d’une vérité bouleversante. Une nuit de tension et de vérité où la mémoire, la culpabilité et la justice s’affrontent en sourdine.

ausse note transforme les coulisses d’un concert en scène de confrontation. Alexandre Arcady construit un face-à-face où la musique, loin d’adoucir les blessures, fait progressivement remonter ce que deux hommes auraient préféré laisser enfoui. Derrière l’élégance de l’Opéra et le prestige d’un chef d’orchestre reconnu se cache ainsi une histoire beaucoup plus sombre, faite de mémoire, de culpabilité et d’une vérité qui attend son heure.

Ce soir-là devrait être celui d’un triomphe.

Un célèbre chef d’orchestre donne son ultime concert parisien. Tout est organisé pour célébrer une carrière, un talent et une existence consacrée à la musique. Mais un homme apparemment ordinaire rôde dans les couloirs.

Il se présente comme un admirateur.

Un peu trop admiratif.

Le « Fan » insiste, franchit progressivement les limites et parvient à s’introduire dans l’Opéra. Ce qui ressemble d’abord à l’intrusion embarrassante d’un admirateur envahissant prend alors une tout autre dimension.

Cet homme n’est pas venu chercher un autographe.

Il est venu chercher une réponse.

Alexandre Arcady installe efficacement cette transformation. Le film commence presque comme un thriller autour d’une menace difficile à identifier. Qui est cet inconnu ? Pourquoi veut-il absolument approcher le chef ? Jusqu’où est-il prêt à aller ?

Puis la confrontation change de nature.

Le danger n’est bientôt plus ce que le « Fan » pourrait faire, mais ce qu’il sait.

Kad Merad et Benoît Poelvoorde trouvent dans ce dispositif deux partitions intéressantes parce qu’elles reposent sur la retenue autant que sur l’affrontement. Le premier doit maintenir l’image d’un homme habitué à maîtriser chaque mouvement autour de lui. Sur scène, un chef contrôle le tempo, les silences et les entrées de chacun. Mais face à cet inconnu, cette maîtrise commence progressivement à disparaître.

Benoît Poelvoorde joue au contraire sur l’imprévisibilité. Son personnage peut sembler maladroit, presque banal, avant qu’un regard ou une phrase ne fasse apparaître quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Cette ambiguïté lui permet de ne jamais réduire le « Fan » à une simple figure menaçante.

Car les rôles se déplacent constamment.

Celui qui paraît d’abord être l’agresseur pourrait aussi être celui qui réclame justice. Celui que l’on imagine victime de l’intrusion pourrait avoir davantage à expliquer qu’il ne veut bien l’admettre.

Le scénario trouve sa force dans ce renversement progressif.

La musique devient naturellement beaucoup plus qu’un décor. Une œuvre, une mélodie ou quelques notes peuvent faire ressurgir ce que les mots ne parviennent plus à contenir. Le concert célébrant toute une carrière devient ainsi le lieu où cette existence soigneusement construite risque de se fissurer.

Le titre prend alors tout son sens. Une fausse note paraît minuscule au milieu d’une symphonie, mais elle suffit parfois à rompre l’harmonie. Il en va de même pour le passé : un événement que l’on croyait enterré peut finir par contaminer tout ce qui a été construit après lui.

Caterina Murino apporte une présence essentielle dans cette confrontation très masculine. Elle permet notamment d’élargir les enjeux émotionnels et d’éviter que le film ne repose uniquement sur un duel de performances entre ses deux acteurs principaux.

Alexandre Arcady privilégie une mise en scène resserrée. Les couloirs, loges et salles de l’Opéra créent un contraste intéressant entre la beauté du lieu et la violence de ce qui s’y révèle. Plus la soirée avance, plus cet espace prestigieux ressemble à un piège dont personne ne pourra sortir exactement comme il y est entré.

Le film assume une certaine théâtralité. Les confrontations sont longues, les dialogues portent une grande partie de la tension et certains retournements sont parfois davantage soulignés que nécessaire. Ce dispositif demande donc d’accepter un cinéma où la parole prend progressivement le dessus sur l’action.

Mais lorsque Kad Merad et Benoît Poelvoorde se retrouvent véritablement face à face, cette simplicité devient une force.

Le film ne cherche alors plus à savoir qui gagnera la confrontation. Il interroge plutôt ce que signifie obtenir justice lorsque les faits appartiennent déjà au passé. Une vérité révélée tardivement peut-elle encore réparer quoi que ce soit ? Et celui qui porte une culpabilité depuis des années peut-il réellement continuer à vivre comme si certaines pages avaient disparu ?

Porté par un solide duel entre Kad Merad et Benoît Poelvoorde, Fausse note utilise efficacement l’univers de la musique classique pour construire un thriller psychologique sur la mémoire et la culpabilité. Alexandre Arcady transforme progressivement l’admirateur inquiétant en messager d’un passé que le prestige et les années n’ont jamais véritablement effacé. Malgré une théâtralité parfois appuyée, la confrontation conserve sa tension grâce à l’ambiguïté de ses personnages. Une partition sombre où le véritable danger n’est finalement pas l’homme qui s’introduit dans l’Opéra, mais la vérité qu’il est venu y faire entendre.