Dans la campagne du Nord-Est de la France. Les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l’enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors normes. Mais sa récente rupture amoureuse et la vodka dans laquelle flotte son cerveau n’aident pas. Heureusement, il y a Stéphane, la nouvelle psy de la gendarmerie : elle est là pour mettre un peu d’ordre dans son chaos — à moins que ce ne soit l’inverse ?
L’Espèce explosive prend racine dans une campagne française sous tension pour mieux faire dérailler le polar traditionnel. Sarah Arnold transforme une guerre entre agriculteurs, chasseurs et sangliers en comédie noire où tout semble progressivement échapper au contrôle des hommes. Derrière l’enquête policière et ses animaux gigantesques se dessine surtout le portrait d’un territoire à bout de nerfs.
Dans le Nord-Est de la France, les sangliers ravagent les cultures. Les agriculteurs accusent les chasseurs, les chasseurs possèdent leurs propres certitudes et chacun semble considérer l’autre comme responsable d’un équilibre devenu impossible.
Brun, céréalier étranglé financièrement, tente encore de sauver son exploitation. Mais lorsqu’un notable local le pousse un peu plus loin dans ses retranchements, quelque chose casse.
Brun disparaît.
Un an plus tard arrive Fulda.
Gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, il possède à peu près toutes les qualités que l’on ne recherche pas nécessairement chez un enquêteur. Son intuition fonctionne par éclairs, ses méthodes sont discutables et sa consommation de vodka n’améliore pas exactement sa capacité à respecter les procédures.
Alexis Manenti trouve dans Fulda un personnage idéalement bancal. Loin du policier brillant dont les excentricités cacheraient un génie infaillible, celui-ci peut avoir une intuition remarquable avant de commettre une erreur monumentale quelques minutes plus tard.
Cette faillibilité donne au film une grande partie de son humour.
Fulda enquête dans un environnement qu’il comprend mal, auprès de gens qui ne souhaitent pas nécessairement lui expliquer comment il fonctionne. Il avance donc par approximations, rencontres et fausses pistes jusqu’à entendre parler des « Attilas » : des sangliers dont les proportions semblent appartenir davantage à une légende locale qu’à un rapport de gendarmerie.
C’est ici que L’Espèce explosive commence réellement à révéler son étrangeté.
Sarah Arnold et Olivier Séror jouent avec les codes du polar rural avant de les contaminer par le burlesque, l’absurde et presque le fantastique. Plus Fulda cherche une explication rationnelle, plus la campagne semble produire ses propres mythologies.
Ella Rumpf et Vincent Dedienne participent pleinement à cet univers où chaque personnage semble légèrement décalé. Stéphane, nouvelle psychologue de la gendarmerie, devient notamment un contrepoint particulièrement efficace au chaos de Fulda.
Elle est théoriquement là pour remettre un peu d’ordre.
Le problème est que Fulda n’est pas exactement le genre d’homme que l’on remet facilement dans une case.
Leur relation apporte au film une dimension plus intime derrière l’enquête. La rupture récente du gendarme, son alcoolisation et son comportement erratique dessinent progressivement un homme qui cherche peut-être autant à résoudre sa propre débâcle que la disparition sur laquelle il enquête.
La campagne joue évidemment un rôle essentiel. Sarah Arnold refuse d’en faire un décor pittoresque. Elle filme au contraire un territoire traversé par des conflits économiques très concrets : exploitations fragilisées, cultures détruites, rapports de pouvoir locaux et sentiment d’abandon.
Les sangliers deviennent alors bien davantage qu’une menace animale.
Ils sont le révélateur d’un désordre que personne ne maîtrise plus.
Le titre prend d’ailleurs une savoureuse ambiguïté. Quelle est exactement « l’espèce explosive » dont parle le film ? Les sangliers devenus incontrôlables ? Les agriculteurs poussés à bout ? Les chasseurs ? Ou simplement l’être humain lorsqu’il refuse d’admettre que le territoire qu’il exploite ne lui appartient jamais complètement ?
C’est lorsque le film entretient cette ambiguïté qu’il devient le plus intéressant.
Sarah Arnold ne choisit ni le pur film écologique ni la satire sociale démonstrative. Elle préfère le mélange des genres, quitte à accepter une certaine irrégularité. Certaines ruptures de ton peuvent surprendre et l’enquête se montre volontairement moins rigoureuse que dans un polar classique.
Mais ce déséquilibre appartient aussi au projet.
L’Espèce explosive ressemble finalement beaucoup à Fulda : imprévisible, parfois approximatif, souvent drôle et capable, au détour d’une scène, d’une étonnante lucidité.
Étrange mélange de polar rural, de comédie noire et de fable écologique, L’Espèce explosive possède surtout le mérite de ne ressembler à presque rien d’autre. Alexis Manenti compose un gendarme aussi intuitif que catastrophique, tandis que Sarah Arnold transforme la guerre des sangliers en radiographie d’un monde agricole sous pression. Le récit s’égare parfois autant que son enquêteur, mais son humour, son atmosphère et son goût de l’absurde lui donnent une personnalité réjouissante. Et derrière les fameux Attilas se cache peut-être la question la plus amusante du film : dans cette campagne où tout le monde semble prêt à exploser, les animaux sont-ils vraiment les plus sauvages ?
