Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa veut devenir réalisatrice. Mais la perte de son acteur principal à quelques jours du tournage la force à réunir son ancienne équipe ce qui ravivera leurs amitiés et leurs rivalités.
Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Dix pour cent retrouve ses personnages emblématiques pour un passage au long-métrage aussi attendu que délicat. Émilie Noblet, accompagnée à l’écriture par Fanny Herrero et Lison Daniel, devait relever un double défi : retrouver l’esprit d’une série devenue culte sans transformer ces retrouvailles en simple exercice nostalgique, et surtout donner une véritable raison d’être cinématographique à ce retour.
Andréa Martel a changé de vie. Après avoir passé des années à défendre les carrières des autres, elle souhaite désormais réaliser son premier film. Mais lorsque son acteur principal abandonne le projet à quelques jours du tournage, tout menace de s’effondrer. Pour sauver ce qui représente une étape essentielle de sa nouvelle vie, Andréa se tourne vers ceux qui ont autrefois partagé son quotidien : l’ancienne équipe d’ASK.
L’idée est particulièrement habile parce qu’elle permet à Dix pour cent de devenir, en quelque sorte, le sujet de son propre film. Une ancienne équipe tente de fabriquer un long-métrage au moment même où la série dont elle est issue cherche à réussir sa propre transformation en œuvre de cinéma. Ce jeu de miroir constitue l’un des aspects les plus intéressants du scénario.
Le plaisir des retrouvailles est évidemment immédiat. Andréa, Mathias, Gabriel, Noémie, Arlette et les autres retrouvent rapidement leurs automatismes, leurs rivalités, leurs névroses et cette manière si particulière de transformer le moindre problème professionnel en catastrophe personnelle. Les apparitions de célébrités, dont George Clooney, prolongent également l’un des principes fondateurs de la série : confronter l’image publique des stars à une version plus fragile, absurde ou décalée de leur quotidien.
Camille Cottin reste naturellement le moteur de l’ensemble. Elle retrouve l’énergie nerveuse d’Andréa, son autorité et cette capacité à avancer lorsqu’autour d’elle tout semble s’écrouler. Mais le changement de fonction apporte au personnage une vulnérabilité nouvelle. Andréa ne protège plus le projet d’un client : elle défend le sien. Elle qui savait gérer les egos et les crises des autres découvre ce que signifie être personnellement exposée à l’échec.
Thibault de Montalembert retrouve avec beaucoup de naturel Mathias, tandis que Nicolas Maury conserve toute la singularité qui faisait de Gabriel l’un des personnages les plus attachants de la série. Le reste de la distribution participe à cette impression de famille professionnelle que le temps a dispersée sans parvenir à véritablement rompre les liens.
Mais ces retrouvailles représentent également le principal danger du film.
Un spectateur qui a suivi quatre saisons de Dix pour cent éprouve nécessairement quelque chose en revoyant ces personnages. Pourtant, reconnaître quelqu’un que l’on aimait n’est pas suffisant pour construire un film. Une réplique familière peut provoquer un sourire, une apparition surprise créer un petit événement et un clin d’œil réveiller un souvenir. Le long-métrage doit aller plus loin.
Émilie Noblet semble consciente de ce piège et cherche constamment un équilibre entre fidélité et renouvellement. Le film fonctionne ainsi beaucoup mieux lorsqu’il utilise le passé des personnages pour raconter ce qu’ils sont devenus que lorsqu’il se contente de reproduire les mécanismes de la série. Certaines séquences donnent malgré tout l’impression de devoir cocher les cases attendues : retrouver tel personnage, offrir son moment à un autre, introduire une célébrité ou rappeler une ancienne dynamique.
Cette accumulation rend parfois le récit plus chargé qu’il ne devrait l’être. Le film veut satisfaire les fidèles tout en racontant une nouvelle histoire, développer Andréa, retrouver l’esprit choral d’ASK et exploiter les possibilités du cinéma dans le cinéma. Toutes les trajectoires ne bénéficient donc pas de la même profondeur.
Pour autant, le scénario possède une véritable intelligence lorsqu’il interroge indirectement son propre statut. Qu’est-ce qui transforme finalement un épisode en film ? Certainement pas seulement sa durée, son budget ou la présence d’une star internationale. Le passage au cinéma doit correspondre à une nécessité narrative.
C’est précisément là que le parcours d’Andréa prend tout son sens. Pendant quatre saisons, Dix pour cent observait le cinéma depuis les bureaux de ceux qui négociaient les carrières. Le film permet de passer de l’autre côté : celui de la fabrication, de la création et de la peur de voir un projet disparaître avant même d’avoir existé.
La mise en scène d’Émilie Noblet conserve le rythme et l’efficacité de la série tout en donnant davantage d’espace à certains moments d’intimité. Les dialogues restent vifs, les situations professionnelles volontiers absurdes et le milieu du cinéma continue d’être observé avec ce mélange d’affection et d’ironie qui constituait l’une des grandes forces de Dix pour cent.
Le film parle finalement autant du temps qui passe que du cinéma. ASK a disparu, mais ce qui s’y était construit demeure. Derrière les egos, les contrats et les catastrophes, cette équipe était devenue une famille. La réunir cinq ans plus tard permet de mesurer ce que chacun a perdu, conservé ou tenté de reconstruire.
Drôle, généreux et porté par le plaisir évident de retrouver ses personnages, Dix pour cent : Le film évite en grande partie le piège de la réunion nostalgique. Tout n’a pas la même force et certaines retrouvailles semblent davantage destinées aux fidèles qu’au récit, mais Émilie Noblet trouve un angle suffisamment pertinent pour justifier ce retour. Camille Cottin reste formidable en Andréa Martel, désormais confrontée à sa propre création et à la possibilité de l’échec. Plus qu’un simple épisode XXL, le film devient une réflexion malicieuse sur le cinéma, ceux qui le fabriquent et la difficulté de savoir quand une histoire mérite réellement de continuer.
