Alors que l’hiver touche à sa fin, l’inspectrice Hanna Ahlander est alertée par une femme : la mort de son père, un homme certes fragile, lui semble suspecte. Bientôt, un décès similaire est signalé.
Viveca Sten retrouve Hanna Ahlander pour une cinquième enquête qui transforme la fin de l’hiver suédois en décor particulièrement inquiétant. Tout commence pourtant par un doute presque fragile : une femme refuse de croire que la mort de son père soit aussi naturelle qu’elle en a l’air.
L’homme était vulnérable et son décès pourrait facilement être attribué à son état. Mais lorsqu’une autre mort présentant des similitudes est signalée, l’hypothèse d’une coïncidence devient beaucoup moins rassurante. Quelqu’un pourrait-il profiter de la fragilité et de l’isolement de personnes âgées pour s’introduire chez elles ?
Viveca Sten construit son suspense à partir de cette menace particulièrement insidieuse. Pas de crime spectaculaire au départ, mais des décès qui pourraient presque passer inaperçus. L’enquête consiste donc d’abord à déterminer s’il existe réellement un assassin avant même de pouvoir envisager de l’identifier.
Cette incertitude convient parfaitement au décor. Mars marque une période de transition où l’hiver refuse encore totalement de céder sa place. La météo changeante, le froid et les paysages d’Åre participent pleinement à l’atmosphère du roman. La menace semble se dissimuler derrière une apparente tranquillité, exactement comme les crimes derrière des morts que l’on pourrait croire naturelles.
Mais Hanna doit également composer avec une autre difficulté : sa relation avec Daniel Lindskog. Le froid n’est pas seulement extérieur. Les tensions entre les deux enquêteurs sont devenues suffisamment importantes pour compromettre leur manière de travailler ensemble.
Cette dimension personnelle apporte une seconde ligne de tension au récit. Alors que les indices commencent à suggérer l’existence d’un véritable criminel, Hanna et Daniel doivent dépasser leur conflit. Leur incapacité à communiquer pourrait désormais avoir des conséquences qui dépassent largement leurs propres différends.
C’est l’une des forces de la série : l’enquête criminelle ne fait jamais totalement disparaître les failles de ceux qui la conduisent. Hanna et Daniel ne deviennent pas soudainement des partenaires parfaitement efficaces parce qu’une vie est en danger. Ils transportent leurs blessures, leurs frustrations et leurs erreurs au cœur même de l’investigation.
Le choix des victimes potentielles renforce également le malaise. S’attaquer à des personnes âgées revient à profiter de leur vulnérabilité, mais aussi de la facilité avec laquelle certaines morts peuvent sembler explicables. Le simple geste d’ouvrir sa porte à un inconnu prend alors une dimension menaçante.
Viveca Sten maîtrise particulièrement bien cette progression. Les soupçons restent d’abord diffus avant de se préciser, tandis que l’urgence augmente à mesure que la possibilité d’une nouvelle victime devient réelle. La question n’est bientôt plus seulement de comprendre ce qui s’est passé, mais d’empêcher le prochain décès.
Les paysages suédois restent enfin indissociables de l’identité de Meurtres à Åre. Ils ne constituent pas simplement un arrière-plan spectaculaire : l’hiver, l’isolement et les distances participent à cette sensation de danger diffus qui accompagne l’enquête.
Un polar nordique tendu et atmosphérique qui fait naître l’angoisse à partir d’une situation terriblement simple : ouvrir sa porte à la mauvaise personne. En associant une série de morts suspectes aux tensions entre Hanna et Daniel, Viveca Sten construit une enquête où il faut autant rétablir la confiance entre partenaires que découvrir qui se cache derrière ces décès avant qu’une nouvelle victime ne soit frappée.
Éditeur : Albin Michel Date de publication : 30 septembre 2026 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 464 pages ISBN-10 : 2226499008 ISBN-13 : 978-2226499004
