La Dernière patiente De Rémi Bassaler | Par Rémi Bassaler, Marion Defer Avec Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre

La veille de son départ à la retraite, Judith, médecin de banlieue, ouvre la porte de son cabinet à Aïda, enceinte de huit mois et en rupture de soin. Confrontée à un système de santé à bout de souffle, Judith accepte d’héberger la jeune femme et s’engage alors dans une nuit où toutes ses convictions de soignante seront mises à l’épreuve.

La Dernière patiente transforme une ultime journée de travail en véritable épreuve morale. Pour son film, Rémi Bassaler choisit de regarder la crise du système de santé non pas à travers les chiffres ou les institutions, mais depuis un cabinet médical de banlieue et le parcours de deux femmes que tout semble séparer. Un dispositif volontairement resserré qui donne au récit sa dimension à la fois sociale et profondément humaine.

Judith s’apprête à prendre sa retraite. Après des années consacrées à ses patients, elle pense pouvoir refermer définitivement la porte de son cabinet lorsque se présente Aïda, enceinte de huit mois et en rupture de soins. La situation nécessite une prise en charge que le système, saturé, peine à lui offrir. Face à l’urgence et à l’absence de solution, Judith franchit progressivement la frontière qui sépare habituellement la professionnelle de la personne : elle décide d’héberger la jeune femme.

Cette décision constitue le véritable point de bascule du scénario cosigné par Rémi Bassaler et Marion Defer. Ce qui commence comme un geste de solidarité entraîne Judith dans une nuit où chacune de ses certitudes va être interrogée. Jusqu’où un médecin peut-il aller pour aider un patient ? Que signifie respecter les règles lorsque celles-ci ne permettent plus de protéger les plus vulnérables ? Et que reste-t-il du devoir de soin lorsque l’institution ne peut plus suivre ?

Le film trouve sa force en refusant de transformer ces questions en démonstration militante. La défaillance du système de santé est omniprésente, mais elle demeure inscrite dans les situations et les choix des personnages. Les difficultés administratives, le manque de solutions et l’épuisement des professionnels constituent moins un discours qu’un environnement auquel Judith s’est habituée jusqu’à cette dernière patiente.

Anouk Grinberg offre au personnage une remarquable densité. Sa Judith n’est ni une héroïne providentielle ni une soignante désabusée. La fatigue accumulée au fil des années se mêle à une conscience professionnelle qui l’empêche encore de détourner le regard. L’actrice excelle dans cette économie de jeu où un silence ou une hésitation suffisent à traduire un conflit intérieur.

Face à elle, Luàna Bajrami évite de réduire Aïda à son statut de jeune femme enceinte en difficulté. Elle lui apporte une personnalité, une résistance et parfois une méfiance qui rendent la relation entre les deux femmes beaucoup plus intéressante qu’un simple rapport entre celle qui aide et celle qui reçoit.

Félix Lefebvre complète avec justesse un récit qui privilégie constamment les rapports humains à l’accumulation d’événements.

Rémi Bassaler adopte une mise en scène sobre, au plus près des visages et des corps. La nuit resserre progressivement l’espace autour des personnages et donne au film une tension presque proche du thriller social. L’urgence médicale demeure en arrière-plan, prête à surgir à tout instant.

Quelques situations appuient parfois davantage le propos qu’il ne serait nécessaire, mais elles n’altèrent pas la sincérité de l’ensemble.

Sobre, tendu et remarquablement interprété, La Dernière patiente pose une question essentielle sans prétendre y apporter de réponse facile : jusqu’où doit-on aller pour continuer à prendre soin des autres lorsque le système lui-même n’en est plus capable ? Anouk Grinberg et Luàna Bajrami donnent toute sa force à ce face-à-face entre deux femmes réunies, le temps d’une nuit, par une urgence qui dépasse largement le cadre médical.

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