Comment être soi au milieu des autres ?
Martin Page s’intéresse à une période où le regard des autres peut prendre une importance immense : l’adolescence. Avec Mathias, élève de troisième qui n’a jamais vraiment réussi à trouver sa place, il raconte le besoin d’appartenir à un groupe et le prix que l’on peut être prêt à payer pour ne plus être seul.
Au collège, Mathias se sent invisible. Il observe les autres davantage qu’il ne participe et semble condamné à rester en marge. Lorsque son père est hospitalisé, cette fragilité personnelle vient encore accentuer son isolement. C’est précisément à ce moment qu’un camarade lui tend la main et l’intègre à sa bande.
Pour Mathias, tout change. Il découvre enfin ce sentiment qu’il désirait depuis longtemps : être attendu, reconnu, faire partie d’un « nous ». Les discussions, les habitudes partagées et la solidarité du groupe lui donnent l’impression d’exister autrement.
Mais cette appartenance possède progressivement un revers beaucoup plus inquiétant. Ses nouveaux amis commencent à s’en prendre à d’autres élèves. Mathias voit ce qui se passe et comprend que quelque chose ne va pas, mais il choisit de se taire. Prendre position pourrait signifier perdre cette place qu’il vient tout juste de conquérir.
Martin Page explore avec finesse ce mécanisme particulièrement cruel. Mathias n’est pas présenté comme naturellement malveillant. Il devient plutôt le témoin silencieux d’actes qu’il n’approuve pas vraiment, mais auxquels son absence de réaction finit malgré tout par le rattacher. Le roman interroge ainsi la frontière entre suivre, laisser faire et participer.
La force du récit tient à cette situation dans laquelle il est facile de reconnaître certaines peurs adolescentes. Que faire lorsque s’opposer à ses amis signifie risquer de redevenir celui que personne ne remarque ? Jusqu’où peut-on accepter les comportements d’un groupe simplement pour continuer à en faire partie ?
Le titre prend alors tout son sens. Être « comme les autres » peut rassurer, mais cette conformité devient dangereuse lorsqu’elle oblige à étouffer ses propres convictions. Mathias doit progressivement comprendre qu’être accepté ne signifie pas nécessairement être respecté, et que l’amitié ne devrait jamais exiger de renoncer à soi-même.
L’hospitalisation du père ajoute une fragilité supplémentaire au personnage. Alors que son environnement familial est bouleversé, la bande devient un refuge particulièrement séduisant. Cette situation permet de mieux comprendre pourquoi Mathias s’accroche autant à cette nouvelle appartenance, même lorsqu’elle commence à le mettre mal à l’aise.
Sans transformer son histoire en démonstration morale, Martin Page aborde ainsi la solitude, la pression du groupe, le harcèlement et la responsabilité individuelle. Le roman invite surtout à réfléchir à ces moments où ne rien dire peut déjà devenir une décision.
Un roman jeunesse sensible et nécessaire sur le besoin d’être accepté et la difficulté de rester soi-même lorsque le groupe impose ses propres règles. À travers Mathias, Martin Page rappelle avec justesse que le courage n’est pas toujours de réussir à rejoindre les autres : il consiste parfois à accepter de s’en éloigner lorsqu’ils nous demandent de devenir quelqu’un que nous ne voulons pas être.
Éditeur : Rageot Editeur Date de publication : 10 septembre 2026 Langue : Français Nombre de pages de l’édition imprimée : 64 pages ISBN-10 : 2700284437 ISBN-13 : 978-2700284430
