Elisa Zanetti a été condamnée pour un crime dont elle dit ne presque rien se rappeler. Dix ans plus tard, le professeur Alaoui, criminologue de renom, rouvre son dossier. Un face-à-face tendu s’engage entre les deux. Peu à peu, les souvenirs enfouis refont surface, et avec eux, une vérité bien plus complexe qu’il n’y paraît. Jusqu’où peut-on aller pour entrer dans l’esprit d’une criminelle ?
L’Affaire Zanetti s’installe dans cette zone particulièrement trouble où mémoire, culpabilité et vérité judiciaire cessent de parfaitement coïncider. Leonardo Di Costanzo transforme la réouverture d’un dossier criminel en face-à-face psychologique entre une femme condamnée depuis dix ans et un criminologue persuadé qu’il reste quelque chose à découvrir derrière ses souvenirs fragmentaires.
Elisa Zanetti a été reconnue coupable d’un crime dont elle affirme ne conserver que peu de souvenirs. Une décennie plus tard, le professeur Alaoui, criminologue réputé, décide de reprendre son dossier. Commence alors une série d’entretiens dont l’objectif paraît simple : comprendre ce qui s’est réellement passé.
Mais entrer dans la mémoire d’Elisa revient à pénétrer dans un territoire où rien n’est totalement fiable.
Leonardo Di Costanzo et Bruno Oliviero construisent intelligemment leur scénario autour de cette incertitude. Elisa ne sait-elle réellement plus ? Refuse-t-elle de se souvenir ? A-t-elle reconstruit les événements pour pouvoir continuer à vivre ? Et jusqu’à quel point Alaoui peut-il orienter les réponses en cherchant précisément la vérité qu’il pense enfouie ?
Le film trouve son principal intérêt dans ce duel.
Roschdy Zem apporte au professeur Alaoui une autorité calme qui convient parfaitement au personnage. Il écoute, analyse, reformule et revient sur un détail apparemment insignifiant. Mais derrière cette maîtrise apparaît progressivement une forme d’obsession. Plus il cherche à pénétrer l’esprit d’Elisa, plus la frontière entre investigation scientifique et intrusion psychologique devient fragile.
Barbara Ronchi lui oppose un jeu beaucoup plus difficile à saisir. Elisa peut sembler vulnérable dans une scène et presque impénétrable dans la suivante. L’actrice évite intelligemment de fournir au spectateur une clé immédiate permettant de décider s’il doit croire son personnage.
Cette ambiguïté nourrit toute la tension de L’Affaire Zanetti. La question n’est bientôt plus uniquement de savoir ce qu’Elisa a fait, mais de déterminer ce qu’un souvenir peut encore valoir dix ans après les faits.
La mémoire devient ainsi un personnage à part entière. Elle sélectionne, transforme, protège parfois. Lorsqu’un fragment réapparaît, rien ne garantit qu’il corresponde exactement à la réalité. Le film exploite cette fragilité sans multiplier artificiellement les retournements de situation.
Hippolyte Girardot complète efficacement le dispositif en ramenant régulièrement cette exploration psychologique vers les réalités extérieures de l’affaire. Car aussi fascinante soit-elle pour le criminologue, Elisa n’est pas uniquement un esprit à analyser : son histoire implique un crime, une condamnation et des conséquences humaines.
La mise en scène de Leonardo Di Costanzo privilégie logiquement les espaces fermés et les visages. Une grande partie de la tension naît de conversations où chaque silence devient suspect. La caméra observe les réactions plutôt que de chercher constamment à les expliquer, laissant au spectateur une place active dans l’enquête.
Le film interroge également la position d’Alaoui. Jusqu’où un criminologue peut-il pousser quelqu’un pour obtenir une vérité ? Faire ressurgir un souvenir constitue-t-il nécessairement un progrès lorsque celui-ci a peut-être été enfoui pour permettre au sujet de survivre psychologiquement ?
Cette dimension permet au récit de dépasser la mécanique du cold case. L’Affaire Zanetti devient progressivement une réflexion sur le pouvoir de celui qui pose les questions. Un entretien n’est jamais totalement neutre : la manière d’interroger peut modifier la manière de raconter.
Inspiré d’une histoire vraie, le film aurait facilement pu céder au sensationnalisme du true crime. Di Costanzo choisit au contraire la retenue. Cette sobriété peut donner à certains passages un rythme volontairement austère, mais elle permet également de maintenir l’attention sur ce qui compte réellement : la confrontation entre deux intelligences et une vérité qui semble changer chaque fois que l’on croit pouvoir la saisir.
Dense, ambigu et remarquablement interprété, L’Affaire Zanetti préfère la tension psychologique aux artifices du thriller judiciaire. Roschdy Zem et Barbara Ronchi se livrent un face-à-face fascinant où chaque question peut devenir une forme de manipulation et chaque souvenir une nouvelle source de doute. Leonardo Di Costanzo signe surtout une réflexion troublante sur la mémoire et sur notre besoin de transformer des événements complexes en vérité définitive. Un thriller cérébral qui pose finalement une question vertigineuse : lorsqu’un souvenir revient, comment savoir s’il révèle enfin la vérité ou s’il en invente une nouvelle ?
