Le Janissaire – 28 août 2020 de Olivier Bérenval

Khataï est une planète perdue au bout de l’univers. Elle appartient a la Communauté, l’empire galactique réunissant l’humanité qui a essaimé dans les étoiles. Lorsqu’il y est envoyé pour enquêter sur l’assassinat d’un haut dignitaire, le Janus aire Kimsè ne doute pas un instant qu’il résoudra l’affaire. Surentraînés, les janissaires forment l’élite des investigateurs de la Communauté, redoutés pour leur efficacité proche de l’inhumanité.

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Chronique : Un livre pas simple de son premier abord. Je l’avoue au bout de 50 pages j’ai abandonner une première fois mais…j’y suis retourner et ce roman proche de« Altered Carbon », celui-ci est un grand mélange de détective noir et de cyberpunk dans un monde dystopique. L’élément cyberpunk gibsonien satisfaisant du récit provient de la froideur de notre héros face à toutes les factions corrompues auxquelles il doit faire face. Olivier Bérenval construit une enquête policière pleine de rebondissements où chaque personnage avance masqué, soit parce que ses intentions ne sont pas claires, soit parce que la chair qu’il ou elle porte ne lui correspond pas. Et pour une fois, le côté cyberpunk étant tellement éloigné de ce qu’offrent les possibilités informatiques actuelles, La grande qualité de ce livre, outre son histoire, est que les personnages ont l’air vrai et profond, tout comme le contexte, les situations et les dialogues. Un tel degré de réalisme n’est pas courant dans ce genre où les personnages sont le plus souvent superficiels et simplement au service de l’intrigue. Ici, l’essence même de son personnage principal et son expérience de l’existence pousse le lecteur à la réflexion et suscite son empathie. C’est selon moi la preuve que Olivier Bérenval est un grand écrivain qui sait distraire et faire réfléchir ses lecteurs.

Note : 9/10

L’arbre aux fées de B. Michael Radburn, un voyage enchanteur empreint d’une poésie mélancolique

Ce polar australien est à l’image du véhicule de fonction de ce brave ranger Taylor Bridges. Il met un peu de temps à démarrer mais une fois lancer la conduite est agréable, sans parler de l’intérieur confortable grâce à une mélancolie omniprésente.

Le début du récit est en effet un peu poussif comme si le moteur avait un peu de mal à démarrer. Il faut dire que l’auteur doit nous introduire un décor extraordinaire, l’île de Tasmanie, et plus précisément la ville de Glory crossing. Un décor crépusculaire, menacé de disparaître où la neige recouvre le paysage tel un linceul. Mais l’auteur doit aussi nous présenter son personnage principal, un père ravagé et hanté par la disparition de sa fille et pour qui cette nouvelle affectation est autant un refuge qu’un exil. Il faut donc un peu de temps pour se laisser imprégner par la mélancolie qui se dégage de ce démarrage un peu lent.

Le moteur s’allume enfin et la magie opère. En accompagnant le ranger durant ces virées à travers Glory crossing on découvre un décor protéiforme, entre paysages ruraux hivernaux, maisons abandonnées par ses habitants et cimetière à moitié englouti duquel certains cerceuils refont parfois surface. Une atmosphère particulière plane ainsi sur le récit, fait de mélancolie et de tristesse. Une atmosphère de fin de monde que la plume de l’auteur illumine d’une grâce féerique. Un style qui donne la sensation d’être dans un vieux véhicule qui a atteint son rythme de croisière et dont l’habitacle est un véritable cocon protecteur dans lequel on assiste en toute sécurité au drame qui se joue à l’extérieur.

La vitesse se fait subitement ressentir alors que l’enquête prend une tout autre ampleur. La galerie de personnages est atypique entre l’ermite des bois, le doux dingue incapable de jeter le moindre journal et l’inspecteur venu du continent dont le passe-temps est la spéculation d’antiquité, l’auteur nous offre de beaux portraits d’êtres fracassés par la vie et dont les souffrances font écho à celle de Taylor. Là encore la plume de l’auteur fait des merveilles, il parvient à rendre attachant ces personnages tout en conservant leur aura inquiétante qui les anime.

Une fois que le land rover de vingt ans d’âge a atteint son rythme de croisière, la frénésie propre à toute enquête criminelle ne nous quitte plus jusqu’au dernier acte. La résolution n’a rien de renversant, la poésie mélancolique qui imprègne l’ouvrage n’empêche pas de tirer ses propres hypothèses, mais a le mérite d’être solide et offre une ultime séquence empreinte d’une touche de fantastique incongru mais qui s’accorde plutôt bien à l’ambiance générale du récit.

Arrivé à destination on quitte le véhicule sereinement, confiant dans les fées qui seront sans nul doute se pencher à nouveau sur l’auteur afin qu’il nous conduise vers des contrées que sa plume poétique embellira à coup sûr.

Résumé: Taylor Bridges, un ranger australien, est hanté par la disparition de sa fille Claire, huit ans. Son couple a volé en éclats et pour cesser de ruminer son chagrin, il demande sa mutation en Tasmanie. Dès son arrivée dans la petite bourgade de Glorys Crossing, Drew, une fillette du même âge que Claire, disparaît également. Taylor y voit une coïncidence avec son propre malheur et mène une enquête au sein d’une population pour le moins hostile. Une initiative qui déplaît à O’Brien, le chef de la police locale. Taylor, convaincu que Drew est vivante, poursuit ses investigations et apprend que d’autres petites filles ont disparu avant elle. Avec l’aide de Grady, un inspecteur du continent envoyé sur place, Taylor découvre une île aux secrets bien gardés…

  • Poids de l’article : 280 g
  • Broché : 320 pages
  • ISBN-10 : 2021417808
  • ISBN-13 : 978-2021417807
  • Dimensions du produit : 14.7 x 2.2 x 22 cm
  • Éditeur : Le Seuil (12 septembre 2019)

Rien que l’acier de Richard Morgan, sang et fureur…et un peu de sexe aussi

J’ai tendance à ne pas trop attacher d’importance à quel genre ou sous-genre appartient l’ouvrage dont j’entame la lecture. Du moment que l’auteur parvient à m’embarquer dans son récit, peu m’importe que ce soit de la high-fantasy, du steampunk ou du arcanepunk. Mais la dark fantasy est un sous-genre qui me parle énormément. Mon souhait serait de dénicher une saga qui reprendrait les thèmes de la saga Dark soul, à savoir la ruine d’une civilisation, la décrépitude inévitable, le crépuscule des dieux et tant d’autres encore que cette introduction qui commence à être un peu longue ne me laisse pas la place d’énumérer.

La saga « terre de héros » de Richard Morgan s’inscrit à merveille dans l’alcôve sombre et humide qui fait partie intégrante de la cathédrale baroque de la fantasy. Son récit est sombre, poisseux et extrêmement défaitiste sur la nature humaine. Sa description de cet univers médiéval crasseux et boueux captive immédiatement malgré le fait que cela exige de progresser sur plus de deux centes pages avant d’appréhender complètement cet empire de bassesse humaine et de violence. Les tenants et les aboutissants de ce monde à couteaux tirés sont progressivement dévoilés mais les éléments présents dans les premiers chapitres sont largement suffisants pour s’immerger dans cette terre qui compte bien peu de héros au final. Le choix des noms des villes, des régions ou des personnages, aux sonorités encore moins facilement prononçables qu’une collection ikea, démontrent à eux seuls la volonté de l’auteur d’aller vers un aspect plus rude, plus écorché.

Ce premier volume pose aisément les bases de cet univers et ses personnages. Les trois personnages principaux sont charismatiques et chacun se trouvent en rupture avec le milieu dans lequel ils se retrouvent obligés de se débattre. Egar ne se retrouvent plus dans les plaines verdâtres et les coutumes désuètes de son peuple. Archeth est une exilée immortelle, obligée de jouer le jeu de la cour de l’empereur et de supporter ses ordres et sa décadence. Et Ringil, le fougueux Ringil, en avoir fait un personnage aux mœurs qui vont à contre-courant de ce qui se fait habituellement dans ce genre de récit peut paraître un brin opportuniste mais se serait oublié qu’il s’agit d’un personnage complet et pas uniquement d’une étiquette juste bonne à faire parler. Ringil possède une densité qu’il ne doit pas uniquement à sa masse musculaire, ses traumatismes familiaux et ses souvenirs de la guerre ont fait de lui un être cynique, réfractaire à l’autorité, hanté par son passé et sous l’emprise d’une colère sourde. Les chapitres qui lui sont consacrés sont un véritable défouloir, pas uniquement pour ses scènes de sexe, tel un taureau que rien ne peut arrêter ses charges mettent à mal un royaume sclérosé et des mentalités étriqués. Évidemment ses trois personnages vont voir leurs destinés converger mais l’ambiance du récit ne se prête pas vraiment à des retrouvailles chaleureuses.

Le style de l’auteur exige d’être apprivoisé. Si les combats sont d’une clarté écarlate et d’un dynamisme en accord avec le caractère des héros, la profusion de virgules lors des descriptions donne un aspect fouillis qui perd le regard du lecteur et atténue la puissance des lieux que l’auteur nous fait visiter. Des lieux qui possèdent pourtant un charme certains pour quiconque s’extasie devant des ruines médiévales ou des marais glauques. Mais c’est déjà un souci que j’avais constaté dans son roman de science-fiction thin air. L’intrigue tarde à se mettre en place mais l’auteur parvient à maintenir l’attention du lecteur grâce à ses personnages torturés. On peut regretter une conclusion épique mais un peu rapide pour un premier tome.

Cette introduction à la terre des héros est comme une attaque brutale qui laisserait une armée désemparée, se demandant ce qu’il y est arrivée. Avant qu’elle ne se rende compte qu’elle a subi un assaut frontal, sans subtilité ni originalité mais diablement efficace.

Résumé: Il y a dix ans, l’alliance des hommes et des Kiriaths a repoussé les terribles Écailleux. Qui se souvient maintenant des héros de cette guerre ?

Ringil vit en exil, rejeté par sa famille. Mais pour sa cousine Shérin, vendue comme esclave, il décroche son épée et retourne sur les lieux d’un passé qu’il avait tout fait pour oublier.

Dame Archeth, dernière représentante d’un peuple disparu, est la conseillère d’un empereur décadent qu’elle abhorre. Elle seule soupçonne qu’une terrible menace point aux frontières de l’empire.

Egar le Tueur de Dragons est un nomade des steppes, revenu de la guerre auréolé de triomphe. Une gloire aujourd’hui bien émoussée dans un monde qu’Egar ne reconnaît plus.

Ces trois-là ont tout perdu. Sauf peut-être la bataille qui les attend, héroïque et désespérée…

  • ISBN-10 : 2352943795
  • Broché : 456 pages
  • ISBN-13 : 978-2352943792
  • Dimensions du produit : 15.3 x 3.4 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (19 mars 2010)
  • Poids de l’article : 600 g
  • Langue : : Français

Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona, lorsque l’asphalte nous rappelle notre condition humaine

Résumé: Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois.
Il observe, il surveille, il est patient.
Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes.
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes.
L’urgence.
Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.
Joseph Incardona mêle les genres avec habileté et réussit un roman profond et ambitieux. Son style puissant et son art très cinématographique de la narration font mouche.

Je traverse vos territoires, je vous permets de rejoindre la destination de vos rêves en une journée à peine, je permets à vos vacances ou vos escapades en amoureux de prendre forme et pourtant je ne suis qu’un no man’s Land ou vous ne faites que passer, bref éclairs de couleur chromée dans un paysage de bitume et de barrière de sécurité. Et pourtant dans ces lignes droites, symbole du mouvement et de la fuite, grouille un microcosme dont vous saisissez l’existence à travers vos pare-brise mais que vous préférez ignoré, pressez que vous êtes d’arriver à destination peut-être ou effrayer parce que la révélation de ce monde pourrait vous apprendre sur vous-même. Un homme pourtant, un écrivain, Joseph Incardona, a décidé de placer l’action de son roman au sein de mon petit monde dissimulé aux yeux de tous et d’en révéler la noirceur et peut-être aussi quelque chose sur les Hommes.

Je suis un territoire où rien ne se créer, pas d’écoles, pas d’entreprises innovantes, pas de salle de réunion, pas de concert, pas de cinéma. La liste de ce qui n’existe pas au sein de mon royaume, qui s’étale sur plus de 116 000 km, est longue alors il n’est guère étonnant que l’humanité s’en trouve réduite à sa plus juste expression, à ses instincts les plus primaires, manger, baiser, tuer. Pas de place pour le reste, lorsque l’on fait partie de l’espace compris entre un point A et un point B il ne peut y avoir de place pour les rêves vaporeux et les projets d’évasion. Les pensés se retrouvent abaissées au même niveau que les besoins, au ras du goudron.

Mes sujets se retrouvent réduits à la fonction qui leur a été dédié et se doivent d’accomplir leurs tâches sans espoir de devenir autre chose, sans même l’espoir de connaître une douce fin. Mes sujets sont des petits salariés, des gérants mesquins, des prostituées esseulées et vulnérables, des laissé-pour-compte qui ne s’y retrouvent plus dans votre royaume de faux-semblants, des assassins aussi, au moins un, sans doute plus. Et puis il y a Pierre.

Pierre et sa haine solitaire, Pierre et sa soif de vengeance qui vont le pousser à arpenter mon royaume qu’il n’aurait même pas daigné regarder auparavant mais ça c’était avant que sa fille ne disparaisse au sein de mon fief. Depuis Pierre n’est plus un homme c’est une arme. Mais une arme solitaire, qui cogite sur le sens de sa quête sanglante, qui remue des réflexions philosophiques que moi, le seigneur du bitume, en tant que témoin de vos disputes sur les bandes d’arrêt d’urgence, de vos accidents fulgurants et parfois mortels je connais depuis longtemps mais que j’ai décidé de taire pour maintenir l’illusion. Car si vous saviez, peut-être resteriez-vous chez vous plutôt que de fouler mon empire de goudron.

Pour rendre compte de cette nature humaine et de cette folie qui guette, l’auteur a fait le choix de phrases courtes qui ne sont même plus des phrases parfois. Ses écrits s’étiolent comme la pensée humaine face à l’approche de la mort, se résument à des concepts, des idées qui traversent l’air épais du mois d’août comme vos bolides traversent mon royaume.

Ou alors ces non-phrases sont-elles la métaphore d’un homme, Pierre, à bout de souffle face aux épreuves que lui impose la dure loi que je fais régner dans mon royaume, un souffle que chacun de mes sujets tente de récupérer sans jamais comprendre que, dans le no man’s land qui est le mien, le seul souffle que j’autorise est celui de la mort.

Je suis le début et la fin de votre civilisation. Je ne suis qu’une étape dans votre parcours et pourtant sans vous en rendre compte vous laissez sur mon territoire un peu de vous, des rires, des larmes, des enfants ou une sombre torpeur annonciatrice de votre allégeance future à mes lois séculaires. Car aucun de mes sujets n’a fait le choix de rester mais tous se savent condamnés à jouer leur rôle, comme vous le vôtre, jusqu’à ce que j’en estime en avoir fini avec eux. Et joseph Incardona a parfaitement compris ceci et me retranscrit très bien dans son roman.

”Pierre Castan espère une seule chose :

Que Bouddha se soit trompé.

Que Bouddha soit un bonhomme jovial, obèse et heureux, mais qu’il se soit trompé.

Que la réincarnation n’existe pas.

Surtout pas.

Surtout ne pas vivre encore et encore.

L’enfer, c’est l’éternité.

  • ISBN-13 : 978-2363390547
  • Poids de l’article : 400 g
  • Dimensions du produit : 14.5 x 2.3 x 22 cm
  • Broché : 288 pages
  • ISBN-10 : 2363390547
  • Éditeur : Finitude (16 avril 2015)

Le Livre des Anciens, T1 : Soeur écarlate – 16 septembre 2020 de Mark Lawrence

Au couvent de la Mansuétude, on forme des jeunes filles à devenir des tueuses. Dans les veines de certaines d’entre elles coule le sang ancien, révélant des talents qui ne se manifestent plus que rarement depuis le jour où les Anciens ont accosté sur le rivage d’Abeth.

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Chronique : Lire Soeur écarlate, c’est un peu comme monter dans le mauvais train : l’histoire vous attire sans cesse et vous ne pouvez pas voir le voyage qui vous attend, encore moins deviner ce qu’il contient. Une interruption tout aussi décourageante et excitante de la banalité. Selon le lecteur, vous pouvez refuser l’aventure et choisir de débarquer au prochain arrêt. Ou bien vous pouvez rester, à la dérive, vous permettre de changer vos habitudes et aller jusqu’au bout.

Je suis heureux d’avoir choisi cette dernière solution.

"Il est important, quand on tue une religieuse, de s'assurer que l'on amène une armée de taille suffisante. Car Soeur Thorn du couvent de la Douce Pitié, Lano Tacsis, a amené deux cents hommes." 

Dès ces premières lignes, nous sommes projetées sans précaution dans un monde où les ténèbres abondent, où les enfants puissants sont échangés contre de l’argent, contre des faveurs, où les prêtres sont attirés par l’appât du pouvoir, et où les religieuses complotent et tiraillent, font des alliances et les rompent, appellent les femmes au combat et les renvoient chez elles.

Les pierres de touche de la vie de Nona Grey avaient toutes été jetées dans le désordre lorsqu’elle a été vendue à une gardienne d’enfants. Ou peut-être était-ce bien avant cela, lorsqu’elle avait passé trois ou quatre ans à tenir des mains ensanglantées à sa mère et à dire : « C’était en lui ». Ou peut-être que c’est arrivé bien après, lorsque Nona a frôlé la mort et a fait le malheur de Raymel Tacsis pour avoir blessé son amie, sans en compter le coût.

Peut-être était-ce le moment où elle a été arrachée à une condamnation à mort par Abbess Glass qui avait vu en elle une trace sauvage qui pourrait se transformer en quelque chose de magique si seulement on la laissait s’épanouir. Chance, fortune, destin -ona ne savait pas vraiment quel nom lui donner. Sa vie était remplie de trop de fantômes et toute l’horreur de ces souvenirs était liée à un autre.

Néanmoins, dans l’espace où l’histoire de Nona glanait des mots, la légende était parmi eux.

Je suis née pour tuer, les dieux m'ont fait perdre la vie. 

Soeur écarlate est le premier livre d’une série de trois, et il lui incombe donc de faire beaucoup de travail. Et il y parvient sans effort. Dans une prose épurée d’une grande clarté (la citation de ce livre est stupéfiante), Lawrence construit un monde vivant, densément croyable, avec un confluent intrigant d’histoire, de politique, de religion et de culture. Sa construction du monde est un labyrinthe de passé, de présent et de futur. Le récit en couches à travers les décennies ressemble plus à des empreintes de pas sanglantes qui vous entraînent sauvagement dans l’obscurité qu’à une promenade enfilée de lignes de lumière brûlantes dans l’esprit du lecteur. Mais Lawrence le fait fonctionner à merveille : nous en venons à apprendre le passé de Nona au fil des autres personnages, tandis que les souvenirs lui reviennent, non recherchés, de l’éther. Mon esprit était tourbillonné de pensées, et, au centre de tout : le mystère de Nona Grey.

Mais l’histoire prend du temps à se mettre en marche. Soeur écarlate est opaque dans son intrigue et glaciale dans son rythme. Une grande partie de l’histoire est constituée de longs récits des cours de Nona et de conférences prolongées sur l’Ancêtre. Un lecteur qui s’attend à une expérience plus organique pourrait avoir du mal à suivre le style et le rythme. Mais voici le truc : ne vous laissez pas tromper par les méandres de l’intrigue de Soeur Rouge, comme j’ai failli l’être. Ce roman récompense l’engagement, et au moment où la magie du monde passe d’un murmure à un cri, ce qui était léthargique est devenu passionnant. Comme si le monde était toujours calme juste avant qu’un coup de tonnerre n’éclate, l’intrigue de la descente en enfer est éclaboussée de traits lumineux et audacieux. Les révélations sur les personnages m’ont frappé comme un coup de marteau. Et à la fin du livre, il y a une promesse débordante de voir le monde s’élargir encore plus.

La distribution tentaculaire des personnages, pour la plupart des femmes, prend également vie. Les méchants sont d’une efficacité redoutable et le développement de l’intrigue en tandem avec la façon dont les personnages principaux apprennent à se connaître est bien mené. Il n’est pas facile de gérer l’équilibre délicat et tendu des amitiés entre adolescentes ainsi que la terreur et la violence d’une guerre imminente, mais Lawrence le fait de façon magistrale. Je me réjouis de voir ces filles apprendre à créer des liens avec leurs pairs, à s’identifier à eux, à puiser leur force les unes dans les autres au lieu de chercher à se détruire mutuellement, comme le ferait un système sexiste. Honnêtement, je suis un gros bouton quand il s’agit d’amitié féminine dans les livres et ce nouveau livre me dit exactement où pousser.

Soeur écarlate est aussi une brillante et triomphante refonte du trope des « Élues », qui ne le déconstruit pas radicalement mais l’examine, le teste et l’explore plus largement et plus profondément. Une pensée poursuivant la suivante en cercles interminables, j’arrachais des hypothèses, les retournais dans ma tête et les démantelais rapidement. J’attends la suite avec impatience.

J’ai adoré le personnage de Nona. Son personnage contient des multitudes. Nona est beaucoup de choses. Un mélange d’indomptabilité et de vulnérabilité bouillonne derrière ses yeux, et il y a un grondement sous son aisance que je voulais voir révélé. C’est aussi fascinant de voir à quel point son personnage est involutif et multiforme : c’est la fille qui porte toujours son coeur sur sa manche, comme une bannière lumineuse pour attirer les snipers du monde, la fille qui s’accroche à ses proches avec une qualité désespérée, presque effrayante, et pour qui l’amitié est plus sacrée que toute foi. Mais c’est aussi la fille qui s’abandonne souvent à l’attraction des ténèbres, sa soif de sang non assouvie, laissant la rage en elle se déchaîner dans un spasme de violence, la fille qui n’a jamais pu venir à bout du tourbillon de haine, de rage et de désespoir de la ruche. C’était le cadeau de Nona Grey, grotesque et merveilleux, et absolument fascinant à lire.

Note : 9,5/10

Blitz, T1 : Black-out – 16 septembre 2020 de Connie Willis

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement. Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…Ils sont aux premières loges. Une aubaine pour des historiens, sauf quand l’Histoire elle-même se met à dérailler.

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Chronique : Avertissement : Ce livre n’a pas de fin appropriée. Il était censé être la première moitié d’un livre mais l’éditeur l’a divisé en deux livres et Black out est la première moitié. All Clear est le deuxième livre/la deuxième moitié du livre. Vous devez absolument avoir All Clear sous la main pour le lire immédiatement après ce livre. J’ai fini ce livre et j’ai commencé le lendemain le même jour et c’est comme ça qu’il faut faire. J’ai délibérément lu lentement pour qu’il n’y ait pas d’interruption avant que je puisse lire le livre suivant.

J’ai été complètement fasciné ! Ce livre est tellement amusant à lire.

J’étais au paradis : de la fiction historique où j’ai vraiment appris beaucoup sur ce que c’était que d’être un civil à Londres et dans les zones d’évacuation et d’autres parties de l’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, de la fiction spéculative qui est l’un de mes genres préférés, et des voyages dans le temps pour lesquels j’ai un penchant particulier.

J’aime le fait que ce soit un personnage nommé Ira Feldman, un juif, qui a inventé le voyage dans le temps, et que ses parents semblent avoir vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce fait n’est mentionné qu’en passant, mais je l’ai bien noté.

J’ai apprécié tous les personnages principaux : Polly, Merope/Eileen, Mike, et aussi beaucoup d’autres en 2060 et 1940. Ce sont des personnages qui me tenaient à cœur et ils semblaient tous complètement authentiques. Je commençais à dresser une liste de quelques personnages mémorables, mais ils étaient trop nombreux, alors je vais simplement dire cela et laisser les lecteurs les rencontrer et apprendre à les connaître lorsqu’ils liront ce livre. Il y a eu beaucoup de répétitions pendant le livre, en particulier la longue dernière partie, mais cela a marché pour moi parce que c’est le genre de pensée obsessionnelle et répétitive et d’inquiétude que je ferais dans ces circonstances, et le fait que les personnages du livre le fassent a donné aux événements un tel sentiment d’immédiateté. La plupart des actions se déroulent en 1940 et dans les environs, mais le monde d’Oxford en 2060 était également fascinant. J’aime la façon dont les historiens voyageurs de 2060 doivent apprendre les méthodes de 1940, par exemple comment conduire une voiture à essence de l’époque.

L’histoire et les personnages sont si fascinants, et la prémisse est si créative, que même si ce n’est pas parfait, c’était un merveilleux livre .

Note : 9,5/10

Méli-mélo des Dinos de Axel Scheffler – 27 août 2020

Quelles drôles de créatures allez-vous inventer aujourd’hui ? Mélangez un tyrannosaure et un tricératops, vous obtenez… un TYRANNOTOPS, bien sûr ! Et si vous mélangez un vélociraptor et un diplodocus ? Un VÉLOCIDOCUS, évidemment !

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Chronique : Amusant et instructif. Il existe différents niveaux de ce livre pour différents âges et différentes séances de lecture. Les plus jeunes peuvent simplement regarder les drôles de formes de dinosaures, les plus âgés peuvent jouer avec les drôles de noms obtenus en combinant différents dinosaures, et enfin, il y a les descriptions.

Un croisement entre un Tyrannosaure et un Thalassomédon devient :

Trannomedon :
Je suis un carnivore puissant – un carnivore redoutable. Tout le monde devrait donc se cacher et fuir mon grand rugissement !
Contrairement à la plupart des autres dinosaures, je nage sous la mer. Mes nageoires sont impressionnantes et me permettent de me déplacer avec grâce.

Note : 9,5/10

Le Piratosaure et la Chèvre aux œufs d’or de Alex Sanders – 27 août 2020

Catastrophe ! Le Piratosaure n’a plus une once d’or dans ses coffres. C’est la misère ! Heureusement, son ami Jack le Pirate peut le tirer de ce mauvais pas. Il suffit de s’emparer d’une chèvre qui pond… des oeufs en or massif. Hélas, elle est la propriété d’un ogre monstrueux, le bien nommé Pantacruel…

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Chronique : Le Piratosaure est unes série très sympa, pleine d’humour et bien écrite. Alex Sanders a recours à un vocabulaire plus riche que celui employé dans la majorité des albums, qui permet d’enrichir de nouveaux mots le lexique des enfants. Des traits rugueux, des couleurs contrastées, un humour décalé : la patte d’Alex Sanders est reconnaissable entre toutes. Les plus jeunes enfants s’arrêteront d’ailleurs aux images et aux truculents personnages avec Le Piratosaure et son ami le pirate . Cette petite réflexion sur les contes et l’importance du gains plaira néanmoins aux parents.

Note : 9,5/10

Community de Luna Joice, tous connectés, tous heureux

Le roman ayant remporté le prix Bernard Weber de cette troublante année 2020 est une nouvelle variation sur le meilleur des mondes vu, cette fois-ci, sous le prisme de la communication et des réseaux sociaux.

Il faut bien reconnaître que les moyens de communication sont les technologies qui ont connu une démocratisation fulgurante ces deux dernières décennies, alors que l’ingénierie génétique reste encore de l’ordre de l’imaginaire réservéàun élite financière. Les smartphones et leurs corollaires les applications de messagerie instantanées. Jamais on ne s’est autant écri, des millions de messages sont envoyés, des conversations qui s’étalent sur des heures voire des jours, des groupes de conversations sont créés autour d’un thème que les participants partagent en commun, mais pourtant jamais l’humanité n’a paru aussi divisée, séparé en groupes qui se hurlent sans s’écouter. Il n’est donc guère étonnant que la science-fiction s’empare de ce thème pour nous en dire un peu plus sur l’humanité et ses travers.

Sous le regard de notre héroïne Lyah, on découvre un monde utopique en apparence. L’auteur a fait le choix de nous décrire un personnage classique mais à la psychologie subtile et emphatique. Comme tous les personnages qui remettent en cause le monde dans lequel ils vivent, elle possède un esprit curieux, rêveur et se heurte rapidement aux parois vitrées de ce monde qui paraît vite limité. Son besoin d’évasion va la pousser en remettre en question les fondements de ce monde trop parfait.

Car certes le monde de Lyah est idyllique, la paix mondiale règne, la barrière des langues a été abolie, toutes les données qu’elles soient culturelles, scientifiques ou autres sont téléchargeables quasi instantanément mais comme pour tout ce que l’on obtient dans la vie il y a un prix à payer et c’est ce que Lyah va découvrir. On suit son évolution psychologique à mesure que son désenchantement sur son monde prend forme. Pour être vraiment convaincant il aurait fallu que la fin soit plus détaillée, moins expéditive. Le système des chercheurs aurait mérité d’être plus étayé, ses failles bien humaines encore plus mis en avant. L’épilogue notamment passe trop rapidement sur une conséquence des actions de Lyah qui, potentiellement, pourrait signifier le retour des conflits mais le but de l’auteur est de pousser la réflexion.

Le récit prend rapidement un tournant young adult loin d’être désagréable, la romance entre Lyah et Caleb est plaisante et touchante, surtout que la mentalité des citoyens de ce monde connecté l’empêche de prendre une place prépondérante dans le récit. Les interrogations de lyah trouveront facilement un écho dans l’esprit de tous les adolescents utilisateurs des réseaux sociaux et qui ont parfois l’impression d’étouffer dans notre monde qui offre tant de libertés virtuelles mais si peu souvent l’occasion de les mettre en pratique dans le monde réel.

Résumé: 3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.
Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?
Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit.
Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

  • Broché : 298 pages
  • ISBN-13 : 978-2755647365
  • ISBN-10 : 2755647361
  • Éditeur : Hugo Roman (3 septembre 2020)

Tout un été sans Facebook de Romain Puertolas, Saint réseau social délivre nous du mal

Il y a des choses plus difficiles que d’écrire un roman policier humoristique mais elles sont peu nombreuses. Écouter un album de Jul en entier ou retenir les noms de toutes les stations de métro par exemple. Romain Puertolas manie cet art délicat de nous faire rire de manière intelligente tout en nous contant une histoire qui, sans être renversante, se révèle solide et efficace.

Tenir en haleine le lecteur sur plus de trois cents pages avec un propos humoristique n’est pas chose aisée. Il faut savoir équilibrer entre la narration, l’humour et les personnages. Dans cet été sans Facebook l’auteur a opté pour un humour frontal frôlant parfois avec l’absurde mais toujours amené finement et au service d’une histoire qui fait passer un agréable moment tel un bon gros dont dont on savourerait chaque bouchée. On y retrouve tous les ingrédients d’une comédie, une galerie de personnages alliant stupidité et effronterie, des gags de répétitions, des situations rocambolesques, des références culturelles intelligemment placées et du name-dropping littéraires ce qui n’est pas si courant. Un humour omniprésent dans les dialogues, où les personnages se font passer pour plus bêtes qu’ils ne le sont car derrière ces mines affables et ces répliques absurdes se dissimule une certaine malice.

Si l’on pourrait craindre que l’humour prenne le pas sur la narration il n’en ait heureusement rien, l’auteur sait où il veut mener le lecteur et son récit s’apparente parfois à un énorme jeu de piste parcouru par des écureuils radioactifs qui divertissent le regard du lecteur pour mieux l’empêcher de voir l’évidence. À grand coups de références littéraires l’auteur parvient à draper son été sans Facebook d’une profondeur insoupçonnée grâce à la présence du personnage Agatha Crispies.

Ce personnage principal est un véritable bol d’air frais. À contre-courant de tous les modèles que l’on a l’habitude de lire ou de voir. Bien en chair, pour ne pas dire obèse, toujours avec un donut à la main, ou plutôt dans la bouche, ce petit bout de femme qui semble avoir oublié toutes les bonnes manières et qui possède ses propres techniques d’enquêtes nous entraîne avec elle dans un périple qui ne connaîtra aucun temps mort tout en tentant de distiller autour d’elle sa passion pour les grands classiques.

S’il n’y a rien à relever en ce qui concerne la plume de l’auteur, fonctionnelle et au service du récit, il faut quand même souligner la volonté de l’auteur de nous faire comprendre avec malice, en conjuguant culture populaire et littéraire, que rien n’est jamais ce qu’il semble être. Une évidence que malheureusement, à l’heure des réseaux sociaux, des polémiques éclairs et des jugements à l’emporte-pièce, beaucoup ont encore tendance à oublier.

Résumé: Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. Puértolas signe un drôle de thriller loufoque, un poilar !

  • Broché : 380 pages
  • ISBN-13 : 978-2842639075
  • ISBN-10 : 2842639073
  • Dimensions du produit : 14.1 x 3 x 20.4 cm
  • Éditeur : Le Dilettante (29 avril 2017)