Hitchcock et Mary Rose : dans l’ombre inquiétante du maître du suspense

Avec Hitchcock et Mary Rose, le Théâtre de l’Œuvre nous entraîne dans les coulisses de l’univers d’Alfred Hitchcock, mais surtout dans les zones beaucoup plus troubles de la personnalité du cinéaste.
La pièce de Michael Sadler imagine une rencontre entre Hitchcock, la scénariste Jay Presson Allen et Tippi Hedren, peu avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie. Le réalisateur leur présente alors un projet qui l’obsède : adapter Mary Rose, l’étrange histoire fantastique de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan.
Ce qui commence comme une simple séance de travail se transforme progressivement en huis clos psychologique. À mesure que le texte de Mary Rose se dévoile, c’est Hitchcock lui-même qui semble être disséqué. Ses obsessions, ses blessures, son rapport aux femmes et surtout l’emprise qu’il exerce sur Tippi Hedren viennent contaminer la lecture.
La grande réussite du spectacle tient à cette frontière constamment brouillée entre cinéma, théâtre, fiction et réalité. Christophe Lidon, qui signe la mise en scène et la scénographie, retrouve quelque chose de profondément hitchcockien : l’inquiétude naît moins de ce que l’on voit que de ce que l’on devine. Les lumières de Cyril Manetta, la musique de Cyril Giroux et l’utilisation de la vidéo participent pleinement à cette atmosphère presque cinématographique.
Éric Prat compose un Alfred Hitchcock particulièrement convaincant. Il en retrouve l’ironie, l’autorité et cette présence immédiatement reconnaissable, tout en laissant progressivement apparaître un personnage beaucoup plus dérangeant. Face à lui, Mélanie Page apporte à Tippi Hedren une véritable force. L’actrice n’est pas seulement présentée comme une muse ou une victime : elle devient peu à peu l’adversaire du cinéaste dans un duel où désir, pouvoir et manipulation se confondent. Marjorie Frantz, dans le rôle de la scénariste, complète avec justesse ce trio.
Et c’est probablement là que Hitchcock et Mary Rose est le plus intéressant : la pièce ne cherche pas simplement à reproduire l’univers du maître du suspense. Elle utilise ses propres codes pour retourner la caméra vers lui.
Pendant 1h20, le spectacle fait ainsi surgir derrière l’immense cinéaste un homme traversé par ses fantasmes et ses contradictions. Un face-à-face tendu et élégant, qui donne envie de replonger aussi bien dans Marnie que dans cette mystérieuse Mary Rose qui n’a jamais cessé de hanter Hitchcock.
Hitchcock et Mary Rose
Texte : Michael Sadler
Mise en scène et scénographie : Christophe Lidon
Avec Mélanie Page, Éric Prat et Marjorie Frantz
Durée : 1h20

Laisser un commentaire