Trois adieux De Isabel Coixet | Par Enrico Audenino, Isabel Coixet Avec Alba Rohrwacher, Elio Germano, Galatea Bellugi

Après une dispute sans importance, Marta et Antonio se séparent. Lui, chef en pleine ascension, se réfugie derrière ses fourneaux. Elle, dans son silence, commence à ressentir quelque chose de plus que de la tristesse : elle a perdu l’appétit. Quand elle découvre ce que son corps lui dit vraiment, tout prend un tour inattendu : la nourriture a meilleur goût, la musique la touche comme jamais, et le désir réveille en elle l’envie de vivre sans peur…

Trois adieux retrouve le territoire intime qu’Isabel Coixet affectionne particulièrement : celui des existences ordinaires brusquement confrontées à un événement qui oblige à regarder autrement le temps, le désir et les relations humaines. Sous les apparences d’une chronique de séparation, la cinéaste compose un drame délicat sur une femme qui découvre paradoxalement le goût de vivre au moment où son corps lui impose une nouvelle réalité.

Marta et Antonio se séparent après une dispute presque insignifiante. Lui, chef cuisinier en pleine ascension, trouve refuge derrière ses fourneaux et dans un quotidien qu’il peut encore contrôler. Marta choisit le silence. Lorsqu’elle commence à perdre l’appétit, elle attribue d’abord ce changement au contrecoup de leur rupture. La véritable explication bouleverse pourtant complètement la perception qu’elle avait de son existence.

Le scénario d’Enrico Audenino et Isabel Coixet évite intelligemment de transformer cette révélation en simple mécanique mélodramatique. Le véritable sujet de Trois adieux n’est pas tant la maladie que ce qu’elle provoque chez Marta : une conscience nouvelle du présent. Les sensations prennent une importance différente. Un repas, une chanson, une rencontre ou un désir deviennent soudain des expériences qu’elle refuse de considérer comme insignifiantes.

Cette attention aux sensations traverse toute la mise en scène. La nourriture occupe naturellement une place centrale, d’autant plus qu’Antonio est cuisinier. Mais elle dépasse rapidement sa fonction narrative pour devenir une manière de parler du plaisir et de l’absence. Perdre l’appétit signifie ici perdre momentanément son rapport au monde ; retrouver le goût devient presque un acte de résistance.

Alba Rohrwacher trouve en Marta un rôle particulièrement subtil. Son interprétation refuse les grandes démonstrations et laisse affleurer les émotions par petites touches. La peur existe, mais elle côtoie progressivement quelque chose de beaucoup plus inattendu : une envie de vivre plus librement.

Elio Germano compose de son côté un Antonio profondément humain. Le film ne cherche pas à désigner un responsable de l’échec du couple. Il observe plutôt deux êtres qui ont cessé de savoir comment se parler et que les événements obligent à reconsidérer ce qu’ils représentaient l’un pour l’autre. Galatea Bellugi apporte une présence sensible supplémentaire à cet ensemble dominé par les sentiments retenus.

Isabel Coixet filme les corps, les regards et les gestes quotidiens avec une grande douceur. Certaines séquences frôlent volontairement le mélodrame, mais la cinéaste retrouve rapidement une forme de pudeur. Elle ne cherche pas à arracher l’émotion : elle laisse ses personnages l’installer.

Le titre prend alors progressivement tout son sens. Il existe plusieurs manières de dire adieu : à quelqu’un que l’on a aimé, à l’existence que l’on imaginait et parfois à la personne que l’on croyait devoir rester.

Délicat sans être mièvre, mélancolique sans céder au pathos, Trois adieux transforme l’épreuve en une réflexion lumineuse sur le désir et la valeur des sensations les plus simples. Alba Rohrwacher impressionne par sa retenue dans ce beau portrait de femme qui, confrontée à la fragilité du temps, décide enfin de vivre sans remettre l’essentiel à plus tard.

Laisser un commentaire