Après avoir appris ce qu’il transportait vraiment dans le convoi attaqué par des brigands, Hugues de Malemort doit faire un choix : abjurer sa foi ou mourir. Ayant choisi la vie, il apprend que l’apôtre Thomas a prophétisé sa venue, voilà treize siècles, et qu’il lui a laissé un texte qu’il devra comprendre.
Chronique : Second tome de La mort du Temple où l’on sent que l’écriture se laisse porter par les évènements et le talent de Herve Gagnon s’est focalisée sur la restitution de l’ambiance pourrie et paranoïaque régnant à cette époque, grâce au jeu des personnages, aux éléments de scénarios qui permettent de décrire leur état d’esprit. ici Hugues de Malemort est bien plus mis en avant grâce à une mise en écriture plus sombre, bleuté, avec des effets de clairs-obscurs où il faut souligner le soin de la mise en scène à la hauteur des grandes épopée cinématographique. Impossible de ne pas être embarqué avec les personnages dans cet épic récit d’aventure ou la fureur n’a pas fini de nous régaler, autant le premier était une mise en bouche mais on sans que Herve Gagnon à compris ses défaut et nous offre une superbe suite. Certains diront que l’histoire peut paraître un peu légère et que le livre se lit trop vite, c’est vrai… Mais dans un univers comme celui-là, pas besoin de grands discours car ce que le lecteur recherche c’est l’aventure, le chant des batailles, l’honneur et la fureur .Je réédite mes éloges face à ce deuxième tome car cette suite est passionnante. Une magnifique saga qui prend vie.
Note : 9/10
Éditeur : Hugo Roman (3 décembre 2020) Langue : : Français Broché : 386 pages ISBN-10 : 2755685581
À ses débuts, Bosch a eu un certain John Jack Thompson comme mentor. Un homme qui lui a appris à toujours prendre une affaire personnellement et à déployer tous ses efforts pour la résoudre.
Chronique : Michael Connelly continue de jumeler Harry Bosch avec sa nouvelle détective Renee Ballard du LAPD’s Late Show, l’équipe de nuit de la police d’Hollywood, tout en faisant revenir l’avocat Mickey Haller, le frère de Harry dans ce dernier épisode. En tant que flic débutant, Bosch a été encadré par John Jack Thompson, l’homme qui lui a inculqué que chaque affaire et chaque personne comptent, allumant le feu qui pousse un inspecteur de police à résoudre et à clore une affaire. Thompson est maintenant mort, et Harry est venu lui rendre hommage à ses funérailles. L’épouse de Thompson remet à Harry un livre sur le meurtre que Thompson avait emporté chez lui, contre toute procédure, sur le meurtre, vieux de plusieurs décennies, de John Hilton, toxicomane et ancien détenu. En supposant que Thompson travaillait sur l’affaire pendant sa retraite, Bosch persuade Ballard de se joindre à lui pour travailler sur l’affaire classée.
Ballard est appelé à participer à un feu de tente mortel la nuit qui tue un sans-abri, Edison Banks Jnr, qui ressemble à un accident tragique, qui s’avère plus tard être tout sauf ça. Cependant, l’affaire est reprise par la section « Vol et homicide », dirigée par Robert Olivas, responsable du déménagement de Ballard au Late Show, qui cherche maintenant un moment de tranquillité jusqu’à sa retraite, bien qu’il cherche des possibilités d’atteindre un rang plus élevé et une meilleure pension. Bosch s’inquiète des problèmes de santé auxquels il est confronté et qui remontent à un cas vieux de plusieurs années. Il s’inquiète pour sa fille, Maddie, dont il veut s’assurer qu’elle est en sécurité financièrement et que ses études sont payées. Pour cela, il demande à Haller de se battre pour lui et de s’occuper de son cas. Bosch travaille comme détective privé sur le dernier procès de Haller, où il défend Jeffrey Herstadt, qui a avoué le meurtre du juge de la Cour supérieure Walter Montgomery, et a laissé des preuves ADN sur le corps. Mais Herstadt est-il vraiment coupable de ce crime odieux ?
La première affaire est une affaire classée concernant le meurtre d’un jeune enfant, John Hilton. Cette affaire lui est remise sous la forme d’un livre de meurtre, laissé par son ancien mentor de l’époque où il était un bleu, John Jack Thompson. Lors des funérailles de son ancien collègue, sa veuve lui remet le livre. Après l’avoir lu, il le donne à Renée. Il sait qu’il va l’intriguer autant que lui et les deux commencent à travailler sur l’affaire.
Il aide également son beau-frère Mickey Haller, connu sous le nom de « The Lincoln Lawyer ». Mickey est sur l’affaire d’un juge assassiné et croit que son client est innocent. Bosch lui confie également ce qui lui arrive personnellement et lui demande son aide.
Et puis Renée, qui travaille au Late Show, a le cas d’un sans-abri qui est mort lorsque sa tente a pris feu et que personne n’a rien vu. Elle ne peut pas considérer cela comme un accident, déterminée à découvrir qui a fait cela et pourquoi.
Raconté dans des chapitres du point de vue de Bosch et de Ballard,le livre est un autre fantastique ajout à l’univers de Harry Bosch. Les amateurs de cette série vont adorer, mais les nouveaux venus seront également aspirés par l’histoire et voudront en savoir plus.
Note : 9,5/10
Éditeur : Calmann-Lévy (14 octobre 2020) Langue : : Français Broché : 468 pages ISBN-10 : 2702166326
Florence, de nos jours. Pietro Gerber est un psychiatre pour enfants, spécialiste de l’hypnose. Il arrive ainsi à extraire la vérité de jeunes patients tourmentés.
Chronique : La Maison des voix est en fait un thriller psychologique déjanté dans lequel Donato Carrisi, comme d’habitude, a réussi à m’intriguer, à m’embrouiller, à me faire peur, à m’exciter et à me surprendre.
Le protagoniste de cette histoire est Pietro Gerber, un psychologue pour enfants, le meilleur abuseur d’enfants de toute Florence. Sa spécialité est l’hypnose, grâce à laquelle il peut accéder à des informations importantes qui sont souvent enfouies dans la mémoire fragile des enfants. Mais cette fois, Gerber est appelé à résoudre un cas très particulier où l’hypnotiseur n’est pas un enfant mais un adulte, Hanna Hall, qui est tourmenté par un souvenir d’enfance récurrent : la mort de son frère. La jeune et mystérieuse Hanna Hall, est en effet presque sûre d’avoir tué, quand elle était encore enfant, son frère. Mais pour éclaircir le mystère, elle a besoin de quelqu’un pour ramener l’enfant qui est encore en elle. Pietro Gerber pourra-t-il découvrir la vérité sur une petite fille toujours tenue à l’écart de la civilisation à cause des « étrangers » et habituée à changer souvent de nom et de maison, ou sera-t-il lui aussi pris dans un tourbillon de mensonges et de demi-vérités ?
L’identité d’un individu se forme au cours des premières années de sa vie. Le nom ne fait pas simplement partie de l’essaim, il en est le cœur. Il devient l’aimant autour duquel sont rassemblées toutes les particularités qui définissent qui nous sommes et qui nous rendent en quelque sorte uniques. Apparence, signes particuliers, goûts, dispositions, forces et faiblesses. L’identité est à son tour fondamentale pour définir la personnalité. La transformation de la première risquait de dégrader la seconde en quelque chose de dangereusement indéfini.
Avec un style captivant, simple et fluide, Donato Carrisi sait maintenant divertir ses lecteurs mais il sait surtout cacher la vérité jusqu’au bout. Peu importe que vous soyez un dévoreur de thrillers ou un expert en psychologie, sa fin réussira quand même à vous surprendre et à vous laisser sans voix.
Chaque chapitre deviendra une pièce très importante qui vous permettra de compléter un puzzle complexe dans lequel la vérité et le mensonge, s’insinueront si bien dans votre esprit que vous ne pourrez pas distinguer la réalité de l’illusion.
Pourquoi lire La Maison des voix Car dès les premières pages, vous serez captivé et submergé par une succession de rebondissements qui vous mèneront dans les ténèbres les plus profondes de l’âme humaine.
Mais la paranoïa était le premier pas vers l’abîme de la folie, et il devait rester lucide.
Note : 9,5/0
Éditeur : Calmann-Lévy (4 novembre 2020) Langue : : Français Broché : 304 pages ISBN-10 : 2702180337
R. J. Ellory fait partie de mes auteurs préférés. Il n’est pas l’auteur qui va mettre en place l’histoire la plus mouvementée, il n’est pas l’auteur qui va s’enraciner dans une routine paresseuse en créant des personnages récurrents. R. J. Ellory et sa plume sont plus intéressés par la noirceur de l’âme humaine et des conséquences que cela entraîne sur ses personnages. Un auteur qui a fait des ténèbres humaines et de la tristesse qui les accompagnent sa marque de fabrique.
Papillon de nuit est le tout premier roman écrit par l’auteur mais comme bien souvent il n’est pas le premier à avoir été publié en France, les aléas de l’édition font qu’il n’a trouvé les étales des librairies françaises que douze ans après sa publication. On y retrouve déjà la plume mélancolique qui va faire la renommée de l’auteur.
L’ouvrage est une traversée à travers l’Histoire des États-Unis durant presque trois décennies. Trois décennies faites de violence, de haine, de meurtres et de racisme. Malheureusement pour l’ouvrage et mon plaisir de lecture, j’ai entamé la lecture de ce livre après avoir baigné quasiment toute l’année 2020 dans cette ambiance sudiste propre à l’Amérique. Il y a d’abord eu les deux livres de Greg Iles qui se veulent comme un exposé touffu sur une dynastie raciste puis le récit magistrale de Joe R. Lansdale les marécages qui nous plongent au plus près du quotidien sudiste des années 30. Plus tôt dans l’année j’ai lu le polar Darktown de Thomas Mullen dans lequel les premiers flics de couleurs se débattent avec un racisme omniprésent. Enfin la mini-série Watchmen produite par HBO explore aussi beaucoup les tensions raciales de l’Amérique, sans oublier l’actualité internationale qui nous rappelle constamment que les États-Unis n’ont toujours pas exorcisé leurs vieux démons racistes. Je crois que j’en suis tout simplement arrivé à un point où il faut que je fasse une pause avec cette partie de la culture et de l’histoire américaine. Aussi poignants et intéressants soient-ils, les récits issus de cette période de l’Amérique sont aussi très difficiles à lire, surtout lorsque l’on s’intéresse à ce qu’il se passe dans ce pays actuellement. J’en ai tout simplement assez de leur haine rance, de leur idéologie infâme et de leurs crimes inspirés par la peur de voir leurs privilèges disparaître. Je vais m’efforcer d’aller vers d’autres cultures, d’autres Histoires nationales pour l’année à venir.
Ce long aparté pour vous faire comprendre que l’ouvrage d’Ellory ne m’a malheureusement pas appris grand chose sur la mentalité américaine de l’époque. Le point de vue du personnage principal, Daniel, sur les grands moments de l’Histoire de son pays est vu et revu et les témoignages qu’il recueille auprès d’un autre prisonnier sont émaillé de théorie complotiste pas très convaincante tandis que je connaissais déjà l’histoire de la création de Klux Klux Klan . La retranscription de cette période de l’Histoire des États-Unis est beaucoup plus convaincante lors des flashbacks qui mettent en scène Daniel et son meilleur ami Nathan.
C’est là que la plume D’Ellory fait des merveilles. Quelques mots suffisent à l’auteur pour recréer dans les pages de son roman une époque bénie où les sodas coûtaient quelques cents et où deux enfants pouvaient se réchauffer sous le soleil de Caroline du Sud, au bord de la rivière tout en pêchant du poisson. Une innocence toute relative car, très vite, le spectre du racisme refait surface mais qui a l’avantage d’apporter un souffle de nostalgie sur un récit très mélancolique. Le récit au présent est, en effet, empreint d’une tout autre ambiance, la résignation, la résilience et la mélancolie domine largement, ainsi qu’une rage sourde, restait trop longtemps enfoui. Impossible de ne pas ressentir d’emphatie pour ce personnage tragique qu’est Daniel, victime d’une machinerie judiciaire qui ne lui a laissé aucune chance et qui conserve dans sa cellule autant de fantômes et de regrets qu’une vie ne saurait les compter.
Le recit en lui-même n’offre pas de retournements de situation affolants, on les voit venir de loin. Comme je l’ai dit plus haut ce n’est pas par ces éléments que l’auteur a su se faire remarquer, même si par la suite il saura mettre en scène de jolis twists dans ses romans ultérieurs. Malgré les flashbacks, la narration se révèle linéaire. C’est sans doute voulu par l’auteur et le procédé fonctionne, on a parfois l’impression d’être avec Daniel dans sa cellule à pleurer sur ce qui a été et ne sera plus jamais. Cependant le final se révèle quelque peu convenu.
Ce premier roman révèle déjà toute l’étendue du talent de R. J. Ellory qui finira par établir la réputation de l’auteur auprès des lecteurs friands d’ambiance sombre et mélancolique. Mais il a le malheur d’arrivé un peu tard dans mon parcours de lecteur pour que je puisse profiter de toute sa profondeur historique.
Résumé:Assassinat de Kennedy, guerre du Vietnam, luttes pour les droits civiques, Ku Klux Klan : c’est dans cette Amérique en crise des sixties que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Verney, son meilleur ami. 1982. Daniel est dans le couloir de la mort. Peu de temps avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air.Papillon ne nuit, premier roman publié de R. J. Ellory, nous emporte là où rodent la folie et le complot.
Après s’être fait un nom dans le milieu littéraire avec sa saga de fantasy Eragon, l’autre succès young adult des années 2000, Christopher Paolini revient avec une nouvelle saga. Une saga de science-fiction cette fois-ci, on reste sur les terres de l’imagination, l’auteur invente un univers solide, très référencé, qui pose les bases d’une nouvelle épopée épique.
Les amateurs de science-fiction ne seront pas dépaysés à la lecture de cette nouvelle saga. De multiples références à des oeuvres devenues cultes parsèment l’ouvrage à commencer par le film Alien de Ridley Scott. Plus tard c’est la saga vidéo-ludique Mass effect qui s’invite dans le vortex de références qui soutiennent Idéalis. Il y en a sans doute d’autres qui m’on échappées. Cet aspect très référencé ancre le récit dans un voyage extrêmement balisé qui n’a rien d’original mais reste plaisant à lire. Le récit reste très accessible malgré l’omniprésence d’une technologie imaginaire, il suffit d’avoir lu ou vu une ou deux œuvres de science-fiction pour saisir immédiatement les concepts qui constituent cet univers.
Le récit se focalise sur Kira, l’héroïne de cette nouvelle saga. L’auteur a la bonne idée de nous la présenter comme une fille simple. Malgré son métier d’exobiologiste et sa batterie de diplôme, elle n’aspire qu’au bonheur familial et à la stabilité. Impossible de ne pas ressentir de l’empathie pour elle lorsque son monde implose. Une héroïne positive et pleine de ressources auquel il est aisé de s’identifier. Il n’y a que vers le second tiers du récit que l’auteur commet un faux pas dans son écriture. En effet, afin de développer certains personnages secondaires, l’auteur n’a rien trouvé de mieux que de lancer Kira dans une suite de questions réponses assez intrusive et forcés. La démarche paraît artificielle tout comme les prétextes trouvés par l’auteur pour justifier ces confessions. Mais à part ces écarts, qui permettent quand même d’épaissir des personnages secondaires attachants mais là aussi très classiques, Kira campe parfaitement l’héroïne embarquée malgré elle dans l’aventure et qui découvrira les mystères intersidéral en même temps que le lecteur.
Malgré son nombre de pages conséquents, près de 800 si l’on excepte ses appendices et la postface, le rythme est soutenu. L’auteur ménage les passages de tension, les scènes d’action et les instants plus calmes sans que l’on ressente jamais un manque de souffle. Le fait que certaines informations primordiales aux mésaventures de Kira transite par ses rêves est par contre assez regrettable car certaines informations restent nébuleuses. Ces passages brisent quelque peu le rythme de lecture sans pour autant être fondamental au développement du récit. Il faudra d’ailleurs un long dialogue vers la fin du livre pour tamiser la masse d’informations recueillies durant ce premier tome pour que l’on y voit un peu plus clair. L’auteur maîtrise donc parfaitement sa narration mais pas encore complètement la manière dont il transmet les clés de son récit.
Un premier tome convaincant, une nouvelle saga qui ne réinvente rien mais qui promet des heures de lectures passionnantes dans un univers bien construit en compagnie d’une héroïne attachante.
J’en profite pour remercier le site babelio et les Éditions Bayard qui m’ont envoyé l’ouvrage dans le cadre d’une opération masse critique.
Résumé:Kira Navárez rêvait d’un monde nouveau. Elle vient de réveiller un cauchemar d’une ampleur intersidérale… Lors d’une mission de routine sur une planète inconnue, Kira découvre un organisme vivant d’origine extraterrestre. Fascinée, elle s’approche de l’étrange poussière noire. La substance s’étend sur tout son corps et commence à prendre le contrôle. Kira, en pleine transformation, va explorer les dernières limites de sa condition d’être humain. Mais quelle est l’origine de cette entité ? Quelles sont ses intentions ? La scientifique n’a pas le temps de répondre à ces questions : la guerre contre les aliens est déclarée, et Kira pourrait bien être le plus grand et le dernier espoir de l’humanité.
Dans le ciel d’Adua, les cheminées industrielles crachent leur fumée et le monde nouveau regorge de possibilités. Mais les temps anciens ont la peau dure. À la frontière du Pays des Angles, dans un bain de sang, Leo dan Brock cherche à se couvrir de gloire… et à écraser les hordes de maraudeurs. Pour vaincre, il a besoin du soutien de la couronne. Hélas, le prince Orso ne vit que pour trahir…
Chronique : Difficile de retranscrire en quelques mots la joie que j’ai eu en découvrant que j’allais avoir l’occasion de lire en exclusivité le nouveau roman de Joe Abercrombie. Cet auteur anglais de fantasy est le plus doué mais également le plus irrévérencieux que j’ai pu lire. En cela il s’apparente à ce camarade de classe au lycée qui passait son temps à sécher les cours et défier l’autorité tout en obtenant les meilleures notes.
Abercrombie s’amuse en effet à tordre les codes du genre dans lequel il a décidé de devenir l’une des têtes d’affiche, la fantasy, un genre qui est devenu extrêmement codifié au fil des décennies, au point de paraître parfois sclérosé. Avec deux trilogies déjà parues, trois récits indépendants et un recueil de nouvelles l’auteur est parvenue à redéfinir les codes de la fantasy. Sa recette pour y parvenir est simple, une intrigue faites de complots, de trahison et de guerres absurdes, le tout servie par des personnages complexes à la personnalité bien étudiée et des dialogues taillés sur mesure.
Avec ce premier volume de L’âge de raison il entame le second cycle qui développe l’univers de La première loi, sa toute première saga, dont le twist final m’avait laissé pantois tellement je ne l’avais pas vu venir. Évidemment la lecture de cette première trilogie est chaudement recommandée si vous voulez saisir toutes les références distillées dans le présent ouvrage ainsi que le nouveau statu-quo politique et géopolitique. Les amateurs de cette saga initiale se retrouveront vite en terrain connu tandis que les lecteurs imprudents risquent de sentir une certaine frustration à ne pouvoir saisir toutes les subtilités de l’intrigue. L’auteur profite de ce second cycle se déroulant dans le même univers pour casser un autre code de la fantasy qui veut que le progrès reste au point mort dans les univers fantastiques, condamnés à stagner éternellement dans un moyen Âge où la technologie n’évolue pas. Ici Abercrombie invite la révolution industrielle dans son récit avec toutes les conséquences que cela entraîne.
Mais trêve de tergiversations, ce premier volume d’un nouveau cycle se révèle-t-il à la hauteur des attentes ? En ce qui me concerne c’est un grand oui même s’il faut reconnaître que l’auteur se contente d’aiguiser sa plume avec les mêmes outils et que les connaisseurs de son style ne sauront guère surpris à la lecture ce nouveau roman. Mais la formule à beau être connue elle n’en reste pas moins acérée et efficace.
Ladite formule repose sur des ingrédients simples que certains auteurs, de fantasy mais pas uniquement, feraient mieux de reprendre à leurs comptes. Une formule qui consiste à laisser la part belle aux dialogues ciselés et où chaque personnage rivalise de sarcasmes et de réparties cinglantes. Des dialogues soutenus par des personnages complexes, perclus de contradictions, de ressentiments, d’ambitions, de désir, en somme des personnages profondément humains auxquels l’auteur parvient à accorder de l’épaisseur en quelques réflexions intérieures qui nous font part de tous leurs paradoxes.
Les protagonistes principaux sont nombreux mais l’auteur parvient à laisser de la place à chacun d’entre eux, y compris les personnages secondaires. Certains d’entre eux répondent aux figures classiques de la fantasy mais toujours avec cette touche grinçante signée Abercrombie. D’autres par contre sont des parfaits exemples de personnalités que nous adorons détester à travers les médias et les réseaux sociaux. Ainsi le prince dépravé Orso, exemple typique de la décadence royale, fait écho à une certaine Paris Hilton, mais le dégoût qu’il inspire à la population n’est jamais aussi grand que celui qu’il ressent envers lui-même. À l’opposé la déterminée Savine renvoie à l’image du capitaine d’industrie avide de profit et peu regardant sur les conditions de travail de ses employés, mais son cynisme et son ambition cachent une impuissance face à la pression sociale et une rage qui la pousse à prouver au monde sa valeur. Le premier tiers du récit permet de faire connaissance avec tout ce beau monde avant que l’action ne déferle de manière irrémédiable.
Les scènes d’action sont autre atout du récit, là où d’autres auteurs s’attachent à détailler précisément la moindre action ainsi que le moindre brin d’herbe du champ de bataille, Abercrombie lui va nous décrire la bataille pour ce qu’elle est vraiment, une apocalypse sans nom où mille choses se déroulent en même temps, où la bravoure est aussi rare que l’honnêteté en politique, où la survie tient plus de la chance que de l’expérience. Il adopte le point de vue d’un spectateur lambda qui assisterait à une scène de bataille médiévale sans en connaître le vocabulaire pour narrer simplement des scènes de combat réalistes. Il en résulte une grande clarté dans ces scènes où souvent les protagonistes sont tout aussi désemparés que le lecteur.
L’ouvrage offre peu de descriptions et l’auteur ne s’attarde guère sur cet aspect de la narration, sans doute a-t-il conscience que cela n’est pas le point fort de sa plume mais peu importe au final car l’intrigue, qui n’a fait que se dévoiler partiellement durant ce premier tome, et les personnages suffisent amplement à accomplir le voyage sur les terres de l’Union. L’intrigue est un entrelacs de complots et de conflits territoriaux auréolé de revendications sociales qui font bien sûr échos aux troubles qui secouent nos chers pays occidentaux.
Avec cet auteur il faut s’attendre à tout, et même si mes connaissances sur son univers me permettent de voir parfois les ficelles de son intrigue je m’attends à être agréablement surpris dans les tomes suivants dont je vais ardemment surveiller la parution.
Qu’est-ce que l’amitié ? L’imagination ? L’égalité ? Le racisme ?Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour apprendre à penser, Tahar Ben Jelloun invite le lecteur à s’initier dès le collège aux notions clefs de la philosophie. Une leçon de sagesse lumineuse et nécessaire qui, dans un monde toujours plus complexe, nous aide à mieux comprendre notre rapport à nous-même, à l’Autre et à notre planète.
Chronique : Livre très intéressant présenté dans un format agréable à lire en aucun cas rébarbatif. Certaines pages sont illustrées. Il peut être utilisé comme une sorte de dictionnaire permettant de répondre à des questions genre « qu’est-ce que la beauté… . » Bien sûr à un niveau assez simple mais suffisant pour la plupart qui n’ont qu’une vague notion de la philosophie. Pas moralisateur mais très concret sans pour autant être dénonciateur. Pour les plus jeunes, cela aidera les parents d’apporter pour des éléments de réponse comme : « qu’est-ce que mourir ? » et pour les ados une approche presque ludique de la philosophie. Chaque « définition » se termine par « à toi de jouer » qui consiste à mettre en situation , en question, le mot précédemment expliqué et ainsi cela aidera « le jeune » à concrétiser les explications précédentes. Exemple pour « beauté », : « On dit que la beauté est appréciée de manière relative. Penses-tu qu’il existe une beauté absolue, une œuvre d’art, une personne que tout le monde trouve belle ? »
Note : 9,5/10
Broché : 208 pages ISBN-10 : 2075142661 ISBN-13 : 978-2075142663 Dimensions : 19.2 x 1.6 x 24 cm Éditeur : Gallimard Jeunesse (27 août 2020)
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte. Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai. Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.
Chronique : Un livre qui vous saisit, vous fait renoncer au programme que vous vous étiez fixé pour la journée afin d’arriver à la fin, c’est plutôt rare.. L’art de l’intrigue, l’écriture parfaitement maîtrisée, les formules lapidaires choc que vous aimeriez bien retenir pour les replacer, tout y est. Les personnages sont consistants, attachants, certains pathétiques les situations inattendues et on espère des explications, un dénouement extraordinaires. C’est oublier que là n’est pas le but de cet ouvrage et que ce qu’a voulu l’auteur, me semble-t-il, c’est nous faire vivre avec ses personnages ces moments improbables et ces situations devant lesquelles on se demande bien comment nous, nous réagirions. Alors oui, Le Tellier nous propose quelques clés à son intrigue, dont une déjà évoquée par Daniel Galouye en 1964, mais c’est un peu décevant mais pas grave car ce n’est pas ce qui l’intéresse, pas ce qui devrait nous intéresser. Au passage, on pourrait s’interroger sur les arcanes de l’édition qui fait publier ce livre dans une collection littérature. Y a-t-il sa place ? Aurait-il été plus opportun de le publier dans une collection SF ? Mais revenons à ce bouquin : si on entre dans le jeu de l’auteur alors on se pose cette question en frissonnant : sommes-nous réels ?
Note : 9,5/10
ISBN-10 : 207289509X ISBN-13 : 978-2072895098 Dimensions : 14 x 2.2 x 20.5 cm Poids de l’article : 330 g Broché : 336 pages Éditeur : Gallimard; 1er édition (20 août 2020)
Dissimulés parmis toutes mes lectures policières et fantastiques de l’année 2020, quelques livres de littérature française générale se sont glissés et ont su m’accaparer tant par leurs styles que par leurs histoires. Certains d’entres eux se rapprochent d’ailleurs beaucoup de la littérature noire de par leurs thèmes, leurs personnages et leurs atmosphères pesantes. L’heure n’est pas encore aux bonnes résolutions pour l’année prochaine mais je vais pourtant en prendre une dès maintenant, celle de lire plus de littérature générale, qu’elle soit d’origine française ou étrangère. Cela va me demander un peu d’effort et de discipline, et surtout d’arrêter de me faire piéger par des quatrième de couverture mensongères. En attendant je vous laisse découvrir ce classement composé de cinq ouvrages qui m’ont marqué en cette troublante année.
1 Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona
On commence fort avec l’un des romans le plus pessimiste qu’il m’ait été donné de lire cette année. Un roman d’une noirceur absolue, une atmosphère étouffante, des scènes d’une crudité malsaine et une cruauté implacable. Tels sont les éléments qui parcourent ce roman sans concessions. Une roman d’une beauté saisissante, une beauté sombre et inavouable. Un roman où les réflexions personnelles des personnages sont des tirs de sniper qui visent juste à chaques fois.
En seconde place se trouve à nouveau un livre d’une noirceur insondable. La douleur d’un homme face à l’horreur. La rage d’un père impuissant face au traumatisme de son enfant. La tristesse d’un catholique qui se voit confronté aux limites de sa foi. Un livre que l’on achève les joues striés de larmes et le ventre noué par des hauts-le-cœur.
On passe à un recit plus positif mais tout aussi poignant. Il faut laisser à l’auteur le temps d’installer son récit avant d’avoir la possibilité de lire des scènes d’une tendresse qui arracheront des larmes même aux cœurs le plus endurcis. Les personnages sont d’une justesse rarement égalée et le destin de Hedy constitue la véritable force du récit.
On repart sur un roman noir, non pas par l’atmosphère pesante mais par son cynisme et son pessimisme. La nature humaine n’est pas à l’honneur dans ce récit qui prend des airs de chronique d’espionnage. Le style journalistique de l’auteur évite l’emphase et permet de prendre la mesure de la gangrène qui règnent dans le paysage politique français.
On finit ce classement par le seul auteur auto-édité que j’ai lu cette année. La raison est toute simple j’emprunte les livres en médiathèque où les auto-édités sont rares malheureusement et je dispose d’un budget serré, d’ailleurs parmis les livres de ce classement figure un seul livre envoyé par une maison d’éditions. L’auteur m’as fait l’honneur de me contacter personnellement et de m’envoyer son roman . J’ai eu le plaisir de découvrir une plume qui manie aussi bien le sarcasme, le cynisme, l’humour grinçant mais aussi l’intime. Si toute la partie burlesque du récit est plaisante à suivre c’est lors de ces scènes intimes que l’auteur démontre tout son talent à travers la relation de ce fils et son père perclus de non-dit douloureux. Un auteur à découvrir et qui nous réserve de belles surprises à l’avenir.
On continue la rétrospective 2020 avec cette fois-ci les œuvres qui m’ont le plus enthousiasmé dans le domaine des lectures de l’imaginaire. Un genre souvent méprisé mais qui offre pourtant de superbes moments d’évasions. Un classement composé uniquement de cinq ouvrages il a fallu faire des choix malheureusement. Petite précision sur ce classement les lectures du mois de décembre ne seront évidemment pas oubliées elles apparaîtront dans le classement de l’année prochaine.
1 chien de guerre d’Adrian Tchaikovsky
On commence avec de la science-fiction, un récit dont le personnage principal est un chien et où l’homme tient le second rôle, et pas le plus glorieux. Mais pas n’importe quel chien, une machine à tuer commandé par l’homme qui va peu à peu prendre son indépendance. Une fable remplie d’humanité comme son titre ne le laisse pas paraître.
Une lecture déconcertante car l’horizon de lecture était tout autre au moment d’entamer la lecture. Shaun Hamill signe une œuvre poignante et profonde avec en toile de fond l’héritage lovecraftien. Si vous souhaitez découvrir une saga familiale parsemée d’éléments fantastique ce livre est fait pour vous.
Voilà sans doute la lecture de fantasy la plus rafraîchissante que j’ai pu lire cette année. Un univers où la magie côtoie la technologie, des personnages immédiatement attachants et un récit tout sauf manichéen. Un auteur qui ne demande qu’à ce que je découvre le reste de ses œuvres.
J’adore lorsqu’un auteur parvient à s’emparer des éléments de l’univers de Lovecraft pour écrire sa propre histoire. Dans ce récit où la brume maritime dissimule de sombres créatures, vous pourrez suivre une figure historique anglaise, lord Thomas Cochrane, qui assiège fort Boyard rien que ça.
On achève ce classement sur une lecture récente, il n’y aura donc pas de lien renvoyant vers une chronique antérieure. Quelques lignes suffiront pour vous dire que cette livraison 2019 du maitre de l’horreur m’a bien plus convaincu que l’institut paru en début d’année. La narration resserrée, la variation sur l’image du croque-mitaine, les retournements de situation que je n’avais pas vue venir et une intrigue constamment sur la corde raide permettent à ce thriller horrifique d’atteindre la cinquième place du classement malgré une fin précipitée mais les connaisseurs du King ont l’habitude malheureusement.