Les Ensorceleuses 2 De Susanne Bier | Par Akiva Goldsman, Georgia Pritchett Avec Nicole Kidman, Sandra Bullock, Cassie Bradley

Les sœurs Owens affrontent la sombre malédiction qui menace de détruire leur famille une fois pour toutes, dans un événement cinématographique mêlant divertissement, magie et chaos.

Les Ensorceleuses 2 ressuscite près de trois décennies plus tard l’univers magique des sœurs Owens et retrouve Nicole Kidman et Sandra Bullock dans les rôles qui avaient largement contribué au charme du film de 1998. Susanne Bier hérite d’un exercice délicat : jouer avec la nostalgie sans se contenter de reproduire une formule devenue culte auprès d’une partie du public.

Sally et Gillian Owens doivent cette fois affronter une menace directement liée à leur famille. La malédiction qui accompagne leur lignée depuis des générations revient avec une intensité nouvelle et pourrait définitivement détruire ce qu’elles ont tenté de préserver. Le récit renoue ainsi avec l’un des éléments les plus intéressants de cet univers : derrière les sortilèges et la fantaisie se cache une histoire de femmes, de transmission et de liens familiaux.

Le scénario signé Akiva Goldsman et Georgia Pritchett comprend que l’intérêt d’un tel retour réside moins dans la multiplication des références au premier volet que dans le temps écoulé. Sally et Gillian ne sont plus les mêmes femmes. Le poids de l’héritage familial prend donc une autre signification lorsque celles qui cherchaient autrefois à échapper à leur destin doivent désormais se demander ce qu’elles vont transmettre aux générations suivantes.

Nicole Kidman retrouve Gillian avec une énergie qui rappelle immédiatement l’esprit du film original, tout en laissant apparaître les années et les expériences traversées par son personnage. Sandra Bullock demeure quant à elle le cœur émotionnel du récit. Leur complicité constitue sans surprise l’un des principaux plaisirs du film : les deux actrices savent faire exister cette relation fraternelle aussi bien dans les séquences légères que lorsque le passé familial refait surface.

Cassie Bradley apporte une énergie différente et participe au renouvellement générationnel indispensable à cette suite. Car Les Ensorceleuses 2 fonctionne surtout lorsqu’il accepte de regarder vers l’avenir plutôt que de transformer chaque séquence en célébration nostalgique.

Susanne Bier apporte à l’ensemble une mise en scène plus sombre et plus ample. La magie conserve son caractère ludique, mais la menace devient plus présente. Sortilèges, phénomènes surnaturels et chaos familial permettent au film d’alterner comédie, fantastique et passages plus inquiétants sans abandonner cette chaleur particulière qui distinguait déjà l’univers des Owens.

Cette générosité peut néanmoins devenir une faiblesse. Le film veut parfois réunir trop d’éléments : rendre hommage au premier volet, développer une nouvelle génération, approfondir la mythologie familiale et proposer un spectacle fantastique plus ambitieux. Certaines intrigues auraient gagné à respirer davantage et quelques passages semblent principalement conçus pour provoquer la reconnaissance immédiate des spectateurs familiers de l’original.

Mais l’essentiel demeure ailleurs. Derrière les potions, les malédictions et le chaos, la saga continue de raconter des femmes qui refusent que leur histoire familiale détermine entièrement leur avenir. La sorcellerie devient alors autant un héritage qu’une métaphore de ce que chaque génération reçoit, transforme et choisit éventuellement de transmettre.

Généreux, chaleureux et suffisamment sombre pour ne pas se réduire à une simple opération nostalgique, Les Ensorceleuses 2 réussit surtout grâce aux retrouvailles entre Nicole Kidman et Sandra Bullock. Susanne Bier respecte l’identité du film original tout en donnant davantage d’ampleur à la malédiction des Owens. Tout n’est pas aussi fluide dans un récit parfois chargé, mais la magie opère encore. Un retour plaisant, drôle et émouvant, qui comprend que la véritable force des Owens n’a jamais résidé uniquement dans leurs pouvoirs, mais dans les liens qui les unissent.

La Vie d’une femme De Charline Bourgeois-Tacquet | Par Charline Bourgeois-Tacquet Avec Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling

Gabrielle se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?

La Vie d’une femme ausculte avec finesse ce moment où une existence parfaitement organisée commence à se fissurer. Charline Bourgeois-Tacquet place au centre de son récit une femme qui semble avoir tout construit autour de la maîtrise : son métier, son emploi du temps, ses responsabilités et jusqu’à ses émotions. Mais derrière cette mécanique parfaitement réglée demeure une question beaucoup plus intime : à force de prendre soin des autres, que reste-t-il de ses propres désirs ?

Gabrielle est chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public. Son quotidien ne connaît pratiquement aucun temps mort. Elle soigne, décide, dirige, répond aux urgences et assume la pression d’un système hospitalier qui exige toujours davantage. À cette charge professionnelle s’ajoute une vie privée qui réclame elle aussi sa présence : un mari aimant et une mère dont elle doit s’occuper. Gabrielle avance ainsi d’une responsabilité à l’autre, sans véritablement s’interroger sur ce qu’elle souhaite pour elle-même.

L’arrivée d’une romancière dans son service vient perturber cet équilibre. Venue observer le fonctionnement de l’hôpital pendant quelques semaines pour préparer un livre, cette femme porte sur Gabrielle un regard différent de celui de ses collègues ou de ses proches. Elle ne la considère pas uniquement comme médecin, épouse ou fille. Cette présence étrangère agit progressivement comme un révélateur et fait apparaître tout ce que Gabrielle avait réussi à maintenir à distance.

Charline Bourgeois-Tacquet construit son film autour de ce déplacement intérieur plutôt que d’une succession de grands bouleversements. Le scénario s’intéresse aux gestes, aux regards et aux conversations qui modifient imperceptiblement une relation. L’inattendu évoqué dans le synopsis n’est donc pas seulement une rencontre : il représente la possibilité même d’une autre existence.

Léa Drucker trouve ici un personnage particulièrement dense. Elle restitue admirablement l’épuisement de Gabrielle sans jamais réduire celle-ci à une femme au bord de l’effondrement. Son autorité professionnelle, sa capacité à décider et son engagement sont réels. C’est justement parce que cette femme paraît solide que les failles qui apparaissent progressivement deviennent aussi intéressantes.

Face à elle, Mélanie Thierry apporte une énergie différente, plus libre et imprévisible. La relation entre les deux femmes fonctionne moins sur l’opposition que sur le trouble créé par leur rencontre. La romancière devient le miroir d’une possibilité que Gabrielle ne s’était peut-être jamais autorisée à envisager. Charles Berling évite de son côté de transformer le mari en obstacle caricatural. Son personnage participe au contraire à la complexité du dilemme : il est plus facile de quitter une existence manifestement malheureuse que de remettre en cause une vie qui, en apparence, fonctionne.

Le milieu hospitalier apporte une dimension supplémentaire au récit. L’hôpital est le lieu où Gabrielle possède le plus de contrôle et, paradoxalement, celui où elle est continuellement confrontée à l’imprévisible. La réalisatrice utilise cette contradiction pour interroger le rapport entre vocation et sacrifice. Gabrielle aime profondément son métier, mais cet engagement est devenu si envahissant qu’il lui permet aussi de repousser certaines questions personnelles.

Le film aborde ainsi la charge mentale féminine sans transformer son héroïne en démonstration sociologique. Gabrielle appartient à cette génération de femmes auxquelles on demande implicitement de réussir professionnellement tout en continuant à assurer une grande partie des responsabilités familiales. Le récit montre moins une victime de cette situation qu’une femme qui a elle-même intégré cette nécessité de tout maîtriser.

La mise en scène reste à hauteur de personnage, attentive aux changements presque imperceptibles. Charline Bourgeois-Tacquet préfère l’intime au mélodrame et laisse suffisamment de place aux silences pour que le trouble s’installe progressivement. Quelques passages peuvent paraître plus attendus dans leur manière d’opposer le quotidien réglé à l’irruption du désir, mais la qualité de l’interprétation empêche le film de tomber dans une mécanique trop démonstrative.

La Vie d’une femme parle finalement moins de rupture que de réappropriation. Il ne s’agit pas simplement de savoir si Gabrielle va bouleverser son mariage ou son existence, mais de comprendre si elle peut encore se considérer comme une personne indépendante des fonctions qu’elle exerce pour les autres.

Sensible, intelligent et remarquablement porté par Léa Drucker, La Vie d’une femme dessine le portrait subtil d’une femme qui a appris à répondre aux besoins de tous avant de se demander ce qu’elle désirait elle-même. Charline Bourgeois-Tacquet évite les oppositions faciles et préfère observer la naissance progressive du doute et du désir. Face à Mélanie Thierry et Charles Berling, Léa Drucker compose une Gabrielle complexe et profondément humaine. Un beau film sur le temps qui manque, les choix que l’on repousse et la possibilité, même tardive, de laisser entrer l’inattendu.

Pressure De Anthony Maras | Par Anthony Maras, David Haig Avec Andrew Scott, Brendan Fraser, Kerry Condon

Trois jours avant le Jour J, une seule décision peut changer le cours de l’Histoire. Alors que les Alliés s’apprêtent à lancer le plus grand débarquement jamais organisé, une violente tempête menace de faire échouer l’opération. Le général Eisenhower et le capitaine James Stagg, météorologue, font alors face à un choix impossible : attaquer malgré l’incertitude… ou risquer de perdre la guerre.

Pressure transforme les heures précédant le Débarquement de Normandie en thriller historique presque claustrophobique. Anthony Maras délaisse volontairement le spectacle du champ de bataille pour s’intéresser à ce qui précède l’action : une décision prise dans une pièce fermée, à partir de prévisions météorologiques incertaines, alors que des milliers de vies et l’issue de la guerre peuvent en dépendre.

Trois jours avant le Jour J, les Alliés préparent une opération militaire d’une ampleur sans précédent. Mais une violente tempête menace la Manche et remet en cause l’ensemble du dispositif. Face à cette situation, le général Dwight D. Eisenhower doit choisir entre maintenir le débarquement malgré des conditions potentiellement catastrophiques ou le repousser, avec toutes les conséquences stratégiques qu’un tel report pourrait entraîner.

Au centre de cette décision se trouve James Stagg, météorologue chargé de fournir aux responsables militaires les informations susceptibles de déterminer le lancement de l’opération. Pressure trouve là son idée la plus forte : confronter la puissance militaire à quelque chose qu’elle ne peut ni contrôler ni combattre, la météo. Des armées entières sont prêtes, les plans ont été établis, les hommes attendent, mais quelques variations atmosphériques peuvent encore tout remettre en question.

Anthony Maras et David Haig construisent leur scénario comme un compte à rebours. Les informations arrivent, les prévisions évoluent, les avis s’opposent et la pression augmente. L’absence de certitude devient progressivement plus inquiétante que n’importe quel ennemi visible. Le suspense repose sur une question dont le spectateur connaît pourtant l’issue historique, ce qui constitue l’un des principaux défis du film. La réussite consiste précisément à faire oublier cette connaissance pour nous replacer dans l’incertitude de ceux qui, eux, ignorent encore ce qui va se produire.

Andrew Scott trouve dans James Stagg un rôle particulièrement intéressant. Loin du héros militaire traditionnel, son personnage doit défendre une expertise scientifique dans un univers gouverné par la hiérarchie, l’urgence et la nécessité de décider. Scott traduit remarquablement cette responsabilité : chaque mot prononcé peut contribuer à envoyer des milliers d’hommes vers les plages normandes.

Face à lui, Brendan Fraser compose un Eisenhower moins monumental que profondément humain. Le film s’intéresse à l’homme derrière le commandement, conscient qu’au terme des discussions, une seule personne devra finalement assumer la décision. Kerry Condon apporte une présence tout aussi solide dans un récit où les performances doivent souvent faire naître la tension à partir d’un regard, d’un silence ou d’une information nouvellement communiquée.

La mise en scène d’Anthony Maras exploite intelligemment les espaces fermés. Cartes, bureaux, couloirs, téléphones et bulletins météorologiques deviennent les éléments d’un véritable thriller. Le contraste entre l’immensité de l’opération militaire et l’exiguïté des lieux où son destin se décide donne au film une grande partie de sa puissance.

Cette concentration constitue également sa limite. Le dispositif reste très dialogué et peut parfois conserver quelque chose de théâtral. Les confrontations successives et les discussions météorologiques exigent une attention constante, tandis que le film privilégie clairement la tension intellectuelle au spectaculaire. Mais cette retenue évite justement à Pressure de devenir un nouveau film de guerre construit autour des mêmes images de combat.

Le film rappelle surtout combien l’Histoire peut parfois dépendre d’une décision prise avec des informations imparfaites. La science fournit des probabilités, les militaires évaluent les risques, mais aucun calcul ne peut supprimer totalement l’incertitude. À un moment précis, quelqu’un doit choisir.

Intense, sobre et remarquablement interprété, Pressure réussit à créer un véritable suspense autour d’un événement dont nous connaissons pourtant l’issue. Anthony Maras transforme les heures précédant le Jour J en thriller de décision où la météorologie devient presque un personnage à part entière. Andrew Scott impressionne dans le rôle de James Stagg, tandis que Brendan Fraser donne à Eisenhower une dimension profondément humaine. Un film historique captivant qui rappelle que derrière les grandes dates se cachent parfois quelques heures d’incertitude et une décision impossible à prendre.

Les Héros du Louvre De Élie Chouraqui | Par Élie Chouraqui Avec Kad Merad, Marie Gillain, Julia de Nunez

Paris 1939. Amoureux des arts, Babi Maklouf Benhamou exerce le plus beau métier du monde : il est gardien de nuit au musée du Louvre.

Les Héros du Louvre choisit la voie du grand récit populaire pour raconter l’un des épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale : l’évacuation des chefs-d’œuvre du Louvre à l’approche de l’invasion allemande. Élie Chouraqui transforme cette page d’Histoire en aventure familiale, mêlant patrimoine, danger et émotion sans perdre de vue les femmes et les hommes qui ont participé à la sauvegarde d’un héritage culturel exceptionnel.

Paris, 1939. Babi Maklouf Benhamou est gardien de nuit au musée du Louvre. Passionné par les œuvres qu’il protège quotidiennement, il voit son existence bouleversée lorsque la guerre éclate. Face à la menace allemande, Jacques Jaujard, conservateur du musée, organise dans le plus grand secret l’évacuation de milliers d’œuvres afin de les mettre à l’abri. Babi se voit confier l’un des camions transportant ces trésors hors de la capitale. Il accepte la mission, mais pose une condition inattendue : toute sa famille fera le voyage avec lui.

Le scénario trouve alors son moteur dans la rencontre entre la grande Histoire et une histoire familiale. Plutôt que de construire une reconstitution institutionnelle du sauvetage des collections, Élie Chouraqui adopte le point de vue d’un homme ordinaire propulsé au cœur d’une mission extraordinaire. Ce choix donne immédiatement au récit une dimension accessible et permet de rappeler que la préservation du patrimoine repose aussi sur des individus restés dans l’ombre.

Kad Merad trouve en Babi un personnage particulièrement attachant. Son registre populaire fonctionne lorsqu’il faut apporter de la légèreté à l’aventure, mais l’acteur sait également laisser apparaître la peur et le poids de la responsabilité. Il ne transporte pas seulement des tableaux : il doit simultanément protéger sa famille et des œuvres devenues les symboles d’une culture menacée.

Marie Gillain apporte une présence plus contenue qui permet au film de ne pas reposer entièrement sur son personnage principal, tandis que Julia de Nunez confirme une présence à l’écran capable de trouver sa place dans cette distribution intergénérationnelle. L’importance accordée à la famille évite surtout que les personnages secondaires ne deviennent de simples passagers d’un récit historique déjà écrit.

Élie Chouraqui privilégie une mise en scène classique et généreuse. Les salles du Louvre, les convois, les routes et la France progressivement gagnée par l’Occupation donnent au film son ampleur, tandis que le voyage permet d’installer une tension croissante. Chaque déplacement expose potentiellement les personnages à un contrôle, une dénonciation ou une rencontre susceptible de compromettre leur mission.

Le film fonctionne particulièrement bien lorsqu’il confronte la valeur inestimable des œuvres à la fragilité de ceux qui les transportent. Que signifie sauver un tableau lorsque des vies humaines sont elles-mêmes menacées ? Pourquoi prendre de tels risques pour préserver des objets lorsque le pays s’effondre ? Les Héros du Louvre répond en faisant du patrimoine une mémoire collective : protéger ces œuvres revient aussi à empêcher qu’une partie de l’histoire et de l’identité d’un peuple soit confisquée.

Cette volonté de s’adresser au plus grand nombre entraîne parfois une certaine simplification. Quelques situations privilégient l’émotion immédiate ou l’aventure au détriment de la complexité historique, et certains ressorts familiaux sont plus prévisibles. Mais cette approche populaire reste cohérente avec l’ambition du projet : transmettre cette histoire sans la transformer en cours magistral.

Le titre prend alors tout son sens. Les héros évoqués ne sont pas uniquement ceux dont les noms ont traversé l’Histoire. Ce sont également les gardiens, chauffeurs, employés et anonymes qui ont participé, chacun à leur niveau, à une gigantesque opération de sauvegarde.

Généreux, accessible et porté par un véritable amour du patrimoine, Les Héros du Louvre transforme un épisode historique passionnant en aventure familiale à hauteur d’homme. Élie Chouraqui privilégie parfois l’émotion et le romanesque à la complexité, mais réussit à rappeler que derrière le sauvetage des chefs-d’œuvre se trouvaient surtout des individus prêts à prendre des risques considérables pour protéger une mémoire collective. Kad Merad apporte au film la chaleur nécessaire pour faire de cette page d’Histoire un récit populaire et fédérateur.

Les visages du feu – Tome 2 : La Ville effondrée de Chloé Vollmer-Lo

Chloé Vollmer-Lo poursuit sa dystopie en plongeant Luce et ses camarades dans un Paris dévasté où la liberté nouvellement acquise ne garantit absolument pas la sécurité. Après leur évasion de l’Institut du Nouveau Lendemain, les jeunes filles découvrent un monde extérieur tout aussi dangereux, fragmenté entre différents clans et soumis à de nouvelles formes de violence.

Luce reste animée par une priorité : retourner chercher celles qui sont encore prisonnières de l’Institut. Impossible pour elle de profiter de sa propre liberté en sachant que d’autres subissent toujours ce système. Mais pour espérer les sauver, il faut d’abord survivre dans cette ville effondrée, comprendre ses nouvelles règles et déterminer à qui accorder sa confiance.

Cette dimension donne au récit une tension permanente. Chaque rencontre peut déboucher sur une alliance comme sur une trahison, et les personnages doivent rapidement apprendre que leurs convictions ne suffisent pas toujours face à la nécessité de survivre. Les choix deviennent plus difficiles à mesure que les certitudes s’effondrent.

Une nouvelle menace vient encore compliquer la situation : les Fils de l’Aube, pendant masculin de l’Institut. Leur présence permet à Chloé Vollmer-Lo d’élargir l’univers installé dans le premier tome et de montrer que les mécanismes de domination dépassent un seul lieu. Derrière les différents groupes se dessine tout un système fondé sur le contrôle, la violence et la volonté d’imposer aux autres une place déterminée.

Luce poursuit parallèlement son évolution. Plus combative, elle doit apprendre à devenir responsable de ses décisions et à mesurer leurs conséquences pour le groupe. Son désir de libérer les autres se confronte à une réalité beaucoup moins simple : résister signifie parfois négocier, faire confiance à des inconnus ou accepter de remettre en question certaines convictions.

Le Paris en ruines constitue un décor particulièrement efficace. La capitale familière devient un territoire morcelé et hostile où chacun tente de reconstruire ses propres règles. Cette ville effondrée reflète finalement les personnages eux-mêmes : après avoir quitté l’Institut, ils doivent désormais déterminer ce qu’ils souhaitent bâtir à la place du monde qu’ils refusent.

Le féminisme demeure au cœur du récit, mais s’inscrit davantage ici dans une réflexion sur la résistance et la solidarité. Se libérer individuellement n’est qu’une première étape. Luce comprend que sa liberté prend également son sens dans le combat pour celles qui n’ont pas encore réussi à s’échapper.

Chloé Vollmer-Lo mêle ainsi survie, alliances, trahisons et luttes de pouvoir tout en faisant évoluer les enjeux de sa dystopie. Ce deuxième tome ne se contente pas de prolonger la fuite : il confronte ses personnages aux conséquences de leur rébellion et à une question beaucoup plus complexe, celle du monde qu’ils veulent construire après avoir détruit leurs chaînes.

Un deuxième tome plus sombre et mouvementé, où l’urgence de survivre se heurte constamment à celle de résister. Entre clans ennemis, nouvelles menaces et vérités difficiles à affronter, Luce découvre surtout que conquérir sa liberté est une chose, parvenir à la défendre et à la partager en est une autre

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 576 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095060180 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095060183

Fiancés à la tempête de Aubry M.M.

Voleuse libre et prince sous pression, Sarya et Kaé voient leur alliance forcée exploser sous les secrets, le désir et la magie. Une romantasy intense où fuir devient le seul moyen d’exister.

Aubry M.M. nous entraîne dans une romantasy où la quête de liberté se heurte aux obligations du pouvoir. Sarya vit librement sur les toits d’Anthelle et s’est construit une existence de voleuse loin des contraintes de la cour. Mais ses yeux d’émeraude finissent par révéler une identité qu’elle ignorait ou voulait laisser derrière elle : elle est une princesse disparue, destinée à épouser un prince héritier.

Arrachée à son quotidien et conduite au palais, Sarya passe brutalement de la liberté des rues à un univers régi par l’étiquette, les alliances et les intérêts politiques. Le contraste fonctionne immédiatement. Celle qui avait l’habitude de décider seule de ses mouvements découvre que son avenir a été négocié sans elle et que son mariage représente avant tout une pièce sur l’échiquier du pouvoir.

Mais le prince auquel elle est promise n’est pas exactement l’adversaire qu’elle imaginait. Kaé apparaît lui aussi prisonnier de son rang et des attentes placées sur ses épaules. Derrière leurs différences se dessine alors une situation commune : tous deux doivent incarner un rôle choisi par d’autres.

Leur rapprochement se construit à travers les joutes verbales, les leçons de danse et les confidences échangées loin des regards. Aubry M.M. prend ainsi le temps de faire naître l’attirance entre ses personnages sans oublier les tensions qui les entourent. Le désir devient presque une nouvelle forme de désobéissance dans un monde où leurs sentiments devraient eux aussi répondre à des impératifs politiques.

Sarya constitue surtout une héroïne intéressante par son refus de se laisser définir uniquement par ses origines. Retrouver son statut de princesse ne signifie pas nécessairement retrouver sa place. Au contraire, cette révélation pose une question centrale : sommes-nous obligés de devenir ce que notre naissance a décidé pour nous ?

À cette dimension romantique viennent s’ajouter secrets et magie, qui font progressivement vaciller l’équilibre déjà fragile du palais. La cérémonie des fiançailles marque alors un véritable point de rupture. Ce qui devait consacrer une alliance politique fait éclater les tensions et oblige Sarya et Kaé à déterminer jusqu’où ils sont prêts à aller pour reprendre possession de leur existence.

La fuite prend dès lors une signification plus profonde qu’une simple aventure. Partir, c’est refuser les couronnes, les devoirs imposés et les identités toutes faites. La liberté devient ici une conquête, avec les risques et les sacrifices qu’elle suppose.

Aubry M.M. mêle efficacement romance, fantasy et intrigues de cour dans un récit porté par deux personnages qui cherchent moins à conquérir un royaume qu’à devenir maîtres de leur propre destin. Leur relation fonctionne d’autant mieux qu’elle naît d’une même envie d’échapper aux cages dorées dans lesquelles chacun a été enfermé.

Une romantasy entraînante où l’amour se mêle à la rébellion, aux secrets et à la magie. Derrière les fiançailles imposées et les jeux de pouvoir se dessine surtout une belle quête d’émancipation : celle de deux jeunes gens prêts à tout risquer pour obtenir le droit de choisir leur propre vie

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095067045 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095067045

T’choupi a de plus en plus confiance en lui de Thierry Courtin

Grandir en confiance avec T’choupi : une histoire tendre pour apprendre à croire en soi !

Thierry Courtin accompagne une nouvelle fois les tout-petits dans une étape essentielle de leur développement : apprendre à croire en soi et à assumer ce que l’on aime. À travers une situation simple et facilement identifiable, T’choupi permet d’aborder la confiance en soi avec beaucoup de douceur.

Cette fois, T’choupi doute. Il s’interroge sur ses goûts, mais aussi sur sa capacité à se faire des copains. Des préoccupations qui peuvent sembler anodines aux adultes, mais qui occupent une place importante lorsque l’enfant commence à construire son identité et à se confronter davantage au regard des autres.

L’album montre progressivement que prendre confiance ne signifie pas ne plus avoir peur ou ne jamais hésiter. Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître ses envies, à accepter ses préférences et à comprendre que l’on n’a pas besoin de ressembler aux autres pour être apprécié.

La force de T’choupi reste cette proximité immédiate avec le quotidien des jeunes enfants. Le personnage ne donne pas de leçon : il expérimente lui-même les émotions et les difficultés que le lecteur peut rencontrer. Ses hésitations deviennent ainsi un moyen rassurant de montrer que le manque de confiance est naturel et qu’il peut être dépassé petit à petit.

L’histoire offre également un support intéressant pour les parents. Elle permet d’ouvrir simplement la discussion autour de l’estime de soi, de l’amitié et du regard des autres, sans transformer ces sujets en notions trop abstraites pour un enfant de deux ans.

Les illustrations familières et expressives participent pleinement à cette dimension rassurante. Les émotions restent immédiatement compréhensibles et permettent aux plus jeunes de suivre le cheminement de T’choupi, jusqu’à le voir progressivement plus sûr de lui.

Un album tendre et accessible qui aborde avec justesse une étape importante de l’enfance. En apprenant à écouter ses propres envies et à reconnaître ses qualités, T’choupi rappelle aux tout-petits qu’avoir confiance en soi se construit progressivement, à travers les petites expériences du quotidien

Éditeur ‏ : ‎ Nathan Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 32 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2095058712 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2095058715

A l’ombre du leviathan – tome 1 – Une larme de poison de Robert Jackson Bennett

A chaque saison des pluies, année après année, les léviathans attaquent la ligne de fortifications de l’Empire et leur sang répandu empoisonne les chairs et les esprits.

Robert Jackson Bennett construit un univers de fantasy aussi fascinant qu’inquiétant, où l’enquête policière côtoie les monstres gigantesques, les mutations et les intrigues politiques. Aux frontières d’un immense Empire, chaque saison des pluies apporte la même menace : des léviathans attaquent les fortifications tandis que leur sang contamine les êtres vivants et transforme progressivement le monde qui les entoure.

C’est dans cet environnement déjà instable qu’un meurtre particulièrement spectaculaire est commis dans un manoir de Daretana. Un haut fonctionnaire est retrouvé mort après qu’un arbre a littéralement jailli de son corps. Une contamination de cette nature semble impossible à cet endroit, et pourtant le cadavre est bien là.

L’enquête est confiée à Ana Dolabra, investigatrice brillante et profondément excentrique. Toujours les yeux dissimulés derrière un bandeau, elle possède une capacité exceptionnelle à analyser les informations et à établir des connexions là où les autres ne voient que le chaos. Elle n’a cependant aucune intention de parcourir elle-même les scènes de crime.

Cette tâche revient à Dinios Kol, son assistant. Son corps et ses facultés mentales ont été modifiés par magie afin d’en faire un observateur capable de recueillir et de restituer une quantité considérable d’informations. Leur duo constitue l’une des grandes forces du roman : Dinios observe, Ana déduit, et leurs personnalités très différentes donnent beaucoup de relief à l’enquête.

Robert Jackson Bennett détourne ainsi avec plaisir les codes du duo d’enquêteurs à la Sherlock Holmes, mais les transpose dans un monde où les preuves peuvent être biologiques, magiques ou monstrueuses. Cette association entre polar et fantasy fonctionne particulièrement bien et permet de découvrir progressivement l’univers sans être submergé par ses nombreuses particularités.

Car derrière le meurtre se dessine rapidement quelque chose de beaucoup plus vaste. Plus Dinios avance, plus les ramifications de l’affaire semblent atteindre les sphères supérieures de l’Empire. Corruption, secrets et luttes d’influence viennent alors s’ajouter à la menace permanente des léviathans.

L’univers impressionne surtout par sa dimension organique. Les corps peuvent être modifiés, la nature devenir une arme et le vivant lui-même se transformer en menace. Cette étrangeté donne au récit une identité très forte et entretient constamment le sentiment que les règles du monde peuvent réserver de nouvelles surprises.

Le roman ne se limite pourtant pas à son spectaculaire imaginaire. À travers cette enquête, l’auteur questionne aussi les institutions, la concentration du pouvoir et les systèmes qui prétendent protéger une population tout en dissimulant leurs propres failles. Le danger ne vient donc pas nécessairement uniquement des créatures gigantesques qui assiègent les frontières.

La relation entre Ana et Dinios apporte heureusement de l’humour et de l’humanité à cet univers oppressant. Leur complémentarité transforme la résolution du crime en véritable jeu intellectuel, tandis que chaque révélation ouvre de nouvelles interrogations.

Ce premier tome réussit ainsi à associer mystère criminel, fantasy biologique et complot politique sans perdre le plaisir d’une enquête construite autour d’indices et de déductions. Les léviathans constituent une menace spectaculaire, mais le roman comprend rapidement que les monstres les plus dangereux ne sont pas toujours ceux qui se trouvent derrière les fortifications.

Une entrée en matière inventive et captivante, portée par un formidable duo d’enquêteurs et un univers aussi étrange que cohérent. Robert Jackson Bennett transforme le roman à énigme en une aventure de fantasy ambitieuse où résoudre un meurtre pourrait bien révéler quelque chose de beaucoup plus inquiétant sur l’Empire tout entier

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 504 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226493581 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226493583

La Plume et le prince de Astrid Roucher

Un Prince régnant sur un monde imaginaire – mais curieusement familier – choisit un beau jour une très jeune Plume pour écrire ses discours. Plongée dans les coulisses de l’État, de la cour et de son étiquette, la Plume porte un regard étonné, mais jamais dupe, sur son quotidien. Elle livre ses réflexions sur l’écriture, le pouvoir, la science du discours et la portée de la parole politique dans un environnement qui en est saturé.

Astrid Roucher choisit le détour de la fable pour raconter un univers qu’elle connaît de l’intérieur : celui du pouvoir et de ceux qui fabriquent ses mots. Un Prince régnant sur un royaume imaginaire, mais étrangement familier, recrute une très jeune Plume chargée d’écrire ses discours. Commence alors une immersion dans les coulisses de la cour, ses règles, ses codes et ses jeux d’influence.

Derrière cette fiction se dessine l’expérience personnelle de l’autrice, entrée à seulement vingt-quatre ans à l’Élysée pour devenir plume du Président de la République. Ce choix narratif lui permet de conserver une certaine distance tout en racontant avec finesse un milieu rarement observé depuis le bureau de celles et ceux qui écrivent les paroles des dirigeants.

Car écrire pour le Prince ne consiste pas simplement à trouver de belles formules. Chaque mot possède un poids politique. Il faut comprendre celui qui prononcera le discours, anticiper les réactions, respecter une ligne tout en donnant l’impression d’une parole personnelle. La Plume écrit, mais sa voix doit disparaître derrière celle d’un autre.

C’est précisément ce paradoxe qui rend le récit passionnant. Comment écrire avec sincérité lorsque les mots appartiennent finalement à celui qui les prononce ? Jusqu’où peut-on conserver son propre regard lorsque l’on travaille au plus près du pouvoir ? Astrid Roucher interroge ainsi la frontière entre écriture, conviction et communication.

La jeune Plume observe également avec étonnement les rituels de cette étrange cour. L’étiquette, les hiérarchies et l’omniprésence de la parole politique donnent parfois au récit une dimension presque théâtrale. Tout le monde parle, commente, conseille et reformule dans un univers où une phrase peut provoquer davantage de conséquences qu’une longue décision.

Le ton permet d’éviter la démonstration politique ou le règlement de comptes. L’intérêt se trouve ailleurs : dans les mécanismes de fabrication du discours et dans cette relation particulière entre celui qui détient le pouvoir et celle qui doit trouver les mots pour l’exprimer.

Le livre offre ainsi une réflexion stimulante sur la puissance du langage. Un discours peut convaincre, rassurer, séduire, détourner l’attention ou marquer durablement les esprits. Mais derrière les déclarations officielles se cachent des heures de travail, des hésitations, des corrections et parfois des batailles autour d’un simple terme.

Astrid Roucher raconte cet envers du décor avec intelligence et une certaine malice. Son expérience nourrit le récit sans l’alourdir, tandis que le dispositif du royaume imaginaire donne une dimension presque universelle à son propos. Le Prince pourrait appartenir à différentes époques : les mécanismes du pouvoir et l’importance accordée aux mots demeurent étonnamment similaires.

Un récit original, savoureux et instructif qui ouvre les portes d’un monde où rien n’est laissé au hasard, surtout pas les mots. Une plongée passionnante dans la fabrique de la parole politique et dans le travail souvent invisible de celles et ceux qui écrivent pour le pouvoir.

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 26 août 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 224 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226513892 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226513892

La Femme effacée de Sidonie Bonnec

Candice suffoque dans un Paris submergé par une pluie incessante qui l’oblige à rester enfermée chez elle. Sa fille de cinq ans se réveille chaque nuit en hurlant. Un cri rauque et douloureux dont aucun médecin ne parvient à expliquer la raison. Et puis, cette sensation d’être épiée dans ses moindres gestes…

Sidonie Bonnec installe dès les premières pages une atmosphère étouffante, dans un Paris noyé sous une pluie qui semble ne jamais devoir s’arrêter. Candice se retrouve presque prisonnière de son appartement, tandis qu’un autre phénomène beaucoup plus inquiétant vient bouleverser son quotidien : chaque nuit, sa fille de cinq ans se réveille en poussant un cri rauque et douloureux dont personne ne parvient à déterminer l’origine.

À cette inquiétude maternelle s’ajoute bientôt une impression persistante : Candice se sent observée. Les événements étranges s’accumulent jusqu’à la découverte, dans sa cave, d’une mystérieuse inscription gravée sur un mur. Ce qui pouvait encore relever de l’angoisse ou de l’imagination devient alors le point de départ d’une enquête vers un passé que certains auraient préféré voir disparaître.

Candice découvre progressivement l’histoire d’une femme que l’on a cherché à effacer. Son enquête fait remonter des secrets anciens et crée un lien troublant entre les événements d’aujourd’hui et une violence dont les conséquences semblent traverser le temps.

Sidonie Bonnec joue efficacement avec l’incertitude. Sommes-nous face à une manifestation surnaturelle, à une manipulation ou à une femme progressivement gagnée par la peur ? Le doute participe pleinement à la tension et pousse à remettre en question les perceptions de Candice comme les explications qui lui sont proposées.

La pluie incessante renforce cette sensation d’enfermement. Paris perd son agitation habituelle pour devenir un espace presque hostile, tandis que l’appartement et la cave constituent des lieux où le familier peut à tout moment basculer dans l’inquiétant. L’autrice privilégie ainsi une peur progressive, née de détails et de sensations avant de prendre une dimension beaucoup plus sombre.

Mais derrière le thriller psychologique se dessine surtout une réflexion sur la mémoire et l’effacement des femmes. Faire disparaître quelqu’un ne consiste pas uniquement à supprimer sa présence : cela peut aussi signifier nier son histoire, étouffer sa parole et empêcher que son existence soit transmise. L’enquête de Candice devient alors une manière de rendre une place à celle qui en a été privée.

Le roman joue également sur la maternité et la transmission. Les cris inexpliqués de l’enfant créent dès le départ un lien inquiétant entre les générations et donnent à l’enquête une dimension profondément personnelle. Candice ne cherche plus seulement à comprendre ce qui s’est produit autrefois : elle doit également découvrir pourquoi ce passé semble soudain s’inviter dans sa propre famille.

Entre folie, manipulation, secrets et vengeance, Sidonie Bonnec entretient une tension constante et transforme une mystérieuse inscription en porte ouverte sur une histoire enfouie. Le passé n’est jamais complètement mort lorsqu’il reste quelqu’un pour en porter les traces.

Un thriller psychologique sombre et oppressant, porté par une atmosphère particulièrement réussie et par une question qui dépasse progressivement le mystère : que reste-t-il d’une femme lorsque tout a été fait pour effacer jusqu’à son histoire ?

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 2 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 416 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 222651080X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226510808