Mysterious skin de Scott Heim, enfance martyr, enfance volée

Il y a des ouvrages comme ça qui vous happe dès la première page et qui, au fil du récit, se faufile un chemin jusqu’à votre cœur et vous laisse pantois, l’âme éblouie par tant de beauté mélancolique et le visage en larmes. Mysterious skin est de ces ouvrages.

J’ai eu l’occasion de lire ce livre une première fois il y a une dizaine d’années et sa lecture m’a laissé un souvenir impérissable. Aujourd’hui une relecture attentive a confirmé le monument d’émotions brutes que représente ce roman. Un chef-d’œuvre intemporel qui m’a encore bouleversé lors de cette seconde lecture.

Le récit de l’Américain Scott Heim est un chemin de vie parallèle, un double parcour de vie fracassé. L’auteur nous invite à suivre Brian et Neil, deux jeunes garçons prisonniers de la société conformiste de l’Amérique rural du Kansas dans les années 80 jusqu’au début des années 90. Dix ans, dix ans que nous allons passer au cœur de deux vies éteintes par une étreinte démoniaque. Une décennie pour rallumer la flamme et oser braver les ténèbres qui se sont penchées sur leur destin.

Le récit nous offre une narration en miroir où l’on suit les deux personnages principaux alternativement. Le portrait de ces deux êtres marqués par un évènement traumatisant est d’une finesse psychologique rarement égalée. Brian est le gamin mal dans sa peau, introverti, coincé entre un père exigeant et une mère surprotectrice. Un enfant au cri silencieux que personne ne saura entendre. Lors de ma première lecture je me souviens avoir ressenti une certaine lassitude lors de la lecture des chapitres consacrés à Brian, il faut reconnaître que, de prime abord, ce personnage paraît un peu fade face à Neil le flamboyant. Pourtant au fil du récit son parcours va prendre une ampleur insoupçonnée et Brian sera faire preuve de courage pour trouver les réponses aux questions qui le hantent. Accompagner ce personnage durant cette décennie sera, pour le lecteur, comme assisté à la longue sortie de chrysalide d’un papillon qui aurait enterré ses émotions pour mieux les retrouver une fois sa mue terminée.

En face l’auteur met en scène Neil, un personnage magnétique, immédiatement charismatique. Un enfant qui a grandi trop vite et qui ne cesse de se débattre pour échapper au carcans imposés par la société conformiste américaine. Un phénix qui illumine son entourage de sa prestance, de son sens de la provocation, qui consume le cœur de ses proches sans même sans rendre compte, qui se persuade qu’il contrôle sa vie alors qu’il n’en ait rien comme l’auteur va nous le montrer au cours du chemin de vie qui est le sien. Je me souviens que je trouvais ce personnage fascinant lors de ma première lecture, aujourd’hui je comprends que l’auteur a voulu montrer comment un traumatisme peut marquer une vie et influencer les choix d’une personne. Là où Brian apparaît comme une chenille qui doit entamé sa mue, Neil serait plus un éphémère qui brûle sa vie de tous côtés dans un tunnel de drogues, de sexe et de prostitution. Jusqu’au point de non-retour.

« Il portait un T-shirt de dragster, un blouson en vrai cuir avec des fermetures éclair semblables à des rangés de dents, et des bottes assorties. Des animaux ont été tués pour fabriquer ces vêtements, ais-je pensé. Il serait avec un couteau à cran d’arrêt dans une main, et moi dans l’autre. » Wendy Peterson décrivant sa rencontre avec celui qui finira par devenir son meilleur ami.

Pour développer ces deux personnages, aussi chargés en émotions l’un que l’autre, l’auteur a opté pour une plume différente selon qui l’on va suivre. Ainsi les chapitres consacrés à Brian font montre d’une plume contemplative, où l’introspection prend une part importante alors qu’une mélancolie diffuse imprègne toute l’atmosphère. C’est une plume plus ronde alors que les chapitres consacrés à Neil sont écrits dans un style plus acéré, plus mordants. Il faut noter que le parcours de Neil, en véritable acteur principal de sa propre tragédie, nous sont souvent contés par la vision de personnages secondaires tout aussi délicieux et attachants. Leurs points de vue sur le parcours de Neil témoignent de l’impuissance que l’on ressent parfois envers un proche qui refuse notre aide. Des chapitres poignants parcourus par des fulgurances poétiques qui illustrent la détresse psychologique des personnages.

Un récit d’une grande finesse et il n’en fallait pas moins étant donné les sujets délicats qu’il aborde. Les thèmes de la pédophilie, la sexualité précoce et la prostitution sont abordés de manière frontale mais jamais gratuite. Une finesse que l’on retrouve lors d’un final que certains jugeront abrupt mais ce serait oublié que l’auteur ne nous a jamais promis une fin heureuse, juste le chemin qui mène à celle-ci.

Résumé: Récit bouleversant de deux quêtes douloureuses, de deux destins meurtris que rien ne semble pouvoir apaiser, Mysterious skin explore, sans complaisance, sensationnalisme ni faux-semblants, la question de la pédophilie, la complexité de l’éveil sexuel et le passage à l’âge adulte. Tracé d’une plume sobre, empreint de poésie et de délicatesse, un magnifique portrait de l’enfance, dans la violence de relations troubles et traumatisantes.

  • Éditeur ‏ : ‎ Au Diable Vauvert (6 octobre 2005)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 407 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2846260907
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2846260909
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 422 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 13.1 x 2.7 x 19.8 cm

Conan le Cimmérien – 7 juillet 2021 de Robert E. Howard

Conan est l’un des personnages de fiction les plus connus au monde. Robert E. Howard l’a créé en 1932 et avec lui, l’heroic fantasy. Ce héros, ainsi que la puissance évocatrice de l’écriture de son auteur, a eu et a toujours une influence majeure, au moins égale à celle de Tolkien, sur tout l’imaginaire occidental.

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Chronique : Conan le Cimmérien est un classique de la littérature Fantasy et offre suffisamment de Conan pour satisfaire, mais pas trop pour ne pas se gaver de ce barbare macho. Les histoires de ce volume sont présentées dans l’ordre où elles ont été écrites,. Dans cet ordre, on peut voir l’écriture de Howard évoluer au fur et à mesure que le livre avance. Howard se répète, tant dans la caractérisation que dans l’intrigue, à quelques reprises. Mais c’est en fait une vertu dans ce cas, car cela « épaissit » le personnage de Conan. Si le lecteur ne se limite qu’à quelques histoires de Conan, il passe à côté de l’approfondissement du personnage – il ne s’agit pas nécessairement d’une croissance, puisqu’il est, à la base, toujours le même. Mais Conan est un personnage plus profond que vous ne l’imaginez si vous avez limité votre vision de lui à quelques histoires seulement.

Il y a un certain nombre d’excellentes histoires dans ce volume, bien qu’aucune ne soit sans défaut. « La Tour de l’Eléphant », par exemple, est une grande histoire mystique, malheureusement gâchée par la rencontre improbable (et très peu crédible) avec le maître voleur, Taurus de Némédia.

La « Reine de la Côte Noire » est ce qui se rapproche le plus d’une romance dans un récit de Conan, une romance qui est favorisée par Belit (la reine dont il est question dans le titre) et son incroyable pulsion hormonale. Cette histoire montre vraiment Howard sous son plus mauvais jour, comme en témoigne une énorme chute d’informations au milieu de l’histoire, de la bouche même de Conan. Pour être honnête, je préfère Conan quand il parle moins. ce texte est représentatif de tout ce qui fait qu’une histoire de Conan est une histoire de Conan : mystère, sorcellerie, luxure et vengeance. Si vous parvenez à faire abstraction du racisme et du sexisme affichés, ou du moins à réprimer l’envie d’arrêter la lecture par pur dégoût pour ces attitudes dépassées, vous trouverez là une histoire de qualité, voire élégante.

Le « Colosse noir » contient peut-être la meilleure description de la raison pour laquelle l’attitude du barbare est si… eh bien, barbare :

Conan écoutait, imperturbable. La guerre était son métier. La vie était une bataille continuelle, ou une série de batailles ; depuis sa naissance, la mort était une compagne constante. Elle rôdait horriblement à ses côtés ; elle se tenait sur son épaule, près des tables de jeu ; ses doigts osseux secouaient les gobelets de vin. Elle se dressait au-dessus de lui, ombre monstrueuse et encapuchonnée, lorsqu’il se couchait pour dormir. Il ne se souciait pas plus de sa présence qu’un roi ne se soucie de la présence de son échanson. Un jour, son étreinte osseuse se refermerait, c’était tout. Il lui suffisait de vivre le présent.

La Maison aux trois bandits est l’une de mes histoires préférées de ce volume, mais pas à cause de Conan, qui ne joue qu’un rôle périphérique dans l’histoire jusqu’à son apogée. Cette histoire était pleine de mystère et de trahison, avec un homme-bête démoniaque comme méchant (le plus évident) et une foule d’astuces technologiques déguisées en sorcellerie qui conféraient à l’intrigue une excentricité rafraîchissante. Que demander de plus dans un récit d’épée et de sorcellerie ?

Le Diable d’Airain semble rassembler de nombreux tropes trouvés dans les histoires précédentes et constitue le point culminant approprié du volume. Il s’agit de l’histoire la plus proche que Conan n’ait jamais eu, donc si vous avez besoin d’un jeu de rôle, cette histoire est faite pour vous.

Une section d’Appendices assez longue conclut le livre, mais c’est une sorte d’anticlimax, si on le lit directement. De temps en temps, je revenais à cette section lorsque je sentais la fatigue du lecteur s’installer. J’ai trouvé que les articles sur l’âge hyborien et sur la genèse de la carrière d’Howard étaient des diversions temporaires bienvenues qui m’ont permis de me ressourcer pour aborder d’autres histoires. Les deux cartes brutes ont également permis de contextualiser les histoires dans des limites géographiques.

J’ai omis de mentionner de nombreuses histoires dans ce volume. C’est intentionnel. Vous pouvez ou ne pouvez pas aimer les mêmes histoires que moi, mais je crois qu’il y a assez dans ce roman pour justifier un bon, long moment de votre temps de lecture.

Note : 9,5/10

ASIN ‏ : ‎ B08YML2VKC Éditeur ‏ : ‎ Bragelonne (7 juillet 2021) Langue ‏ : ‎ Français Broché ‏ : ‎ 544 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1028116743

L’île interdite de James Rollins, Gare aux piqûres

On ne va pas y aller par quatre chemins pour parler de cette lecture, c’était fun, c’était divertissant, c’était tout à fait le genre de lecture de  décompression dont on a besoin lorsque l’on s’apprête à partir en vacances.

N’attendez rien du style ni de la psychologie des personnages. On lit un James Rollins avant tout pour l’action et ses intrigues pseudo scientifiques improbables mais captivantes. On en profite au passage pour glaner quelques éléments de culture générale. Dans ce volume des aventures de la force Sigma l’auteur évoque la route de l’ambre, les mines de sel de Wieliczka, un endroit qu’il m’a donné envie de visiter mais aussi les mystères entourant James Smithson et le Smithsonian.

La formule Rollins consiste à appliquer à la lettre la formule du Blockbuster hollywoodien. L’action frénétique y est juste entrecoupée de passages explicatifs, les méchants sont très méchants, voire même stupide par moments, comme le vénérable Takashi qui fait preuve de beaucoup de légèreté dans la communication de son plan diabolique, comme quoi la sagesse ne vient pas forcément avec l’âge. Les gentils sont altruistes, volontaire mais il ne faut pas trop les chercher non plus et l’intrigue est une profusion d’incohérences qui finissent par être gênantes, surtout vers le dénouement mais encore une fois la vraisemblance n’est pas ce que l’on recherche avec ce genre de lecture.

Si l’on est capable d’accepter ces défauts inhérents à ce genre de roman d’aventures on passe plutôt un bon moment. Il manque peut-être juste une pointe d’humour qui permettrait à l’intrigue de prendre un peu de recul sur cette crise mais le comic relief c’est tout un art que ne maîtrisent pas forcément les blockbuster.

Résumé: Au large des côtes du Brésil, une équipe de scientifiques découvre une île où toute vie a été éradiquée par une espèce inconnue et extrêmement dangereuse. Avant d’avoir pu rapporter leur découverte, ils sont tous éliminés par une force mystérieuse. Seul un expert des créatures venimeuses en réchappe. Mais face à une espèce qui s’adapte à son environnement au risque de devenir de plus en plus incontrôlable, le commandant Gray Pierce et son équipe vont devoir affronter leurs plus grandes peurs pour éviter que le monde que nous connaissons soit entièrement détruit.

  • Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (8 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 480 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2265143952
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265143951
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 560 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.6 x 3.1 x 22.6 cm

Mes vies à l’envers de Maxime Fontaine, une aventure sans dessus-dessous

Voilà un récit jeunesse qui a compris le sens du mot aventure.

Cela fait presque deux semaines que j’ai fini le roman de Maxime Fontaine mais la photo me posait un gros souci. En effet difficile de prendre une belle photo lorsqu’on a lu l’ouvrage sur une liseuse en noir et blanc. Mon escapade dans le pays béarnais était l’occasion rêvée pour rendre hommage à ce savoureux roman d’aventures fantastique.

Si parmis vous se trouvent des parents qui veulent initier leur adolescents fâchés avec la lecture ce roman me paraît idéal. Ils pourront y suivre les déboires de ce pauvre Yohann dans un voyage inattendu qui va l’amener des tranchés de la Première Guerre mondiale jusqu’au Japon féodal en passant par la ville de Lisbonne du 18ème siècle. L’aventure commence immédiatement, le rythme est effréné et, chose de plus plus en rare, on a un personnage d’adolescents bien écrit, au caractère sensé et plein de ressources.

Et de la ressource il en aura bien besoin pour faire face au danger qui l’attend. L’attrait du récit repose sur ce jeune personnage positif et altruiste. Le rythme est parfaitement dosé entre action et passage plus posé, mention spéciale à la période où Yohann suit l’entraînement du charismatique Edmundo, le médecin royal exilé, bretteur à ses heures perdues.

L’ouvrage s’inscrit bien sûr dans le cadre du récit initiatique. S’il apparaît tout d’abord naturellement désemparé, Yohann va petit à petit développé ses capacités, son regard va s’affûter et son esprit s’ouvrir à toutes les époques qu’il va traverser. En tant que lecteur voir grandir et mûrir ce jeune homme sous nos yeux est un plaisir de lecture immense. L’attachement entre Yohann et le lecteur est une condition indispensable pour apprécier la lecture.

Un excellente lecture pour tous les jeunes qui cherchent à se réconcilier avec la lecture. Le seul passage qui m’ait fait tiquer c’est lorsque le grand ennemi de l’intrigue se dévoile, la phase explicative m’à paru trop longue et vient briser un rythme soutenu jusqu’alors mais il s’agit d’un défaut somme toute mineur et subjectif, d’autres pourront être soulagés avoir enfin toutes les réponses être dévoilées.

Résumé : Rentrant chez lui, Yohann Massart, jeune lycéen, se fait assassiner par trois personnes masquées. Parmi elles, il reconnaît sa petite amie. Mais au lieu de mourir, son esprit remonte le temps, pour atterrir dans le corps d’un simple soldat de la Première Guerre mondiale. Complètement déboussolé, Yohann déserte son bataillon pour traverser la France d’Est en Ouest, et rejoindre son village natal. La tête emplie de questions, il souhaite comprendre le pourquoi de ce voyage à l’aube du xxe siècle. Mais sur son chemin se dresse un nouveau trio d’assassins qui n’ont qu’un but : le faire disparaître.

  • Éditeur ‏ : ‎ Gulf stream éditeur (3 mai 2018)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 352 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2354886128
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2354886127
  • Âge de lecture ‏ : ‎ 13 – 18 années
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 500 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 2.3 x 22 cm

L’enfant de février d’Alan Parks, Regardez-moi sombrer…

Au-delà d’un simple polar urbain ce second volume de la saga d’Alan Parks publié chez rivages est surtout le portrait d’un homme fracassé, au bord du gouffre. Un officier de police chargé de faire respecte la loi mais qui franchit la ligne rouge si souvent qu’il ne doit même plus la voir. Un homme qui est la proie d’un passé qui a planté ses serres et qui le comprime plus fort de jour en jour. Alors pour échapper à ce passé dont il ne veut plus se souvenir mais qui ne cesse de le hanter il s’engouffre dans un tunnel autodestructeur fait d’alcool et de paradis artificiels.

C’était déjà perceptible dans le premier volet, Janvier noir, mais cela prend une ampleur démesurée dans cette suite. L’inspecteur McCoy s’effondre sous les yeux du lecteur. Ce n’est pas que la carapace se fend, c’est qu’il y en a plus de carapace. Ce polar est avant tout la déchéance d’un homme qui en apparence à tout pour réussir alors même que son âme s’enfonce dans un marasme sans fond.

Le fait est que le contexte social ne se prête pas à ce que notre ”héros” s’épanche sur ses traumatismes. L’action se déroule toujours à Glasgow durant les années 70 et à l’époque on ne parlait pas de ça. On serrait les dents et on avançait parce qu’il fallait être un homme pas le choix, pas de place pour les sentiments. Glasgow est toujours aussi effroyable dans ce récit. Un royaume de béton et d’asphalte où l’alcool et la drogue règnent en maîtres. Préparez vous à faire la tournée des grand ducs, du misérable troquet poussiéreux jusqu’au splendide bar avec clientèle prestigieuse, l’auteur nous a concocté une visite touristique de Glasgow bien particulière.

Ce tableau sombre, glauque et désespérée aurait été parfait s’il avait été complété par une enquête plus palpitante et moins prévisible. Il ne faut pas se lancer dans cette saga en espérant découvrir des intrigues renversantes. Le propos de l’auteur est ailleurs et il faut dire que son portrait de l’inspecteur McCoy est suffisamment percutant pour faire oublier ce défaut.

Un polar âpre et violent dont il me tarde de découvrir le troisième volet.

Résumé : Deuxième opus d’une série mettant en scène l’inspecteur McCoy et son adjoint Wattie dans le Glasgow des années 1970, sur fond de musique, drogues et gangs, dans la lignée de William McIlvanney.

  • Éditeur ‏ : ‎ EDITIONS PAYOT & RIVAGES (5 février 2020)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 410 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2743649496
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2743649494
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 500 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.5 x 2.8 x 22.5 cm

Nos corps étrangers de Carine Joaquim, Et inévitablement nous sombrons…

Et inévitablement nous sombrons…

D’une plume raffinée, élégante mais également malicieuse Carine Joaquim nous invite à observer la déliquescence d’une famille banale en apparence. Sauf que le problème est là tout n’est qu’apparence.  Derrière le masque du quotidien de chaque personnage bout une rage d’existence qui se débat, se heurte aux autres et qui est prête à se raccrocher à n’importe quoi pour y parvenir, quitte à se faire du mal, à soi-même et aux autres.

Rarement le titre d’un roman aura été aussi juste, évocateur d’une tragédie implacable mais empreint d’une poésie discrète qui parcourt le récit. Car le thème du corps et de l’étranger sous-tend tout le roman. Maxence est prisonnier d’un corps qui échappe à son contrôle, Ritchie est un étranger sur le sol français, Maëva tente d’apprivoiser son corps d’adolescente. Sans parler des membres de cette famille qui s’ignorent sous leur propre toit tels des étrangers qui partagent pourtant le même sang.

Le récit est dotée d’une force tranquille qui rend encore plus insoutenable son dénouement. On assiste à la lente décomposition d’un corps familial. Tout espoir de réconciliation ou de renouveau est  aussitôt anéanti par l’incompréhension, la mésentente ou l’incapacité à communiquer.

Le seul bémol que je pourrais trouver au roman est une fin expédiée alors que j’aurais voulu que l’auteur insiste sur certains aspects qui frappent durement cette famille. Mais je ne peux pas lui reprocher de ne pas signé une fin honnête et dépourvue de sentimentalisme inutile.

C’est fou qu’un tel ouvrage, relativement court, à peine plus de 200 pages, laisse la part belle à temps d’interprétations, tout en brassant un cocktail d’émotions savamment dosé. Un grand et beau roman.

Résumé: Quand Elisabeth et Stéphane déménagent loin de l’agi­tation parisienne avec leur fille Maëva, ils sont convain­cus de prendre un nouveau départ. Une grande maison qui leur permettra de repartir sur de bonnes bases : sauver leur couple, réaliser enfin de vieux rêves, retrou­ver le bonheur et l’insouciance. Mais est-ce si simple de recréer des liens qui n’existent plus, d’oublier les trahi­sons ? Et si c’était en dehors de cette famille, auprès d’autres, que chacun devait retrouver une raison de vivre ?

  • Éditeur ‏ : ‎ MANUFACTURE LIV (7 janvier 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 240 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2358877247
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2358877244
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 260 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 1.7 x 20 cm

Gnomon tome 1 de Nick Harkaway, La brasse coulée…

Certaines lectures sont des balades en forêt, l’auteur vous prend par la main et vous montre du doigt tout ce qu’il y à voir d’autres sont telles des montagnes à gravir où vous vous sentirez bien seul durant l’ascension. Gnomon n’est rien de tout ça, la lecture de cet ouvrage de science-fiction s’apparente plutôt à la traversée de l’Atlantique en solitaire, avec l’océan qui se déchaîne autour de vous.

La narration est dense, l’auteur se plaît à détailler son monde futuriste ultra-connecté où un logiciel nommé le témoin surveille la population en permanence. Il expose longuement toutes les conséquences qui découlent de l’instauration d’un tel système. Ce n’est pas inintéressant en soie mais le problème c’est qu’encore une fois, comme dans Terminus paru chez le même éditeur, le ton est impersonnel et distant. À aucun moment le personnage principal, une enquêtrice inféodée au système au nom imprononçable, ne va se frotter au reste du monde. On reste à distance, en vase clos.

Rapidement toutefois une cassure s’opère dans la narration et un nouveau narrateur, beaucoup plus incarné et volubile, fait son apparition. Son récit,  aussi étrange et sans rapport aucun avec la trace générale,  souffle une bouffée revigorante à l’ouvrage, à tel point que j’ai cru qu’on allait pouvoir s’entendre lui et moi.

Las un deuxième récit obscur et un troisième plus introspectif se succèdent sans le voile de mystère ne se lève. Je dois reconnaître à l’auteur une réelle capacité à incarné chacun de ses narrateurs fantômes mais cela n’a pas suffit à maintenir mon intérêt.

La dernière partie de ce premier volume fût particulièrement ardue. C’est là que mon voilier s’est retourné et que j’ai bu la tasse. L’auteur aborde des concepts philosophiques, qui en plus d’être pointu, ne m’intéressent pas particulièrement. C’est sans doute à ce moment que je choisis de renoncer à la lecture du tome 2. C’est dommage car l’univers dévoilé m’intéressé mais l’auteur a fait le choix de soutenir un propos pointu dans lequel tout le monde ne peut pas le suivre et j’en suis le premier désolé.

Résumé: Grande-Bretagne. Futur proche.
La monarchie constitutionnelle parlementaire qu’on croyait éternelle a laissé place au Système, un mode de démocratie directe où le citoyen est fortement incité à participer et voter. La population est surveillée en permanence par le Témoin : la somme de toutes les caméras de surveillance et de tout le suivi numérique que permettent les objets connectés.
Au cours d’un interrogatoire par lecture mentale, la dissidente Diana Hunter décède. Mielikki Neith, une inspectrice du Témoin, fidèle au Système, est chargée de l’enquête. Alors qu’elle devrait être en mesure d’explorer la psyché de Hunter, Mielikki se retrouve confrontée à trois mémoires différentes : celle d’un financier grec attaqué par un requin, celle d’une alchimiste et celle d’un vieux peintre éthiopien.
Pour Neith, dont les certitudes commencent à s’effriter, un incroyable voyage au coeur de la pensée humaine commence. Aussi déroutant que dangereux.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (3 février 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 496 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226443657
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226443656
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 531 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14.2 x 3.5 x 20.5 cm

Le démon de la colline aux loups de Dimitri Rouchon-Borie, un coup d’essai inabouti

C’est la sensation que me laissera ce roman. La sensation que l’auteur aurait pu livrer un texte poignant et dense mais qu’il s’est arrêter en chemin. J’aurais aimé que les souvenirs de l’enfance douloureuse du narrateur convergent vers le regard mélancolique et résilient de l’adulte emprisonné qu’il est devenu mais cela ne fut jamais le cas. L’auteur n’a pas voulu, ou pas su opérer la bascule du récit de mémoire vers le’témoignage au présent. Il en résulte un récit prometteur mais qui ne va pas jusqu’au bout de son propos.

Reste une narration en apnée qui happe le lecteur dans un tourbillon tragique qui semble ne jamais devoir prendre fin. Une plongée dans le marasme d’un triste destin qui constitue l’atout principal de l’ouvrage.

L’absence de contexte social, temporel ou géographique vise à rendre le récit universel mais rend le tout impersonnel à mes yeux. Un minimum de contexte aurait pu permettre de s’approprié le récit afin de renforcer l’immersion.

Une lecture en demi-teinte qui n’aura pas su combler mes attentes mais dont je note tout de même le style introspectif et sans concessions.

Un homme se retrouve en prison. Brutalisé dans sa mémoire et dans sa chair, il décide avant de mourir de nous livrer le récit de son destin.

Écrit dans un élan vertigineux, porté par une langue aussi fulgurante que bienveillante, Le Démon de la Colline aux Loups raconte un être, son enfance perdue, sa vie emplie de violence, de douleur et de rage, d’amour et de passion, de moments de lumière… Il dit sa solitude, immense, la condition humaine.

Résumé : Le Démon de la Colline aux Loups est un premier roman. C’est surtout un flot ininterrompu d’images et de sensations, un texte étourdissant, une révélation littéraire.

  • Éditeur ‏ : ‎ Le Tripode (7 janvier 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 237 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2370552573
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2370552570
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 330 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.1 x 1.8 x 20.1 cm

Vierge de cuir de Joe R. Lansdale, redoutables innocence


Encore un excellent récit écrit par Joe R. Lansdale. Cet auteur parviens à nous immergé dans une région, une époque en quelques pages. Ici on se retrouve au Texas au lendemain de la guerre d’Irak. Cason, vétéran un peu largué, revient à Camp Rapture, sa ville natale dans l’espoir de prendre un nouveau départ. Il a réussi à trouver un poste de chroniqueur au journal local et va tout tenter pour reconquérir son amour perdu. Bien évidemment rien ne va se passer comme il a prévu.

Si vous aimez les personnages à l’éloquence très personnel qui s’attirent des ennuis dès qu’ils ouvrent la bouche alors vous aimerez Cason. Impertinent, insolent, provocateur, alcoolique et légèrement traumatisé par son expérience militaire Cason est tout cela et bien plus. Avec son langage outrancier il va réveillée la poussièreuse ville de son enfance dans laquelle s’agite toujours les mêmes tensions séculaires. Un personnage haut en couleurs qui donnent au récit toute sa saveur, avec l’aide bien mérité de l’imprévisible Booger.

Pour rendre le récit encore plus savoureux il aurait fallu que l’auteur se donne la possibilité d’écrire une histoire un peu plus ambitieuse. On a l’impression que des pan entier de son intrigue ont été volontairement écarté afin de se focaliser sur Cason et son parcours chaotique. Un choix qui accorde au récit son côté nerveux mais l’empêche dans le même temps de prendre de l’ampleur afin de s’élever au delà du simple récit divertissant. C’est d’autant plus rageant que tout les éléments sont réunis pour bâtir un polar plus dense et complexe.

Résumé: Houston, le journaliste Cason Stalter, vétéran de la guerre du Golfe et sélectionné pour le prix Pulitzer, retourne dans sa petite ville natale de l’est du Texas, Camp Rapture. Cason est au fond du trou : il boit trop, harcèle son ex-petite amie qui refuse de le voir, et jalouse la réussite de son frère aîné. Pour remonter la pente, il se fait engager comme chroniqueur dans le journal local et tente de s’occuper l’esprit en s’intéressant à une vieille affaire de meurtre non résolue : Caroline Allison, une jeune étudiante en histoire à la beauté fascinante, s’est évanouie dans la nature, sans laisser de traces. A cours de son enquête, Cason découvre que ce meurtre est lié à une série d’événements étranges et dérangeants survenus récemment à Camp Rapture. L’affaire impliquerait des personnes prêtes à dépasser toutes les limites.

  • Éditeur ‏ : ‎ Folio (2 mars 2011)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Poche ‏ : ‎ 448 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 207040174X
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2070401741
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 222 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 10.8 x 1.8 x 17.8 cm

Une vie de poupée d’Erik Axl Sund, quand le fond ne convient pas à la forme…

C’est avec une impression mitigée que je referme ce polar. Très vite je me suis fait la réflexion que la plume des deux auteurs, Erik Axl Sund n’étant qu’un pseudonyme, ne convenait pas à la forme choisie pour mettre en scène leur récit. Des chapitres courts qui rappelle les thrillers addictifs au rythme effréné  alors même que la plume est introspective, avec peu d’action au final. Cette dichotomie (oui j’utilise de grands mots) m’a empêché de m’immerger complètement dans cette histoire.

Les personnages de Nova et Mercy et leur destin tragique constituent la pièce maîtresse de l’intrigue mais autant les flashbacks sont convaincants et accordent au récit une  réelle densité autant leur pérégrination au présent m’a paru redondante et souffrante d’un surplace narratif.

L’enquête policière, de son côté, est plombée par un rythme erratique. Elle est mise de côté pendant trois ou quatre chapitres avant de connaître une progression soudaine amenée de manière un peu abrupte. Les pistes se présentent aux enquêteurs, personnages complètement transparents, de manière un peu trop aisée de mon point de vue. Sans parler des éléments de l’enquête qui disparaissent et refont leur apparition de manière incongrue.

Il faut donc savoir à quoi s’attendre en commençant cette lecture. Si vous vous attendez à une plongée dans le milieu de la pédopornographie par le biais d’une enquête glauque, passez votre chemin. Par contre si vous voulez lire le portrait assez fin de deux adolescentes martyres qui ont vu le pire de ce que l’humanité a à offrir alors ce livre est fait pour vous.

Résumé: Nova et Mercy ont à peine seize ans, mais cela fait déjà bien longtemps qu’elles ont perdu leur innocence. Sous le couvert de la nuit, elles s’enfuient à bord d’une voiture volée, laissant derrière elles le foyer pour jeunes filles où une autre adolescente vient de disparaître. Que fuient-elles ? Et pourquoi ?
Tara est retrouvée sans vie en bas d’un immeuble. Selon sa famille, il s’agit d’un suicide. Mais quelque chose ne colle pas dans le récit de ses parents. Et qui peut bien être la personne qui lui avait donné rendez-vous ce soir-là ? Celui que la police ne va pas tarder à surnommer le Marionnettiste vient seulement de commencer son spectacle.

  • Éditeur ‏ : ‎ Actes Sud (6 janvier 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 416 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2330143737
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2330143732
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 539 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14.5 x 3.1 x 24 cm