Pendant la Révolte des paysans anglais de 1381, un fermier devient le chef contre les forces de la Couronne de Richard II.
The Uprising plonge Paul Greengrass au cœur de l’Angleterre médiévale sans abandonner ce qui traverse une grande partie de son cinéma : des individus ordinaires soudain emportés par un événement qui les dépasse. La Révolte des paysans de 1381 devient ainsi moins le décor d’une fresque historique traditionnelle que celui d’un film d’action politique, brutal et viscéral, raconté depuis la boue plutôt que depuis les palais.
Andrew Garfield incarne un simple laboureur, personnage fictif imaginé comme le représentant de ces anonymes dont l’Histoire n’a pas conservé les noms. Accablé comme d’autres par le poids des taxes et d’un système social profondément hiérarchisé, il se retrouve progressivement entraîné dans un mouvement qui va conduire des milliers d’insurgés jusqu’à Londres.
Greengrass ne construit pourtant pas immédiatement un héros.
Son personnage commence comme un homme préoccupé par sa survie et celle des siens. C’est la succession des humiliations, des violences et des injustices qui transforme progressivement cette colère individuelle en conscience collective. Andrew Garfield trouve dans cette évolution l’un de ses rôles les plus physiques, mais aussi l’un des plus contenus.
Le film refuse ainsi la figure confortable du révolutionnaire né pour conduire les autres. Le laboureur devient un meneur parce que les circonstances l’obligent progressivement à prendre position.
Jamie Bell incarne John Ball, prédicateur associé historiquement à la révolte, et apporte une énergie radicalement différente. Là où le personnage de Garfield agit d’abord par nécessité, Ball possède les mots permettant de transformer les frustrations individuelles en revendication collective. Leurs trajectoires permettent au film d’explorer deux dimensions complémentaires d’un soulèvement : ceux qui formulent les idées et ceux qui finissent par les porter dans la rue.
Stephen Dillane impose de son côté toute la froideur nécessaire aux représentants d’un ordre convaincu de sa propre légitimité. L’opposition ne repose donc pas uniquement sur des batailles : elle concerne deux conceptions incompatibles de la société et du pouvoir.
Paul Greengrass filme cette confrontation avec son énergie habituelle. Les combats sont rapprochés, confus, sales. La caméra se glisse au milieu des corps plutôt que d’observer les armées depuis une confortable distance. Le spectateur ressent les mouvements de foule, l’épuisement des marches et cette sensation qu’une manifestation peut basculer en quelques secondes dans une violence impossible à contrôler.
Cette approche donne au Moyen Âge une matérialité bienvenue. La boue, le sang, la faim et la fatigue éloignent The Uprising de l’imagerie trop propre de certaines fresques historiques. Le réalisateur s’intéresse davantage à ceux qui marchent qu’aux paysages qu’ils traversent.
Le film prend également soin de ne pas présenter la révolte comme un bloc parfaitement homogène. Une foule possède ses contradictions, ses ambitions personnelles et ses propres débordements. Plus le mouvement grandit, plus ceux qui l’ont lancé découvrent qu’ils ne peuvent pas nécessairement contrôler ce qu’ils ont déclenché.
C’est peut-être là que The Uprising devient le plus intéressant.
Greengrass raconte simultanément la naissance d’un mouvement et la perte progressive de sa maîtrise. La colère peut rassembler des milliers de personnes, mais elle ne suffit pas à garantir qu’elles souhaitent toutes la même chose une fois les portes de Londres franchies.
Le scénario conserve néanmoins certains mécanismes familiers de la grande fresque historique : l’homme ordinaire devenant symbole, les discours destinés à galvaniser la foule et les confrontations construites autour de personnages représentant chacun un camp. Quelques passages soulignent ainsi davantage qu’il ne faudrait la dimension contemporaine du récit.
Mais la puissance physique de la mise en scène évite généralement au film de devenir une simple leçon d’Histoire illustrée.
Rugueux, spectaculaire et profondément incarné, The Uprising permet à Paul Greengrass de transformer la Révolte des paysans de 1381 en expérience physique autant qu’en fresque historique. Andrew Garfield convainc en homme ordinaire progressivement happé par un mouvement qui devient plus grand que lui, tandis que Jamie Bell apporte à John Ball la force des idées derrière la colère. Sans idéaliser complètement la rébellion ni réduire l’Histoire à une succession de batailles, Greengrass filme surtout ce moment fascinant où des individus convaincus de n’avoir aucun pouvoir découvrent soudainement la puissance du nombre. Une fresque médiévale tendue, boueuse et résolument humaine.
