Cent ans de Laurelfield – 14 janvier 2021 de Rebecca MAKKAI

1999 : Bienvenue à Laurelfield, vaste demeure du Midwest et partez à la rencontre de ses propriétaires ancestraux, les Devohr.

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Chronique Cent ans de Laurelfield est une famille de Canadiens excentriques de la classe supérieure. Le deuxième roman de Makkai raconte l’histoire de la maison à travers ses différentes incarnations – une prison pour une femme malheureuse, une colonie d’artistes, le cadre d’une histoire finalement tragique impliquant des identités échangées, la toile de fond d’une affaire qui n’a jamais existé et la recherche de dossiers perdus qui n’existent peut-être pas – mais il la raconte à l’envers.

Dans la première (et la plus longue) partie, nous sommes en 1999, et Laurelfield est habitée par Grace, une descendante des Devohrs, et son second mari, Bruce. La fille de Grace, Zee, spécialiste de la littérature marxiste, vit avec son mari Doug dans la remise, où ils sont bientôt rejoints par Case, le fils de Bruce, en phase terminale de malchance, et sa femme Miriam, une artiste folle. Doug prépare apparemment un doctorat en étudiant un poète presque oublié du nom d’Edwin Parfitt ; en réalité, il est sur le point de renoncer à ses ambitions académiques et passe ses journées à écrire des livres pour enfants trash sur des adolescentes courageuses. Doug sait depuis un certain temps que Parfitt a séjourné à Laurelfield lorsque c’était une colonie d’artistes, mais lorsqu’il découvre que Grace a peut-être de vieux dossiers sous clé dans le grenier, sa curiosité s’éveille et il devient convaincu que les trouver est la clé pour terminer sa thèse.

La première partie occupe la moitié du livre, et il est donc inévitable que cette section implique le plus de détails et de développement, et produise l’investissement le plus émotionnel dans les personnages. Ce qui se passe entre eux à la fin est plutôt bouleversant… En tout cas, pour moi, c’était le cas – j’aimais un personnage en particulier et je méprisais un autre, et j’étais déçu de la façon dont les choses se passaient pour eux, bien que d’autres puissent avoir des réactions différentes. Je dois dire, cependant, que même si j’ai vraiment détesté ce qui s’est passé ici (j’aurais peut-être donné cinq étoiles à ce livre si le résultat de cette section avait été différent), les personnages ont dû être très bien écrits s’ils m’ont fait autant de cas. Et, ce livre étant ce qu’il est, il y a une raison pour laquelle les choses se passent ainsi : le lecteur découvrira plus tard que la dynamique qui se joue ici reflète étroitement les événements qui se sont déroulés trois quarts de siècle plus tôt et, en fait (sans trop en dévoiler ici), d’une certaine manière, elle leur permet de boucler la boucle.

Dans la deuxième partie, on est en 1955. Grace est une jeune épouse, mariée au père violent et dragueur de Zee, George. Elle s’ennuie, s’agite et se sent enfermée à Laurelfield. Lorsqu’elle remarque des petites choses étranges qu’elle considère comme des présages, sa vie commence lentement à changer, conduisant vers un destin inéluctable. Comme le lecteur a déjà découvert quelque chose de la nature de ce destin dans l’histoire de 1999, ce qui lui arrive à la fin n’est pas un mystère… Mais la façon dont elle y parvient l’est tout autant. C’est la découverte de cette chaîne d’événements qui donne à cette section du roman sa tension et son caractère dramatique.

Troisième partie : 1929, pendant la période où Laurelfield était une colonie d’artistes. Il y a ici un plus grand nombre de personnages, un groupe de huit ou neuf artistes de différents types – dont Edwin Parfitt, le sujet de thèse de Doug, et Zilla Silverman, le peintre dont Zee porte le nom. Le récit change souvent de perspective (certains sont racontés à la première personne du pluriel pour décrire les observations collectives d’un individu par le groupe) et est raconté par brèves salves. Il suit les efforts intrigants des artistes pour « sauver » la colonie lorsqu’elle est menacée de fermeture par un Devohr particulièrement désagréable.

Il n’y a pas de quatrième partie du livre, juste un « prologue », bien qu’il soit placé à la fin. Situé en 1900, au moment de la construction de la maison, il constitue une coda parfaite pour les contes antérieurs (ou postérieurs) de Laurelfield.

Ce n’est pas vraiment une histoire de fantômes, et les lecteurs qui s’attendent à quelque chose de vraiment effrayant seront déçus, mais il fait certainement référence aux histoires de fantômes de plusieurs façons. Il y a quelques incidents inexplicables, peut-être surnaturels ; plusieurs personnes plaisantent, ou à moitié plaisantent, sur le fait que Laurelfield est hanté ; Zee donne un cours sur les histoires de fantômes. Dans ce dernier exemple, il y a une théorie sur un type de hantise qui vient du futur plutôt que du passé, et cela influence la structure de l’histoire : comme le lecteur voit tout à l’envers, il est impossible de ne pas sentir que le présent retourne en quelque sorte dans le passé. Bien que le présent, évidemment, n’affecte pas et ne peut pas affecter ce qui se passe dans le passé, il déforme la façon dont l’observateur le voit. La vérité complète sur tout ce qui s’est passé à Laurelfield reste un mystère pour les personnages, et bien que le lecteur en découvre des parties, elle ne sera jamais entièrement révélée. C’est le genre de livre que vous pourriez certainement lire encore et encore et remarquer des choses que vous aviez manquées la première fois.

Ce roman est une lecture vivante, mémorable et enrichissante, que vous aimiez ou détestiez les histoires de fantômes, les histoires de grandes maisons anciennes, ou tout ce qui précède.

Note : 9,5/10

Éditeur : Les escales éditions (14 janvier 2021) Langue : Français Broché : 368 pages ISBN-10 : 2365695574 ISBN-13 : 978-2365695572

Qui le sait ? – 21 janvier 2021 de Lesley KARA

Astrid, ancienne alcoolique, n’a pas touché un verre depuis 192 jours, 7 heures et 15 minutes.
Pour fuir son passé douloureux, Astrid a quitté Londres. Elle vit chez sa mère dans une petite station balnéaire et essaie de se reconstruire.

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Chronique : Astrid est une alcoolique en voie de guérison, qui vit avec sa mère, et qui a beaucoup de mal à s’accrocher à sa nouvelle sobriété. Elle a aussi un lourd et sombre secret qui plane au-dessus de sa tête, ce qui complique sa capacité à affronter ses démons.

Alors que ses souvenirs refont surface, la relation passée d’Astrid avec un type nommé Simon commence à prendre forme – une relation centrée sur la douleur de l’addiction, mais aussi une relation à laquelle sont attachées des émotions intenses.

Il est évident qu’Astrid est tourmentée par son passé, peut-être à juste titre, mais apparemment quelqu’un est déterminé à lui rappeler ses méfaits, la maintenant sur une corde raide perpétuelle alors qu’elle essaie désespérément d’avancer dans sa vie

J’ai failli lire ce livre en une seule fois – non pas parce qu’il est rapide, parce qu’il ne l’est pas – mais parce que j’ai été profondément attiré par les luttes d’Astrid. L’atmosphère lourde et le sentiment constant de pressentiment m’ont maintenu collé aux pages.

C’est une histoire fascinante et intense, qui vérifie toutes les bonnes cases du thriller psychologique traditionnel. Cependant, c’est la caractérisation vivante d’Astrid, et sa volonté de rester sobre, sa vulnérabilité, son incertitude et sa peur, et la possibilité qu’elle soit en danger, qui ont donné au livre une profondeur supplémentaire – plus que ce que l’on rencontre habituellement dans ce genre.

Le drame est très captivant, attirant le lecteur plus profondément dans le monde troublé d’Astrid. Le suspense se construit lentement et méthodiquement, au point de devenir presque insupportable.

Je vois encore une multitude de thrillers psychologiques qui viennent de sortir, mais je pense que la fièvre est enfin tombée et qu’il y a un lent retour à la normale, ce qui signifie des histoires de meilleure qualité dans cette catégorie. Cependant, j’ai commencé ce livre avec des attentes moyennes.

Cependant, ce livre a dépassé mes attentes et se situe nettement au-dessus de la moyenne de cette catégorie. Le roman est très bien exécuté, d’humeur changeante, tendu et plein de suspense, mais il comporte une couche supplémentaire de drame émotionnel qui oblige le lecteur à investir, non seulement dans l’intrigue, mais aussi dans les personnages.

Dans l’ensemble, ce livre est un thriller impressionnant, et je pense que Lesley Kara est peut-être un auteur sur lequel j’aurai envie de garder un oeil !

Note : 9,5/10

Éditeur : Les escales éditions (21 janvier 2021) Langue : Français Broché : 384 pages ISBN-10 : 2365695337 ISBN-13 : 978-2365695336

Doucement renaît le jour – 14 janvier 2021 de Delphine GIRAUD

Connie, jeune femme au caractère bien trempé, a réalisé son rêve de devenir fleuriste et gère sa boutique d’une main de maître. Mais le jour où elle découvre une ancienne photo d’elle à côté d’un petit garçon, toutes ses certitudes s’effondrent.

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Chronique : Doucement renaît le jour est un récit sombre et troublant de culpabilité, d’innocence, de vérité et de mensonges qui m’a tenu en haleine du début à la fin.

Je déteste donner le moindre indice des rebondissements saisissants qui attendent le lecteur dans ce roman captivant. L’intrigue est habilement conçue pour révéler et dissimuler la vérité et les mensonges qui entourent Connie. Rien n’est jamais tout à fait ce qu’il semble être et je n’ai pas pu m’empêcher de parcourir les pages jusqu’à ce que Doucement renaît le jour atteigne sa conclusion stupéfiante.

Les personnages sont complexes, réels mais profondément imparfaits comme nous le sommes tous. Ce que vous ressentez pour ces personnes, change à mesure que les façades commencent à se fissurer sous la pression de l’incertitude et des secrets révélés.

Les thèmes abordés  sont assez bouleversants, allant de l’anxiété à la dépression, en passant par le blâme, la culpabilité, la confusion, la perte, la tristesse et la justice. Il y a aussi un présage, lorsqu’un feu de brousse menace de s’installer, ce qui ajoute à la tension accrue – une atmosphère remplie. Delphine GIRAUD est clairement forte dans son écriture elle nous prépare à une situation que nous essayons de déballer avec autant de logique que possible, mais elle tourne l’axe pour que nous nous sentions désorientés. J’admets n’avoir absolument aucune idée de l’endroit où la fin allait se situer, mais la conclusion présentée était appropriée.

Je pense que Doucement renaît le jour est un roman qui plaira aux lecteurs de tous les genres, c’est ce style de livre. Il vous fera tourner la tête !

Note : 9,5/10

Éditeur : Fleuve éditions (14 janvier 2021) Langue : Français Broché : 368 pages ISBN-10 : 2265154954 ISBN-13 : 978-2265154957

Le grand abandon de Cory Doctorow, dissection du domaine de la lutte

C’est le grand incendie

Si les livres étaient un gâteau celui-ci serait l’un de ses gâteaux au chocolat à étages recouverts de crème pâtissière, magnifique mais légèrement indigeste. Imaginez que vous seriez forcés d’avaler bouchées après bouchées, au début c’est délicieux mais très vite un sentiment de satiété s’installe tandis que la plus grande partie du gâteau vous attend encore.

Ce sentiment d’être repus alors que l’ouvrage n’est pas encore fini vient principalement du style. L’auteur possède en effet une plume dense, pas tellement descriptive mais très analytique. Les lecteurs qui se lanceront dans ce grand abandon n’ignoreront rien des états psychologiques par lesquels passeront les personnages. Leur état d’esprits sont en effet exposé et analysé sous les moindres coutures. Il en résulte des portraits psychologiques exhaustifs mais qui manquent de fluidité, de naturel. Une part de non-dit ou de mystères aurait été la bienvenue. Du coup malgré le soin apporté à la construction des personnages il m’a été difficile de m’attacher à eux, j’avais parfois l’impression de lire un débat philosophique sur la manière de lutter contre le capitalisme plutôt que des aventures de personnages en lutte contre le système. La police d’écriture et la mise en page n’aide pas vraiment à aérer un texte déjà très touffu.

La narration est à l’image de ces portraits, un bloc uniforme et dense mais qui manque de fluidité. Malgré l’étalement temporel et le nombre de personnages l’intrigue paraît resserrée et manque d’articulations entre ses chapitres, sans parler de la redondance que peuvent entraîner les mésaventures de nos militants d’une nouvelle société face aux capitalisme exacerbé de leurs adversaires. Chapitres qui commencent souvent par une situation donnée avant que le contexte ne nous soit donné par la suite. Les ellipses sont nombreuses et participent à ce sentiment de détachement que l’on peut ressentir à la lecture. Les personnages ne vivent pas l’aventure au fil des pages, ils en débattent, en discutent, en profitent pour confronter leurs points de vue sous tous les angles mais ne nous permettent pas de vibrer avec eux aux cours de leurs vies d’abandonneurs. Sortie des dialogues, qui versent parfois dans la philosophie hors sujet, la narration prend des allures d’audit désincarné, notamment lorsqu’il s’agit de décrire une société au bord du gouffre.

Et pourtant le monde que nous dépeint l’auteur est intéressant, terrifiant mais aussi empreint d’espoir, de résilience et malheureusement suffisamment crédible pour captiver l’attention du lecteur. Sur les ruines d’un capitalisme tyrannique, un monde nouveau tente de naître. La technologie y joue un rôle important et permet à l’auteur de démontrer que l’empilement de gadget sécuritaire n’empêche en rien l’émergence de nouvelles formes de luttes. Le futur oppressant mis en scène par l’auteur résonne de manière funeste avec les actualités des dernières années. La description de cette société où la technologie est devenue une béquille, où le travail est une denrée rare, où l’endettement est devenue la norme et les gouvernements rien d’autre que des extensions de sociétés privés fait froid dans le dos tellement elle paraît d’actualité. C’est sans doute le point fort du récit et ce qui permet de capter l’attention au travers d’une narration dense et rigide.

Ce grand abandon se révèle complexe à appréhender, handicapé par une narration rigide et une plume tatillonne, pourtant la vision de l’auteur et son propos ne manquent pas de profondeur mais ne parlera pas à tous les lecteurs.

Résumé: Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d’une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n’ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d’autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour… tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l’abondance. Avant de découvrir l’unique chose que les ultrariches n’ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort…

  • Éditeur : Bragelonne (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • ISBN-13 : 979-1028116392
  • Poids de l’article : 490 g

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon, chronique d’un abandon

Avec cet article nous allons inaugurer une nouvelle catégorie d’articles sur le site. Celle des abandons. C’est une catégorie que j’aurais préféré ne jamais avoir à créer mais la vie de lecteur est ainsi faite que parfois la rencontre tant désirée entre un récit et son lecteur ne se fait pas. Et comme j’ai passé deux jours à lire ce livre je tiens quand même à faire partager mon ressenti.

Aux forges de Vulcain est une maison d’édition spécialisée dans les récits de science-fiction et de fantastique relativement jeune et qui m’attire par ces choix de récits exigeants mais divertissants, sans parler du fait que leurs couvertures transpirent la classe. Ce premier roman de Rivers Solomon promettait une réflexion sur la lutte des classes sur fond de voyage interstellaire.

Or parvenu à la moitié du récit force est de constater que l’insurrection promise tarde à démarrer. L’intrigue stagne énormément sur les déboires de l’héroïne face aux autorités, les conditions de vie déplorables et des flashbacks beaucoup trop longs. La thématique de l’identité sexuelle est à peine survolée et ne constitue même pas un thème de fond dans le récit.

Mais ce qui m’a vraiment fait abandonner l’ouvrage c’est l’héroïne. L’auteur a vraiment cru qu’en écrivant son personnage principal de cette manière cela allait fonctionnait ? Elle est prétentieuse, se prétend intelligente mais ses réponses impulsives la place plus d’une fois dans des situations critiques et elle compte alors sur l’aide des autres pour s’en sortir. Ses interactions avec les autres, que ce soit avec ses compagnons de galères ou son allié Théo le chirurgien, sont empreint d’une tension constante qui se révèle usante. On a l’impression que cette brave Aster est constamment en colère, ce qui peut se comprendre étant donné le monde dans lequel elle évolue mais moi ce genre de personnage a tendance à me lasser.

Résultat, alors qu’il me restait une centaine de pages à lire, j’ai lâché le livre en me rendant compte que la suite des mésaventures d’Aster ne m’intéresse absolument pas.

Résumé: Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

  • Éditeur : AUX FORGES DE VULCAIN (6 septembre 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 391 pages
  • ISBN-10 : 2373050560
  • ISBN-13 : 978-2373050561
  • Poids de l’article : 500 g

La chasseuse de troll de Stepan Spjut, promenons-nous dans les bois tant que le troll n’y est pas…

Le troll se cache dans n’importe quelle buisson

Bonjour chers lecteurs humains, je me nomme Hymgrid et je suis un troll de Suède puisque c’est ainsi que les terres d’où je viens se nomment aujourd’hui. Je suis un très ancien troll qui prend plaisir à ce que l’on lui raconte les histoires des humains. Et justement l’humain qui tient ce blog a tenue à me raconter une histoire où mon peuple aujourd’hui disparu tient un rôle prépondérant. Cela fait des siècles que j’écoute et lit les humains raconter des histoires sur les trolls, fausse la plupart du temps, mais plaisante aussi il faut bien l’admettre. Ces derniers jours j’ai écouté l’histoire d’une soit-disant chasseuse de troll, je dois vous avouer que son récit a su piquer ma curiosité.

Pour vous, humains, dont les existences sont aussi brève qu’un éclair d’orage transperçant la nuit, le rythme de ce roman fantastique risque de vous décontenancer. Songez qu’à la page deux cent l’histoire, résumé par l’éditeur sur ce que vous appelez les quatrièmes de couverture, n’a toujours pas commencé. Après un prologue d’une longueur inhabituelle, on fait connaissance avec les personnages. Enfin surtout avec leurs faits et gestes. Je me souviens d’un court chapitre, trois pages d’après le serviable humain qui m’a conté l’histoire, presque un intermède, où l’héroïne effectue une manœuvre avec sa voiture. Un chapitre pour ça. Le rythme n’est donc pas haletant mais pas repoussant pour autant, il s’agit juste d’un rythme auquel vous n’êtes plus habitué.

Deux cents pages pour apprendre à connaître les protagonistes de ce récit au rythme lancinant. Ou plutôt à tenter de les connaître, car en plus d’apprivoiser le rythme particulier de l’ouvrage il faudra vous familiariser avec une plume qui garde ses distances, comme si l’on observait l’action du récit de loin. En soie rien de honteux mais lorsque l’on s’attaque au folklore suédois on s’attend à une certaine poésie dans la prose, une poésie sombre et mélancolique qui rendrait hommage aux légendes éternelles qui mettent en scène mon peuple. Or la plume est très technique, très pointilleuse, aucun geste, même le plus minime n’échappera au regard acéré du lecteur, pour tant est que celui-ci ne décroche pas en cours de route. L’auteur ne se sépare jamais de ce style très détaillé et touffu et ce même durant les phases d’exploration d’une villa abandonnée ou en forêt. Il en résulte une certaine froideur qui n’est pas uniquement due à l’ atmosphère glaciale dans laquelle se déroule cette traque au monstre.

Petit humain, raconte moi une histoire

Une fois que l’ont a intégré le fait que l’on n’est pas en train de lire le dernier page-turner à la mode dont vous autres humains êtes friand vous réussirez peut être à vous plonger dans ce récit crépusculaire où la grande Histoire se heurte à la petite, invoque l’esprit de l’illustrateur suédois John Bauer et dont le rythme s’emballe quelque peu une fois passer ce temps d’exposition.

La traque de cette brave Susso, une traque hors-norme, puisqu’elle se fait accompagnée de son petit amie journaliste et de sa mère, est la partie de l’ouvrage la plus plaisante à lire. Je me suis amusé à imaginer cette jeune fille déterminée et volontaire remonter la trace de mon peuple dans l’espoir de percer nos secrets. Les chapitres consacrés à Seved m’ont un peu moins convaincu, sans doute dû à l’aura de mystère qui entoure ce jeune homme, prisonnier et complice malgré lui, qui ne se dévoile que trop partiellement pour être satisfaisant même pour un vieux troll comme moi qui a roulé sa bosse.

Mon âme vénérable, qui a vu passer tant d’hiver, se réjouit de voir qu’aujourd’hui encore la légende de mon peuple perdure à travers des récits fantastiques. Un récit qui ne se laissera pas dompter par n’importe qui, un récit dont le rythme lancinant vous laissera de marbre ou bien vous enchantera. Une véritable aventure dans laquelle il faut se lancer en somme. À vos risques et périls

Le troll en sa solitude

Résumé: Personne n’a jamais su ce qui est arrivé au petit Magnus Brodin, disparu dans la forêt du Färnebofjärden en 1978 à l’âge de quatre ans. On prêta peu d’attention aux témoignages hystériques de sa mère qui affirmait qu’un géant était sorti des bois et lui avait volé son fils. Vingt-cinq ans plus tard, une autre disparition et des témoignages très étranges vont mettre une jeune cryptozoologue en Laponie sur la piste de créatures indomptables qui se cachent habilement du regard de l’homme depuis la nuit des temps. Des êtres qui semblent avoir une prédilection particulière pour les petits enfants. Et un avantage imparable pour agir en toute impunité : personne ne croit en leur existence…

  • Éditeur : Actes Sud Editions (13 mars 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 632 pages
  • ISBN-10 : 233011415X
  • ISBN-13 : 978-2330114152
  • Poids de l’article : 820 g
  • Dimensions : 14.6 x 4.4 x 24 cm

Avec Mona – 6 janvier 2021 de Alice Meteignier , Didier Lévy

Gaston, le petit crocodile du Nil, fait la vaisselle dans un restaurant à Paris. Il vit dans un minuscule appartement et rêve de retourner sur les lieux de son enfance

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Chronique : Ce livre est une pure merveille idéal pour faire face aux grands bouleversements de la vie mais écrit en toute simplicité avec Gaston le crocodile qui est tout de suite sympa aux yeux des enfants. L’enfant peu s’amuser tout en lisant le récit, il construit l’illustration et comprend donc le texte afin d’apprendre les saisons et d’aborder la notion de temps ce qui fait marcher sa motricité fine. Un très bon livre qui tient toutes ses attentes pour aborder le thème de l’amour.

Note : 10/10

Éditeur : Sarbacane Editions (6 janvier 2021) Langue : : Français Relié : 32 pages ISBN-10 : 2377314260

La honte de la galaxie – 6 janvier 2021 de Alexis Brocas

An 300 000 et des poussières. Sur une planète sans loi aux confins de la Voie lactée. Meryma, 17 ans, se noie dans les drogues et la mélancolie pour oublier son passé tumultueux d’héroïne des guerres impériales – ainsi que le scandale qui a fait d’elle la honte de la Galaxie

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Chronique :Chacun trace ses propres lignes en matière de prose. Certains veulent des lignes très professionnelles qui mettent l’accent sur l’histoire. D’autres aiment se perdre dans la beauté de la langue. Il y a une ligne qui sépare la prose poétique de la prose violette et chacun en dessine sa propre version. J’ai aimé l’écriture du livre. C’était dramatique et parfois un peu exagéré, mais c’était fait avec habileté et je ne l’ai pas considéré comme violet.

Au début, le livre a de fortes vibrations de Dune avec des restrictions technologiques qui ont conduit à l’équivalent du livre de mentats, et des hiérarchies féodales qui se superposent à un monde de haute technologie. La planète possède même un élément rare et précieux pour les mines et les puissants commerçants qui viennent négocier pour elle.

Il y a la prose poétique susmentionnée. Ensuite, il y a le fait que nous avons un grand récit encadré dans lequel, beaucoup plus tard, notre héroïne est une figure et au fur et à mesure que le livre se déroule nous constatons une coupure entre l’échelle de l’histoire et le cadre.

Quoi qu’il en soit, plutôt que des batailles spatiales et des canons à rayons, il s’agit en fait d’un livre basé sur les planètes, avec des combats axé sur les personnages, et dont l’intrigue est en grande partie motivée par la curiosité de ne pas suivre les ordres, qu’ils viennent de sa famille ou d’autres membres de la noblesse de l’empire.

Je n’ai pas lu de science-fiction de ce type depuis un certain temps, et c’est un bon rappel. Je me suis bien amusé avec le livre.

Note : 9,5/10

Éditeur : Sarbacane Editions (6 janvier 2021) Langue : : Français Broché : 512 pages ISBN-10 : 2377315461

Les papis contre-attaquent – 6 janvier 2021 de Claire Renaud

« Je m’inquiète. Papi ne dort plus la nuit, il va et vient dans l’appartement et fait un sacré raffut. Je crois que c’est parce que son pote, Léonard, le barreur de leur bateau au club d’aviron, a été placé dans une maison de retraite.

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Chronique : Un livre vraiment loufoque mais si on aime ce style un peu décaler hors de la norme et que l’on croit aux licornes ce livre est fait pour vous et vous aller le déguster avec plaisir tant il est drôle, insolite, écrit de telle manière que chaque enfant peut s’identifier au personnage principal. Claire Renaud qui a un humour bien mordant et qui sait faire mouche. Et cette réussite ne serait pas aussi sans Maurèen Poignonec qui réalise des dessins tout simplement parfaits. On s’y croirait! Grâce aux petites et grandes illustrations, notre imaginaire devient réel sans tout dévoiler. L’enfant peut aisément continuer à imaginer certaines scènes tout en se référant aux petits dessins parsemés de-ci delà à travers l’histoire. Claire Renaud arrive à aborder des sujets par spécialement anodins pour nos enfants, comme les maisons de retraite et les enfants disent à problèmes, tout ça dans l’humour et dans un univers fantastique que nos têtes blondes affectionnent tout particulièrement et ça j’ai vraiment apprécié. C’est encore un livre de la collection Pépix que j’ai vraiment appréciée, à chaque parution de leurs romans, les Éditions Sarbacane m’enchantent, toutes leurs histoires sont différentes mais elles sont d’une qualité exemplaire. Si vous avez des enfants, neveux, nièces, petits voisins, n’hésitez pas à leur mettre ce livre entre les mains je suis sure qu’ils seront ravis de lire les aventures de cette bandes.

Note : 9,5/10

Éditeur : Sarbacane Editions (6 janvier 2021) Langue : : Français Broché : 206 pages ISBN-10 : 2377315453

Coups de vieux de Dominique Forma, coups de com’

Les ancêtres retournent en enfance

Toujours à la recherche de lecture originale ce roman de Dominique Forma me paraissait correspondre tout à fait à ce que je cherchais. J’imaginais déjà une enquête épicé par le caractères outrancier des deux meilleurs ennemis roublard et fort en gueule. Las, encore une fois mes attentes de lecture se sont heurtés à la dure réalité.

Car les deux personnages mis en avant par la quatrième de couverture ne tiennent au final que des rôles secondaires dans ce roman qui est plus noir que policier. On a affaire à une intrigue chorale, où chaque personnage tente de tirer la couverture à lui avec des passages qui lui sont consacré en narration à la première personne. Difficile de déterminer quel personnage occupe le premier plan, peut-être aucun même s’il faut reconnaître que l’auteur développe nos chers ancêtres que sont Clovis et André un petit plus que les autres. Il leur tisse un passé tumultueux où les convictions politiques solides comme la roche se confrontent à l’érosion du temps. Leur franc-parler et leur obstination à se débattre dans un monde qu’ils ne comprennent plus est touchante, surtout en ce qui concerne Clovis, dont le regard acéré sur la société contemporaine aurait mérité plus de pages.

Les autres personnages qui en terme de présence dans l’intrigue égale celle de Clovis et André ne sont pas tous aussi attachants. Les Dallier père et fils sont proprement insupportables de veulerie et d’exubérance vaine. La libertine Alexe, dont la quatrième de couverture nous promettait qu’elle serait la collaboratrice de notre duo infatigable, possède au final un développement aussi épais que du papier à cigarettes. L’homme de main Rouchdi prend une place de nemesis implacable peu convaincant avant d’être éjecté manu militari. Seule la brave Anaïs Lylle brille de par son tempérament et sa rage de réussite. Finalement c’est peut-être elle le véritable personnage du livre au vu du final et surtout des flashbacks qui lui sont consacrés.

Une fois parvenu à la conclusion que, non, je ne suivrai pas deux activistes politiques sur le retour dans les milieux interlopes du Cap d’Agde, je me suis dit que cela n’était point grave une enquête policière reste une enquête. Qu’importe le flacon pourvu que l’on est l’ivresse et autres phrase toutes faites. Malheureusement là aussi l’auteur a su déjouer mes attentes. C’est bien simple il n’y a pas d’enquête. Les clés de l’intrigue sont délivré par les coupables eux-mêmes lors des dialogues. Les chapitres sont prétextes à un jeu du chat et de la souris entre la famille Dallier et ses ennemis sans que jamais on sente monter une certaine tension tandis que nos deux compères, qui sont censés élucider un crime, font la chasse au dealer. En fait d’enquête il faudra se contenter d’une conversation nocturne espionnée dans un parking et d’un règlement de comptes au milieu d’un lac.

Si encore le style de l’auteur permettait d’être emporté par le récit en faisant fi des défauts de la narration mais même pas. L’auteur a été scénariste et cela se ressent énormément à la lecture. Les dialogues ont une place prépondérante et leurs multitudes empêchent que certains d’entre eux se détachent de l’ensemble par des répliques piquantes. Le découpage est très cinématographique, ou feuilletonesque et si l’auteur parvient à accorder une voix à chacun de ses personnages il échoue à nous emporter dans les dunes du Cap d’Agde ou dans la ville de Béziers et encore moins au château de Garens. Une plume très graphique en somme mais superficielle dans sa manière de conter l’intrigue et le décor magnifique dans laquelle elle se déroule.

Des attentes de lecture déçues, un roman policier qui n’en ait pas un et enfin une plume qui ne correspond pas à ce que j’attends, le tout forme un ensemble inconsistant malgré les efforts de caractérisation des deux personnages qui auraient dû être principaux. Un ouvrage prometteur mais qui se révèle décevant.

Résumé: Ils ont passé l’âge… Si ce n’est de faire justice eux-mêmes. Clovis le facho et André le gaucho. Deux frères ennemis à la longue histoire de coups tordus.
Le soir tombe sur Le Cap d’Agde. André, la soixantaine, s’aventure dans les dunes des échangistes. Bientôt, il aperçoit l’objet de ses fantasmes : une belle femme nue allongée sur le sable. Il s’approche. Son désir s’éteint aussitôt : la belle est morte, assassinée.
Craignant de devenir le suspect n° 1, André appelle Clovis à la rescousse. Avec l’aide d’Alexe, une libertine craquante, le duo improbable Algérie française et Gauche prolétarienne débute une sulfureuse enquête parsemée de sang, de sexe et de sales magouilles…

  • Éditeur : Robert Laffont (22 août 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 384 pages
  • ISBN-10 : 2221203232
  • ISBN-13 : 978-2221203231
  • Poids de l’article : 500 g
  • Dimensions : 14 x 3.2 x 23 cm