Cohen contre l’intelligence: Ou comment survivre à l’I.A. de Joann Sfar

Pierre Cohen, écrivain éminemment parisien, vient de ruiner le grand projet d’intelligence artificielle française. Il n’a pas fait exprès. En fait, c’est sa mère qui a poussé au suicide Baguette, le prototype d’I.A. nationale.

Joann Sfar choisit l’humour et l’absurde pour s’attaquer à l’un des sujets qui bouleversent le plus notre époque : l’intelligence artificielle et la place qu’elle est en train de prendre dans nos vies. Plutôt que de proposer un discours technique ou une démonstration savante, il imagine une comédie satirique où l’incompréhension devient précisément le point de départ de la réflexion.

Pierre Cohen, écrivain parisien qui reconnaît volontiers ne pas comprendre grand-chose à l’IA, se retrouve malgré lui au centre d’une affaire nationale. Sa mère a réussi l’exploit improbable de pousser au suicide Baguette, prototype de l’intelligence artificielle française. Pierre n’a rien demandé, mais le voilà désormais impliqué dans un immense scandale d’État et chargé, d’une certaine manière, de participer à la réparation des dégâts.

Cette situation volontairement extravagante permet à Joann Sfar de poser une question finalement très simple : comment comprendre une technologie dont tout le monde parle lorsque même ceux qui la développent ne semblent pas toujours capables d’en prévoir les conséquences ?

Pierre constitue pour cela un personnage idéal. Peu à l’aise avec la technologie et déjà dépassé par son téléphone, il enquête sur un domaine qui lui échappe presque totalement. Son ignorance devient paradoxalement une force narrative : puisqu’il ne maîtrise pas le sujet, il pose les questions élémentaires que beaucoup peuvent également se poser.

Qu’est-ce réellement qu’une intelligence artificielle ? Peut-elle créer ? Jusqu’où influence-t-elle nos décisions ? Que devient notre rapport à l’écriture, à l’art ou au travail lorsque des machines sont capables de produire des contenus qui ressemblent aux nôtres ? Et surtout, sommes-nous en train de construire des outils que nous comprenons encore suffisamment pour les contrôler ?

De Paris à Tel Aviv au printemps 2023, l’enquête devient alors autant technologique que philosophique. Sfar utilise l’IA comme un révélateur de nos propres contradictions. Derrière la peur de voir la machine devenir intelligente apparaît une interrogation plus dérangeante encore : qu’appelons-nous exactement « intelligence » lorsqu’il s’agit des êtres humains ?

L’auteur profite également de cette histoire pour observer avec son ironie habituelle plusieurs mondes qu’il connaît bien : les intellectuels médiatiques, les cafés parisiens, les ambitions politiques et industrielles, les relations familiales ou encore les milieux de la création. L’intelligence artificielle devient ainsi le prétexte à une satire beaucoup plus large de notre époque.

La relation entre Pierre et sa mère participe pleinement à cette mécanique comique. Au milieu des considérations métaphysiques et des enjeux nationaux, les rapports familiaux ramènent constamment l’histoire vers quelque chose de profondément humain, avec tout ce que cela implique de mauvaise foi, d’affection et de situations impossibles.

L’une des réussites de l’ouvrage tient justement à ce décalage permanent entre l’immensité des questions posées et la manière volontairement chaotique dont elles sont abordées. Sfar ne prétend pas apporter une réponse définitive à la révolution de l’IA. Il préfère multiplier les interrogations, les contradictions et les situations absurdes.

Cohen contre l’intelligence parle finalement moins d’une guerre entre l’homme et la machine que de notre difficulté à comprendre le monde que nous sommes nous-mêmes en train de fabriquer. Et derrière la plaisanterie se dessine une réflexion très actuelle sur la création, la responsabilité, la technologie et notre fascination pour des outils dont nous découvrons encore les possibilités.

Une comédie satirique drôle, foisonnante et volontairement irrévérencieuse, dans laquelle Joann Sfar transforme l’intelligence artificielle en formidable terrain d’observation de nos angoisses et de nos contradictions. Plutôt que de prétendre expliquer l’IA, il choisit de rire de notre incapacité collective à savoir exactement ce que nous sommes en train d’en faire – et c’est précisément ce qui rend l’ensemble aussi stimulant

Éditeur ‏ : ‎ SEUIL Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 184 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2021560198 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2021560190

Mamie Gruffalo de Julia Donaldson et Axel Scheffler

La nouvelle aventure du célèbre héros créé par Julia Donaldson et Axel Scheffler !
Un jour, le Gruffalo annonça à sa fille : – Ta grand-mère vient chez nous, elle veut voir sa famille. Mais Mamie Gruffalo a un gros appétit, et son plat préféré est le ragoût de souris…

Julia Donaldson et Axel Scheffler retrouvent l’univers désormais incontournable du Gruffalo pour une nouvelle aventure familiale pleine de malice. Cette fois, une nouvelle venue fait son apparition : Mamie Gruffalo, qui vient rendre visite à son fils et à sa petite-fille. Une réunion de famille qui pourrait sembler parfaitement tranquille… si la grand-mère n’avait pas un appétit particulièrement inquiétant.

Car Mamie Gruffalo adore manger. Et son plat préféré n’est autre que le ragoût de souris. Une information qui suffit immédiatement à faire planer une délicieuse menace sur cette nouvelle histoire et, bien sûr, à rappeler que dans la forêt du Gruffalo, les plus petits ne sont jamais nécessairement les plus vulnérables.

Julia Donaldson retrouve les ingrédients qui ont fait le succès de cet univers : une situation très simple, un danger facilement identifiable par les jeunes lecteurs et surtout beaucoup d’humour. L’arrivée de cette grand-mère gourmande permet de renouveler la mécanique sans perdre ce qui fait le charme des précédentes aventures.

La peur reste présente, mais elle est constamment désamorcée par le jeu et la malice. Chez le Gruffalo, la force physique ne suffit jamais : l’intelligence et la capacité à raconter de bonnes histoires peuvent être des armes beaucoup plus efficaces. C’est précisément cette inversion des rapports de force qui continue de rendre cet univers aussi réjouissant.

La dimension familiale apporte également une nouvelle dynamique. Après avoir découvert le Gruffalo puis sa fille, les enfants rencontrent désormais une génération supplémentaire. La famille s’agrandit, mais les habitudes restent les mêmes : chacun possède son caractère, ses envies et, manifestement, un solide appétit.

Les illustrations d’Axel Scheffler participent évidemment au plaisir de la lecture. Son trait immédiatement reconnaissable retrouve la forêt, ses habitants et leurs expressions savoureuses. Mamie Gruffalo s’intègre naturellement à cette galerie de personnages, avec tout ce qu’il faut de tendresse et de menace pour intriguer sans véritablement effrayer.

L’album fonctionne ainsi aussi bien comme une nouvelle porte d’entrée dans cet univers que comme des retrouvailles pour les enfants qui connaissent déjà le célèbre monstre. Les adultes y retrouveront également ce double niveau de lecture fait de répétitions, de situations comiques et de petits retournements qui rendent la lecture à voix haute particulièrement agréable.

Une nouvelle aventure drôle et malicieuse qui prolonge avec bonheur l’univers du Gruffalo. Avec Mamie Gruffalo et son inquiétant goût pour le ragoût de souris, Julia Donaldson et Axel Scheffler prouvent une nouvelle fois que dans cette forêt, un gros appétit ne fait pas forcément le poids face à une petite souris suffisamment rusée.

Éditeur ‏ : ‎ GALLIMARD JEUNE Date de publication ‏ : ‎ 17 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2075234574 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2075234573

Echos stellaires de David Bry

Un space opera addictif où la quête de liberté, l’aventure et le deuil se mêlent aux étoiles.

David Bry nous entraîne aux confins de l’espace avec un roman qui associe aventure, rébellion et réflexion sur le deuil, tout en développant une idée de science-fiction particulièrement séduisante : des particules temporelles capables de conserver des fragments de souvenirs.

Sur Chronon Galactics, planète isolée et hostile, la liberté n’est plus qu’un rêve. Son propriétaire y exerce un pouvoir despotique tout en exploitant une ressource extrêmement précieuse : les chronons. Ces particules du temps sont devenues indispensables aux voyages spatiaux et font donc de cette planète apparemment désolée un territoire stratégique.

C’est dans cet univers que l’on rencontre Noam Kerval. Pilote exceptionnel, il porte pourtant une blessure qu’aucune prouesse technique ne peut effacer : la disparition de celle qu’il aimait. Brisé par cette perte, il a rejoint la Rébellion et s’apprête désormais, avec ses compagnons, à participer à une bataille susceptible de changer définitivement le destin de Chronon Galactics.

David Bry construit son récit autour de cette promesse d’affrontement, mais l’intérêt d’Échos stellaires dépasse rapidement la simple lutte entre oppresseurs et résistants. Dans cet univers, les intelligences artificielles sont capables de calculer les probabilités avec une précision telle que l’avenir semble presque prévisible. Si les chiffres annoncent l’échec, pourquoi continuer à se battre ?

C’est ici que les chronons prennent toute leur importance. Ces mystérieuses particules semblent perturber les prédictions et introduire quelque chose que les calculs ne parviennent pas totalement à maîtriser. Plus fascinant encore, elles paraissent porter des souvenirs, comme si le temps lui-même conservait la trace de ce qui a été vécu.

Cette idée donne une dimension plus intime au space opera. Pour Noam, confronté au deuil, la possibilité que le passé puisse laisser une empreinte concrète ne peut évidemment être anodine. La quête de liberté collective rejoint alors une autre lutte, beaucoup plus personnelle : apprendre à continuer lorsque celui ou celle que l’on aimait n’est plus là.

Le roman joue ainsi sur une opposition intéressante entre déterminisme et imprévisible. D’un côté, les IA transforment l’avenir en probabilités ; de l’autre, les chronons introduisent l’incertitude, la mémoire et peut-être même une forme d’espoir. L’être humain peut-il encore choisir son destin lorsque les machines prétendent déjà connaître l’issue de ses décisions ?

L’univers imaginé par David Bry offre ainsi tous les ingrédients du space opera – pilotes, voyages interstellaires, planète exploitée, résistance et bataille décisive – tout en leur apportant une dimension émotionnelle forte. Les enjeux spectaculaires restent constamment liés aux blessures et aux choix des personnages.

Noam Kerval incarne particulièrement bien cette rencontre entre l’intime et le cosmique. Il doit piloter, combattre et participer à une rébellion, mais son véritable voyage consiste aussi à déterminer ce qu’il peut faire de ses souvenirs et de son absence. Les étoiles deviennent alors le décor d’une histoire où avancer ne signifie pas nécessairement oublier.

Un space opera prenant qui trouve son identité dans la rencontre entre aventure spatiale et mémoire. David Bry imagine un univers où le temps possède ses propres particules, où les souvenirs peuvent perturber les certitudes mathématiques et où une infime part d’imprévisible suffit peut-être à rendre la liberté possible. Une aventure aussi spectaculaire qu’émouvante, portée par une belle question : que reste-t-il de ceux que nous avons perdus lorsque même le temps semble conserver leur écho ?

Éditeur ‏ : ‎ Pocket Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 656 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2266362895 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2266362894

Blue Orange – Trail Again – Jeu de Société – 2 Joueurs – Cartes – Idéal Entre Amis ou en Famille – Course – Fabriqué en France – A Partir de 8 Ans

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Trail Again de Blue Orange est un jeu de cartes qui réussit à retranscrire de manière simple et amusante l’esprit d’une course de trail. Le principe est rapidement compris : il faut gérer au mieux ses cartes de course, prévoir ses ravitaillements et surtout essayer de limiter les incidents qui peuvent complètement modifier la partie.

J’ai apprécié le fait que les parties soient courtes, autour de 15 minutes, tout en demandant de véritables choix. On ne se contente pas de poser ses cartes au hasard : il faut observer la situation, anticiper et décider du bon moment pour utiliser ses ressources. Cela rend les confrontations à deux assez dynamiques et donne facilement envie d’enchaîner une revanche.

Le jeu est accessible dès 8 ans et fonctionne aussi bien entre un adulte et un enfant qu’entre deux adultes. Les règles restent suffisamment simples pour commencer rapidement, mais il y a assez de stratégie pour éviter que les parties deviennent répétitives.

Autre très bon point : Trail Again est fabriqué en France, près de Nancy, avec une volonté de privilégier des matériaux sourcés localement. C’est suffisamment rare dans l’univers du jeu de société pour être souligné.

Un petit jeu malin, facile à sortir et qui ne demande pas une heure devant soi. J’aime particulièrement son format rapide et son mélange de prise de risque, de gestion et de stratégie

Villain to Kill – Tome 7 de Eunji

Pour rétablir la justice, il doit devenir le plus puissant des vilains.

Eunji poursuit l’affrontement entre psykers et vilains avec un septième tome qui accélère nettement le rythme. La tension accumulée autour de Gadam est désormais prête à exploser, alors que les psykers se rassemblent pour lancer une offensive contre la Vilzone. Mais privés de certains de leurs combattants les plus puissants, ils découvrent rapidement que pénétrer sur le territoire de leurs adversaires est loin d’être une mission ordinaire.

Cette attaque permet au récit de remettre au premier plan ce qui fait toute la particularité de Villain to Kill : la frontière entre héros et vilains reste beaucoup moins évidente que leurs appellations pourraient le laisser croire. Les psykers sont supposés défendre la justice tandis que les vilains représentent la menace, mais les motivations individuelles, les rivalités et les jeux de pouvoir viennent constamment brouiller cette opposition.

Du côté de la Vilzone de Sinhwa, la situation n’est guère plus stable. Les tensions internes augmentent et le retour de Barakuda aux côtés de Serpent Bleu modifie immédiatement les rapports de force. Chaque personnage possède ses propres ambitions et la moindre alliance peut devenir déterminante lorsque la confrontation générale paraît inévitable.

L’arrivée de Mujin constitue l’autre événement majeur de ce volume. Désormais seigneuresse de Winterbell, elle revient avec un nouveau statut et une influence capable de bouleverser les stratégies déjà en place. Son apparition rappelle que l’univers de la série continue de s’étendre et que la puissance ne repose jamais uniquement sur les capacités de combat : contrôler un territoire, obtenir des alliés et savoir quand intervenir peut s’avérer tout aussi décisif.

Ce septième tome joue donc beaucoup sur les alliances mouvantes et les retournements de situation. L’affrontement annoncé ne dépend pas seulement de savoir qui possède le pouvoir le plus impressionnant. Chacun doit anticiper les intentions des autres et déterminer jusqu’où il est prêt à aller pour défendre son camp.

Au milieu de ces conflits demeure la question centrale de la série : peut-on réellement rétablir la justice en devenant soi-même le plus puissant des vilains ? Cette contradiction continue de donner une identité particulière au récit. Plus les enjeux deviennent importants, plus les notions de justice et de vengeance semblent difficiles à séparer.

Les scènes d’action profitent naturellement de cette montée en puissance. Les capacités spectaculaires des personnages et la diversité des combattants permettent de maintenir une véritable sensation de danger, notamment lorsque les psykers doivent affronter leurs adversaires sans pouvoir compter sur toutes leurs forces habituelles.

Mais ce sont surtout les changements d’équilibre qui donnent son intérêt au volume. Personne ne semble suffisamment puissant pour contrôler seul les événements, et l’arrivée d’un personnage ou le retour d’un ancien adversaire peut suffire à remettre en cause toute une stratégie.

Avec ce tome 7, Villain to Kill entre ainsi dans une phase particulièrement mouvementée. Entre l’offensive des psykers, les tensions de Sinhwa, le retour de Barakuda et l’arrivée de Mujin à la tête de Winterbell, Eunji prépare une confrontation où chaque alliance pourrait être aussi dangereuse qu’un ennemi.

Un volume énergique et riche en rebondissements qui fait monter la pression autour de Gadam. Les camps se reforment, les puissances s’affrontent et la distinction entre héros et vilains continue de se brouiller, confirmant que dans cet univers, la justice dépend souvent de celui qui possède suffisamment de force pour l’imposer.

Éditeur ‏ : ‎ Kotoon Date de publication ‏ : ‎ 20 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 272 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2488290203 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2488290203

Philia Rosé : La prophétie de la couronne d’épines – Tome 4 de RYUTA FUSE (Auteur), Youngji Kim (Auteur), BHD (Auteur)

Découvrez l’histoire d’une jeune prêtresse qui ne recule devant rien pour défier le destin et les liens de la couronne.Ryuta Fuse, Youngji Kim et BHD poursuivent l’histoire de Philia avec un quatrième tome qui délaisse momentanément les grandes confrontations pour se concentrer davantage sur les blessures de l’héroïne et l’évolution de ses sentiments. La menace reste pourtant bien présente : Philia et Léo doivent d’abord parvenir à échapper à Ekina en profitant des ombres entourant les remparts du château.

Cette fuite entretient efficacement la tension, mais elle permet surtout aux deux personnages de se retrouver dans une proximité nouvelle. Jusqu’ici déterminée à avancer malgré les épreuves, Philia accepte enfin de laisser tomber une partie de ses défenses. Face au prince, elle revient sur son enfance et sur les événements tragiques liés à sa sœur.

Cette confession donne une autre dimension au personnage. Derrière la jeune prêtresse capable de défier le destin se cache une jeune femme profondément marquée par son passé. Certaines de ses décisions, de ses peurs et de ses réactions prennent alors un sens différent. En révélant ses blessures à Léo, elle ne transmet pas seulement des informations : elle accepte de lui accorder une confiance qu’elle offre difficilement.

Leur relation évolue naturellement à partir de cette intimité. Léo devient davantage qu’un compagnon de fuite ou un allié. Il est désormais celui devant lequel Philia peut dévoiler une part d’elle-même qu’elle a longtemps gardée enfouie. Mais ce rapprochement provoque immédiatement de nouvelles interrogations.

Car Didi occupe toujours une place importante dans le cœur de Philia. Entre Léo et Didi, ses sentiments deviennent beaucoup moins simples qu’elle ne l’aurait souhaité. Le récit ne transforme pas pour autant cette hésitation en simple triangle amoureux : elle accompagne surtout une héroïne qui apprend à comprendre ses propres émotions alors que son existence reste dominée par les dangers, les responsabilités et la prophétie.

Ce quatrième tome trouve ainsi un bon équilibre entre tension et introspection. La fuite rappelle constamment que les personnages restent menacés, tandis que les révélations sur l’enfance de Philia apportent une profondeur supplémentaire à son parcours.

La couronne d’épines demeure également une présence symbolique forte. Elle représente ce destin auquel Philia semble attachée malgré elle, alors que toute son évolution repose précisément sur sa volonté de choisir sa propre voie. Plus elle découvre la vérité sur son passé et sur ses sentiments, plus cette opposition entre destin imposé et liberté personnelle devient centrale.

Visuellement, la série continue de mettre en valeur les émotions des personnages autant que son univers de fantasy. Les regards, les silences et les moments de proximité accompagnent particulièrement bien ce volume plus intime, sans faire disparaître l’atmosphère de danger qui entoure Philia.

Ce tome 4 constitue donc une étape importante dans son évolution. La jeune prêtresse ne doit plus uniquement affronter ceux qui cherchent à contrôler son avenir : elle doit également accepter de regarder son passé et comprendre ce qu’elle désire réellement.

Un volume plus intime et émotionnel, qui approfondit efficacement Philia tout en faisant évoluer ses relations avec Léo et Didi. Entre fuite, confidences, blessures anciennes et sentiments naissants, la jeune prêtresse poursuit son combat le plus difficile : refuser que son passé ou une prophétie décident à sa place de la personne qu’elle doit devenir.

Éditeur ‏ : ‎ Kotoon Date de publication ‏ : ‎ 17 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 288 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2488290068 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2488290067

La Nouvelle Cheffe de clan – Tome 8 de Roah Kim (Auteur), Mon (Auteur), Antstudio (Auteur)

Une jeune femme décide de changer son destin et devient cheffe de famille.

Roah Kim, Mon et Antstudio poursuivent l’ascension de Firentia au sein de la famille Lombardie avec un huitième tome qui place la trahison familiale et la vengeance au cœur de l’intrigue. Une nouvelle fois, l’héroïne démontre qu’elle n’a aucune intention de rester spectatrice lorsque ceux qu’elle aime sont menacés.

Cette fois, le danger vient directement de son oncle Bastien. Firentia découvre progressivement sa véritable nature : derrière les apparences se cache un homme infidèle et intéressé, qui envisage désormais de s’enfuir avec une autre femme. Pour Firentia, cette révélation est d’autant plus difficile à accepter que sa tante risque d’être la première victime de ses agissements.

La jeune femme prend alors une décision très claire : elle protégera sa tante et fera payer Bastien pour sa trahison. Le conflit devient personnel, mais il s’inscrit parfaitement dans l’évolution du personnage. Depuis le début de la série, Firentia cherche à reprendre le contrôle de son existence et à empêcher que les erreurs ou les ambitions des autres ne déterminent l’avenir de ceux auxquels elle tient.

Ce huitième volume rappelle ainsi que le pouvoir ne se limite pas aux titres ou à la richesse. Il réside aussi dans la capacité à comprendre les rapports de force, anticiper les mouvements de ses adversaires et utiliser intelligemment les informations dont on dispose. Firentia excelle précisément dans cet exercice.

L’intérêt vient également du fait que l’adversaire appartient à sa propre famille. Chez les Lombardie, les liens du sang ne garantissent ni la loyauté ni la bienveillance. Les intérêts personnels, les ambitions et les secrets peuvent rapidement transformer un proche en adversaire. Cette dimension familiale nourrit depuis plusieurs tomes les jeux de pouvoir de la série et prend ici une tournure beaucoup plus intime.

Firentia continue surtout d’affirmer son caractère. Sa volonté de devenir maîtresse de son destin ne consiste plus uniquement à assurer son propre avenir : elle utilise désormais sa détermination et son intelligence pour défendre ceux qui risquent d’être écrasés par les décisions des autres. Sa relation avec sa tante permet ainsi de montrer une facette plus protectrice du personnage sans diminuer son redoutable sens de la stratégie.

Le récit conserve parallèlement ce mélange efficace de drame familial, de romance et de luttes d’influence qui fait le charme de la série. Chaque crise devient une nouvelle étape dans l’apprentissage de Firentia et dans sa progression vers la place qu’elle souhaite occuper au sein du clan.

Ce tome 8 transforme donc une affaire de famille en véritable bataille stratégique. La vengeance annoncée contre Bastien promet autant de confrontations que de manœuvres, tandis que Firentia confirme qu’elle n’est plus simplement une jeune femme cherchant à modifier son destin : elle devient progressivement celle qui peut aussi changer celui des autres.

Un volume prenant, porté par une héroïne toujours aussi déterminée et par des tensions familiales de plus en plus fortes. Entre trahison, protection et désir de justice, Firentia continue de s’imposer comme la véritable force motrice de la famille Lombardie.

Éditeur ‏ : ‎ Kotoon Date de publication ‏ : ‎ 17 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 240 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2494102960 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2494102965

Whale Star – tome 2 de Yoonhee Na

Dans une Corée occupée, Sua doit naviguer à contre-courant pour trouver sa voix.

Yoonhee Na poursuit son récit historique en renforçant encore le parallèle avec La Petite Sirène, dont elle transpose les motifs dans une Corée sous occupation japonaise. Après les événements du premier tome, Sua a survécu au poison administré par Haesu, mais le prix à payer est immense : elle a perdu sa voix, son principal moyen de communiquer avec ceux qui l’entourent.

Cette disparition de la parole dépasse rapidement le simple ressort dramatique. Sua se retrouve littéralement privée de voix dans une société où elle avait déjà peu de pouvoir sur sa propre existence. Comme l’héroïne du conte dont s’inspire la série, elle doit apprendre à avancer dans un monde où les autres parlent à sa place, interprètent ses intentions ou décident pour elle. Trouver sa voix devient alors autant une nécessité personnelle qu’une quête d’émancipation.

Mais Sua n’est plus seulement portée par le désir de survivre. La vengeance la conduit jusqu’à Whale Star, une maison de thé qui sert de repaire aux indépendantistes de Séoul. Ce changement de décor permet au récit de prendre une dimension plus politique : le destin individuel de la jeune femme rencontre désormais celui d’hommes et de femmes engagés dans une lutte qui les dépasse.

C’est également là qu’elle retrouve Uihyeon. En découvrant ce que Sua a traversé, le jeune homme décide de la protéger et cherche à comprendre l’enchaînement des événements qui l’a conduite jusqu’à lui. Cette recherche l’oblige cependant à se tourner vers sa propre famille et à rouvrir une partie de son passé qu’il aurait peut-être préféré laisser derrière lui.

Les trajectoires de Sua et d’Uihyeon se répondent alors avec beaucoup de finesse. Elle tente d’avancer malgré ce qu’on lui a retiré ; lui doit affronter ce qu’il pensait avoir enfoui. Leur rapprochement se construit dans un contexte où les sentiments personnels ne peuvent jamais être totalement séparés des choix politiques, des origines familiales et des dangers de l’occupation.

Yoonhee Na développe ainsi progressivement l’univers esquissé dans le premier volume. La maison de thé devient un lieu particulièrement important, à la fois refuge et espace de résistance, mais également endroit où les secrets et les convictions peuvent mettre chacun en danger. L’engagement des indépendantistes cesse d’être un simple arrière-plan pour entrer directement dans la vie de Sua.

La réinterprétation de La Petite Sirène reste l’une des grandes forces de la série. Plutôt que de reproduire le conte, l’autrice en reprend certains symboles – la voix perdue, le sacrifice, le désir d’atteindre un autre monde – pour leur donner une résonance nouvelle. Sua ne cherche pas seulement à rejoindre quelqu’un : elle cherche progressivement la place qu’elle souhaite occuper dans sa propre histoire.

Ce deuxième tome gagne ainsi en profondeur en mêlant davantage les destins individuels au contexte historique. Romance, drame, secrets familiaux et résistance se rejoignent sans faire disparaître l’émotion intime qui demeure au cœur du récit.

Whale Star confirme avec ce deuxième volume la singularité de son univers. Yoonhee Na transforme la voix perdue de Sua en un puissant symbole de résistance et d’émancipation, tout en faisant progressivement entrer son héroïne dans une histoire beaucoup plus vaste qu’elle. Un tome plus sombre et intense, où trouver sa voix signifie aussi apprendre à choisir son propre chemin.

Éditeur ‏ : ‎ Kotoon Date de publication ‏ : ‎ 20 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 296 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2488290157 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2488290159

Just Friends – tome 1 de Eunhi

Amis ou sexfriends ? À toi de choisir !

Eunhi s’empare d’un ressort incontournable de la romance, l’amitié qui bascule progressivement vers quelque chose de plus trouble, pour construire une histoire légère, tendre et pleine d’hésitations. Haneul et Mincheol se connaissent depuis l’enfance. Leur complicité paraît solide, leurs habitudes bien installées et, en apparence, chacun connaît parfaitement la place qu’il occupe dans la vie de l’autre.

Pourtant, leurs expériences sentimentales sont radicalement différentes. Haneul est encore inexpérimentée en amour tandis que Mincheol traîne derrière lui une réputation de coureur de jupons. Un contraste qui nourrit naturellement leur dynamique : ils peuvent parler de beaucoup de choses, se provoquer et se confier, mais l’amour semble être précisément le territoire qu’ils n’ont jamais envisagé d’explorer ensemble.

Tout change à l’occasion d’une soirée arrosée. La frontière qu’ils pensaient parfaitement établie entre amitié et attirance devient soudain beaucoup moins évidente. Un rapprochement suffit pour introduire le doute et transformer des gestes autrefois anodins en signes que chacun commence désormais à interpréter différemment.

C’est dans cet entre-deux que ce premier tome trouve son principal intérêt. Eunhi ne raconte pas simplement la naissance d’une romance : elle s’intéresse au moment particulièrement inconfortable où deux amis réalisent que leur relation pourrait ne plus être celle qu’ils imaginaient. Peut-on reconnaître ses sentiments sans risquer de perdre une amitié construite pendant des années ?

Haneul apporte beaucoup de douceur à cette dynamique. Son manque d’expérience sentimentale rend ses interrogations crédibles, tandis que Mincheol apparaît progressivement au-delà de l’image du séducteur qui lui colle à la peau. Leur passé commun donne surtout davantage de poids à chaque hésitation : ils ne sont pas deux inconnus qui découvrent leur attirance, mais deux personnes qui ont déjà beaucoup à perdre.

Le manga joue ainsi avec les regards, les maladresses, les non-dits et cette nouvelle conscience de l’autre qui apparaît lorsque l’amitié cesse d’être totalement innocente. Une proximité auparavant naturelle peut soudain devenir embarrassante, tandis qu’une simple attention prend une signification inattendue.

Ce premier tome installe donc efficacement les bases d’une romance fondée autant sur la complicité que sur la peur de bouleverser un équilibre précieux. Derrière son point de départ familier, Just Friends pose une question universelle : à quel moment cesse-t-on d’être “juste amis” ?

Une romance attachante qui mise sur la complicité de ses personnages et sur toutes les incertitudes provoquées par le passage de l’amitié au désir. Eunhi installe un duo que l’on prend rapidement plaisir à suivre et laisse suffisamment de sentiments inexprimés pour donner envie de découvrir comment Haneul et Mincheol vont désormais gérer cette relation devenue beaucoup plus compliquée

Éditeur ‏ : ‎ Kotoon Date de publication ‏ : ‎ 17 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2488290173 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2488290173

Monstre – Saison 4 : que signifie la fin de l’histoire de Lizzie Borden ?

Avec Monstre : L’histoire de Lizzie Borden, l’anthologie de Ryan Murphy et Ian Brennan consacre sa quatrième saison à l’une des affaires criminelles les plus célèbres des États-Unis. Le dernier épisode tranche sur la culpabilité de Lizzie, tout en prolongeant son histoire jusqu’à Aileen Wuornos. Une conclusion où se mélangent crime, culpabilité, liberté et rédemption.

⚠️ Attention, spoilers sur la fin de la saison 4 de Monstre.

Après avoir consacré ses précédentes histoires à des figures criminelles masculines, Monstre place cette fois Lizzie Borden au centre de son récit. Accusée en 1892 du meurtre de son père Andrew et de sa belle-mère Abby dans leur maison de Fall River, dans le Massachusetts, la jeune femme est devenue une figure incontournable de l’imaginaire criminel américain.

La série ne se contente cependant pas de reconstituer son procès. Elle imagine les zones laissées dans l’ombre par l’affaire et développe notamment la relation entre Lizzie et Bridget « Maggie » Sullivan, la domestique de la famille.

Le final choisit surtout de répondre à une question que l’Histoire n’a jamais définitivement résolue.

Lizzie Borden a-t-elle tué ses parents ?

Dans la version proposée par la série, Lizzie est bien responsable des meurtres avec la complicité de Maggie.

Lizzie assassine Abby à coups de hache. Maggie intervient quant à elle lors de l’attaque contre Andrew Borden.

Les deux femmes comprennent immédiatement qu’elles doivent faire disparaître tout ce qui pourrait les relier aux crimes. Les vêtements tachés de sang sont notamment brûlés et un récit susceptible de détourner les soupçons est progressivement mis en place.

Monstre abandonne donc volontairement l’ambiguïté historique sur ce point : sa Lizzie Borden est coupable.

Mais savoir qui a tué n’est finalement qu’une partie de ce qui intéresse la série. Le véritable enjeu du dernier épisode consiste à montrer ce qui arrive lorsqu’une personne échappe à une condamnation judiciaire sans jamais parvenir à échapper au regard de la société.

Pourquoi Lizzie est-elle acquittée ?

Lors de son procès en 1893, les soupçons sont considérables mais les éléments permettant d’obtenir une condamnation demeurent insuffisants.

Les preuves contre Lizzie sont principalement circonstancielles. L’accusation ne parvient pas à établir suffisamment solidement sa culpabilité et le témoignage d’Emma en faveur de sa sœur contribue à renforcer sa défense.

Le verdict tombe : Lizzie Borden est acquittée.

La série rejoint ici l’issue historique de l’affaire. Dans la réalité, Lizzie Borden a effectivement été déclarée non coupable le 20 juin 1893.

Juridiquement, elle est donc libre. Socialement, son procès ne s’arrêtera pourtant jamais vraiment.

Que deviennent Lizzie et Emma après le procès ?

Après l’acquittement, Lizzie et Emma héritent de la fortune familiale et s’installent dans une nouvelle demeure, Maplecroft.

Lizzie adopte également le prénom de Lizbeth, comme si cette nouvelle identité pouvait lui permettre de laisser derrière elle la jeune femme associée aux meurtres.

Mais Fall River n’oublie rien.

La célèbre comptine consacrée aux meurtres continue d’être chantée, des publications exploitent l’affaire et une partie de la population reste convaincue de sa culpabilité.

La richesse et l’acquittement ne suffisent donc pas à lui offrir une véritable réhabilitation.

Pourquoi Emma abandonne-t-elle Lizzie ?

La relation entre les deux sœurs finit également par se briser.

Emma a soutenu Lizzie au moment où son témoignage pouvait contribuer à déterminer son avenir. Mais le doute, puis la conviction que sa sœur lui cache la vérité, deviennent impossibles à supporter.

Elle décide finalement de partir.

Son dernier souhait adressé à Lizzie est particulièrement cruel : elle espère qu’au moment de mourir, sa sœur finira par reconnaître ce qu’elle a fait.

Cette rupture est essentielle dans le parcours du personnage. Lizzie a échappé à la prison, mais cette liberté possède un prix : elle perd progressivement ceux qui lui étaient les plus proches.

Maggie revient-elle auprès de Lizzie ?

Maggie tente elle aussi de construire une autre existence.

Partie dans le Montana, elle se marie, mais sa nouvelle vie ne lui permet pas réellement d’échapper à son passé ni à la violence qui l’habite. Lorsqu’elle manque à son tour d’attaquer son mari avec une hache, la série crée volontairement un écho direct avec les meurtres des Borden.

Elle revient finalement auprès de Lizzie.

Les deux femmes reconstruisent alors une relation fondée autant sur leurs sentiments que sur le secret qui les unit. Elles s’investissent également dans le mouvement en faveur du droit de vote des femmes et accueillent des réunions militantes.

La série transforme ainsi leur maison en espace de liberté féminine, en contraste avec le foyer Borden du début de saison, présenté comme un lieu d’enfermement et de domination.

Lizzie avoue-t-elle finalement les meurtres ?

Oui, mais pas devant la justice.

Dans l’une des scènes importantes du final, Lizzie se tourne vers Dieu. Elle reconnaît ses actes et demande à être pardonnée.

Cette confession ne modifie donc pas son statut judiciaire et ne répare pas les conséquences de ses crimes. Elle fonctionne plutôt comme l’aboutissement du conflit intérieur construit autour du personnage.

Après avoir obtenu la liberté devant les hommes, Lizzie cherche une autre forme d’absolution.

La question du pardon devient alors centrale dans les dernières minutes.

Pourquoi Aileen Wuornos apparaît-elle dans l’histoire ?

La présence d’Aileen Wuornos permet à Monstre de dépasser la seule reconstitution de l’affaire Borden.

Des décennies plus tard, Aileen se passionne pour Lizzie et visite notamment l’ancienne maison de la famille Borden. La série établit ainsi un parallèle entre deux femmes devenues, à des époques différentes, des figures criminelles aussi célèbres que controversées.

Ce rapprochement ne signifie pas que leurs histoires ou leurs crimes sont identiques. Il permet surtout à la série de poursuivre sa réflexion sur la manière dont certaines femmes violentes deviennent des figures de fascination collective.

C’est précisément ce fil qui conduit à la dernière scène.

Que signifie la dernière scène avec Aileen Wuornos ?

Dans le final, Aileen est exécutée par injection létale.

Alors que son corps est en train de mourir, elle ouvre les yeux et aperçoit Lizzie et Maggie.

Toutes deux semblent être venues la chercher. Elles lui proposent de les suivre vers un autre endroit, présenté comme un espace où les fautes peuvent être comprises et pardonnées.

Aileen les rejoint.

Mais la mise en scène revient ensuite à la réalité physique de son exécution. Les médecins débranchent le matériel et le son continu de l’électrocardiogramme confirme sa mort.

La séquence peut ainsi être comprise comme une vision d’Aileen au moment de mourir plutôt que comme l’affirmation littérale de l’existence d’un au-delà.

Pourquoi relier Lizzie Borden et Aileen Wuornos ?

Ce choix permet surtout à la saison de revenir à l’une des interrogations fondamentales de Monstre : comment une personne en vient-elle à commettre l’irréparable ?

La série rapproche des femmes confrontées à des formes différentes de violence, de domination et de marginalisation. Mais elle ne fait pas disparaître pour autant la responsabilité de leurs propres actes.

C’est toute l’ambiguïté du final.

Comprendre les mécanismes ayant conduit à la violence ne signifie pas nécessairement excuser cette violence.

Lizzie bénéficie d’une seconde vie après son acquittement et finit par chercher le pardon. Aileen, elle, arrive au terme de son parcours dans une chambre d’exécution. La rencontre imaginaire entre les deux personnages efface momentanément les décennies qui les séparent pour les réunir autour d’une même question : peut-on encore espérer être compris après avoir commis l’impardonnable ?

Une fin entre culpabilité et rédemption

La conclusion de Monstre : L’histoire de Lizzie Borden ne repose donc pas réellement sur la révélation de l’identité du meurtrier. La série donne très clairement sa réponse en montrant Lizzie et Maggie participer aux crimes.

Le véritable mystère est ailleurs.

Lizzie obtient l’acquittement mais pas l’oubli. Elle gagne sa liberté mais perd sa sœur. Elle reconstruit une existence avec Maggie tout en restant prisonnière du secret qui les unit. Et lorsqu’elle finit par reconnaître sa culpabilité, ce n’est plus à la justice qu’elle s’adresse, mais à Dieu.

La dernière apparition d’Aileen Wuornos prolonge cette idée jusque dans la mort.

La saison s’achève ainsi moins sur la question de savoir si Lizzie Borden était un « monstre » que sur celle qui traverse toute l’anthologie : qu’est-ce qui fabrique ceux que la société finit par désigner ainsi, et comprendre leur histoire permet-il réellement de leur pardonner ?