Dans la peau de Miwa – Tome 10 (10) de Uhei Aoki

Dans le long métrage de sa vie, Miwa décroche le premier rôle !

Uhei Aoki poursuit le parcours de Miwa avec un dixième tome qui joue plus que jamais sur la frontière entre admiration, obsession et désir de se rapprocher d’un univers qui semble inaccessible. Cette fois, Miwa et Sakura se retrouvent au plus près du monde du cinéma, mais quelques mètres peuvent encore représenter une distance immense lorsqu’ils séparent une admiratrice de son idole.

Les deux jeunes femmes travaillent comme serveuses lors de la soirée organisée pour célébrer la fin du tournage d’un film de Takashi Yatsumi. Pour Miwa, l’occasion paraît presque trop belle : celui qu’elle admire se trouve enfin à proximité. Encore faut-il parvenir à l’approcher.

C’est là qu’intervient Nene Kinoe, chargée de la promotion du film. Miwa et Sakura espèrent qu’elle pourra leur permettre de rencontrer Yatsumi, mais leur demande reçoit un accueil particulièrement froid. Kinoe leur conseille simplement de rester à leur place.

Cette réaction souligne parfaitement l’un des thèmes les plus intéressants de la série : la distance qui existe entre ceux qui fabriquent les images et ceux qui les admirent. Miwa peut connaître énormément de choses sur son idole, suivre son travail et avoir l’impression qu’il occupe une place essentielle dans sa vie ; aux yeux de l’industrie, elle reste pourtant une personne extérieure.

Sakura refuse cependant d’accepter cette frontière aussi facilement. Là où Miwa peut se laisser paralyser par son admiration, son amie préfère agir. Le bingo organisé pendant la soirée devient alors l’occasion d’imaginer un plan pour parvenir malgré tout à leurs fins.

Cette idée apporte une touche de légèreté tout en maintenant une véritable tension. Derrière le jeu se cache un enjeu immense pour Miwa : la possibilité de transformer un fantasme longtemps entretenu en rencontre réelle. Et lorsque l’on idéalise quelqu’un depuis aussi longtemps, le passage du rêve à la réalité peut devenir aussi excitant que dangereux.

Le titre de la série prend d’ailleurs une résonance particulière. Miwa semble progressivement quitter sa position de spectatrice pour devenir l’actrice principale de sa propre existence. Elle qui a longtemps vécu à travers son admiration pour Yatsumi doit désormais prendre des décisions, accepter les imprévus et mesurer les conséquences de ses choix.

Uhei Aoki continue ainsi de détourner avec intelligence les codes du monde du cinéma. La soirée de fin de tournage devient presque une scène à part entière, avec ses rôles, ses hiérarchies et ses coulisses. Chacun semble devoir rester à la place qui lui a été attribuée, précisément ce que Sakura refuse de faire.

Le contraste entre les deux amies fonctionne toujours très bien. Sakura apporte l’audace et l’énergie nécessaires pour faire avancer les événements, tandis que Miwa reste profondément marquée par la fascination qu’exerce Yatsumi sur elle. Leur complicité permet au récit d’alterner naturellement humour, malaise et émotion.

Un dixième tome qui continue d’explorer avec finesse les rapports entre admiration et réalité. En plaçant Miwa et Sakura au cœur d’une soirée de cinéma où elles ne sont théoriquement que des serveuses, Uhei Aoki interroge une nouvelle fois la place que chacun accepte d’occuper. Et pour Miwa, il est peut-être enfin temps de cesser de regarder sa vie comme un film pour en devenir véritablement le personnage principal.

ASIN ‏ : ‎ B0GXDSJ4P8 Éditeur ‏ : ‎ Kurokawa Date de publication ‏ : ‎ 3 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 168 pages ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1042021313

Fallait pas les inviter : quand un dîner entre voisins vire au chaos

Il y a des invitations que l’on regrette presque immédiatement. Avec Fallait pas les inviter, actuellement au Théâtre Tristan Bernard, un simple dîner entre voisins devient le point de départ d’une soirée où les bonnes manières ne vont pas résister très longtemps.
Patrick et Michel ont décidé de recevoir leurs voisins du dessus. Tout est préparé pour passer une soirée agréable et donner la meilleure image possible. Mais derrière les sourires de circonstance et les conversations polies, les personnalités commencent rapidement à se révéler. Les non-dits remontent à la surface, les maladresses s’accumulent et le dîner bascule progressivement dans un joyeux chaos.
La pièce de Fanny Gurunlian repose sur une mécanique comique particulièrement efficace : partir d’une situation quotidienne pour la pousser toujours plus loin vers l’absurde. Les apparences sociales, le besoin de plaire, le regard des autres et nos petites névroses deviennent autant de terrains de jeu.
Nicolas Briançon signe une mise en scène très rythmée qui laisse peu de temps au spectateur pour reprendre son souffle. Les répliques fusent, les situations s’enchaînent et la tension monte jusqu’à faire complètement exploser les conventions du début.
François Vincentelli, Olivier Claverie, Andy Cocq et Aude Thirion forment surtout un excellent quatuor. Leur complicité donne beaucoup d’énergie au spectacle et chacun possède son propre registre comique. François Vincentelli confirme notamment qu’il peut passer avec une belle aisance de rôles beaucoup plus sombres à la comédie.
Mais derrière les éclats de rire, Fallait pas les inviter observe aussi avec une certaine férocité nos comportements en société et tout ce que l’on tente de dissimuler pour préserver les apparences.
Une comédie drôle, déjantée et généreuse, portée par quatre comédiens qui semblent prendre autant de plaisir sur scène que le public dans la salle.
Et après cette soirée, une conclusion s’impose : parfois, avec ses voisins… fallait vraiment pas les inviter !

Hitchcock et Mary Rose : dans l’ombre inquiétante du maître du suspense

Avec Hitchcock et Mary Rose, le Théâtre de l’Œuvre nous entraîne dans les coulisses de l’univers d’Alfred Hitchcock, mais surtout dans les zones beaucoup plus troubles de la personnalité du cinéaste.
La pièce de Michael Sadler imagine une rencontre entre Hitchcock, la scénariste Jay Presson Allen et Tippi Hedren, peu avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie. Le réalisateur leur présente alors un projet qui l’obsède : adapter Mary Rose, l’étrange histoire fantastique de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan.
Ce qui commence comme une simple séance de travail se transforme progressivement en huis clos psychologique. À mesure que le texte de Mary Rose se dévoile, c’est Hitchcock lui-même qui semble être disséqué. Ses obsessions, ses blessures, son rapport aux femmes et surtout l’emprise qu’il exerce sur Tippi Hedren viennent contaminer la lecture.
La grande réussite du spectacle tient à cette frontière constamment brouillée entre cinéma, théâtre, fiction et réalité. Christophe Lidon, qui signe la mise en scène et la scénographie, retrouve quelque chose de profondément hitchcockien : l’inquiétude naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on devine. Les lumières de Cyril Manetta, la musique de Cyril Giroux et l’utilisation de la vidéo participent pleinement à cette atmosphère presque cinématographique.
Éric Prat compose un Alfred Hitchcock particulièrement convaincant. Il en retrouve l’ironie, l’autorité et cette présence immédiatement reconnaissable, tout en laissant progressivement apparaître un personnage beaucoup plus dérangeant. Face à lui, Mélanie Page apporte à Tippi Hedren une véritable force. L’actrice n’est pas seulement présentée comme une muse ou une victime : elle devient peu à peu l’adversaire du cinéaste dans un duel où désir, pouvoir et manipulation se confondent. Marjorie Frantz, dans le rôle de la scénariste, complète avec justesse ce trio.
Et c’est probablement là que Hitchcock et Mary Rose est le plus intéressant : la pièce ne cherche pas simplement à reproduire l’univers du maître du suspense. Elle utilise ses propres codes pour retourner la caméra vers lui.
Pendant 1h20, le spectacle fait ainsi surgir derrière l’immense cinéaste un homme traversé par ses fantasmes et ses contradictions. Un face-à-face tendu et élégant, qui donne envie de replonger aussi bien dans Marnie que dans cette mystérieuse Mary Rose qui n’a jamais cessé de hanter Hitchcock.
Hitchcock et Mary Rose
Texte : Michael Sadler
Mise en scène et scénographie : Christophe Lidon
Avec Mélanie Page, Éric Prat et Marjorie Frantz
Durée : 1h20

Diana, ma soeur: Le chant du cygne de Charles Spencer

Belle. Adorée. Traquée. La vie extraordinaire et la disparition de Diana, racontées par son frère, Charles.

Charles Spencer choisit de raconter Diana depuis un endroit auquel peu de témoignages peuvent prétendre accéder : celui du petit frère qui l’a connue bien avant qu’elle ne devienne l’une des femmes les plus célèbres au monde. Dans Diana, ma sœur : Le chant du cygne, il ne cherche donc pas seulement à revenir sur une icône, mais à retrouver derrière elle la sœur avec laquelle il a grandi.

Le récit prend naturellement une dimension intime lorsqu’il revient sur leur enfance. Charles et Diana sont les deux benjamins de la famille Spencer et partagent alors une véritable complicité. Ils se donnent même leurs propres surnoms, Duch et Carlos, comme s’ils possédaient un langage secret permettant de créer leur monde à eux.

Cette enfance n’a pourtant rien d’un conte de fées. Les années d’internat, les nounous redoutées et surtout le divorce douloureux de leurs parents marquent profondément les deux enfants. Avant les palais, les photographes et les cérémonies officielles, il y a donc une histoire familiale faite de blessures et d’un lien fraternel qui sert de refuge.

Tout bascule lorsque Diana épouse le prince de Galles. Aux yeux du monde, elle devient progressivement une figure publique mondialement connue. Pour Charles Spencer, elle reste pourtant sa sœur. C’est cette différence de regard qui donne au livre sa tonalité particulière.

Le contraste devient saisissant entre la femme observée par des millions de personnes et celle que son frère continue de connaître dans l’intimité. Charles Spencer évoque son engagement auprès des plus vulnérables, sa maternité et la place centrale occupée par ses fils, mais également la pression croissante qui accompagne sa célébrité.

Le livre raconte ainsi la transformation progressive d’une jeune femme en personnage public dont presque chaque geste devient une information. La célébrité apporte une visibilité considérable, mais elle réduit parallèlement l’espace dans lequel Diana peut encore simplement exister comme une personne ordinaire.

La presse occupe forcément une place importante dans cette histoire. Lorsque le mariage de Diana se désagrège, l’attention médiatique devient toujours plus envahissante. Le récit de son frère prend alors une dimension particulièrement douloureuse : il observe quelqu’un qu’il aime se retrouver prisonnier d’une image qui semble parfois appartenir davantage au public qu’à elle-même.

Mais Diana, ma sœur est surtout traversé par le deuil. Charles Spencer écrit avec la connaissance de ce qui arrivera durant cette nuit d’août 1997. Les souvenirs heureux prennent ainsi une couleur différente, car derrière l’enfant qui joue avec son frère se dessine constamment la femme dont la disparition bouleversera le monde.

La semaine qui suit sa mort constitue nécessairement un autre moment essentiel du témoignage. En septembre 1997, Charles Spencer prend la parole dans l’abbaye de Westminster lors des funérailles de sa sœur. Près de trente ans plus tard, il revient sur cette période depuis une perspective différente : celle d’un homme qui a eu le temps de vivre avec l’absence.

C’est précisément ce qui distingue cet ouvrage des nombreux récits consacrés à Diana. Charles Spencer ne prétend pas raconter uniquement la princesse : il raconte sa sœur. Son regard est nécessairement personnel, affectif et subjectif, mais c’est aussi ce qui fait la valeur de son témoignage.

Derrière la personnalité publique réapparaît ainsi une enfant, une sœur, une mère et une femme confrontée à une célébrité devenue presque impossible à maîtriser. Le livre rappelle combien une personne mondialement connue peut finir par être ensevelie sous sa propre image.

Un témoignage profondément intime dans lequel Charles Spencer remonte bien avant la légende pour retrouver Diana telle qu’il l’a connue. Entre souvenirs d’enfance, blessures familiales, célébrité et deuil, il raconte moins une princesse qu’une sœur disparue trop tôt. Et derrière l’icône que le monde continue de regarder apparaît surtout la jeune fille avec laquelle il avait grandi, bien avant que chacun pense connaître Diana.

Éditeur ‏ : ‎ FLAMMARION Date de publication ‏ : ‎ 22 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 448 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2080168142 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2080168146

One Piece – Édition originale – Tome 113 Coffre au trésor de Eiichiro Oda

Pour le futur roi des pirates, quoi de mieux qu’un coffre au trésor ? Avec celui-ci, profitez d’un One Piece 113 avec jaquette alternative réversible, de 3 ex-libris, de 14 intercalaires de bibliothèque, d’1 journal de bord, d’une pochette de rangement manga et d’un dépliant et d’1 silhouette pour créer vous-même votre “petit théâtre de Chapeau de paille” !

Eiichiro Oda accompagne la sortie du tome 113 de One Piece d’une édition qui s’adresse clairement aux collectionneurs. Présenté sous la forme d’un coffre au trésor, cet ensemble ne se contente pas d’accueillir le nouveau volume : il multiplie les bonus et transforme la lecture en véritable objet de collection.

La pièce centrale reste évidemment le tome 113, proposé ici avec une jaquette alternative réversible. Un détail particulièrement appréciable pour les lecteurs qui suivent l’édition originale depuis des années, puisqu’il permet de conserver l’apparence habituelle de la collection tout en profitant d’une présentation différente.

Le coffret contient également trois ex-libris ainsi que quatorze intercalaires destinés à la bibliothèque. Ces derniers constituent une idée amusante pour organiser sa collection tout en prolongeant visuellement l’univers imaginé par Eiichiro Oda.

Le journal de bord s’inscrit parfaitement dans l’esprit de la série. Depuis ses débuts, One Piece raconte avant tout un immense voyage maritime, fait d’îles découvertes, de rencontres et d’aventures. Proposer au lecteur son propre journal de bord crée donc un joli prolongement de l’expérience, comme une invitation à accompagner symboliquement l’équipage du Chapeau de paille.

Une pochette de rangement pour manga complète l’ensemble, mais le bonus le plus ludique reste probablement le petit théâtre consacré aux Chapeaux de paille. Grâce au dépliant et à la silhouette fournis, chacun peut assembler cette petite scène et donner une dimension supplémentaire au coffret.

L’intérêt de cette édition réside justement dans cette accumulation de détails. Il ne s’agit pas simplement de placer un manga déjà disponible dans une boîte décorée : les différents éléments ont été pensés autour de l’imaginaire de l’aventure, du voyage et du trésor qui accompagne One Piece depuis toujours.

Le choix du coffre paraît d’ailleurs évident pour une série entièrement construite autour de la quête du trésor ultime. À l’approche des grandes étapes de l’aventure de Luffy, l’objet joue pleinement avec le plaisir de posséder un morceau supplémentaire de cet univers devenu immense.

Cette édition parlera naturellement davantage aux collectionneurs et aux lecteurs fidèles qu’à ceux qui souhaitent simplement poursuivre l’histoire. Les nombreux bonus prennent surtout leur sens lorsqu’on entretient depuis longtemps un attachement aux personnages et à l’univers de la série.

Après plus d’une centaine de volumes, réussir à donner encore à la sortie d’un nouveau tome un caractère événementiel n’est pas évident. Ce coffre au trésor y parvient en misant sur la générosité et sur une présentation cohérente avec l’esprit de l’œuvre.

Une édition collector particulièrement généreuse qui transforme le tome 113 en véritable petit trésor pour les fans. Entre jaquette réversible, ex-libris, intercalaires, journal de bord et théâtre des Chapeaux de paille, ce coffret célèbre autant le nouveau volume que le plaisir de collectionner One Piece. Un bel objet pensé pour ceux qui, après toutes ces années, continuent d’embarquer aux côtés de Luffy et de son équipage.

ASIN ‏ : ‎ B0GVDQ5NQ8 Éditeur ‏ : ‎ Glénat Manga Date de publication ‏ : ‎ 23 septembre 2026 Édition ‏ : ‎ Edition spéciale Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 208 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2344077065 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2344077061

C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien

Le premier roman de Thélyson Orélien est déjà le phénomène littéraire de l’année 2026. En cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues, C’était ça ou mourir a conquis le Québec et bientôt le monde entier, en racontant l’Odyssée de Jonas Dorléon.

Thélyson Orélien choisit pour son premier roman de raconter la migration non depuis les chiffres, les frontières ou les discours, mais à hauteur d’homme, dans ce qu’elle impose au corps et arrache à une existence. Avec Jonas Dorléon, professeur d’histoire contraint de quitter Haïti après l’embrasement de son quartier de Port-au-Prince, C’était ça ou mourir raconte moins un départ qu’une succession de recommencements.

Lorsque Jonas prend la route, toute sa vie semble tenir dans un sac plastique : un diplôme, un cahier de poèmes et une photographie de sa mère. Trois objets dérisoires en apparence, mais qui deviennent les dernières preuves matérielles de celui qu’il était avant de devoir fuir.

Commence alors une traversée immense. République dominicaine, Brésil, Mexique : Jonas avance avec l’espoir de rejoindre le Canada, où se trouve ce qu’il lui reste de famille. Les moyens de transport changent, les frontières se succèdent, mais une même incertitude demeure. À chaque étape, il faut trouver comment continuer.

Le roman donne une dimension profondément physique à ce parcours. Voyager signifie marcher jusqu’à l’épuisement, supporter la chaleur, la faim, les blessures et la peur. La migration cesse ainsi d’être une notion abstraite pour devenir une accumulation de sensations, de fatigues et de décisions prises dans l’urgence.

Mais Jonas ne traverse jamais uniquement des territoires. Il rencontre des femmes et des hommes dont les trajectoires viennent momentanément rejoindre la sienne. Des solidarités apparaissent, parfois pour quelques heures seulement. Certaines résistent, d’autres se brisent. Des compagnons disparaissent et le voyage continue malgré tout.

C’est probablement dans cette attention portée aux rencontres que le roman trouve une grande partie de son humanité. Jonas n’est jamais réduit à son statut de migrant. Il reste un professeur, un fils, un homme qui écrit des poèmes, se souvient, observe, souffre et peut encore rire lorsque tout semble pourtant lui interdire de le faire.

L’humour et la poésie occupent ainsi une place importante. Ils ne viennent pas atténuer la violence du parcours, mais constituent parfois une manière de lui résister. Lorsque presque tout peut être perdu, les mots deviennent l’un des rares territoires que personne ne peut confisquer.

L’arrivée aux portes des États-Unis ouvre une nouvelle étape. Après les routes et la jungle, Jonas se retrouve confronté aux agents de l’ICE et à la mécanique administrative de la politique migratoire. Le danger change de visage : aux obstacles physiques succèdent les procédures, l’attente et la menace d’être arrêté ou renvoyé.

Le choix d’un professeur d’histoire comme personnage principal prend alors une dimension particulière. Jonas connaît les mouvements des peuples, les frontières et les bouleversements qui façonnent les sociétés. Pourtant, il découvre désormais cette histoire depuis l’intérieur, avec son propre corps comme territoire de passage.

Thélyson Orélien raconte surtout ce qui subsiste lorsqu’un individu a presque tout perdu. Le cahier de poèmes, la photographie de la mère ou le diplôme deviennent autant de liens avec une identité que l’exil menace constamment de réduire à une situation administrative.

Un premier roman puissant qui transforme une traversée géographique en véritable odyssée humaine. Sans réduire Jonas à son exil, Thélyson Orélien raconte la peur, l’épuisement et la violence des frontières, mais aussi les rencontres, l’humour et la poésie qui permettent encore d’avancer. Une histoire de survie où partir n’est jamais vraiment un choix : lorsque tout s’effondre derrière soi, continuer devient parfois la seule direction possible.

Éditeur ‏ : ‎ Grasset Date de publication ‏ : ‎ 19 août 2026 Édition ‏ : ‎ 1er Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 272 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2246847060 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2246847069

Les Maîtres enlumineurs (L’Intégrale) de Robert Jackson Bennett

Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure.

Robert Jackson Bennett construit avec Les Maîtres enlumineurs un univers de fantasy particulièrement inventif, dans lequel la magie fonctionne presque comme une technologie capable de reprogrammer les lois de la réalité. Réunie ici en intégrale, la saga permet de découvrir dans toute son ampleur la cité de Tevanne et les bouleversements provoqués par une jeune voleuse qui n’aurait jamais dû mettre la main sur une certaine clé.

Tevanne doit sa prospérité à l’enluminure. Grâce à des sceaux complexes, certains objets peuvent être convaincus que les règles physiques ne fonctionnent plus exactement comme ils le pensent. Une matière peut se comporter différemment, un objet accomplir l’impossible et la réalité elle-même semble pouvoir être réécrite. Cette idée constitue immédiatement l’une des grandes forces de l’univers imaginé par l’auteur.

Mais cette magie n’est pas accessible à tous. Elle constitue également le fondement économique et politique de la cité, dominée par de puissantes familles qui contrôlent ce savoir et les richesses qu’il produit. La capacité à modifier les objets devient donc aussi une manière de contrôler les hommes.

C’est dans ce monde que survit Sancia Grado. Voleuse particulièrement douée, elle possède elle-même une faculté extraordinaire : en touchant certains objets, elle peut ressentir leur passé et entendre les enluminures qui les habitent. Ce pouvoir fait d’elle une héroïne idéale pour explorer un univers où les choses possèdent presque leur propre mémoire.

Lorsqu’une grande famille lui demande de dérober une mystérieuse clé dans un entrepôt extrêmement surveillé, Sancia pense accepter un contrat particulièrement dangereux. Elle ignore encore que l’objet convoité pourrait bouleverser tout l’équilibre de Tevanne.

La clé devient rapidement beaucoup plus qu’un simple butin. Son existence remet en question les limites mêmes de l’enluminure et attise forcément les convoitises. Sancia, qui pensait simplement accomplir un vol, se retrouve alors entraînée dans une lutte dont les enjeux la dépassent largement.

Robert Jackson Bennett utilise efficacement les codes du récit de casse avant d’élargir progressivement son intrigue. Ce qui commence comme l’histoire d’une voleuse chargée de pénétrer dans un lieu impossible à cambrioler devient une réflexion beaucoup plus vaste sur le pouvoir, la liberté et la manière dont une société décide de contrôler le savoir.

Sancia constitue surtout un excellent point d’entrée dans cet univers. Son rapport particulier aux objets permet de rendre presque sensible le fonctionnement de la magie. L’enluminure ne reste jamais une simple mécanique abstraite : elle influence directement sa perception du monde et sa manière d’interagir avec ce qui l’entoure.

La jeune femme ne peut cependant pas affronter seule les forces qui se lancent à sa poursuite. La nécessité de trouver des alliés fait progressivement évoluer une héroïne habituée à compter essentiellement sur elle-même. La confiance devient alors presque aussi difficile à maîtriser que la magie.

L’intégrale permet particulièrement de mesurer l’ambition de cette saga. Les enjeux dépassent progressivement le destin de Sancia pour interroger les fondations mêmes du monde dans lequel elle vit. Jusqu’où peut-on modifier la réalité ? Qui doit disposer d’un tel pouvoir ? Et que se passe-t-il lorsque les outils créés pour servir les hommes commencent à remettre en question l’ordre établi ?

Une fresque de fantasy ambitieuse et inventive, portée par un système magique remarquablement original et une héroïne immédiatement attachante. Entre cambriolages, complots, artefacts impossibles et lutte contre ceux qui monopolisent le pouvoir, Robert Jackson Bennett transforme l’enluminure en bien plus qu’une magie spectaculaire : une manière passionnante d’interroger notre rapport au savoir, à la liberté et aux règles que l’on croyait immuables.

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 1584 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226509984 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226509987

A la fin de l’hiver de Viveca Stensten

Alors que l’hiver touche à sa fin, l’inspectrice Hanna Ahlander est alertée par une femme : la mort de son père, un homme certes fragile, lui semble suspecte. Bientôt, un décès similaire est signalé.

Viveca Sten retrouve Hanna Ahlander pour une cinquième enquête qui transforme la fin de l’hiver suédois en décor particulièrement inquiétant. Tout commence pourtant par un doute presque fragile : une femme refuse de croire que la mort de son père soit aussi naturelle qu’elle en a l’air.

L’homme était vulnérable et son décès pourrait facilement être attribué à son état. Mais lorsqu’une autre mort présentant des similitudes est signalée, l’hypothèse d’une coïncidence devient beaucoup moins rassurante. Quelqu’un pourrait-il profiter de la fragilité et de l’isolement de personnes âgées pour s’introduire chez elles ?

Viveca Sten construit son suspense à partir de cette menace particulièrement insidieuse. Pas de crime spectaculaire au départ, mais des décès qui pourraient presque passer inaperçus. L’enquête consiste donc d’abord à déterminer s’il existe réellement un assassin avant même de pouvoir envisager de l’identifier.

Cette incertitude convient parfaitement au décor. Mars marque une période de transition où l’hiver refuse encore totalement de céder sa place. La météo changeante, le froid et les paysages d’Åre participent pleinement à l’atmosphère du roman. La menace semble se dissimuler derrière une apparente tranquillité, exactement comme les crimes derrière des morts que l’on pourrait croire naturelles.

Mais Hanna doit également composer avec une autre difficulté : sa relation avec Daniel Lindskog. Le froid n’est pas seulement extérieur. Les tensions entre les deux enquêteurs sont devenues suffisamment importantes pour compromettre leur manière de travailler ensemble.

Cette dimension personnelle apporte une seconde ligne de tension au récit. Alors que les indices commencent à suggérer l’existence d’un véritable criminel, Hanna et Daniel doivent dépasser leur conflit. Leur incapacité à communiquer pourrait désormais avoir des conséquences qui dépassent largement leurs propres différends.

C’est l’une des forces de la série : l’enquête criminelle ne fait jamais totalement disparaître les failles de ceux qui la conduisent. Hanna et Daniel ne deviennent pas soudainement des partenaires parfaitement efficaces parce qu’une vie est en danger. Ils transportent leurs blessures, leurs frustrations et leurs erreurs au cœur même de l’investigation.

Le choix des victimes potentielles renforce également le malaise. S’attaquer à des personnes âgées revient à profiter de leur vulnérabilité, mais aussi de la facilité avec laquelle certaines morts peuvent sembler explicables. Le simple geste d’ouvrir sa porte à un inconnu prend alors une dimension menaçante.

Viveca Sten maîtrise particulièrement bien cette progression. Les soupçons restent d’abord diffus avant de se préciser, tandis que l’urgence augmente à mesure que la possibilité d’une nouvelle victime devient réelle. La question n’est bientôt plus seulement de comprendre ce qui s’est passé, mais d’empêcher le prochain décès.

Les paysages suédois restent enfin indissociables de l’identité de Meurtres à Åre. Ils ne constituent pas simplement un arrière-plan spectaculaire : l’hiver, l’isolement et les distances participent à cette sensation de danger diffus qui accompagne l’enquête.

Un polar nordique tendu et atmosphérique qui fait naître l’angoisse à partir d’une situation terriblement simple : ouvrir sa porte à la mauvaise personne. En associant une série de morts suspectes aux tensions entre Hanna et Daniel, Viveca Sten construit une enquête où il faut autant rétablir la confiance entre partenaires que découvrir qui se cache derrière ces décès avant qu’une nouvelle victime ne soit frappée.

Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel Date de publication ‏ : ‎ 30 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 464 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2226499008 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226499004

Bitten de Jordan Stephanie Gray

Au cours d’une attaque d’une violence inouïe, Vanessa, 17 ans, perd tout : sa meilleure amie, son père, sa vie de lycéenne discrète.

Jordan Stephanie Gray plonge immédiatement son héroïne dans un univers brutal où devenir une créature surnaturelle n’a rien d’un fantasme romantique. Pour Vanessa, dix-sept ans, la transformation commence par un massacre. En quelques instants, elle perd sa meilleure amie, son père et l’existence relativement ordinaire qu’elle menait jusque-là.

Mordue pendant l’attaque puis emprisonnée, Vanessa découvre qu’elle est désormais une louve-garou. Aucun retour en arrière n’est possible. Pour survivre, elle doit prêter allégeance à la Reine des Loups et accepter les règles d’un monde dont elle ignorait jusqu’alors l’existence.

Mais Vanessa n’entend pas devenir docilement l’un des nouveaux sujets de la Cour. Sa transformation lui a pris son ancienne vie, elle compte donc utiliser la nouvelle pour obtenir vengeance. Retrouver les responsables de la mort de sa meilleure amie devient son principal objectif, même si cela implique de dissimuler ses véritables intentions.

Le roman prend alors une dimension politique et stratégique intéressante. Vanessa découvre une Cour où les rapports de force, les alliances et les manipulations sont aussi dangereux que les crocs. La Reine ne voit pas en elle une adolescente traumatisée, mais une pièce susceptible d’être déplacée selon ses besoins.

Dans cet environnement apparaissent également Sinclair et Calix. Le premier est un prince aussi séduisant que difficile à cerner ; le second, son cousin, trouble tout autant les certitudes de Vanessa. Ces relations introduisent une tension romantique sans faire disparaître l’enjeu principal : dans cet univers, faire confiance à quelqu’un peut devenir aussi dangereux que l’affronter.

Vanessa constitue justement le principal moteur du récit. Son statut de nouvelle venue permet de découvrir avec elle les règles de cette société de loups-garous, tandis que sa colère l’empêche de se contenter du rôle qu’on cherche à lui imposer. Sa quête de vengeance devient aussi une lutte pour reprendre le contrôle d’une existence dont elle a brutalement été dépossédée.

La morsure fonctionne ainsi comme une véritable rupture. Vanessa doit apprendre à vivre avec un nouveau corps, de nouveaux instincts et une identité qu’elle n’a jamais choisie. La question n’est donc pas seulement de savoir comment elle pourra se venger, mais ce qu’il restera de l’ancienne Vanessa lorsqu’elle maîtrisera pleinement la louve qu’elle est devenue.

Jordan Stephanie Gray mélange ainsi fantastique, vengeance, romance et intrigues de cour dans un récit qui reprend les codes du loup-garou pour les associer à ceux de la romantasy. La hiérarchie de la meute devient une société à part entière, avec ses souverains, ses héritiers et ses jeux de pouvoir.

Le contraste entre l’adolescente discrète du début et la jeune louve contrainte de naviguer dans cet environnement constitue l’un des ressorts les plus intéressants du roman. Vanessa doit rapidement apprendre à ne plus subir les événements si elle veut éviter de rester le pion que la Reine pense pouvoir contrôler.

Une romantasy sombre et addictive qui transforme la métamorphose en véritable combat pour la survie et la liberté. Entre vengeance, jeux de pouvoir, attirances dangereuses et secrets de la Cour, Vanessa découvre que les monstres ne sont peut-être pas uniquement ceux qui possèdent des crocs.

Éditeur ‏ : ‎ Rageot Editeur Date de publication ‏ : ‎ 23 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 672 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2700286537 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2700286533

Comme les autres de MARTIN PAGE

Comment être soi au milieu des autres ?

Martin Page s’intéresse à une période où le regard des autres peut prendre une importance immense : l’adolescence. Avec Mathias, élève de troisième qui n’a jamais vraiment réussi à trouver sa place, il raconte le besoin d’appartenir à un groupe et le prix que l’on peut être prêt à payer pour ne plus être seul.

Au collège, Mathias se sent invisible. Il observe les autres davantage qu’il ne participe et semble condamné à rester en marge. Lorsque son père est hospitalisé, cette fragilité personnelle vient encore accentuer son isolement. C’est précisément à ce moment qu’un camarade lui tend la main et l’intègre à sa bande.

Pour Mathias, tout change. Il découvre enfin ce sentiment qu’il désirait depuis longtemps : être attendu, reconnu, faire partie d’un « nous ». Les discussions, les habitudes partagées et la solidarité du groupe lui donnent l’impression d’exister autrement.

Mais cette appartenance possède progressivement un revers beaucoup plus inquiétant. Ses nouveaux amis commencent à s’en prendre à d’autres élèves. Mathias voit ce qui se passe et comprend que quelque chose ne va pas, mais il choisit de se taire. Prendre position pourrait signifier perdre cette place qu’il vient tout juste de conquérir.

Martin Page explore avec finesse ce mécanisme particulièrement cruel. Mathias n’est pas présenté comme naturellement malveillant. Il devient plutôt le témoin silencieux d’actes qu’il n’approuve pas vraiment, mais auxquels son absence de réaction finit malgré tout par le rattacher. Le roman interroge ainsi la frontière entre suivre, laisser faire et participer.

La force du récit tient à cette situation dans laquelle il est facile de reconnaître certaines peurs adolescentes. Que faire lorsque s’opposer à ses amis signifie risquer de redevenir celui que personne ne remarque ? Jusqu’où peut-on accepter les comportements d’un groupe simplement pour continuer à en faire partie ?

Le titre prend alors tout son sens. Être « comme les autres » peut rassurer, mais cette conformité devient dangereuse lorsqu’elle oblige à étouffer ses propres convictions. Mathias doit progressivement comprendre qu’être accepté ne signifie pas nécessairement être respecté, et que l’amitié ne devrait jamais exiger de renoncer à soi-même.

L’hospitalisation du père ajoute une fragilité supplémentaire au personnage. Alors que son environnement familial est bouleversé, la bande devient un refuge particulièrement séduisant. Cette situation permet de mieux comprendre pourquoi Mathias s’accroche autant à cette nouvelle appartenance, même lorsqu’elle commence à le mettre mal à l’aise.

Sans transformer son histoire en démonstration morale, Martin Page aborde ainsi la solitude, la pression du groupe, le harcèlement et la responsabilité individuelle. Le roman invite surtout à réfléchir à ces moments où ne rien dire peut déjà devenir une décision.

Un roman jeunesse sensible et nécessaire sur le besoin d’être accepté et la difficulté de rester soi-même lorsque le groupe impose ses propres règles. À travers Mathias, Martin Page rappelle avec justesse que le courage n’est pas toujours de réussir à rejoindre les autres : il consiste parfois à accepter de s’en éloigner lorsqu’ils nous demandent de devenir quelqu’un que nous ne voulons pas être.

Éditeur ‏ : ‎ Rageot Editeur Date de publication ‏ : ‎ 10 septembre 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 64 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2700284437 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2700284430