Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson, quand les experts coupent les cheveux en quatre…

Sous le soleil de minuit

Encore un polar scandinave ? Et bien oui que voulez-vous, parfois le hasard vous enchaîne à un genre. Ce mois de janvier aura été marqué par le froid et les températures négatives aussi bien dans mes lectures que dans la réalité. Pourtant cet ouvrage possède un postulat plus original que le tout-venant de la littérature policière. Cela suffit-il à faire de lui une lecture recommandable ?

Je ne vais pas faire grand cas de mon avis je n’ai pas aimé ce polar et ce pour deux raisons spécifiques que je vais détailler plus bas. Parlons d’abord des aspects les plus réussis, l’auteur est parvenu à instaurer une narration dynamique malgré son intrigue linéaire et casanière. La majorité de l’intrigue se déroule en effet dans les locaux de l’institut médico-légal de l’hôpital universitaire de Karolinska en Suède. On comprend très vite que l’on est face à un polar scandinave atypique, l’auteur suit son propre rythme en se moquant éperdument des codes usuels du polar scandinave. Un constat qui se révèle également dans la plume, légère et empreinte d’un humour teinté d’ironie et de poésie. Une plume revigorante qui illumine les rares passages narratifs mais qui s’éteint complètement durant les longues phases d’échanges théoriques entre nos différents experts.

Tout l’intérêt du roman réside dans la question de savoir si oui ou non il y a eu meurtre ou pas. Les chapitres suivent le processus médico-légal qui entoure ce genre de cas, d’où le côté très linéaire, et l’on assiste aux réunions entre les membres de l’institut ou aux discussions entre Antal, le légiste en chef et Pierre, son élève. On a donc droit à des pages et des pages de dialogues scientifiques pointus où chacun des personnages confronte son point de vue. Des passages rébarbatifs qui se poursuivent jusqu’à la conclusion et que l’auteur ne parvient jamais à rendre attractif. Le tout assèche la narration, n’instaure aucune ambiance originale et enrobe le tout d’une aura de rapport officiel inintéressant.

Mais le point noir du roman réside surtout dans l’écriture des personnages. Si l’auteur parvient à donner un ton distinctif à la majorité des personnages secondaires, comme la brave Magdalena cheffe de service et féru de la couleur jaune, et s’en tire plutôt bien avec son portrait de celui que l’on pourrait considérer comme un personnage principal, à savoir le méticuleux Antal, il échoue par contre avec le second personnage principal, le fameux Pierre. Impossible de savoir quel été le but de l’auteur en dépeignant un personnage aussi antipathique dans les pages de son ouvrage mais si l’effet rechercher est de déclencher un sentiment de haine irrépressible c’est réussi. Tout est fait pour que l’on ressente une profonde aversion pour cet expatrié français qui condense tous les défauts que l’on reproche à mes concitoyens en temps normal, ce qui rend difficile la lecture de ce polar qui accorde déjà beaucoup d’importance à des considérations scientifiques qui finissent par lasser tant elles sont redondantes.

Original ce polar suédois l’est sans nul doute, mais sa propension à détailler tout le processus scientifique sans y instiller ni l’humour ni la poésie que l’on retrouve lors des passages narratifs épars le condamne à être réservé aux afficionados des techniques médico-légales.

Résumé: au presbytère de la petite ville suédoise de Sigtuna. Elle était malade de son cœur. La porte était fermée à clef. Un dossier apparemment simple. Le jeune interne Pierre Desprez va réaliser une autopsie de routine, supervisé par le médecin légiste Antal Bő. Pourtant, l’enquête va se transformer en un casse-tête au fur et à mesure de l’avancée des investigations. Il n’en faudra pas moins que l’intervention d’une pomologue à la retraite, d’un vieux professeur de médecine environnementale et de la femme de ménage du vicaire pour révéler une vérité insoupçonnée !

Détails sur le produit

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (21 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 336 pages
  • ISBN-10 : 2815939266
  • ISBN-13 : 978-2815939263
  • Poids de l’article : 380 g

Prunelle, sorcière rebelle – 20 janvier 2021 de Agnès Laroche

Prunelle est une sorcerelle qui pratique la magie douce pour améliorer la vie des habitants du comté de Tendreval. Un jour, instinctivement, elle lance un sort de magie forte, strictement réservé aux sorciers, les Eclaireurs. Or le père de Prunelle est le chef des Eclaireurs…

Achat : https://amzn.to/3cv8tIy

Chronique : Regardez cette couverture sombre et magnifique qui vous donne envie de vous perdre dans cette histoire.

Il était une fois une fille qui retrouva un garçon perdu dans les bois. Elle touche son âme et le réchauffe, l’aidant à trouver ce qu’il cherchait et, entre-temps, elle découvre le but de sa vraie vie. Mais leur rencontre fera ressortir le danger, la malédiction et la mort dans leur vie !

Cette histoire est d’une beauté obsédante, d’un mystère enchanteur et d’une beauté surnaturelle. c’est un voyage magique qui vous fera croire à l’inexplicable et admirer l’inattendu. je pense que ce livre m’a jeté son propre sort.

Certains aspects de l’histoire m’ont semblé prévisibles, mais la prévisibilité vient du fait que j’ai eu l’impression d’avoir intelligemment saisi les subtiles allusions de l’auteur, et non pas parce que l’auteur était évident. et c’est certainement dû à l’écriture. l’écriture est exquise et si parfaite sur le plan de l’atmosphère. elle donne le ton et l’ambiance parfaits pour l’ensemble du livre.

Prunelle, sorcière rebelle est un livre si magique, mais aussi un livre qui donne des frissons en lisant. J’ai été très surpris, voire choqué, par la tournure des événements à la fin du livre. Bien que ce livre ait eu quelques défauts comme la formulation répétitive, qui m’a un peu ennuyé et quelques trous d’intrigue évidents. J’ai vraiment apprécié ce livre, c’était une lecture merveilleuse.

Note : 9/10

Éditeur : Rageot Editeur (20 janvier 2021) Langue : Français Broché : 256 pages ISBN-10 : 2700276477 ISBN-13 : 978-2700276473

Le romancier de la mer – 7 janvier 2021 de Joseph CONRAD

De tous les écrivains de la mer, Joseph Conrad est celui qui a restitué avec le plus d’authenticité la vie à bord d’un navire au temps où les grands-voiliers croisaient la route des premiers vapeurs. Cette anthologie regroupe les œuvres maritimes les plus remarquables d’un monstre sacré de la littérature anglaise dans des traductions révisées, dont Le Frère-de-la-Côte, son roman ultime et méconnu.

Achat : https://amzn.to/2L7imRn

Chronique : Il y a des romanciers dont le seul nom suffit à évoquer tout un univers. Prononcez celui de Joseph Conrad et tout de suite on a l’impression d’entendre claquer les voiles et clapoter les vagues. On s’imagine à la proue d’un trois-mâts filant sur les mers du Sud ou à bord d’un « steamboat » remontant le fleuve Congo entre deux murs de lianes. Ah, que de belles heures de lecture je dois à ce magnifique raconteur d’histoires!

Adolescent, j’adorais son exotisme, sa prose au goût d’embruns, la richesse de son imagination. Ouvrir un de ses livres, c’était comme partir en voyage, embarquer pour une aventure dont j’ignorais tout, sinon que l’évasion et le plaisir seraient au rendez-vous. Et puis, en grandissant, peu à peu, je me suis ouverte à la complexité de cette oeuvre qui, sous ses dehors divertissants, cache en fait un profond pessimisme et une formidable aptitude à plonger dans les abysses de l’âme humaine.

Si Conrad fait de la mer le théâtre privilégié de ses récits, c’est parce qu’il fut longtemps marin, mais les drames qu’il met en scène et les passions qu’il décrit dépassent de loin ce cadre particulier. Ce qui l’intéresse vraiment, c’est l’aventure intérieure de ses personnages. Celle de  Lord Jim , par exemple, qui, à la suite d’une faute morale, n’aura de cesse de se racheter, quel que soit le prix de sa rédemption. Ou celle de  Kurtz , anti-héros nietzschéen pris au piège de sa propre folie.

L’univers de Conrad, c’est celui de Dostoïevski, Dieu en moins. Chez lui, point de salut. Ou guère. C’est la fatalité qui gouverne le monde et agite les fils des marionnettes que nous sommes. Désespoir ou lucidité, à chacun d’en juger, mais quel style, en tout cas, pour dire cette noirceur! A la fois post-classique et pré-moderne, rappelant Dickens et annonçant Faulkner, la prose conradienne est tout bonnement éblouissante de grâce, d’intelligence, de virtuosité. Elle ne se lit pas, elle se savoure. Telle page, parfois, semble touffue, mais ôtez-en un seul mot, une seule virgule, et le charme est rompu. C’est ça, la magie des grands écrivains!

Éditeur : Omnibus (7 janvier 2021) Langue : Français Broché : 864 pages ISBN-10 : 2258194504 ISBN-13 : 978-2258194502

Cartes à gratter : Attrape-rêves – Pochette avec 2 attrape-rêves à gratter et à assembler – 21 janvier 2021

Dans ta pochette, tu trouveras 4 cartes à gratter prédécoupées, dont 2 brillantes, un bâtonnet, du fil de coton et des pas-à-pas pour réaliser deux adorables attrape-rêves !

Achat : https://amzn.to/3aow2Qj

Chronique : Avec ses cartes à gratter les enfants vont pouvoir s’amuser de façon créative et ludique sur le thème des Attrape-rêves et on se prend au jeu du grattage à créer des cartes afin d’en faire de superbes créations ! Les enfants, et même les parents s’amuseront et voudront en faire des coloriages, participer avec leurs amis. C’est aussi une très bonne idée de cadeaux. l’autre point positif est que les feuilles sont de qualité et dès que le travail est fait on peut l’afficher et le montrer avec contentement.

Éditeur : Grund (21 janvier 2021) Langue : Français Broché : 6 pages ISBN-10 : 2324027771 ISBN-13 : 978-2324027772

Lëd de Caryl Férey, larmes de glace pour pays meurtri

La neige se tâchera de sang

Caryl Férey est un peu le maître dans un genre qu’ils sont peu nombreux à pratiquer, l’ethno-thriller, un sous-genre qui consiste à situer son intrigue dans un pays étranger afin d’en brosser un sombre portrait. Lëd son dernier roman n’échappe pas à la réputation d’inlassable portraitiste vagabond que s’est construit son auteur.

Et des portraits ce n’est décidément pas ce qui manque dans ce polar sibérien. Des portraits d’hommes et de femmes qui vivent au jour le jour sous un ciel de glace pollué qui les tuent à petit feu. Norilsk, la ville qui sera le théâtre des événements tragiques conté par l’auteur, est en effet réputé pour être la ville la plus polluée de Sibérie, si ce n’est de la Russie en général. En cause une activité minière et industrielle intense dont les effluves encrassent les poumons de ses habitants. Le constat dressé par l’auteur au début du roman fait froid dans le dos, l’espérance de vie est en dessous des standards russes, déjà pas très reluisant, l’alcoolisme fait des ravages et l’écologie est bien évidemment le cadet des soucis des industriels qui ne pensent qu’au profit.

Une terre d’enchantement donc dans lequel survivent tant bien que mal des personnages attachants, le cœur alourdi par leurs conditions de vie mais un sourire toujours collé aux lèvres, le sourire des compagnons de galères qui se savent condamnés à endurer les mêmes souffrances. Chacun d’eux sera l’occasion pour l’auteur de se focaliser sur un aspect de la société russe et ses travers. Que ce soit Ada, ou plutôt Dasha comme elle tient à ce qu’on l’appelle, et sa quête de ses origines ou le martyr Shakir, dont les souvenirs de vétéran des campagnes d’Afghanistan marquent au fer rouge ou encore le couple maudit Gleb et Nikita, obligé de se cacher pour vivre leur amour dans l’un des pays les plus homophobes au monde. Chacun de ces personnages est le reflet d’une Russie malade de ces contradictions où l’individu compte moins que la fierté d’une nation, où le travail acharné des ouvriers ne sert qu’à enrichir quelques oligarques repus de roubles.

Il est toutefois regrettable que ces portraits à forte teneur en empathie ne soient pas au service d’une enquête plus rythmée. Ce cher Boris, le flic trop intègre pour son propre bien, tente, tant bien que mal, de démêler les fils de drame qui frappe Norilsk mais son enquête fait pâle figure face au réalisme tragique des personnages secondaires qui peuplent l’ouvrage. L’accent a été mis sur ces personnages qui donnent vie au récit au détriment d’une intrigue générale un brin simpliste qui traîne en longueur avant de se résoudre lors d’un final sanglant qui ne m’a convaincu qu’à moitié.

Il n’en reste pas moins que ce polar vous plongera dans une ambiance de désespoir glacé mais soutenu par une plume d’une beauté fataliste sans concessions et des fulgurances poétiques qui permettent au récit d’obtenir une réelle densité à défaut d’une intrigue réellement captivante.

”Pour vivre ici, il fallait y être né. Ou être fou”

Résumé: Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.
Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.
Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.
Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…

  • ASIN : B08NDT3LQW
  • Éditeur : Les Arènes (14 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 523 pages
  • ISBN-13 : 979-1037502780
  • Poids de l’article : 640 g

Hors-piste – 27 janvier 2021 de Allie Reynolds

Bienvenue dans les Alpes pour un week-end de retrouvailles. Dans un refuge de haute montagne, très isolé. Où on a vite fait de glisser dans une crevasse. (Ou de s’y faire pousser.)
Mais qui a donc organisé cette escapade diabolique ?
Et surtout, qui a bien pu faire disparaître Saskia dix ans plus tôt ?

Achat : https://amzn.to/2YlIk6B

Chronique : Chapeau à Allie Reynolds pour son premier roman ! Le synopsis à lui seul a retenu mon attention, mais l’écriture et l’intrigue ont scellé l’affaire.

Des retrouvailles dans les Alpes françaises, ça a l’air merveilleux, n’est-ce pas ? Sauf quand vous êtes bloqué dans une station de montagne, pendant une tempête de neige et qu’il n’y a pas de personnel sur place. De plus, ces retrouvailles s’accompagnent d’un certain stress. Dix ans plus tôt, l’une d’entre elles, Saskia, a disparu et n’a jamais été retrouvée.

Milla accepte l’invitation à l’escapade de retrouvailles au Rocher, croyant qu’elle a été invitée par un de ses anciens amis. Elle n’a vu aucun de ses camarades de snowboard depuis dix ans. Elle espère passer le week-end à rattraper Curtis, Dale, Heather et Brent. Elle a passé du temps avec eux il y a dix ans, à se préparer pour une compétition d’élite, à essayer de travailler ses compétences, peut-être à en apprendre de nouvelles et bien sûr à gagner !

Peu après leur arrivée, ils commencent à sentir que quelque chose ne va pas. Leur jeu pour briser la glace tourne mal lorsqu’ils réalisent que quelqu’un connaît leurs secrets. Ils deviennent mal à l’aise, méfiants et commencent à douter les uns des autres. Le « fantôme » de Saskia plane sur eux. Elle était la némésis de Milla, sa plus grande concurrente et la soeur de Curtis.

Piégés, et pleins de suspicion, la tension monte à mesure que la température baisse. À qui peut-on faire confiance ? Qui les a vraiment invités ? Qui les a piégés ? Qu’est-il vraiment arrivé à Saskia ? L’un d’entre eux était-il responsable de sa disparition ? Est-elle morte ou vivante ? La suspicion tombe sur tous. Il s’agit d’un livre effrayant et atmosphérique. J’aime quand l’environnement est un personnage du livre aussi. Ce livre est raconté aussi bien dans le présent qu’il y a dix ans. Nous les voyons dans le passé, faisant du snowboard, traînant, participant à des compétitions et se faisant narguer par Saskia.

Allie Reynolds est une ancienne snowboardeuse de style libre et une lectrice passionnée. Elle a combiné ses deux choses préférées pour écrire ce livre. C’était une lecture captivante qui m’a fait deviner et essayer de comprendre qui était derrière le fait qu’ils étaient bloqués. J’ai trouvé que ce livre était bien écrit et parfaitement tracé. J’ai apprécié les deux lignes de temps et l’alternative intemporelle a vraiment préparé le terrain pour le déroulement de l’intrigue. J’ai apprécié la lecture au fur et à mesure que les personnages changeaient, grandissaient et évoluaient. Sont-ils les mêmes que lorsqu’ils étaient en compétition ? La disparition de Saskia les a-t-elle changés ? Leur amitié est-elle toujours là ?

Hors-piste est un polar intrigant, fascinant et plein de tension que je recommande vivement.

Note : 9,5 /10

Éditeur : Calmann-Lévy (27 janvier 2021) Langue : Français Broché : 464 pages ISBN-10 : 2702169112 ISBN-13 : 978-2702169117

Cent ans de Laurelfield – 14 janvier 2021 de Rebecca MAKKAI

1999 : Bienvenue à Laurelfield, vaste demeure du Midwest et partez à la rencontre de ses propriétaires ancestraux, les Devohr.

Achat : https://amzn.to/3prAjZP

Chronique Cent ans de Laurelfield est une famille de Canadiens excentriques de la classe supérieure. Le deuxième roman de Makkai raconte l’histoire de la maison à travers ses différentes incarnations – une prison pour une femme malheureuse, une colonie d’artistes, le cadre d’une histoire finalement tragique impliquant des identités échangées, la toile de fond d’une affaire qui n’a jamais existé et la recherche de dossiers perdus qui n’existent peut-être pas – mais il la raconte à l’envers.

Dans la première (et la plus longue) partie, nous sommes en 1999, et Laurelfield est habitée par Grace, une descendante des Devohrs, et son second mari, Bruce. La fille de Grace, Zee, spécialiste de la littérature marxiste, vit avec son mari Doug dans la remise, où ils sont bientôt rejoints par Case, le fils de Bruce, en phase terminale de malchance, et sa femme Miriam, une artiste folle. Doug prépare apparemment un doctorat en étudiant un poète presque oublié du nom d’Edwin Parfitt ; en réalité, il est sur le point de renoncer à ses ambitions académiques et passe ses journées à écrire des livres pour enfants trash sur des adolescentes courageuses. Doug sait depuis un certain temps que Parfitt a séjourné à Laurelfield lorsque c’était une colonie d’artistes, mais lorsqu’il découvre que Grace a peut-être de vieux dossiers sous clé dans le grenier, sa curiosité s’éveille et il devient convaincu que les trouver est la clé pour terminer sa thèse.

La première partie occupe la moitié du livre, et il est donc inévitable que cette section implique le plus de détails et de développement, et produise l’investissement le plus émotionnel dans les personnages. Ce qui se passe entre eux à la fin est plutôt bouleversant… En tout cas, pour moi, c’était le cas – j’aimais un personnage en particulier et je méprisais un autre, et j’étais déçu de la façon dont les choses se passaient pour eux, bien que d’autres puissent avoir des réactions différentes. Je dois dire, cependant, que même si j’ai vraiment détesté ce qui s’est passé ici (j’aurais peut-être donné cinq étoiles à ce livre si le résultat de cette section avait été différent), les personnages ont dû être très bien écrits s’ils m’ont fait autant de cas. Et, ce livre étant ce qu’il est, il y a une raison pour laquelle les choses se passent ainsi : le lecteur découvrira plus tard que la dynamique qui se joue ici reflète étroitement les événements qui se sont déroulés trois quarts de siècle plus tôt et, en fait (sans trop en dévoiler ici), d’une certaine manière, elle leur permet de boucler la boucle.

Dans la deuxième partie, on est en 1955. Grace est une jeune épouse, mariée au père violent et dragueur de Zee, George. Elle s’ennuie, s’agite et se sent enfermée à Laurelfield. Lorsqu’elle remarque des petites choses étranges qu’elle considère comme des présages, sa vie commence lentement à changer, conduisant vers un destin inéluctable. Comme le lecteur a déjà découvert quelque chose de la nature de ce destin dans l’histoire de 1999, ce qui lui arrive à la fin n’est pas un mystère… Mais la façon dont elle y parvient l’est tout autant. C’est la découverte de cette chaîne d’événements qui donne à cette section du roman sa tension et son caractère dramatique.

Troisième partie : 1929, pendant la période où Laurelfield était une colonie d’artistes. Il y a ici un plus grand nombre de personnages, un groupe de huit ou neuf artistes de différents types – dont Edwin Parfitt, le sujet de thèse de Doug, et Zilla Silverman, le peintre dont Zee porte le nom. Le récit change souvent de perspective (certains sont racontés à la première personne du pluriel pour décrire les observations collectives d’un individu par le groupe) et est raconté par brèves salves. Il suit les efforts intrigants des artistes pour « sauver » la colonie lorsqu’elle est menacée de fermeture par un Devohr particulièrement désagréable.

Il n’y a pas de quatrième partie du livre, juste un « prologue », bien qu’il soit placé à la fin. Situé en 1900, au moment de la construction de la maison, il constitue une coda parfaite pour les contes antérieurs (ou postérieurs) de Laurelfield.

Ce n’est pas vraiment une histoire de fantômes, et les lecteurs qui s’attendent à quelque chose de vraiment effrayant seront déçus, mais il fait certainement référence aux histoires de fantômes de plusieurs façons. Il y a quelques incidents inexplicables, peut-être surnaturels ; plusieurs personnes plaisantent, ou à moitié plaisantent, sur le fait que Laurelfield est hanté ; Zee donne un cours sur les histoires de fantômes. Dans ce dernier exemple, il y a une théorie sur un type de hantise qui vient du futur plutôt que du passé, et cela influence la structure de l’histoire : comme le lecteur voit tout à l’envers, il est impossible de ne pas sentir que le présent retourne en quelque sorte dans le passé. Bien que le présent, évidemment, n’affecte pas et ne peut pas affecter ce qui se passe dans le passé, il déforme la façon dont l’observateur le voit. La vérité complète sur tout ce qui s’est passé à Laurelfield reste un mystère pour les personnages, et bien que le lecteur en découvre des parties, elle ne sera jamais entièrement révélée. C’est le genre de livre que vous pourriez certainement lire encore et encore et remarquer des choses que vous aviez manquées la première fois.

Ce roman est une lecture vivante, mémorable et enrichissante, que vous aimiez ou détestiez les histoires de fantômes, les histoires de grandes maisons anciennes, ou tout ce qui précède.

Note : 9,5/10

Éditeur : Les escales éditions (14 janvier 2021) Langue : Français Broché : 368 pages ISBN-10 : 2365695574 ISBN-13 : 978-2365695572

Qui le sait ? – 21 janvier 2021 de Lesley KARA

Astrid, ancienne alcoolique, n’a pas touché un verre depuis 192 jours, 7 heures et 15 minutes.
Pour fuir son passé douloureux, Astrid a quitté Londres. Elle vit chez sa mère dans une petite station balnéaire et essaie de se reconstruire.

Achat : https://amzn.to/3t2W8kC

Chronique : Astrid est une alcoolique en voie de guérison, qui vit avec sa mère, et qui a beaucoup de mal à s’accrocher à sa nouvelle sobriété. Elle a aussi un lourd et sombre secret qui plane au-dessus de sa tête, ce qui complique sa capacité à affronter ses démons.

Alors que ses souvenirs refont surface, la relation passée d’Astrid avec un type nommé Simon commence à prendre forme – une relation centrée sur la douleur de l’addiction, mais aussi une relation à laquelle sont attachées des émotions intenses.

Il est évident qu’Astrid est tourmentée par son passé, peut-être à juste titre, mais apparemment quelqu’un est déterminé à lui rappeler ses méfaits, la maintenant sur une corde raide perpétuelle alors qu’elle essaie désespérément d’avancer dans sa vie

J’ai failli lire ce livre en une seule fois – non pas parce qu’il est rapide, parce qu’il ne l’est pas – mais parce que j’ai été profondément attiré par les luttes d’Astrid. L’atmosphère lourde et le sentiment constant de pressentiment m’ont maintenu collé aux pages.

C’est une histoire fascinante et intense, qui vérifie toutes les bonnes cases du thriller psychologique traditionnel. Cependant, c’est la caractérisation vivante d’Astrid, et sa volonté de rester sobre, sa vulnérabilité, son incertitude et sa peur, et la possibilité qu’elle soit en danger, qui ont donné au livre une profondeur supplémentaire – plus que ce que l’on rencontre habituellement dans ce genre.

Le drame est très captivant, attirant le lecteur plus profondément dans le monde troublé d’Astrid. Le suspense se construit lentement et méthodiquement, au point de devenir presque insupportable.

Je vois encore une multitude de thrillers psychologiques qui viennent de sortir, mais je pense que la fièvre est enfin tombée et qu’il y a un lent retour à la normale, ce qui signifie des histoires de meilleure qualité dans cette catégorie. Cependant, j’ai commencé ce livre avec des attentes moyennes.

Cependant, ce livre a dépassé mes attentes et se situe nettement au-dessus de la moyenne de cette catégorie. Le roman est très bien exécuté, d’humeur changeante, tendu et plein de suspense, mais il comporte une couche supplémentaire de drame émotionnel qui oblige le lecteur à investir, non seulement dans l’intrigue, mais aussi dans les personnages.

Dans l’ensemble, ce livre est un thriller impressionnant, et je pense que Lesley Kara est peut-être un auteur sur lequel j’aurai envie de garder un oeil !

Note : 9,5/10

Éditeur : Les escales éditions (21 janvier 2021) Langue : Français Broché : 384 pages ISBN-10 : 2365695337 ISBN-13 : 978-2365695336

Doucement renaît le jour – 14 janvier 2021 de Delphine GIRAUD

Connie, jeune femme au caractère bien trempé, a réalisé son rêve de devenir fleuriste et gère sa boutique d’une main de maître. Mais le jour où elle découvre une ancienne photo d’elle à côté d’un petit garçon, toutes ses certitudes s’effondrent.

Achat : https://amzn.to/2Masmd2

Chronique : Doucement renaît le jour est un récit sombre et troublant de culpabilité, d’innocence, de vérité et de mensonges qui m’a tenu en haleine du début à la fin.

Je déteste donner le moindre indice des rebondissements saisissants qui attendent le lecteur dans ce roman captivant. L’intrigue est habilement conçue pour révéler et dissimuler la vérité et les mensonges qui entourent Connie. Rien n’est jamais tout à fait ce qu’il semble être et je n’ai pas pu m’empêcher de parcourir les pages jusqu’à ce que Doucement renaît le jour atteigne sa conclusion stupéfiante.

Les personnages sont complexes, réels mais profondément imparfaits comme nous le sommes tous. Ce que vous ressentez pour ces personnes, change à mesure que les façades commencent à se fissurer sous la pression de l’incertitude et des secrets révélés.

Les thèmes abordés  sont assez bouleversants, allant de l’anxiété à la dépression, en passant par le blâme, la culpabilité, la confusion, la perte, la tristesse et la justice. Il y a aussi un présage, lorsqu’un feu de brousse menace de s’installer, ce qui ajoute à la tension accrue – une atmosphère remplie. Delphine GIRAUD est clairement forte dans son écriture elle nous prépare à une situation que nous essayons de déballer avec autant de logique que possible, mais elle tourne l’axe pour que nous nous sentions désorientés. J’admets n’avoir absolument aucune idée de l’endroit où la fin allait se situer, mais la conclusion présentée était appropriée.

Je pense que Doucement renaît le jour est un roman qui plaira aux lecteurs de tous les genres, c’est ce style de livre. Il vous fera tourner la tête !

Note : 9,5/10

Éditeur : Fleuve éditions (14 janvier 2021) Langue : Français Broché : 368 pages ISBN-10 : 2265154954 ISBN-13 : 978-2265154957

Le grand abandon de Cory Doctorow, dissection du domaine de la lutte

C’est le grand incendie

Si les livres étaient un gâteau celui-ci serait l’un de ses gâteaux au chocolat à étages recouverts de crème pâtissière, magnifique mais légèrement indigeste. Imaginez que vous seriez forcés d’avaler bouchées après bouchées, au début c’est délicieux mais très vite un sentiment de satiété s’installe tandis que la plus grande partie du gâteau vous attend encore.

Ce sentiment d’être repus alors que l’ouvrage n’est pas encore fini vient principalement du style. L’auteur possède en effet une plume dense, pas tellement descriptive mais très analytique. Les lecteurs qui se lanceront dans ce grand abandon n’ignoreront rien des états psychologiques par lesquels passeront les personnages. Leur état d’esprits sont en effet exposé et analysé sous les moindres coutures. Il en résulte des portraits psychologiques exhaustifs mais qui manquent de fluidité, de naturel. Une part de non-dit ou de mystères aurait été la bienvenue. Du coup malgré le soin apporté à la construction des personnages il m’a été difficile de m’attacher à eux, j’avais parfois l’impression de lire un débat philosophique sur la manière de lutter contre le capitalisme plutôt que des aventures de personnages en lutte contre le système. La police d’écriture et la mise en page n’aide pas vraiment à aérer un texte déjà très touffu.

La narration est à l’image de ces portraits, un bloc uniforme et dense mais qui manque de fluidité. Malgré l’étalement temporel et le nombre de personnages l’intrigue paraît resserrée et manque d’articulations entre ses chapitres, sans parler de la redondance que peuvent entraîner les mésaventures de nos militants d’une nouvelle société face aux capitalisme exacerbé de leurs adversaires. Chapitres qui commencent souvent par une situation donnée avant que le contexte ne nous soit donné par la suite. Les ellipses sont nombreuses et participent à ce sentiment de détachement que l’on peut ressentir à la lecture. Les personnages ne vivent pas l’aventure au fil des pages, ils en débattent, en discutent, en profitent pour confronter leurs points de vue sous tous les angles mais ne nous permettent pas de vibrer avec eux aux cours de leurs vies d’abandonneurs. Sortie des dialogues, qui versent parfois dans la philosophie hors sujet, la narration prend des allures d’audit désincarné, notamment lorsqu’il s’agit de décrire une société au bord du gouffre.

Et pourtant le monde que nous dépeint l’auteur est intéressant, terrifiant mais aussi empreint d’espoir, de résilience et malheureusement suffisamment crédible pour captiver l’attention du lecteur. Sur les ruines d’un capitalisme tyrannique, un monde nouveau tente de naître. La technologie y joue un rôle important et permet à l’auteur de démontrer que l’empilement de gadget sécuritaire n’empêche en rien l’émergence de nouvelles formes de luttes. Le futur oppressant mis en scène par l’auteur résonne de manière funeste avec les actualités des dernières années. La description de cette société où la technologie est devenue une béquille, où le travail est une denrée rare, où l’endettement est devenue la norme et les gouvernements rien d’autre que des extensions de sociétés privés fait froid dans le dos tellement elle paraît d’actualité. C’est sans doute le point fort du récit et ce qui permet de capter l’attention au travers d’une narration dense et rigide.

Ce grand abandon se révèle complexe à appréhender, handicapé par une narration rigide et une plume tatillonne, pourtant la vision de l’auteur et son propos ne manquent pas de profondeur mais ne parlera pas à tous les lecteurs.

Résumé: Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d’une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n’ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d’autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour… tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l’abondance. Avant de découvrir l’unique chose que les ultrariches n’ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort…

  • Éditeur : Bragelonne (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • ISBN-13 : 979-1028116392
  • Poids de l’article : 490 g