Maestro: Conte musical de Thibault Prugne (Auteur), Jean-Pierre Jolicard (Compositeur), François Morel (Lecteur)

Téo vit avec son père adoptif dans le village de Streinkel, où tous les habitants sont pêcheurs. Mais le garçon, lui, est passionné de musique. Il en entend partout, tout le temps : dans le clapotis des vagues, le souffle du vent… À l’abri des regards, il joue du charango, un petit instrument hérité de ses parents. Lorsqu’il fait la connaissance d’une famille de musiciens qui parcourt le pays, Téo va enfin réaliser son rêve.
Une histoire poétique écrite et illustrée par Thibault Prugne, racontée par François Morel sur les musiques aux sonorités gitanes de Jean-Pierre Jolicard.

Thibault Prugne imagine une histoire où la musique devient à la fois un héritage, un langage et une promesse de liberté. Téo vit avec son père adoptif à Streinkel, un village où la mer rythme le quotidien et où tous les habitants semblent destinés à devenir pêcheurs. Mais le garçon, lui, rêve d’un autre horizon.

Téo entend de la musique partout. Le clapotis des vagues, le souffle du vent ou les bruits qui l’entourent composent déjà pour lui une immense partition. À l’abri des regards, il joue du charango, petit instrument hérité de ses parents et précieux lien avec ses origines. La musique n’est donc pas seulement une passion : elle appartient profondément à son histoire.

Dans un village où chacun semble suivre le chemin tracé par les générations précédentes, cette vocation fait de Téo un enfant à part. Sa rencontre avec une famille de musiciens itinérants va alors bouleverser son existence. Pour la première fois, il découvre des adultes qui vivent de ce qui le passionne et entrevoit la possibilité d’un avenir qu’il n’osait jusque-là qu’imaginer.

Maestro raconte ainsi avec beaucoup de sensibilité le moment où un enfant comprend que ses rêves peuvent devenir autre chose que des rêves. Le récit parle de vocation, mais également de transmission et du courage nécessaire pour suivre une voie différente de celle que son environnement semblait avoir choisie pour lui.

Le travail graphique de Thibault Prugne accompagne parfaitement cette dimension poétique. La mer, le village et les personnages participent à une atmosphère où le réel semble constamment prêt à basculer vers l’imaginaire. Les illustrations ne se contentent pas d’accompagner l’histoire : elles prolongent les émotions et donnent une véritable ampleur au voyage de Téo.

Mais la particularité de l’ouvrage tient évidemment à sa dimension de conte musical. Les compositions de Jean-Pierre Jolicard, aux sonorités gitanes, permettent à la musique dont rêve Téo de véritablement sortir des pages. Elle devient une composante à part entière du récit et renforce l’impression d’accompagner le jeune garçon dans sa découverte d’un nouveau monde.

La narration de François Morel apporte quant à elle chaleur et humanité à l’ensemble. Sa voix accompagne naturellement cette histoire de transmission et permet aux mots, aux images et aux compositions musicales de se répondre.

Derrière l’aventure de Téo se trouve enfin un message universel sur la différence et l’accomplissement personnel. Il n’est pas toujours nécessaire de suivre la route empruntée par tous ceux qui nous entourent. Parfois, il suffit d’écouter ce qui résonne en soi pour découvrir son propre chemin.

Un très beau conte sur la musique, les rêves et la liberté de choisir sa vie, où chaque élément participe à la même émotion. Porté par les illustrations de Thibault Prugne, les compositions de Jean-Pierre Jolicard et la voix de François Morel, Maestro offre une expérience sensible et poétique qui rappelle aux enfants que certaines vocations commencent simplement par apprendre à écouter le monde autrement.

Éditeur ‏ : ‎ MARGOT Date de publication ‏ : ‎ 19 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2494797691 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2494797697

L’Étrange Boutique de Monsieur Nekomata de Monaka

Dans la ville de Ciel-sur-Mer, Monsieur Nekomata est un antiquaire pour le moins singulier. À l’intérieur de sa boutique perchée au-dessus des nuages sont accueillis les humains égarés qui viennent s’échouer dans ce lieu où les objets ont une âme.

Monaka nous entraîne dans un univers suspendu entre rêve et réalité, au cœur de Ciel-sur-Mer, une ville aussi mystérieuse que poétique. C’est là que se trouve l’étrange boutique de Monsieur Nekomata, un antiquaire loin d’être ordinaire dont l’établissement, perché au-dessus des nuages, accueille des humains égarés et des objets qui semblent posséder leur propre âme.

Mihato est la dernière à avoir échoué dans cet endroit. Désorientée et privée de ses souvenirs, elle reste persuadée qu’elle finira par se réveiller de ce rêve étrange. En attendant de comprendre ce qui lui est arrivé, elle accepte la proposition de Monsieur Nekomata : travailler comme vendeuse dans sa boutique en échange du gîte et du couvert.

Cette situation permet à Monaka d’installer progressivement son univers. La boutique devient un lieu de passage où chaque objet semble porter une histoire et où les frontières entre les humains, les souvenirs et le merveilleux deviennent particulièrement fragiles. Derrière l’apparente douceur du quotidien plane pourtant constamment une question : pourquoi Mihato est-elle arrivée ici ?

Monsieur Nekomata contribue largement au charme du récit. Énigmatique, il semble connaître les règles de cet univers bien mieux que sa nouvelle employée, sans pour autant lui fournir immédiatement toutes les réponses. Sa boutique devient alors autant un refuge qu’un espace où Mihato va devoir affronter ce qu’elle a oublié.

Le manga prend le temps de créer une atmosphère apaisante et mélancolique plutôt que de précipiter les révélations. Les journées passent, Mihato s’habitue progressivement à cette existence singulière, mais sa mémoire refuse toujours de revenir. Ce qui ressemblait à une parenthèse temporaire commence alors à prendre une tout autre signification.

Car sous ses allures de récit merveilleux, L’Étrange Boutique de Monsieur Nekomata parle aussi de mémoire, d’attachement et de ce que les objets conservent de ceux qui les ont possédés. Donner une âme aux choses permet de questionner les souvenirs que nous leur associons et la manière dont certains fragments du passé continuent de nous accompagner.

Le mystère entourant Mihato apporte progressivement une dimension plus émouvante au récit. Elle cherche une explication familière à ce qui lui arrive, mais la vérité qui l’attend n’est pas nécessairement celle qu’elle espérait. Cette révélation donne une nouvelle lecture à son séjour à Ciel-sur-Mer et aux rencontres effectuées dans la boutique.

Monaka réussit ainsi à associer fantastique, douceur et mélancolie dans un univers qui possède une véritable identité. L’étrangeté n’est jamais utilisée uniquement pour provoquer : elle accompagne une histoire plus intime sur la mémoire et la difficulté de comprendre ce que l’on a laissé derrière soi.

Un manga délicat et mystérieux, porté par une boutique hors du temps, des objets dotés d’une âme et une héroïne en quête de ses souvenirs. Derrière son univers chaleureux et merveilleux se cache une histoire plus mélancolique qu’il n’y paraît, où retrouver la mémoire signifie parfois découvrir une vérité que l’on n’était pas encore prêt à envisager.

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 281021025X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810210251

Dragomol: Collège, Chaussette et Sortilèges de Simon Liberman

Sacrée rentrée pour Matilda et sa copine Pola : leur collège a été transformé en une fantastique école de magie ! Mais… pas de chance : parce qu’elles portent des lunettes, nos héroïnes sont recalées dans la classe des « bigleux », condamnées à la grammaire et aux dictées pendant que les autres volent à dos de griffon (elles n’ont même pas le droit de goûter le poulet à la crème des lutins)…

Simon Liberman transforme une rentrée scolaire déjà redoutée par beaucoup d’enfants en aventure fantastique complètement déjantée. Pour Matilda et sa meilleure amie Pola, le retour au collège réserve en effet une surprise de taille : leur établissement est devenu une école de magie où l’on peut notamment apprendre à voler à dos de griffon. De quoi rendre les cours beaucoup plus enthousiasmants… du moins en théorie.

Car Matilda et Pola portent des lunettes. Ce simple détail suffit pour qu’elles soient exclues des enseignements magiques et envoyées dans la classe des « bigleux », condamnées à la grammaire et aux dictées pendant que leurs camarades découvrent les merveilles de ce nouveau collège. Même le poulet à la crème préparé par les lutins leur est interdit. Sous l’absurdité de la situation apparaît déjà une critique très claire des discriminations et des mécanismes d’exclusion.

Tout bascule lorsque les deux amies rencontrent Dragomol, un minuscule dragon qui ne possède pas vraiment les qualités attendues de son espèce. Il ne crache pas de feu, ignore presque tout de la magie et semble surtout posséder une passion immodérée pour le chocolat. Perdu loin des siens, il a cependant besoin de Matilda et Pola pour retrouver son chemin.

Le trio fonctionne immédiatement grâce au contraste entre les deux collégiennes et cette petite créature aussi maladroite qu’attachante. Ce qui commence comme une mission de sauvetage se transforme rapidement en aventure beaucoup plus mouvementée. Pour aider Dragomol, les héroïnes vont devoir pénétrer clandestinement dans les parties enchantées du collège et affronter ceux qui voient surtout dans la magie une formidable occasion de s’enrichir.

Simon Liberman mêle ainsi fantasy, humour et préoccupations très contemporaines. Derrière les griffons, les sortilèges, les chaussettes qui puent et autres fantaisies se retrouvent des problématiques familières aux jeunes lecteurs : le sentiment d’être mis à l’écart, les injustices entre élèves, le regard porté sur la différence ou encore la difficulté à trouver sa place.

Le récit aborde également la marchandisation de la magie avec beaucoup de malice. Dans cet univers, même le merveilleux risque d’être récupéré par ceux qui cherchent à transformer chaque découverte en profit. Cette dimension engagée ne prend toutefois jamais le dessus sur l’aventure : elle nourrit naturellement les péripéties et donne davantage de profondeur à cet univers volontairement loufoque.

Le dessin expressif et foisonnant de Simon Liberman accompagne parfaitement cette énergie. Les personnages, les créatures et les nombreuses situations comiques donnent l’impression d’un monde constamment en mouvement. L’ensemble possède cette liberté graphique propre aux grandes aventures jeunesse, où un détail dans une image peut être aussi amusant que l’action principale.

Mais derrière toute cette fantaisie se trouve surtout une jolie histoire d’amitié et de solidarité. Matilda, Pola et Dragomol sont précisément ceux que l’univers magique ne considère pas comme suffisamment conformes à ses attentes. Et c’est peut-être justement cette différence qui leur permettra de bousculer les règles.

Une aventure jeunesse drôle, généreuse et pleine d’imagination qui réussit à parler d’exclusion et d’injustice sans perdre sa légèreté. Entre collège enchanté, petit dragon amateur de chocolat, griffons et complot autour de la magie, Simon Liberman construit un univers joyeusement irrévérencieux où les héros ne sont pas forcément ceux que l’école avait décidé de choisir.

Éditeur ‏ : ‎ Editions 2024 Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ 1er Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 132 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2383871451 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2383871453

Ma Belle Poupée est un Super Darling – Tome 1 (1) de Asaki Asagiri (Auteur), Selen (Auteur)

Une romance fantasy qui brise les codes du genre et de genre.

Asaki Asagiri et Selen proposent une romance fantasy qui joue avec les apparences et détourne les rôles traditionnellement attribués à ses personnages. Au centre du récit, Laëtitia Orlécians semble correspondre en tous points à l’image de l’héritière parfaite. Élégante, délicate et irréprochable, elle a même gagné le surnom de « Belle poupée ». Mais derrière cette image soigneusement entretenue se cache une personnalité et surtout une identité bien plus surprenantes.

La jeune femme est promise à Gilbert, un prince entouré d’une réputation inquiétante. Considéré comme maudit, celui-ci apparaît d’abord comme la figure dangereuse de cette union arrangée. Tout semble donc préparer le lecteur à retrouver le schéma classique de la jeune héroïne fragile confrontée à un prince mystérieux qu’elle devra apprendre à connaître.

Mais le manga prend rapidement plaisir à renverser cette dynamique. Laëtitia n’est pas simplement la belle jeune femme qu’il faudrait protéger. Derrière sa douceur se dissimule un pouvoir que peu de personnes seraient capables d’affronter, et son secret remet progressivement en question l’image que son entourage s’est construite d’elle.

C’est là que ce premier tome trouve son principal intérêt. La « Belle poupée » n’est finalement pas celle que l’on croit, et Gilbert n’occupe pas nécessairement la position attendue dans leur relation. Le récit s’amuse avec les représentations de la force, de la fragilité et des rôles de genre, tout en conservant les ingrédients d’une romantasy : mariage arrangé, malédiction, secrets, attirance et intrigues liées au royaume.

La relation entre Laëtitia et Gilbert constitue naturellement le cœur de l’histoire. Leur rapprochement se construit alors que chacun possède ses propres zones d’ombre. La malédiction du prince et la véritable nature de Laëtitia entretiennent le mystère, tandis que l’attirance qui naît entre eux complique encore davantage une union initialement décidée pour des raisons qui les dépassent.

Le titre prend ainsi tout son sens : derrière l’apparence d’une poupée précieuse se cache quelqu’un capable de prendre les choses en main. Cette inversion apporte beaucoup de fraîcheur à une mécanique pourtant familière et permet surtout à Laëtitia de s’imposer immédiatement comme une héroïne attachante.

Ce premier tome pose encore de nombreuses questions sur son pouvoir, le passé de Gilbert et les conséquences que leur relation pourrait avoir sur le royaume. Il remplit cependant efficacement son rôle en installant un duo dont les secrets donnent immédiatement envie de découvrir la suite.

Une romance fantasy pleine de charme qui détourne avec malice les apparences et les rôles attendus. Entre prince maudit, héroïne loin d’être aussi fragile qu’elle en a l’air, secrets et attirance naissante, ce premier tome installe un univers prometteur où la véritable force pourrait bien se cacher derrière le visage de la plus parfaite des poupées.

ASIN ‏ : ‎ B0GXDS7DBH Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 188 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042022150

L’Ours qui n’aimait pas l’automne de Cécile Elma Roger (Auteur), Julia Fradin (Illustrations)

L’automne, c’est le temps des provisions. On s’affaire, dans la forêt… On fait les stocks de nourriture… On se prépare, surtout, à l’interminable sieste de l’hiver.

ASIN ‏ : ‎ B0GXP1212Y Éditeur ‏ : ‎ SEUIL JEUNESSE Date de publication ‏ : ‎ 4 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 48 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1023523195

Cécile Elma Roger imagine une histoire pleine de tendresse autour d’un ours qui refuse obstinément de se plier aux habitudes de son espèce. Grand Bobbie adore lire, manger des gâteaux et profiter tranquillement de ses journées. Alors forcément, l’arrivée de l’automne et la perspective de devoir préparer une interminable hibernation ne l’enchantent absolument pas.

Dans la forêt, tout le monde s’affaire pour constituer ses réserves avant l’hiver. Grand Bobbie, lui, préférerait largement rester éveillé avec ses livres. Lorsqu’il entend parler de Jeanine, une hérissonne installée chez un humain et qui aurait ainsi échappé à l’hibernation, la solution lui paraît évidente : il doit lui aussi se faire adopter.

Voilà donc notre ours parti à la recherche de l’humain idéal. Son enthousiasme le conduit jusqu’à Lucien, chez qui il s’installe avec beaucoup plus de naturel que son nouvel hôte ne l’aurait souhaité. Car Lucien vit seul, loin des autres, et semble parfaitement satisfait de ne devoir supporter personne. L’arrivée soudaine d’un ours dans son jardin n’a donc rien d’une bonne nouvelle.

C’est dans la rencontre entre ces deux personnages que l’album trouve tout son charme. D’un côté, Grand Bobbie, généreux, curieux et débordant d’affection ; de l’autre, Lucien, solitaire et peu disposé à laisser quelqu’un entrer dans son quotidien. Plutôt que de forcer cette amitié, Cécile Elma Roger la fait naître progressivement, grâce à la patience et à la gentillesse de son héros.

Derrière l’humour de cette situation improbable se dessine ainsi une jolie réflexion sur la solitude, l’amitié et notre capacité à nous ouvrir aux autres. Grand Bobbie veut initialement trouver un moyen d’échapper à l’automne, mais son aventure va finalement lui apporter quelque chose de bien plus précieux.

Le goût du personnage pour les livres ajoute également une belle touche à l’histoire. La lecture participe à sa personnalité et renforce son caractère attachant : cet ours préfère les histoires et les gâteaux aux longues siestes imposées par la nature.

Les illustrations de Julia Fradin accompagnent parfaitement la douceur et la fantaisie du récit. Elles donnent vie à ce duo improbable et renforcent aussi bien les situations amusantes que les moments plus tendres, dans une ambiance automnale chaleureuse.

L’Ours qui n’aimait pas l’automne détourne ainsi avec malice les habitudes de l’hibernation pour raconter avant tout une rencontre. Grand Bobbie pensait chercher un toit pour rester éveillé pendant l’hiver ; il pourrait finalement trouver un ami, tandis que Lucien découvre que laisser quelqu’un entrer dans son jardin signifie parfois aussi lui laisser une place dans sa vie.

Un album drôle, poétique et réconfortant sur l’amitié, la solitude et le plaisir des livres, porté par un ours irrésistible dont la gentillesse pourrait bien faire fondre même les cœurs les plus difficiles à apprivoiser.

Un monde meilleur de MARIE Darme

On est tous différents

Marie Darme propose un album jeunesse autour d’un message aussi simple qu’essentiel : nous sommes tous différents, et c’est justement cette diversité qui fait la richesse du monde.

À hauteur d’enfant, l’album invite à observer celles et ceux qui nous entourent sans chercher à les faire entrer dans un même modèle. Apparences, personnalités, goûts ou manières de voir les choses : chacun possède ses particularités et participe, à sa façon, à rendre le quotidien plus intéressant et surprenant.

L’autrice aborde ainsi la différence, l’acceptation de l’autre et le vivre-ensemble avec des mots accessibles aux plus jeunes. Plutôt que de présenter la différence comme quelque chose qu’il faudrait dépasser, elle en fait une richesse à découvrir et à partager.

Le message fonctionne également sur l’estime de soi. Accepter que les autres soient différents, c’est aussi comprendre que l’on a soi-même le droit de ne pas ressembler à tout le monde. Une idée importante à transmettre dès l’enfance, à une période où le regard des autres commence progressivement à prendre de la place.

Un monde meilleur porte ainsi une vision positive et bienveillante de la société, où la curiosité remplace le jugement et où les singularités deviennent autant d’occasions de s’ouvrir aux autres.

Un album tendre et lumineux qui rappelle aux enfants qu’un monde où tout le monde serait identique serait finalement bien moins intéressant. Une jolie invitation à accueillir les différences, à respecter chacun et à comprendre que c’est précisément notre diversité qui rend le monde si riche

Éditeur ‏ : ‎ hélium Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 40 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2330223196 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2330223199

Le Problème à trois corps – Tome 01 de Wu Qingsong (Auteur), Three-Body Universe (Auteur), Liu Cixin (Auteur original)

Alors que plusieurs scientifiques chinois liés au groupe « Les Frontières de la science » se suicident les uns après les autres, le chercheur Wang Miao se retrouve au cœur d’une affaire qui le dépasse. Les autorités qui suspectent cette organisation le chargent de mener l’enquête et d’infiltrer ses membres…

Adapter en bande dessinée un monument de la science-fiction aussi dense que Le Problème à trois corps représentait un véritable défi. Wu Qingsong et Three-Body Universe proposent une nouvelle porte d’entrée dans l’univers imaginé par Liu Cixin, en donnant une dimension graphique spectaculaire à cette histoire qui mêle enquête, hard science-fiction et vertige métaphysique.

Tout commence comme un thriller scientifique. Plusieurs chercheurs chinois appartenant au groupe « Les Frontières de la science » se suicident dans des circonstances troublantes. Les autorités soupçonnent l’organisation de dissimuler quelque chose et demandent au chercheur Wang Miao de l’infiltrer. Celui-ci accepte, sans imaginer que cette enquête va progressivement faire vaciller toutes ses certitudes.

Car des phénomènes inexplicables commencent bientôt à perturber son quotidien. Un mystérieux compte à rebours s’impose à lui tandis que la science elle-même semble ne plus obéir aux règles qu’il croyait immuables. L’une des grandes réussites du récit tient précisément à cette progression : partir d’événements presque intimes pour ouvrir progressivement l’histoire sur une menace aux dimensions cosmiques.

Wang découvre parallèlement un étrange jeu virtuel baptisé Les Trois Corps. Il y pénètre dans un monde soumis à des bouleversements imprévisibles, organisé autour de trois soleils dont les mouvements rendent presque impossible toute stabilité. Derrière ce qui ressemble d’abord à une simulation se cache une réalité autrement plus vertigineuse : quelque part dans l’univers existe une civilisation confrontée à ce chaos permanent.

Les Trisolariens ne sont donc plus seulement une hypothèse. Leur monde est condamné par son environnement et une flotte semble se diriger vers la Terre. Son arrivée n’est prévue que dans 450 ans, mais cette échéance lointaine suffit à bouleverser immédiatement l’humanité. Comment réagir à une invasion dont personne aujourd’hui ne sera vivant pour assister à l’arrivée ?

C’est ici que Le Problème à trois corps dépasse largement le récit de premier contact extraterrestre. Certains considèrent les Trisolariens comme une menace pour l’humanité, tandis que d’autres espèrent leur venue et les imaginent capables de sauver une civilisation humaine qu’ils jugent incapable de se sauver elle-même. Le conflit devient alors autant idéologique que scientifique.

L’histoire de Ye Wenjie, astrophysicienne dont les travaux remontent à trente ans auparavant, ajoute une nouvelle profondeur au mystère. Présent et passé commencent à se répondre, révélant progressivement que la situation actuelle trouve ses racines dans des décisions anciennes dont les conséquences dépassent leurs auteurs.

Le dessin de Wu Qingsong apporte une véritable force à cette adaptation. Les séquences liées au jeu, les phénomènes scientifiques et les visions cosmiques trouvent dans la bande dessinée un terrain particulièrement efficace. L’immensité de l’univers contraste constamment avec la fragilité des personnages, renforçant cette sensation de vertige qui constitue l’une des signatures de l’œuvre de Liu Cixin.

Malgré la complexité des concepts abordés, ce premier tome conserve une véritable dynamique de thriller. Suicides inexpliqués, infiltration, compte à rebours, simulation virtuelle et menace extraterrestre forment les différentes pièces d’une énigme dont l’ampleur ne cesse de grandir.

Cette adaptation graphique réussit ainsi à préserver l’ambition intellectuelle de l’œuvre originale tout en lui donnant une nouvelle immédiateté visuelle. Derrière la question scientifique du problème à trois corps se dessine surtout une interrogation beaucoup plus vertigineuse sur notre civilisation : que ferait l’humanité si elle savait aujourd’hui qu’une menace venue des étoiles atteindra la Terre dans plusieurs siècles ?

Un premier tome ambitieux et captivant, porté par un dessin impressionnant et une intrigue qui passe habilement du polar scientifique au vertige cosmique. Une nouvelle manière de découvrir la saga de Liu Cixin et un récit où la plus grande menace pour l’humanité pourrait autant venir des étoiles que de la manière dont les hommes choisissent de les accueillir.

Éditeur ‏ : ‎ Glénat BD Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 184 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344075178 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344075173

Dix pour cent De Émilie Noblet | Par Fanny Herrero, Lison Daniel Avec Camille Cottin, Thibault de Montalembert, Nicolas Maury

Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa veut devenir réalisatrice. Mais la perte de son acteur principal à quelques jours du tournage la force à réunir son ancienne équipe ce qui ravivera leurs amitiés et leurs rivalités.

Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Dix pour cent retrouve ses personnages emblématiques pour un passage au long-métrage aussi attendu que délicat. Émilie Noblet, accompagnée à l’écriture par Fanny Herrero et Lison Daniel, devait relever un double défi : retrouver l’esprit d’une série devenue culte sans transformer ces retrouvailles en simple exercice nostalgique, et surtout donner une véritable raison d’être cinématographique à ce retour.

Andréa Martel a changé de vie. Après avoir passé des années à défendre les carrières des autres, elle souhaite désormais réaliser son premier film. Mais lorsque son acteur principal abandonne le projet à quelques jours du tournage, tout menace de s’effondrer. Pour sauver ce qui représente une étape essentielle de sa nouvelle vie, Andréa se tourne vers ceux qui ont autrefois partagé son quotidien : l’ancienne équipe d’ASK.

L’idée est particulièrement habile parce qu’elle permet à Dix pour cent de devenir, en quelque sorte, le sujet de son propre film. Une ancienne équipe tente de fabriquer un long-métrage au moment même où la série dont elle est issue cherche à réussir sa propre transformation en œuvre de cinéma. Ce jeu de miroir constitue l’un des aspects les plus intéressants du scénario.

Le plaisir des retrouvailles est évidemment immédiat. Andréa, Mathias, Gabriel, Noémie, Arlette et les autres retrouvent rapidement leurs automatismes, leurs rivalités, leurs névroses et cette manière si particulière de transformer le moindre problème professionnel en catastrophe personnelle. Les apparitions de célébrités, dont George Clooney, prolongent également l’un des principes fondateurs de la série : confronter l’image publique des stars à une version plus fragile, absurde ou décalée de leur quotidien.

Camille Cottin reste naturellement le moteur de l’ensemble. Elle retrouve l’énergie nerveuse d’Andréa, son autorité et cette capacité à avancer lorsqu’autour d’elle tout semble s’écrouler. Mais le changement de fonction apporte au personnage une vulnérabilité nouvelle. Andréa ne protège plus le projet d’un client : elle défend le sien. Elle qui savait gérer les egos et les crises des autres découvre ce que signifie être personnellement exposée à l’échec.

Thibault de Montalembert retrouve avec beaucoup de naturel Mathias, tandis que Nicolas Maury conserve toute la singularité qui faisait de Gabriel l’un des personnages les plus attachants de la série. Le reste de la distribution participe à cette impression de famille professionnelle que le temps a dispersée sans parvenir à véritablement rompre les liens.

Mais ces retrouvailles représentent également le principal danger du film.

Un spectateur qui a suivi quatre saisons de Dix pour cent éprouve nécessairement quelque chose en revoyant ces personnages. Pourtant, reconnaître quelqu’un que l’on aimait n’est pas suffisant pour construire un film. Une réplique familière peut provoquer un sourire, une apparition surprise créer un petit événement et un clin d’œil réveiller un souvenir. Le long-métrage doit aller plus loin.

Émilie Noblet semble consciente de ce piège et cherche constamment un équilibre entre fidélité et renouvellement. Le film fonctionne ainsi beaucoup mieux lorsqu’il utilise le passé des personnages pour raconter ce qu’ils sont devenus que lorsqu’il se contente de reproduire les mécanismes de la série. Certaines séquences donnent malgré tout l’impression de devoir cocher les cases attendues : retrouver tel personnage, offrir son moment à un autre, introduire une célébrité ou rappeler une ancienne dynamique.

Cette accumulation rend parfois le récit plus chargé qu’il ne devrait l’être. Le film veut satisfaire les fidèles tout en racontant une nouvelle histoire, développer Andréa, retrouver l’esprit choral d’ASK et exploiter les possibilités du cinéma dans le cinéma. Toutes les trajectoires ne bénéficient donc pas de la même profondeur.

Pour autant, le scénario possède une véritable intelligence lorsqu’il interroge indirectement son propre statut. Qu’est-ce qui transforme finalement un épisode en film ? Certainement pas seulement sa durée, son budget ou la présence d’une star internationale. Le passage au cinéma doit correspondre à une nécessité narrative.

C’est précisément là que le parcours d’Andréa prend tout son sens. Pendant quatre saisons, Dix pour cent observait le cinéma depuis les bureaux de ceux qui négociaient les carrières. Le film permet de passer de l’autre côté : celui de la fabrication, de la création et de la peur de voir un projet disparaître avant même d’avoir existé.

La mise en scène d’Émilie Noblet conserve le rythme et l’efficacité de la série tout en donnant davantage d’espace à certains moments d’intimité. Les dialogues restent vifs, les situations professionnelles volontiers absurdes et le milieu du cinéma continue d’être observé avec ce mélange d’affection et d’ironie qui constituait l’une des grandes forces de Dix pour cent.

Le film parle finalement autant du temps qui passe que du cinéma. ASK a disparu, mais ce qui s’y était construit demeure. Derrière les egos, les contrats et les catastrophes, cette équipe était devenue une famille. La réunir cinq ans plus tard permet de mesurer ce que chacun a perdu, conservé ou tenté de reconstruire.

Drôle, généreux et porté par le plaisir évident de retrouver ses personnages, Dix pour cent : Le film évite en grande partie le piège de la réunion nostalgique. Tout n’a pas la même force et certaines retrouvailles semblent davantage destinées aux fidèles qu’au récit, mais Émilie Noblet trouve un angle suffisamment pertinent pour justifier ce retour. Camille Cottin reste formidable en Andréa Martel, désormais confrontée à sa propre création et à la possibilité de l’échec. Plus qu’un simple épisode XXL, le film devient une réflexion malicieuse sur le cinéma, ceux qui le fabriquent et la difficulté de savoir quand une histoire mérite réellement de continuer.

Les Ensorceleuses 2 De Susanne Bier | Par Akiva Goldsman, Georgia Pritchett Avec Nicole Kidman, Sandra Bullock, Cassie Bradley

Les sœurs Owens affrontent la sombre malédiction qui menace de détruire leur famille une fois pour toutes, dans un événement cinématographique mêlant divertissement, magie et chaos.

Les Ensorceleuses 2 ressuscite près de trois décennies plus tard l’univers magique des sœurs Owens et retrouve Nicole Kidman et Sandra Bullock dans les rôles qui avaient largement contribué au charme du film de 1998. Susanne Bier hérite d’un exercice délicat : jouer avec la nostalgie sans se contenter de reproduire une formule devenue culte auprès d’une partie du public.

Sally et Gillian Owens doivent cette fois affronter une menace directement liée à leur famille. La malédiction qui accompagne leur lignée depuis des générations revient avec une intensité nouvelle et pourrait définitivement détruire ce qu’elles ont tenté de préserver. Le récit renoue ainsi avec l’un des éléments les plus intéressants de cet univers : derrière les sortilèges et la fantaisie se cache une histoire de femmes, de transmission et de liens familiaux.

Le scénario signé Akiva Goldsman et Georgia Pritchett comprend que l’intérêt d’un tel retour réside moins dans la multiplication des références au premier volet que dans le temps écoulé. Sally et Gillian ne sont plus les mêmes femmes. Le poids de l’héritage familial prend donc une autre signification lorsque celles qui cherchaient autrefois à échapper à leur destin doivent désormais se demander ce qu’elles vont transmettre aux générations suivantes.

Nicole Kidman retrouve Gillian avec une énergie qui rappelle immédiatement l’esprit du film original, tout en laissant apparaître les années et les expériences traversées par son personnage. Sandra Bullock demeure quant à elle le cœur émotionnel du récit. Leur complicité constitue sans surprise l’un des principaux plaisirs du film : les deux actrices savent faire exister cette relation fraternelle aussi bien dans les séquences légères que lorsque le passé familial refait surface.

Cassie Bradley apporte une énergie différente et participe au renouvellement générationnel indispensable à cette suite. Car Les Ensorceleuses 2 fonctionne surtout lorsqu’il accepte de regarder vers l’avenir plutôt que de transformer chaque séquence en célébration nostalgique.

Susanne Bier apporte à l’ensemble une mise en scène plus sombre et plus ample. La magie conserve son caractère ludique, mais la menace devient plus présente. Sortilèges, phénomènes surnaturels et chaos familial permettent au film d’alterner comédie, fantastique et passages plus inquiétants sans abandonner cette chaleur particulière qui distinguait déjà l’univers des Owens.

Cette générosité peut néanmoins devenir une faiblesse. Le film veut parfois réunir trop d’éléments : rendre hommage au premier volet, développer une nouvelle génération, approfondir la mythologie familiale et proposer un spectacle fantastique plus ambitieux. Certaines intrigues auraient gagné à respirer davantage et quelques passages semblent principalement conçus pour provoquer la reconnaissance immédiate des spectateurs familiers de l’original.

Mais l’essentiel demeure ailleurs. Derrière les potions, les malédictions et le chaos, la saga continue de raconter des femmes qui refusent que leur histoire familiale détermine entièrement leur avenir. La sorcellerie devient alors autant un héritage qu’une métaphore de ce que chaque génération reçoit, transforme et choisit éventuellement de transmettre.

Généreux, chaleureux et suffisamment sombre pour ne pas se réduire à une simple opération nostalgique, Les Ensorceleuses 2 réussit surtout grâce aux retrouvailles entre Nicole Kidman et Sandra Bullock. Susanne Bier respecte l’identité du film original tout en donnant davantage d’ampleur à la malédiction des Owens. Tout n’est pas aussi fluide dans un récit parfois chargé, mais la magie opère encore. Un retour plaisant, drôle et émouvant, qui comprend que la véritable force des Owens n’a jamais résidé uniquement dans leurs pouvoirs, mais dans les liens qui les unissent.

La Vie d’une femme De Charline Bourgeois-Tacquet | Par Charline Bourgeois-Tacquet Avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling

Gabrielle se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?

La Vie d’une femme ausculte avec finesse ce moment où une existence parfaitement organisée commence à se fissurer. Charline Bourgeois-Tacquet place au centre de son récit une femme qui semble avoir tout construit autour de la maîtrise : son métier, son emploi du temps, ses responsabilités et jusqu’à ses émotions. Mais derrière cette mécanique parfaitement réglée demeure une question beaucoup plus intime : à force de prendre soin des autres, que reste-t-il de ses propres désirs ?

Gabrielle est chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public. Son quotidien ne connaît pratiquement aucun temps mort. Elle soigne, décide, dirige, répond aux urgences et assume la pression d’un système hospitalier qui exige toujours davantage. À cette charge professionnelle s’ajoute une vie privée qui réclame elle aussi sa présence : un mari aimant et une mère dont elle doit s’occuper. Gabrielle avance ainsi d’une responsabilité à l’autre, sans véritablement s’interroger sur ce qu’elle souhaite pour elle-même.

L’arrivée d’une romancière dans son service vient perturber cet équilibre. Venue observer le fonctionnement de l’hôpital pendant quelques semaines pour préparer un livre, cette femme porte sur Gabrielle un regard différent de celui de ses collègues ou de ses proches. Elle ne la considère pas uniquement comme médecin, épouse ou fille. Cette présence étrangère agit progressivement comme un révélateur et fait apparaître tout ce que Gabrielle avait réussi à maintenir à distance.

Charline Bourgeois-Tacquet construit son film autour de ce déplacement intérieur plutôt que d’une succession de grands bouleversements. Le scénario s’intéresse aux gestes, aux regards et aux conversations qui modifient imperceptiblement une relation. L’inattendu évoqué dans le synopsis n’est donc pas seulement une rencontre : il représente la possibilité même d’une autre existence.

Léa Drucker trouve ici un personnage particulièrement dense. Elle restitue admirablement l’épuisement de Gabrielle sans jamais réduire celle-ci à une femme au bord de l’effondrement. Son autorité professionnelle, sa capacité à décider et son engagement sont réels. C’est justement parce que cette femme paraît solide que les failles qui apparaissent progressivement deviennent aussi intéressantes.

Face à elle, Mélanie Thierry apporte une énergie différente, plus libre et imprévisible. La relation entre les deux femmes fonctionne moins sur l’opposition que sur le trouble créé par leur rencontre. La romancière devient le miroir d’une possibilité que Gabrielle ne s’était peut-être jamais autorisée à envisager. Charles Berling évite de son côté de transformer le mari en obstacle caricatural. Son personnage participe au contraire à la complexité du dilemme : il est plus facile de quitter une existence manifestement malheureuse que de remettre en cause une vie qui, en apparence, fonctionne.

Le milieu hospitalier apporte une dimension supplémentaire au récit. L’hôpital est le lieu où Gabrielle possède le plus de contrôle et, paradoxalement, celui où elle est continuellement confrontée à l’imprévisible. La réalisatrice utilise cette contradiction pour interroger le rapport entre vocation et sacrifice. Gabrielle aime profondément son métier, mais cet engagement est devenu si envahissant qu’il lui permet aussi de repousser certaines questions personnelles.

Le film aborde ainsi la charge mentale féminine sans transformer son héroïne en démonstration sociologique. Gabrielle appartient à cette génération de femmes auxquelles on demande implicitement de réussir professionnellement tout en continuant à assurer une grande partie des responsabilités familiales. Le récit montre moins une victime de cette situation qu’une femme qui a elle-même intégré cette nécessité de tout maîtriser.

La mise en scène reste à hauteur de personnage, attentive aux changements presque imperceptibles. Charline Bourgeois-Tacquet préfère l’intime au mélodrame et laisse suffisamment de place aux silences pour que le trouble s’installe progressivement. Quelques passages peuvent paraître plus attendus dans leur manière d’opposer le quotidien réglé à l’irruption du désir, mais la qualité de l’interprétation empêche le film de tomber dans une mécanique trop démonstrative.

La Vie d’une femme parle finalement moins de rupture que de réappropriation. Il ne s’agit pas simplement de savoir si Gabrielle va bouleverser son mariage ou son existence, mais de comprendre si elle peut encore se considérer comme une personne indépendante des fonctions qu’elle exerce pour les autres.

Sensible, intelligent et remarquablement porté par Léa Drucker, La Vie d’une femme dessine le portrait subtil d’une femme qui a appris à répondre aux besoins de tous avant de se demander ce qu’elle désirait elle-même. Charline Bourgeois-Tacquet évite les oppositions faciles et préfère observer la naissance progressive du doute et du désir. Face à Mélanie Thierry et Charles Berling, Léa Drucker compose une Gabrielle complexe et profondément humaine. Un beau film sur le temps qui manque, les choix que l’on repousse et la possibilité, même tardive, de laisser entrer l’inattendu.