Berlin, 1932. Folker Kuntz travaille dans une agence publicitaire. Entouré de sa voisine, danseuse de cabaret dont il est fou amoureux et de sa soeur, artiste dont l’amant a fui la ségrégation raciale américaine, il mène une vie de légèretés.
Pascal Rabaté nous plonge dans le Berlin de 1932, à cet instant particulièrement fragile où une société continue de vivre, d’aimer et de faire la fête alors que quelque chose de terrible est déjà en train de s’installer. Plutôt que de raconter frontalement la montée du nazisme, L’Enfance des ruines choisit d’observer comment celle-ci s’insinue progressivement dans le quotidien.
Folker Kuntz travaille dans une agence publicitaire et profite encore de l’effervescence berlinoise. Il est amoureux de sa voisine, danseuse de cabaret, fréquente sa sœur artiste et évolue dans un milieu où la création, les rencontres et les soirées donnent l’impression que tout reste possible. Autour d’eux gravite également l’amant de sa sœur, qui a fui la ségrégation raciale américaine.
Puis apparaît Rudy Ganz, jeune homme auquel Folker a sauvé la vie. Une rencontre qui élargit encore cette galerie de personnages et permet à Rabaté de multiplier les regards sur une époque qui bascule. Car derrière les conversations et les plaisirs nocturnes, les signes du changement deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.
L’un des grands intérêts de l’album tient précisément à ce contraste. Les personnages continuent de danser, de tomber amoureux, de travailler et de créer alors que les fondations de leur monde commencent à trembler. Le lecteur, lui, connaît la suite de l’Histoire. Cette connaissance transforme chaque moment de légèreté en instant fragile.
Pascal Rabaté fait circuler ses personnages entre cabarets, ateliers d’artistes, exposition coloniale et soirées privées du NSDAP. Ces différents espaces dessinent le portrait d’une société traversée par de profondes contradictions. La liberté artistique et la modernité côtoient déjà le racisme, le nationalisme et l’exclusion.
Le récit montre surtout comment l’inacceptable peut commencer par s’installer dans les détails. Il ne surgit pas nécessairement d’un seul coup. Il apparaît dans les conversations, les comportements, les lieux que l’on fréquente et les idées auxquelles certains commencent à s’habituer. Pendant ce temps, la vie quotidienne continue.
Cette tension donne à l’album une atmosphère singulière. Les personnages ne connaissent évidemment pas leur avenir avec la précision du lecteur. Ils perçoivent les transformations, parfois les minimisent ou tentent simplement de continuer à vivre. Rabaté évite ainsi de les réduire à des témoins chargés d’annoncer rétrospectivement la catastrophe.
Le dessin participe pleinement à cette impression de monde encore vivant mais déjà menacé. Les scènes de cabaret, les moments d’intimité et les déambulations berlinoises donnent corps à cette époque et rendent d’autant plus inquiétante la progression de ce qui se prépare en arrière-plan.
Le titre prend alors une résonance particulièrement forte. L’Enfance des ruines raconte ce moment où les ruines n’existent pas encore, mais où leurs fondations sont déjà en train d’être posées. Nous assistons moins à la catastrophe qu’aux instants durant lesquels elle devient progressivement possible.
Pascal Rabaté signe ainsi une bande dessinée historique où l’intime et le collectif avancent constamment ensemble. Les amours, les amitiés et les rêves de ses personnages se heurtent peu à peu à une réalité politique qui menace de tout engloutir.
Un album sensible et inquiétant sur un monde qui danse encore au bord du précipice. En choisissant Berlin en 1932, Pascal Rabaté raconte avec finesse cette période où le quotidien semble pouvoir continuer alors que les signes du désastre sont déjà présents. Une histoire d’amour, d’amitié et de liberté traversée par une question particulièrement troublante : à quel moment comprend-on réellement que le monde autour de nous est en train de basculer ?
Éditeur : RUE DE SEVRES Date de publication : 23 septembre 2026 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 176 pages ISBN-10 : 2810206058 ISBN-13 : 978-2810206056
